‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 19 sur 53 · II · texte numérisé non relu

II

Tent avoir ëtë blanchies très-soigneusement. Plus le blanc est parfait , plus les couleurs prennent d’ëclat, et plus il est facile de dëgarancer. Les beaux blancs, du commerce ne sont pas même suffisans, et il est bon de leur donner au moins une lessive, une exposition sur le prë , ou une immersion dans l’acide muriatique oxigënë , et de les laisser tremper quelques heures dans l’eau acidulëe par l’acide sulfurique. Très -souvent il faut donner plusieurs lessives et plusieurs immersions ; par-là on enlève complètement l’apprèt, on dëtruit le reste de la matière (ariorante de la toile, qui , ftxant d’une manière très-solide' celle de la garance, rend le dëgarançage difficile , et on prévient le plus grand nombre des taches qui se forment pendant le garançage , auxquelles on donne le nom de taches de garance.

Ces taches, presqu’indesti uctibles , très-communes sur certaines sortes de toile de coton, et d’une couleur parfaitement semblable à celle que donne la garance aux parties de la toile qu’on imprègne d’huile , paraissent provenir d’une combinaison de graisse ou d’huile analogue à celle qui a lieu dans les apprêts pour le rouge d’Andrinople. Il est très- vraisemblable qu’elles sont produites par la graisse employée dans le paron, ou par le savon dont on est obligé de se servir dans le blanchiment : la combinaison qui peut alors SC former sur l'étoffe, résiste bien aux

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operations subséquentes, et l’on verra dans le procédé pour le rouge d’Andrinople , que l’action des dissolutions alcalines, même assez concentrées , est insuffisante pour détruire la combinaison de l’huile avec le coton.

Une lessive forte et coulée très - chaude ne garantit pas complètement de ces taches , quoique ce soit le moyen le plus sûr de les éviter. Il serait bien important pour les fabricants de toiles peintes , qu’on pût exclure du tissage et du blanchiment la graisse et le savon.

Le rouge d’Andrinople a un éclat dont il est difficile d’approcher par tous les procédés qui ont été indiqués jusqu’ici ; il a encore la propriété de résister beaucoup plus à l’action de différents réactifs , tels que les alcalis , le savon, l’alun , les acides. Vogler avoue que , par ses nombreux procédés , il n’a pu obtenir un rouge qui eût une solidité égale à celui d’Andrinople, quoiqu’il en eût beaucoup plus que des faux rouges d’Andrinople , dont on se sert souvent pour les siamoises et autres étoffes rouges.

L’eau-forte ( acide nitrique délayé) est , selon le meme auteur, le moyen le plus sûr et le plus expéditif pour distinguer le vrai rouge d’Andrinople du faux : il suffit d’y plonger un fil de ce dernier; on le voit bientôt pâlir, et en moins d’un quart - d’heure il est blanc , tandis que le vx ai rouge d’Andrinople reste une heure sans cire

altéré , et qu il n’y perd jamais en entier la eouleur qui devient orangée.

Le rouge d Aridrinople , qui , j)endant longtemps ne nous vint que par le commerce du IjCvant, excita 1 industrie de nos artistes j mais les tentatives furent long-temps infructueuses, ou leurs succès concentrés dans un petit nombre d ateliers. L abbé Mazéas publia des expériences qui jettent beaucoup de jour sur cette teinture ; et le gouvernement fit publier en 1760 , sur des renseignements qu’il s’était procurés, une instruction sous le titre de Mémoire contenant le procédé de la teinture du coton rouge incarnat d A ndrinople sur le coton fdé. L’on trouve la même , description dans le Traité du Pileur d’Apligny , mais l’on n’a pas réussi complètement avec ce procédé : il paraît que le vice consistait principalement dans la concentration trop grande des dissolutions alcalines. On fait mystère dans les différents ateliers des changements qu’on y a faits, et par le moyen desquels on réussit plus ou moins parfaitement. On va donner la description que Clere , qui dirigeait avec succès une manufacture de ce genre au Vaudreuil , avait connnuniquee à l’auteur des éléments, et qui paraît différer très-peu de la jiratiquc la plus ordinaire.

Procédé du rouge d' Andrinople ou de Turquie,

Il faut, si l’on a 5o kilogrammes de coton à teindre , commencer par le bien dëcreuser. Cette ope'ration se fait en mettant bouillir le coton dans une chaudière avec de la lessive de soude à un degré au pèse-liqueur, et Fou y ajoute ce qui reste ordinairement du bain qui a servi à passer les cotons en ï apprêt blanc, et que bon nomme sickiou.

Pour décreuser le coton comme il faut , et pour qu’il ne se mêle point , on j^asse dans une corde trois matteaux ( le matteau est composé de quatre pentes qui pèsent en tout o,5 kilogr.) ; on le jette dans la chaudière lorsqu'elle commence à bouillir; on a soin de l’enfoncer, afin qu’il ne brûle pas contre les bords de la chaudière , qui doit tenir pour 5o kilogrammes de coton environ 600 litres : le coton est parfaiter ment décreusé lorsqu’il s’enfonce de lui-même dans la chaudière ; on le retire ensuite , et ou le lave pente par pente à la rivière ; on le tord , et ensuite on l’étend pour le faire sécher.

Deuxieme opération , bain de fiente.

Il faut mettre dans un cuvier 5o kilogrammes

I/A TElrrXTTRE

de soude d’Alicante rediilte en poudre grossière; ce cuvier doit être perce d un trou à sa partie inférieure, afin que l’eau puisse en couler dans un autre cuvier qu’on place au-dessous : cette soude étant dans le cuvier su23érieur , on y verse dessus environ 3oo litres d’eau de lessive ; lorsque 1 eau qui est coulée dans le cuvier inférieur donne deux degrés au pèse - liqueur des savonniers , elle est bonne pour le bain de fiente, qui se fait de cette manière.

Lon prend 12 à i5 kilogrammes de crotin do mouton, que lon met tremper dans une grande terrine de terre dans de la lessive k deux degrés , et on 1 écrase avec un pilou de bois ; ensuite on la passe dans un tamis de crin que l’on pose sur le baquet dans lequel on doit préparer le bain ; lon verse dans ce baquet 6,25 kilogr. d’huile d olive de Provence , et l’on remue toujours avec un rable pour bien mêler l’huile avec laf lessive de soude et la fiente; l’on verse dessus de l’eau de soude : il faut ordinairement neuf seaux d’eau pour abreuver 5o kilogrammes de coton (le seau contenant seize litres). Le bain ainsi préparé, il est bon pour passer le coton.

A cet effet, on prend du bain avec une jatte de bois , que l’on verse dans une terrine maçonnée à hauteur convenable pour que l’on jouisse travailler aisément. L’on prend un matteau de coton que l’on foule bien avec les poignets ; on

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le lève à plusieurs reprises eu le louruant dans la terrine , ensuite on le croche à un crochet de bois qui est attache au mur; on le tord lège'rement , et on le jette sur une table ; Fou continue la même opération à chaque matteau. La table sur laquelle on jette le coton , doit être élevée de 2 à 3 décimètres de terre* Un ouvrier prend un matteau de chaque main , et le bat sur cette table pour étendre les fils ; il le change trois fois de côté, ensuite il fait un petit tord pour former une tète au matteau , et il le couche sur la table : il ne faut pas mettre plus de trois matteaux l’un sur l’autre, parce que la charge trop forte ferait couler le bain des matteaux de dessous, he colon doit rester sur la table dix ou douze heures , après lesquels on le porte à Fétendage pour le faire sécher.

Troisième opération , hain cV huile ou bain blanc.

L’on prend de l’eau de soude également à deux de grés au pèse-liqueur , et après avoir bien nettoyé le baquet dans lequel était le bain de fiente , Ton y met 5,^5 kilogr. d’huile d’olive , et Fon y verse dessus l’eau de soude , en brassant toujours avec un rable pour bien mêler l’huile. Ce bain doit ressembler à du lait épais, et pour qu’il soit bon , il ne faut pas que Fhuile se sépare à sa surface; Fon prend ensuite de ce bain que

ï/jO DE L \ teinture

1 on met dans la terrine , et l’on y passe le coton matteau par matteau comme dans l’operation précédente; on le jette sur la table , on le crêpe ( crêper, c est le battre sur la table ) , et ensuite on le laisse sur la table jusqu’au lendemain qu’on le porte à 1 étendage. ( Nota. Il faut pour ce bain environ huit seaux de lessive ).

Quatrième opération , premier sel.

Sur le marc de la soude qui est dans le cuvier, on y remet de nouvelle soude , si l’eau que ron a versée par-dessus n’a pas trois degrés. Il faut donc , pour cette opération, prendre huit seaux d eau de soude, que l’on verse dans le baquet .par-dessus ce qui a pu rester de bain blanc , et l’on y passe le coton comme ci - dessus. Cette opération se nomme donner le premier sel. L’eau a trois degrés.

Cinquième oq?ération , deuxieme sel.

Le coton se passe dans une eau de soude à 'quatre degrés, avec les mêmes attentions poulie travail que ci-dessus.

Sixième opération, troisième sel.

Le coton se passe dans une eau de soude à cinq degrés.

Septième opération^ quatrième sel.

Le coton se passe dans une eau de soude à six degre's , et après avoir ète' passe, avec les memes soins , on le porte à Fètendage pour sécher sur des perches Lien unies ; le coton étant sec , on le porte à la rivière pour le laver de la manière suivante.

Huitième opération.

, Il faut tremper le coton dans l’eau, ensuite le retirer et le laisser égoutter sur un bayard ; l’on jette de l’eau dessus à diverses reprises, pour bien le pénétrer, et au bout d’une heure on le lave pente par pente , afin de le bien débarrasser de l’huile , ce qui est très-essentiel afin qu’il prenne bien la galle ; on le tord ensuite à la cheville avec un chevillon , ensuite on l’étend sur des perches pour le faire sécher : le coton , au sortir du lavage, doit être d’un beau blanc.

Neuvième opération , engallage.

Pour l’engallage , il faut choisir de bonnes noix de galle en sorte ( nom connu dans le commerce ; la galle en sorte est moitié galle noire et moitié ^alle blanche ) , et après l’avoir concassée, en

^4^ Tir la tetiv'îitre

jnettre pour Ookilogr. de coton 0,^5 kiiogr. dan^ une chaudière , et la faire bouillir a'^'cc six seaux VVeau pure de rivière. Il faut ordinairement trois lieures pour la bien cuire ; on s’aperçoit qu elle 6St au degré de cuisson convenable lorsqu’elle seciase sous les doigts comme de la bouillie ÿ alors on verse dessus trois seaux d’eau fraîche et on la passe dans un tamis de crin bien serré ^ en pétrissant le marc dans les mains pour en extraire toute la partie résineuse. L’eau étant posée et claire, l’on procède à Fengallage /le la manière suivante.

On verse dans une terrine scellée dans le mur à hauteur convenable pour le travail , neuf à dix litres d eau de galle , et l’on j passe le coton matteau par matteau en le foulant bien avec les poignets, ensuite on le tord à la cheville, et on le porte à fur et mesure que l'on le passe , à l’étendage; précaution essentielle qui empêche le coton de noircir. Le coton étant bien sec , on procède à l’alunage de la maniéré suivante.

Dixième opération , alunage.

Après avoir bien fait nettoyer la chaudière dans laquelle on a fait la décoction de noix de galle, l’on y met huit seaux d’eau de rivière et j() kilogrammes d’alun de Rome , que l’on y fait fondre sans bouillir ; lorsque i’alun est fondu ,

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Ton y verse un demi -seau de soude à quatre degrés du pèse-liqueur , et ensuite on passe le coton matteau par matteau comme pour Fengallage ; on Fétend ensuite pour sécher, et enfin on le lave d’alun comme on va voir.

Onzième opération , lavage de Valun.

Après avoir laissé tremper le coton et égoutter une heure sur le bayard , on lave trois fois chaque matteau séparément , ensuite on le tord à la cheville et on le porte à Fétendage.

Douzième opération , remonter sur galle.

Cette opération consiste à répéter les précédentes. On prépare un bain blanc comme celui décrit à l’article III. L’on met dans un baquet 6,a5 kilogr. de bonne huile grasse de Provence, et l’on verse dessus huit seaux d’eau de soude à deux degrés au pèse-liqueur des savonniers. L’on a soin de bien remuer le bain , et l’on y passe le coton comme il est décrit à l’article III.

Treizième opération, premier sel.

On passe le coton , après l’avoir bien fait sé- «•her, dans une eau de soude à trois degrés.

BE I, A teinture

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Quatorzième opération , deuxième sel.

On passe le coton , après l’avoir fait sécher , dans nne eau de soude à quatre degrés.

Quinzième opération, troisième sel.

On passe le coton , après qu’il est sec , dans une eau de soude à cinq degrés , et alors tous les passages sont finis : après l’avoir fait sécher, on le lave , on l’engalle et on l’alune avec les memes doses et les mêmes attentions décrites aux articles IX , X et XI ; et ensuite le coton a toutes les préparations nécessaires pour bien prendre la teinture. Le coton , au sortir de ces préparations, doit être de couleur d’écorce d’arbre. Un point très - essentiel a observer est de ne donner aucun passage au coton qu’il ne soit parfaitement sec, sans quoi on risquerait à rendre la teinture bigarrée. Quand le coton est étendu sur les perches , il faut avoir soin de le bien secouer et retourner pour qu’il sèche uniformément.

Seizième opératioji , teinture.

On se sert ordinairement d’une chaudière en carré long ; elle doit tenir environ 4oo litres d’eau,

«TT GÉTr^RAL. X45

ûl dans cette proportion l’on y peut teindre 12,5 kilogrammes de coton à-ia-fois Pour commencer l’operation de la teinture, l’on emplit d’eau la chaudière jusqu’à quatre ou cinq pouces du bord ; ensuite on y verse un seau de sang de bœuf ou de mouton , qui est meilleur lorsque l’on peut s’en procurer, ce qui fait environ vingt-cinq litres de sang; ensuite on y met le lizary. Quand on veut une belle couleur vive et tranchante et qui ait beaucoiq) de fond , on mêle ordinairementplusieurslizarys ensemble, comme 0,^5 kilogr. de lizary de Provence et 0,26 kilogrammes de lizary de Chypre , ou si l’on n’en a pas de Chypre , une partie égale de lizary de Provence , de Tripoli ou de Smyrne; la dose est toujours de deux parties pour une de coton. Lorsque le lizary est dans la chaudière, on le pallie avec un rable pour le dépelotter, et lorsque le bain est tiède , l’on y plonge le coton que l’on a étendu sur des bâtons que l’on nomme lisoirs : on met ordinairement deux matteaux sur chaque bâton ; l’on a soin de bien l’enfoncer, et on retourne le coton bout pour bout sur les lisoirs à l’aide d’un bâton au bout duquel il y a une pointe que l’on passe entre les matteaux et le lisoir sur lequel le coton est posé. Cette opération dure une heure ; et lorsque la chaudière commence à bouillir, l’on retire le coton de dessus les lisoirs , et on l’enfonce dans la chau-

iï4^ OE LA TEINTURE

«îière en suspendant chaque matteau à des bâtons qui sont supportes sur la chaudière à l’aide d’une corde qui est passée dans chaque matteau. Le coton doit bouillir environ une heure pour tirer toute la partie colorante de la garance. Il y a encore un moyen de reconnaître quand la couleur est extraite ; il se forme alors sur la chaudière une écume blanche. On le jette bas de la chaudière , et on le lave pente à pente à la ri- ,vière ; on le tord à la cheville et on le fait sécher.

Dix-septiemc opération , avivage. '

Dans la chaudière qui sert au décreusage , qui doit tenir six cents litres d’eau , l’on verse de l’eau de soude à deux degrés de pesanteur, et on l’emplit à dix à douze pouces du bord ; ensuite on y verse 2 à a, 5 kilogrammes d’huile d’olive , et 3 kilogrammes de savon blanc de Marseille coupé très-menu j l’on remue toujours jusqu’à ce que le savon soit fondu , et lorsque la chaudière commence à bouillir , l’on y jette le coton , que l’on a soin de passer dans une corde pour l’empêcher de se mêler ; on couvre ensuite la chaudière , on l’étoupe avec de vieux linges , on la charge et on la fait bouillir à petit feu pendant quatre à cinq heures ; l'on découvre ensuite la chaudière , et le coton doit être fait et d’un beau rouge. Il ne faut retirer le coton de la chaudière

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*qu*aü bout de dix à douze heures, parce qu’il :5e nourrit dans l’avivage et prend beaucoup plus d’éclat.

Il faut ensuite le bien laver pente à pente, le faire sécher, et le coton est fiai.

Je suis dans l’usage de donner à mes cotons tin passage après qu’ils sont bien secs; il consiste ' à faire une dissolution d’étain dans l’eau-foite avec un seizième de sel ammoniac : j’étends cette dissolution dans huit seaux d’eau , et j’y fais passer mon coton ; il faut le laver ensuite : ce passage donne un très-beau feu au coton.

Nota. Il ne faut mettre dans le baquet au sickiou que les restes des premiers apprêts ; ceux qui restent après que le coton a été engallé ne valent lien , et il faut les jeter.

Chaptal , dont les recherches et le zèle éclairé pour l’avancement des arts , ont tant contribué à leurs progrès , a bien voulu nous communiquer les notes qu’il avait recueillies dans ses ateliers de teinture , auprès de Montpellier. Nous en avons extrait les procédés.suivants , pour la teinture en rouge d’Andrinople , qu’il a long -temps fait exécuter lui-même avec beaucoup de succès.

Les premiers soins à apporter dans cette teinture , consistent dans le bon choix des matières. I/huile la plus propre à cette opération , est celle qui vient de la rivière de Gênes, sous le nom ^ huile de teinture ; on en tire aussi du midi de

i4^ ni: la teinture

la France. Pour les éprouver , on en verse quelques gouttes dans un verre , de manière à ce que le fond eu soit couvert, et on emplit le reste d une lessive de soude , marquant de un à deux degrés à l’aréomètre de Baume. Le mélange devient laiteux; on transvase plusieurs fois cette -liqueur savonneuse , d’un verre dans un autre , afin de bien la mêler ; on la laisse ensuite reposer quelques heures. Pour que I huile soit bonne , il faut que la liqueur reste toujours laiteuse ; si l'huile se sépare en gouttelettes, ou si le bas de la liqueur prend l’apparence de petit-lait mal clarifié , tandis qu’il se forme dans le haut un bourlet pâteux , l’huile est de mauvaise qualité.

On doit préférer les soudes d’Espagne , d’Alicante ou de Cartagène ; à défaut de celles-là , on peut se servir de celle de Narbonne : la bonne soude doit être très-dure , grise à l’extérieur , noirâtre dans sa cassure , difficilement pulvérisable et peu soluble. Celles qui ont effieuri à l’air , et celles dans lesquelles le miiriate de soude abonde ^le peuvent être employées pour de belles couleurs.

Dans les opérations que l’on va décrire , on donne les proportions pour une partie de coton du poids de loo kilogrammes.

On déereuse le coton , en le fesant boudlir dans line, lessive de soude , qui marque à l'aréomètre de Baume de i à 3 degrés. On emploie à cet usage

les résidus des soudes dont on s’est servi pour les liqueurs savonneuses. On reconnaît que le coton est complètement dëcreusë , lorsqu’il plonge bien, et qu’aucun matteau ne vient surnager, alors on le lave et on le sèche.

Pour donner au coton les premiers apprêts , on prépare , dans une grande jarre , avec environ i5o kilogrammes d’eau, une lessive de soude à un degrë. On essaie si elle coupe bien l’huile , c’està-dire , si en versant quelques gouttes d’huile dessus, elle se mêle bien en devenant laiteuse , et sans qu’il en reste de gouttelettes à la surface. On mêle , dans une jarre de même grandeur , avec un tiers de cette lessive , lo kilogrammes d’huile , et l’on agite soigneusement : avec le second tiers, on mêle de 12 a i3 kilogrammes de la liqueur qui se trouve dans l’estomac des animaux ruminans ; on verse ce mélange dans la jarre ou l’on a fait celui de l’huile, et, après y avoir ajouté le dernier tiers de la lessive , on remue de nouveau avec grand soin. Pour passer les cotons dans cette liqueur savonneuse-, on en prend dans de plus ])etites jarres , et après en avoir bien imprégné le coton , on l’exprime fortement ; à mesure qu’on puise dans la jarre, on agite pour qu’il ne se forme point de séparation dans la liqueur.

Le coton passé à rimile , reste entassé jusqu’au lendemain , et on le porte à l’étendage. Lorsqu’il est sec , on le passe dans une légère lessive de,

îl5o DE LA TEINTURE

soude qu’on a mclëe au petit reste de liqueur sa> vonneuse, et on le laisse de meme en tas, jusqu’à oe qu’on le porte le lendemain à l’étendage. On le passe , lorsqu’il est à sec , à une seconde lessive un peu plus forte que la precedente.

La seconde liqueur savonneuse est préparée avec les memes précautions que la première ; on y emploie la meme quantité de lessive, marquant de lo à 20 , et emdron 8 kilogrammes d’huile , mais on n’y mêle point de liqueur animale. Lorsque le coton est passé à cette seconde huile , on ajoute 20 kilogrammes desoude au résidu desiSküogr. précédemment employés. On passe trois ou quatre fois le coton aux lessives de cette soude , en prenant la précaution d’augmenter chaque fois d’un demi-degré la force de la lessive , de façon que la dernière marque à-peu-près de 3 à 4 degrés de Haumé.

On peut substituer , dans ces opérations , la potasse à la soude : le coton prend à la vérité une couleur vineuse, mais il perd cette teinte dans les avivages.

Pour que le colon soit bien disposé à l’engallage et à l’alunage , il faut qu’il soit lavé et séché. On prépare le bain d’engallage , en fesant bouillir lo kilogr. de noix galle en sorte pulvérisée , avec environ loo kilogrammes d’eau, dans laquelle on a fait bouillir i5 kilogrammes de sumac. Après une demi-heure d’ébullition, on

EN CÉNÊrAL. l5i

verse dans la chaudière 5okilog. d’eau froide, afin que le bain soit assez abondant pour que toute la partie puisse y être passée. On passe le coton aussitôt que la chaleur du bain le permet , et de la même manière que dans la liqueur savonneuse : puis on le porte à l’étendage.

L’engallage est une des opérations les plus délicates. Il importe d’imprégner, d’exprimer et de sécher le coton très-également , ainsi que de ne pas sécher trop lentement , ou dans un air trèshumide , parce que les parties du coton qui reçoivent le plus l’action de l’air , noircissent, tandis que les autres restent d’un gris blanc ; ce qui produit des inégalités.

Aussitôt que l’engallage est sec, on alune le coton. Pour cela , on fait dissoudre i5 kilogram. d’alun rougeâtre du levant , ou 12 et demi kilogrammes d’alun de Rome , dans 100 kilogrammes d’eau : lorsque la dissolution est complète, on verse dans la chaudière environ 5o kilogrammes d’eau froide , et dès que la dissolution est d’une chaleur douce , très-inférieure à celle de la galle , on passe les cotons et on les sèche.

Le coton aluné doit être fortement lavé avant de passer à d’autres opérations. Lorsqu’il est bien lavé et sec , on le passe à une huile et à trois lessives. On prépare la liqueur savonneuse avec j à 8 kilogrammes d’huile , et la lessive du résidu des soudes qui ont servi aux premiers apprêts ^

toit Ï1 2 LA T E I ÎT T Ü B É

qui ne marque , comme dans les premières, qutf de I à 2 degrés. On ajoute ensuite J 5 kilogrammes de soude à la jarre , et l’on donne la première lessive à trois degrés , en élevant chacune des suivantes d’un demi-degré , de manière que la plus forte marque de 4 à o®. Après la troisième lessive , on le lave , on l’engalle avec un bain de 7 ^ kilogrammes de galle , sans sumac : on l’aliine avec lo kilogrammes d’alun de Rome : on le lave très-fortement et on le sèche. Toutes ces opérations doivent être conduites avec les memes soins que les premières.

Pour avoir une couleur bien unie , il faut employer au moins 2 kilogrammes de garance par kilogramme de coton : on mêle à cette garance un demi-kilogramme de sang de mouton par kilogramme de coton , et on la met dans le bain dès qu’il est tiède ; on y tourne le coton pendant une heure ; lorsqu’il a bouilli le même temps, on le retire et on le lave. Il est alors d’un rouge foncé , couleur de sang de bœuf. Lorsqu’on n’a j>ns mélé de sang , la couleur n’est ni si vive , ni si nourrie , quoique solide , et en lui substituant la colle-forte et d’autres produits animaux , on n’a point une couleur aussi agréable.

La couleur du coton après le garançage , est si sombre et si obscure , qu’on ne pourrait l’em- ])loyer en Cet état ; on l’éclaircit et on lui donne rie l’éclat , par l’avivage et la dissolution d’étain , que les ouvriers nomment le secret.

L’avîvage consiste à faire bouillir , pendant six à sept heures , le coton dans la lessive de 3o kilogrammes de soude, marquant 2 degrës , à laquelle on ajoute 8 à 9 kilogrammes de savon. On ne met le coton dans la chaudière , que lorsque le liquide est bouillant : on couvre avec soin la chaudière, en ne laissant qu’une petite issue pour la vapeur , et on assujettit fortement le couvercle, afin qu’il ne soit pas soulevé par la vapeur comprimée. La durée de l’ébullilion varie selon l’intensité de la couleur du coton , et la force de la lessive que l’on emploie. Lorsque l’on croit le coton suffisamment avivé , on arrête le feu , on découvre l’avivage , et à l’aide d’un crochet de fer, on tire un matteau : si , après l’avoir bien lavé , la couleur paraît brillante , qu’il n’y ait plus de teinte noire , ou que quelques portions du coton commencent à sedécharner, ori remplit l’avivage d’eau fraîche , et l’on ouvre le robinet pour la faire écouler. On lave ainsi le coton , et on le laisse dans la chaudière jusqu’au

lendemain : ensuite on le lave et on le fait sécher.

Dans cet état , le coton est d’une belle couleur; mais on lui donne plus d’éclat par le secret.

On prépare la dissolution d’étain avec de l’acide nitrique pur , marquant 32^> : on y fait dissoudre à froid 3o grammes de muriate d’ammoniaque, par 0,5 kilogrammes d’acide : lorsque la dissolution est faite , on y met de l’étain en

!ï54 de latîîntüri; baguette , dans la proportion de 3o grammes par 0,0 kilogrammes, il se dissout facilement et la liqueur devient opale; on ajoute meme de l’ëtain jusqu’à ce qu’on aperçoive cette nuance , qui annonce que l’acide ne peut plus en dissoudre. On verse 7 ~ kilogrammes de cette dissolution , sur une dissolution un peu tiëde de 3 kilogram. d alun de Rome , dëposëe dans une jarre ; a mesure qu’on verse la dissolution d’ëtain sur celle d’alun , le mëlange se trouble , devient blanc , et c’est alors que l’on passe le coton en le foulant comme à l’ordinaire ; on le lave à mesure qu’il est passe.

Il faut que le mëlange des deux dissolutions fasse effervescence avec la terre calcaire , j)our qu’elle brillante convenablement la couleur : on emploie plus ou moins de dissolution d’ëtain , selon que la couleur est plus ou moins foncëe.

On peut encore ajouter à l’ëclat du coton , en le rëavivant par une ëbullition de quatre à six heures dans une dissolution de 8 à 10 kilogrammes de savon.

Le fil de* lin peut prendre une couleur presque aussi brillante que celle du coton ; mais il faut le passer à un nombre double d’huiles et de lessives ; ces dernières doivent meme être trèsfortes , sans quoi l’huile ressort à la surface : 011 doit apporter la plus grande attention au dë- «reusage ; car il se mêle et s’embrouille par la

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chaleur à tel point , qu’on ne peut ni le passer ni le de'vicler.

On obtient encore un très-beau roii^e , en se l^ornant à engaller et aluner une seule fois après les trois huiles , et en ayant l’attention de forcer un peu les doses de noix de galle et d’alun.

On parvient , par le moyen suivant , à des couleurs rouges , belles et solides , sans employer ni lessive , ni huile , ni noix de galle.

On fait dissoudre à froid , dans l’acide acétique, de la chaux fusée à l'air : la dissolution pèse 5 h 6o ; on la ramène à a» ^ par addition d’eau , on mêle parties égales de cette dissolution et d’acétate d’alumine , préparé en versant 5 kilogram. d’acétate de plomb , dans une dissolution de 20 kilogrammes d’alun , par l 5 kilogrammes d’eau. On fait tiédir le mélange , et on y passe les cotons simplement décreusés avec vsoin ; on les sèche , on les lave i(jrtement , on les sèche et l’on garance avec 0,75 kilogr. de garance par kilogr. de coton. On avive avec lessive et savon , puis on passe à la dissolution d’étain , et on réavive au savon seul dans la })roportion de 12 kilogrammes pour 100 kilogrammes de coton.

On a des rouges très - solides , en passant le colon dans ce morclant , après l’avoir passé aux huiles et sans l’engaller : ils sont meme trop foncés; mais en passant le coton, qui a reçu une seule huile et quatre lessives , dans un mélange d’aeë-

i56 DE LA- TEIlTTrftï:

tate d’alumine , et d’un quart, ? ou d’acétate de chaux, on obtient des nuances variées et très-vives.

Pour faire un rouge terne sans éclat , qu’on nomme dans quelques endroits rouge brûlé , ou rouge des Indes , à cause de sa ressemblance avec celui des mouchoirs des Indes , on décreuse le coton , on le fait bouillir pendant une demi-heure dans de l’eau de chaux , on le passe à une huile mélée de liqueur des intestins , et à trois lessives ; on le lave bien et on le passe dans un mordant composé d’une dissolution tiède de 12 \ kilogr. d’alun , à laquelle on a ajouté 4 kilogr. d acétate de plomb , et un moment après ^ kilogramme de soude en poudre , et o,i44 kilogrammes de muriale d’ammoniaque ; on lave avec soin , on garance avec poids égal de garance. Si la couleur est maigre , on repasse à une huile , à deux lessives , au meme mordant , et on garance encore. On peut aviver avec lessive de Soude et savon : la chaux seule produit la différence de cette couleur aux précédentes ; elle rend les couleurs plus solides , mais plus ternes.

Le rose solide se fait en prenant du coton passé aux huiles , et qui a reçu des lessives plus nombreuses , mais faibles ; on l’engalle avec une lessive de sumac , dans laquelle on a fait bouillir 2 1 kilogrammes de noix de galle ; on alune avec kilogramm. d’alun; on lave , 011 garance avec

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meilleure qualité de garance , on blancliit le bain de garance avec deux kilogrammes d’oxide d’étain , qui se précipite de la dissolution de ce métal dans l’acide nitrique ; on avive avec lessive faible et savon , on sèche , on passe à une liqueur formée par une dissolution d’étain dans l’acide nitrique à 3ao étendu de volume égal d’eau , et qu’on a amenée à 4” » l^ve et on réavive dans une dissolution de i5 kilogram. de savon jusqu’à ce que la couleur soit bien rosée.*

En passant le coton dans du savon de laine fait avec la soude , en y mettant les mêmes soins que dans la liqueur savonneuse préparée pour le rouge , et en employant des lessives très-faibles dans l’intervalle , lavant ensuite le coton et le traitant par le même procédé que pour teindre la laine en ecarlate, il prend une teinte écarlate plus pâle que celle de la laine , mais assez brillante.

On fait encore passer le coton teint en rouge par toutes les nuances jusqu’à l’orangé le plus pâle. Pour cela, on affaiblit l’acide nitrique pu^ avec \ d’eau ; on y fait oxider des copeaux d’étain jusqu’à ce que la liqueur devienne opale , et on emploie cette dissolution de manière qu’elle marque depuis jusqu’à 200 : la couleur varie selon la concentration de cette dissolution ; lorsqu’elle est de 16 à 20, on obtient des nuances; qui ont quelque rapport avec celles de l’écarlate.

l58 J) E LÀ T È I If T U ft s

En general , lorsqu’on veut avoir des couleurs brillantes , il faut ne pas les charger d’huile j donner des lessives faibles long-temps répétées, peu charger en galle , beaucoup en alun , employer les meilleures garances, et enfin aviver avec force , sans épargner le savon.

Chaptal a exposé (i) les principes sur lesquels sont fondées les opérations si multipliées de la teinture en rouge d’Andrinople , qui est par ellememe d’une grande importance , et dont les procédés peuvent trouver partiellement plusieurs applications utiles.

Il fait voir que ces opérations ont une triple combinaison pour objet : la première , celle de l’huile avec l’étoffe ; la seconde, celle du tannin avec la première ; la troisième , celle de l’alumine avec les deux précédentes ; enfin on ajoute à cette triple combinaison , celle de la substance colorante de la garance : on en sépare la partie fauve par l’avivage ; on augmente l’éclat de la partie rouge par une application bien ménagée ^e la dissolution d’étain.

Il faut disposer l’huile à se combiner avec l’étoffe : pour cela on lui communique de la solubilité dans l’eau , par le moyen de la soude ; mais il faut que l’huile soit peu retenue par l’alcali : on ne doit donc employer qu’une faible disso-

(i) Mém* de rinsU't. vol» II,

, ITîGEiyÉRAL. iSp

îution de soude et riiuile doit rester dominante, pour que l’alcali ne puisse reiilcver et la séparer de l’étoffe.

L’huile , pour être propre à se combiner avec 1 étoffé , ne doit pas ctre une huile Jine j mais elle doit être disposée à former une combinaison solide j ce que 1 ou indique sans doute , lorsqu’on dit quelle doit contenu' une forte portion deprincipe extractif.

. La noix de galle a de l’avantage sur les autres astringents ; j^arce que l’acide gallique tendant à se combiner avec l’alcali qui a été retenu par l’étoffe , favorise la combinaison plus intime de l’huile avec l’étoffe et le tannin.

Chaptal observe à cette occasion que l’on peut reconnaître la combinaison de l’huile avec le tannin , en mêlant une décoction de noix de galle J avec une dissolution de savon. Il est important de faire cette combinaison dans de justes proportions , car si l’astringent domine , elle devient noire, s’il est en trop petite quantité, la couleur devient trop faible.

Lorsque 1 on mele du sulfate ou de l’acétat© d alumine avec une décoction de noix de galle , il se forme un précipité grisâtre; de même le coton engallé devient gris à l’instant où on le plonge dans une dissolution alumineuse : il faut «viter de se servir d’une dissolution trop chaude^

l6o DE LA. TEINTURE

parce qu’une portion de l’astringent se dissoudrait , ce qui appauvrirait la couleur.

Haussman (j) sVst servi avec succès de la dissolution d’alumine par l’alcali : pour obtenir cette dissolution il précipite l’alumine du sulfate d’alumine par la potasse rendue caustique , dont il ajoute une quantité suffisante pour que tout le précipité qui s’est formé d’abord, soit redissous: il ajoute à cette dissolution un trente *■ troisième d’huile de lin , qui forme une liqueur qui a l’apparence du lait ; comme l’huile se séparerait avec le temps , il faut agiter la liqueur avant de s’en servir : les échevaux de coton , ainsi que ceux de lin , doivent y être successivement trempés , exprimés également, et séchés à l’ombre pendant vingt-quatre heures; après cela, on lave et on renouvelle l’opération : deux imprégnations suffisent pour obtenir un beau rouge, mais au moyen d’une troisième et d’une quatrième, on a des couleurs très-brillantes.

L’intensité du rouge , dépend de la quantité de garance que l’on emploie dans la teinture ; avec partie égale au poids des échevaux , la couleur devient rosée par l’avivage ; avec quatre parties, on obtient le plus beau rouge. L’auteur prescrit d’ajouter toujours du carbonate de chaux à la garance , lorsque l’eau dont on fait usage n’en contient pas naturellement. Son effet est

(î) Ann. (îe Clûw. tom. !^LI.

Eîr GÉNÉRAL. iGr

de dëoomposer^dii sulfate de magnésie que Bertholdi a trouve dans la garance , si toutesfois le carbonate de chaux peut décomposer le sulfate de magne'sie, et s’il est plus avantageux d’avoir du sulfate de chaux que du sulfate de magnésie.

Il n’emploie pour l’avivage que de l’eau contenant un sachet de son , dont il soutient l’ébullition pendant huit heures , en renouvelant celle qui s’évapore.

On peut se procurer une grande variété de nuances différentes , en donnant au coton une autre couleur ^ avant de le passer au bain huileux

Pallas dit , dans le journal de Pétersbourg de 1776, que les arméniens que les troubles de la Perse ont obligés de se retirer à Astracan, teignent en rouge de Turquie en imprégnant le coton d’huile de poisson , et en le fesant sécher alternativement, pendant sept jours; qu’ils ont remarqué que les autres huiles ne réussissaient pas , que même ils ne prenaient pas indilférem-^ ment celle de tous les poissons , mais qu’ils choisissaient celle de quelques poissons , qui devient laiteuse aussitôt qu’on y mêle une solution alcaline. Après ces imprégnations et dessiccations répétées , ils lavent le coton et le font sécher ; après cela ils lui donnent un bain astringent dans lequel ils mettent- un peu d’alun; ils le tçîgnent dans un bain de garance , en y ajoutant

« E I, A T E I ]?r T XI E E

<3u sang de veau; enfin ils le font digérer pendant vingt-quatre heures dans une solution de soude.

Si l’on fait bouillir- quelques minutes, dans de l’eau de savon , du coton teint par un pro* cédé quelconque avec la garance, il prend une couleur rosée; si on le comprime alors, on en exprime une matière grasse qui a la couleur du rouge d’Andrinople , et qui s’attache au coton blanc. OEtinger a observé, dès 1764(1), que riiuile avait la propriété de dissoudre la partie colorante du rouge d’Andrinople, de manière que, si on lliumecte d’huile, sa couleur se communique au colon blanc, avec lequel on le frotte quelque temps. Il avait conclu de là que l’huile devait entrer dans la préparation du rouge d’Andrinople ; et l’abbé Mazeas a déjà prouvé depuis long- temps que 1 huile était indispensable dans cette teinture (ti).

L’espèce de garance qu’on emploie , influe beaucoup sur la couleur qu on obtient. Il parait indispensable, pour obtenir une couleur égale au rouge d’Andriiiople , d employer celle qu on appèle lizary.

(i) Dlssert. de viriljus i-adic. ruhiæ tinct. aiitiarcînlicls a virLute ossa animal, vivonmi linoendinon pendentihus.

(2.) Kechercbes sur la cause physique de radhérence de la couleur rouge j etc. JS/létn. des elrun^ers ^ tom. IV*

ï N général. iC3

On rloit distinguer dans le coton teint en garance, la faculté de résister long-temps à l’action de l’air et celle de résister aux alcalis et au savon. Cette dernière ne peut s’obtenir cpie par le moyen des huiles et des graisses ; mais la première dépend principalement des mordants qu’on a employés , et des autres manipulations ; ainsi ,

• les rouges sur toiles imprimées, peuvent être très-solides, sans soutenir l’action des lessives, comme le rouge d’Andrinople.

Il est donc à propos , indépendamment de la beauté de la couleur, d’employer des procédés analogues à celui du rouge d’Andrinople , pour les objets qui sont sujets à éprouver des lessives et de fréquents savonnages.

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