‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 20 sur 53 · C H-A PITRE III · texte numérisé non relu

C H-A PITRE III

De la cochenille.

La cocbeiiille a d’abord été prise pour une aine, mais les observationsdeLewenhock firent voirque c'était un insecte. On nous l’apporte du Mexique : cet insecte y vit sur différentes espèces d opuntia, La femelle a le corps applati du côté du ventre , et hémisphérique sur le dos , qui est rayé par des rides transversales : sa peau

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est d’un brun sombre ; sa bouche est un point subulé qui sort du côté du thorax : elle a six pieds bruns , très - courts , et point d’ailes ; le mâle a le corps très-alongé , d’une couleur rouge foncée , couvert de deux ailes horizontalement baissées, et un peu croisées sur le dos; il a deux petites antennes à la tète , et six pieds plus grands que ceux de la femelle ; son vol n’est pas continu , mais il voltige en sautant très rarement ; sa vie , qui n’est que d’un mois, se termine par ses amours ; et la femelle fécondée vit un mois de plus , et meurt après le part : elle est quelquefois ovipare et quelquefois vivipare. Après leur naissance, les femelles se dispersent sur les articles de l’opuntia , et elles s’y fixent par leur trompe jusqu’à la fin de leur vie.

On récolte au Mexique , deux sortes de cochenille ; la cochenille silvestre , qu’on y appèle , d’un nom espagnol , grana silvestra^ et la cochenille fine, ou grana fina ^ qu’on nomme aussi mestèque , du nom d’une province du Méxique, et qu’on élève sur le nopal. La première est plus petite et recouverte d’un duvet cotonneux qui la surcharge d’un poids inutile pour la teinture : elle donne donc à poids égal, moins de couleur, et elle est d’un prix inférieur à celui de la cochenille fine; mais ces désavantages sont peutêtre compensés par son éducation plus facile et

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rnoins dispendieuse, et par les effets même de son duvet , qui la met en état de résister beaucoup mieux aux pluies et aux orages.

La cochenille silvestre , qu’on élève sur le nopal, perd en partie la ténacité et la quantité de son coton , et elle acquiert une grandeur double de celle qu’elle a sur les autres opuntias. On peut donc espérer qu’elle se perfectionnerait par une éducation suivie , et qu’elle se rapprocherait de plus en plus de la cochenille fine.

Thieride Menonville , s’exposa aux plus grands dangers , pour aller observer l’éducation de la cochenille au Mexique ,• pour en arracher cette production précieuse , et pour en enrichir la colonie de Saint - Domingue. Il rapporta avec lui de la coçhenille fine , de la cochenille silvestre , et des nopals , qui sont l’espèce d’opuntia la plus propre à nourrir ces insectes.

Il s’occupa à son retour du plan du nopal et de différentes espèces d’opuntia , et de l’éducation des deux cochenilles; mais la mort le surprit , et la cochenille fine périt bientôt. Il avait, à son retour , reconnu la cochenille silvestre sur une esptèce d’opuntia , nommé péreschia ou patte de tortue^ qui se trouve à St.-Domingne. Cette découverte ne demeura pas infructueuse : Bruley s’occupa avec succès de l’éducation de cette cochenille : le cercle des philadelphes s’en

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occupa de sou côte , et publia un ouvrage poS' thume de Thieri de Menonvillo , dans lequel on trouve une instruction très - détaillée sur ce qui a rapport a la culture du nopal et des autres opuntias qui peuvent lui être substitués avec plus ou moins de succès , à l’éducation de la cochenille et à sa préparation (i).

Deux mois après, que les mères mises en réserve ont été semées sur le nopal, on voit sortir de leur sein quelques petites cochenilles; c’est le moment où il farft en faire la récolte : on les fait mourir dans leau bouillante. Les plaques de fer chaud et «lé «four dont on fait usage quelquefois, peuvent détériorerjes cochenilles jjar une troja grande chaleur. Après qu’on les a retirées de leau , on les fait sécher avec soin à un grand soleil. Elles perdent près des deux tiers de leur poids dans la dessiccation.

Quand la cochenille fine est sèche, on doit la passer par un crible assez large pour lui donner passage , mais qui puisse arrêter les bourres et le coton des larves des mâles. On met à part les bourres , et on les vend séparément , ou avec la cochenille silvestre.

(j) Traité de la culture du nopal et de réducation de la CocticnlUe dans les colonies françaises de l’Amérique , précédé d’un voyage à Guaxaca , par M, Thierri de Menonville, Ann» de chini» , tom. V.

La cochenille fine qui a été bien séchée et ])ien conservée , doit avoir une couleur cVuri gris tirant sur le ponr])re. Le gris est l’efTet d’une poudre qui la couvre naturellement et dont elle a con* servéune partie : la nuance pourpre est due à la couleur qu’a extraite l’eau dans laquelle on la fait mourir.

La cochenille se conserve long-tems dans un. lieu sec : Ilellot dit qu’il en a essayé qui avait i3o ans d’ancienneté , et qui produisait le même effet qu’une cochenille nouvelle.

Ou a cru assez généralement que la cochc' nille devait sa couleur au nopal , sur lequel elle vit , et dont les fruits sont rouges ; mais Thiéri de Menonville observe que le suc qui lui sert de nourriture est verdâtre , et qu elle peut vivre et se perpétuer sur des espèces d'opuntia dont le fruit n’est pas rouge

La décoction de cochenille est d un cramoisi tirant sur le violet.

Une petite quantité d’acide sulfurique a fait prendre à cette liqueur une couleur rouge tirant sur le jaune; il s’est formé un petit précipité d’un beau rouge.

La dissolution du tartre a changé la liqueur en rouge jaunâtre. Il s’est formé lentement un petit précipité d’un rouge pale : la liqueur surnageante est restée jaune ; en y versant un peu d’alcali , elle a pris une couleur pourpre. L alcalij

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à dissous rapidement le petit précipité , et la dissolution était pourpre : la dissolution d’étain a formé un précipité rose avec la liqueur jaune.

La dissolution d’alun a éclairci la couleur de l’infusion et lui a donné une teinte plus rouge : il s’est formé un précipité cramoisi et la liqueur surnageante a conservé une couleur de cramoisi im peu rougeâtre.

Le mélange d'alun et de tartre a produit une couleur plus claire , plus vive et tirant sur le rouge jaunâtre ; il s’est formé un précipité beaucoup moins abondant, et beaucoup plus pâle que dans l’expérience précédente.

La dissolution d’étain a formé un dépôt abondant d’un beau rouge ; la liqueur qui surnageait ctart claire comme de l’eau , et n’a point changé de couleur par l’affusion de l’alcali.

Ayant versé la dissolution de tartre et après cela de la dissolution d’étain , il s’est formé plus promptement que dans l expérience précédente un dépôt rose tirant sur le lilas; et quoiqu’on ait ajouté une surabondance de dissolution d’étain, la liqueur surnageante est restée un peu jaune.

La dissolution de muriate de soude a rendu la couleur un peu plus foncée , sans troubler la liqueur.

Le muriate d’ammoniaque a donné une nuance de pourpre, sans occasionner de précipité.

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Le sulfate de soude n’a produit aucun changement sensible dans la liqueur.

Ayant fait bouillir un peu de cochenille avec moitié de son poids de tartre , la liqueur tirait plus sur le rouge , et avait une couleur beaucoup moins foncée que celle qui provenait d’une égale quantité de cochenille sans tartre ; mais la première a donné avec la dissolution d’étain un précipité plus abondant , qui avait une couleur plus intense ; de sorte que le tartre favorise la dissolution des parties colorantes de la cochenille : quoique la couleur de la dissolution soit moins foncée , le précipité qui en provient par la dissolution d’étain a une nuance plus vive.

Le sulfate de fer a formé un précipité violet brun ; la liqueur surnageante est restée claire avec un œil de feuille morte.

Le sulfate de zinc a formé un précipité d’un violet foncé ; la liqueur surnageante est restée claire et sans couleur.

L’acétate de plomb a donné un précipité violet pourpré moins foncé que le précédent ; la liqueur surnageante est restée claire.

Le sulfate de cuivre à produit un dépôt violet, . qui s’est formé lentement; la liqueur surnageante est restée claire et violette.-

Si l’on fait digérer dans l’alcool l’extrait que la décoction de cochenille donne par l’évaporation, les parties colorantes se dissolvent et- lais-

sent un résidu qui ne retient qu’une couleur de lie de vin , que de nouvel alcool ne peut lui ôter. Cette partie donne dans l’analyse par le feu, les produits des substances animales.

L alcool de cochenille laisse par l’évaporation un résidu transparent qui est d’un rouge foncé , et qui , lorsqu’d est sec, a l’apparence d’une résine : il donne également par la distillation les produits des substances animales; de sorte que cette partie colorante est u ne substance animale.

La cochenille mestèque a été comparée avec la cochenille silvestre du Mexique et celle qui avait été élevée à Saint - Domingue et envoyée par Bruley.

La décoction de la cochenille silvestre a la même nuance que celle de la cochenille de Saint- Domingue : cette nuance tire plus sur le cramoisi que celle de la cochenille mestèque ; mais les précipités qu’on en obtient, soit par la dissolution d'étain , soit par l’alun, sont d’une couleur parfaitement égale à ceux de la cochenille mestèque , et ce sont ces précipités qui colorent les étoffes en se combinant avec elles.

On s’est servi de l’acide muriatique oxigéné pour déterminer la proportion des parties colorantes que les décoctions de différentes cochenilles contenaient. On a fait bouillir pendant une heure un poids égal de chacune des trois cochenillés,en rendant toutes les circonstances autant

ETT GÉNÉRAL.

î^gales qu’il était possible : oes trois décoctions fîîtrees ont etc versées chacune dans un cylindre de verre gradué , et on y a mêlé du même acide muriatique oxigéné , jusqu’à ce qu’elles aient toutes trois été amenées à la même nuance de jaune. Les quantités d’acide qui représentent les proportions de parties colorantes se sont trouvées à-peu-près dans le rapport des nombres suivants; huit pour la cochenille de Saint-Domingiie , onze pour la cochenille silvestre du commerce , .dixhuit pour la cochenille mestèque.

On voit donc que la cochenille de Shint-Oomingue est non-seulement fort inférieure à la cochenille mestèque, mais même à la cochenille silvestre du Mexique , et effectivement elle est beaucoup plus cotonneuse et plus petite ; mais ces désavantages ne doivent pas diminuer le zèle de ceux qui s’occupent de son éducation.

Les observations de Thieri de Menonville ont déjà prouvé que la cochenille silvestre perdait de son coton, et devenait plus grosse par une succession de générations soignées , et dans les commencements l’on a été obligé d’employer des no|ials qui n’avaient pas atteint la grosseur nécessaire.

Relativem.ent à la qualité de la couleur, on a vu que la cochenille de Saint -Domingue ne le cédait pas à la cochenille mestèque ; mais si le coton dont elle est recouverte pouvait nuire ,

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dans les operations en grand , à la beaute' de lecarlate dont l eclat peut être si facilement altéré , on en trouverait un emploi avantageux , soit pour les demi-écarlates , soit pour les cramoisis et les autres nuances qui sont moins délicates que la plus vive des couleurs.

D’ailleurs , la cochenille silvestre se trouve dans plusieurs parties de l’Amérique septentrionale ; îe docteur Garden l’a observée dans la Caroline méridionale et la Géorgie : elle existe aussi à la Jamaïque, et il pourra s’en trouver qui égale celle du Alexique.^ Bancroft en a examiné qui venait du Brésil , et il en a obtenu une couleur égale en beauté à celle de la cochenille mestèque : elle en donnait la moitié autant.

Anderson avait cru trouver la cochenille siD vestre à Madras , mais les espérances qu’il avait données ne se sont pas réalisées : l’insecte qu’il a pris 230ur la cochenille paraît se raj^procher du kermès , selon Bancroft , et les épreuves qu’il a faites sur un échantillon qui lui avait été envoyé, lui ont fait voir que cet insecte ne pouvait donner aux étoffes qu’une couleur brune de chocolat , qui , à la vérité , est solide.

On peut observer un caractère distinctif entre la cochenille et la garance dans leur manière de .se comporter avec les réactifs : l’une et l’autre reç >ivent une couleur jaune des acides; mais si l’on sépare les j)arties colorantes de la cochenille

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par une substance qui les précipite de la liqueur acide, elles reparaissent avec leur couleur nalu^ relie peu cliangée ; au lieu que celles de la garance retiennent une nuancejaune ou fauve; de là vient que les mordants qui ont un acide aljondant , tels que la dissolution d’étain , sont employés avec beaucoup plus de succès avec la cochenille qu’avec la garance. Cet effet est probablement du à ce que la combinaison de la partie colo« rante de la garance avec l’oxide d’étain retient une portion d’acide , et qTie celle de la partie colorante de la cochenille n’en retient pas, ou en retient beaucoiq) moins.

Le carmin est la laque que l’on obtient de la cochenille. par le moyen de l’alun; mais on mêle à la cochenille une certaine proportion d’autour, qui est une écorce qui nous vient du Levant, et qui est d’une couleur plus pâle que la canelle : ordinairement on ajoute encore du chouan , qui est une semence d’une espèce inconnue, qui nous vient aussi du Levant et qui est d’un vert jaunâtre. Il y apparence que ces deux substances fournissent avec l’alun un précipité jaune qui sert à éclaircir la couleur de la laque de la cochenille, de meme qu’une partie colorante jaune sert à donner à l’écarlate une couleur de feu. On fait aujourd’hui un carmin siq^érieur par un procédé qui n’est pas public. Le carmin se jjiéparait autrefois avec le kermès , d’où il tire son nom.

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