CHAPITRE IV
De la teinture en écarlate.
L’écarlate est la plus ])elle et la plus éclatante des couleurs de la teinture. Le goiil n’est ]>as constant sur la nuance cju'on préfère : l’on demande quelquefois que l’écarlate soit d’un l’ouge parfait et plus foncé , plus souvent , qu’elle incline plus ou moins à la eouleur de feu.
On ne peut espérer d’obtenir la nuance que l’on desire des doses précises qui sont prescrites dans les procédés , parce qu’il y a des variations dans la quantité de parties colorantes qui sont contenues dans les différentes espèees de cochenille fine , et sur-tout parce que les dissolutions d’étain dont on s’est servi, peuvent différer considérablement entre elles ; mais on peut facilement déterminer , par des essais en petit , les justes proportions des ingrédients dont on fait usage, pour obtenir la nuance que l’on desire ; et si les pièces que l’on teint se trouvent an- dessus ou au-dessous de cette nuance , il n’est pas difficile d’atteindre aux proportions convenables.
La teinture en écarlate s’exécute en deux ope-
rations ; la première s’appèle le bouillon , et la seconde la rougie.
Pour le bouillon destine à la teinture de 5o kilograinnies de drap , on jet le dans l’eau , lorsqu'elle est un peu plus que tiède , 3 kilogrammes de tartre pur : on pallie fortement le bain, et lorsqu’il est un ^^eu plus chaud , on y jette o,ü5 kilogrammes de cochenille en poudre, que l’on y mêle bien ; un moment après ou y verse 2,5 kilogram. de dissolution d’ètainbien claire, que l'on mêle avec soin , et dès que le bain commence à bouillir, ou y met le drap , que l’on fait circuler rapidement pendant deux ou trois tours ; ensuite on ralentit le mouvement. Après deux heures d'ebullition , on le lève , on l’ëvente et on le porte à la rivière pour être bien lavé.
On vide la chaudière pour préparer le second bain , qui est la rougie. Lorsque ce bain est prêt à bouillir, on y met 2,75 kilogrammes de cochenille pulvérisée et tamisée ; on la mêle avec soin , et lorsqu’après avoir cessé de remuer, une croûte qu’elle vient former à sa surface s’entr’ouve d’elle -même en plusieurs endroits, 011 verse à peu près 7 kilogrammes de dissolution d’étain. Si après cela , le bain s’élève par-dessus les bords de la chaudière, on le rafraîchit en y mettant de l’eau froide.
Lorsque la dissolution est bien mêlée, on jette le drap dans le bain , avec la précaution de le
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tourner rapidement les deux ou trois premier^ tours ; on le fait bouillir pendant une heure , en 1 enfonçant dans le bain avec des bâtons, lorsque le bouillon le soulève : on le lève ensuite , on revente , on le refroidit , puis on le lave à la rivière et on le fait sécher.
Les proportions de cochenille et de dissolution d’étain , que l’on fait entrer soit dans le bouillon , soit dans la rougie, ne sont pas constantes. Il y a des teinturiers qui , au rapport de Ileîlot , réussissent très-bien , et qui mettent les deux tiers de la composition et un quart de la cochenille au bouillon , et l’autre tiers de la composition avec les trois quarts de la cochenille à la rougie., Hellot prétend aussi qu’il n’est point nuisible d’employer du tartre à la rougie , pourvu qu’on n’en mette au plus que la luoitié du poids de la cochenille, et meme il lui a paru qu’il rendait la couleur plus solide ; c’est actuellement la pratique de plusieurs teinturiers. L’on a vu qu’il favorisait la dissolution des parties colorantes, effet qui a sur - tout lieu lorsqu'on le broie avec la cochenille , et par là le résidu se trouve mieux épuisé. Cette considération a moins de poids, lorsqu’on travaille de suite, parce (ju’alors les parties colorantes qui se trouvent dans le résidu, sont employées dans les opéralions subséquentes ; mais il ne faut pas négliger l’influence que le tartre a sur la qualité de la
couleur , que nous déterminerons plus particulièrement.
Il y a quelques teinturiers qui ne lèvent pas le drap du bouillon , et qui ne font que le rafraîchir , pour faire la rougie sur le même bain , en y versant l'infusion de cochenille qu’ils ont faite à part , et à laquelle ils ont mêle' la quantité convenable de composition : l’on épargne parla du temps et du combustible , et l’on peut obtenir une bonne écarlate.
Comme on desire ordinairement que l’écarkite ait beaucoup de vivacité , et qu’elle approche de la couleur de feu, on lui donne une teinte jaunâtre en fesant bouillir du fustet dans le premier bain , ou bien en ajoutant un peu de curcuma à la cochenille. On reconnaît aue l’on a
fait usage de ces ingrédients en coupant l’écarlate, dont l’intérieur se trouve alors teint en jaune ; car, par le procédé ordinaire, la cochenille ne pénètre pas l’intérieur de l’écarlate et le laisse blanc , ce qu’on appèle trancher.
Il est avantageux pour la teinture de l’écarlate de se servir de chaudière d’étain , parce que bacide dont on fait usage attaque le cuivre , et que la dissolution qu’il en fait peut nuire à la beauté de la couleur ; cependant , comme ces^ chaudières sont difficiles à faire dans une certaine grandeur , et comme elles sont sujettes à
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se fondre ^ si on oublie d’en retirer le feu avant de les vuider , plusieurs teinturiers font usage de chaudières de cuivre ; mais il faut avoir soin de les tenir bien propres , de n’y pas laisser séjourner la liqueur acide , et d’empècher que le drap qu’on y teint ne touche le métal , soit par le moyen d’un réseau , soit par le moyen d’un panier d’osier à claire-voie.
Scheffer prescrit pour le bouillon un dixième de dissolution d’étain sur un poids donné de drap , avec une égale quantité d’amidon et autant de tartre : il remarque que l’amidon sert à rendre la couleur plus uniforme , et il prescrit de jeter dans l’eau , quand elle bout , — de cochenille , de bien agiter , d’y faire bouillir la laine pendant une heure et de la laver ; il prescrit ensuite de la faire bouillir une demi-heure dans le bain qui sert de rougie , avec ~ d’amidon , — de ' dissolution d’étain , de tartre et “ de cochenille.
On voit que Scheffer emploie une beaucoup plus petite quantité de dissolution d’étain qu« llellot , mais celle dont il fait usage contient beaucoup plus d’étain.
Poerner décrit trois principaux procédés , selon la nuance plus ou moins foncée, plus ou moins orangée, qu’il veut donner à l’écarlate , en lésant varier les proportions de la dissolution
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d’etaîn, de cochenille et du tartre, ou en supprimant le dernier.
Pour diriger le procédé de l’ccarlate de la manière la plus avantageuse , et pour en varier les résultats selon le but que l’on se propose , il faut reconnaître quel est l’effet de chacun des ingrédients qui y est employé.
On avait, dans la première édition de ces éléments, attribué au tartre la propriété de donner une nuance plus foncée et plus rosée aux parties colorantes de la cochenille. Cette opinion pouvait meme être regardée comme générale , mais Bancroft l’a combattue avec raison : il prétend que si l’on supprime le tartre, on a une couleur cramoisie ; que le tartre donne naissance à un tartrite d’étain insoluble , qui fait avec la cochenille une couleur jaune; que l’écarlate ordinaire est un mélange d’un quart de cette couleur jaune et de trois quarts ou un peu plus de la couleur cramoisie que donne la cochenille avec la dissolution d'étain : en conséquence il propose de substituer au tartre une teinture préliminaire avec le quercitron , qui , par son jaune , produit le meme effet , et de teindre ensutie avec la dissolution d'étain et la cochenille, dont il ne faut alors que les ~ de la proportion ordinaire.
Nous avons teint de l’écarlate en employant les proportions de dissolutions d’étain et de tartre , qui ont été indiquées en premier ; un autre
échantillon pour lequel nous avons doublé la pro* portion du tartre, et un troisième pour lequel nous avons supprimé cet ingrédient : le premier a pris une belle couleur écarlate 5 lo second inclinait plus au jaune, et le troisième avait une couleur vineuse et moins vive , quoiqu’il ne lut
pas exactement cramoisi.
Il est donc vrai que le tartre fait incliner au jaune la couleur de la cochenille , et qu’il produit d’autant plus cet effet, que la proi^rtion en est plus grande : nous n avons pas vérifié si l’on pouvait remplacer entièrement cet effet par un jaune produit par un autre moyeu. Si la proportion de la dissolution d’étain est trop forte , elle devient nuisible et amaigrit la couleur, parce qu’une portion de la partie colorante est retenue en dissolution ; mais les différentes proportions d’étain que cette dissolution contient , ont aussi une influence : il nous a paru , qu’en général , plus était grande la proportion d’étam , plus le rou-e était foncé. Nous'nous sommes assez étendus sur la préparation de la dissolution d étain ,
pari. , . ,,
liancroft recommande une dissolution d une