‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 23 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la teinture en cramoisi.

To US les procédés dont on fait usage pour obtenir les différentes nuances de cramoisi , depuis les plus claires jusqu’aux plus foncées , peuvent être rapportés à deux. Ou l’on donne la nuance de cramoisi que l’on desire au drap déjà teint en écarlate, ou bien on teint d’abord en cramoisi.

L’alun , en général , les sels à base terreuse , les alcalis fixes et les alcalis volatils, ont la propriété de changer la couleur de l’écarlate en cramoisi, qui est la couleur naturelle de la cochenille. L’ on n’a donc qu’à faire bouillir pendant environ une heure le drap teint en écarlate dans une dissolution plus ou moins chargée d’alun , selon que Ton veut obtenir une couleur plus ou moins foncée; mais comme les autres sels à base terreuse ont la même propriété , et que les eaux

contiennent plus ou moins de ces sels , d’où vient qu elles rosent plus ou moins les nuances d’écarlate qu on y passe , sur - tout quand elles sont échauffées , la quantité d’alun nécessaire pour obtenir le cramoisi varie suivant la nature des eaux qu on emploie , et même , lorsqu’elles se trouvent bien chargées de ces sels , elles peuvent suffire sans qu on y ajoute de l’alun. Lorsqu’une pièce d’écarlate a quelques défauts , on la destine au cramoisi.

Hellot dit qu il a essayé le savon , la soude , la potasse , la cendre gravelée 5 que toutes ces substances ont produit le cramoisi qu’il desirait , mais quelles le ternissaient et lui donnaient moins d éclat que l’alun : au contraire , l’ammoniaque produisait un très -bon effet; mais comme elle s’évaporait promptement , il en fallait mettre dans le bain une quantité considérable, ce qui augmentait beaucoup le prix de la teinture. Il imagina donc de mettre dans le bain un peu plus que tiède , un peu de muriate d’ammoniaque ou sel ammoniac , et une quantité égale de potasse ordinaire : le drap prenait sur-le-champ une couleur très -rosée et trèsbrillante ; il prétend même qu’on peut diminuer un peu la quantité de la cochenille par ce moyen qui rehausse la couleur. Poerner^ qui donne ce même procédé, prescrit de laisser l’écarlate pendant vingt-quatre heures dans la dis-

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solution froide de muriate ammoniacal et de potasse.

Pour teindre immédiatement en cramoisi, on se sert , par kilogram. de drap , j)Our le bouillon , d’une dissolution de o, 1 53 d’alun et de 0,09*^ de tarife avec 0,060 de cochenille; maison ajoute ordinairement de la dissolution d’ëtain , quoiqii’en plus petite proportion que pour 1 ëcarlate. Les procédés que l’on suit varient beaucoup , selonl a nuance plus ou moins foncée, plus ou moins éloignée de la couleur de l’écarlate , que l’on veut obtenir. Quelques-uns font usage du muriate de soude pour le bouillon.

On se sert souvent de l’orseille et de la potasse pour brunir les cramoisis et leur donner plus d’éclat ; mais ce lustre qui en impose disparait bientôt.

Le bouillon pour le cramoisi se fait quelquefois à la suite d’une rougie pour l’écarlate , en y ajoutant le tartre et l’alun, et meme on prétend que le, soupe au vin dont on lait et le bouillon et la rougie à la suite de l’écarlate, a plus d éclat que lorsqu’on le teint sur un bain frais. On peut substituer pour ces couleurs la cochenille silvestre à la cochenille fine ; miais comme elle contient moins de parties colorantes , il faut en augmenter la quantité.

La rougie qui a servi au cramoisi peut être employée pour les pourpres et autres couleurs

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composées , dont il sera parle dans la suite.

On fait des demi -écarlates et des demi -cramoisis en remplaçant la moitié de la cochenille par la garance , en donnant d’ailleurs le même bouillon que pour l’écarlate et en suivant dans le reste le procédé de la rougie de l’écarlate ou du cramoisi. Au lieu de moitié , on peut employer d’autres proportions de garance , selon l’effet qu’on veut obtenir. On donne aussi plus d’éclat au rouge ordinaire de garance en fesant son bouillon à la suite de la rougie de l’écarlate.

On distingue sur la soie le cramoisi fin qui est dû à la cochenille , du cramoisi faux , que l’on obtient du bois de Brésil.

Les soies destinées à être teintes en cramoisi de cochenille ne doivent être cuites qu’à raison de vingt parties de savon pour cent de soie , parce que le petit œil jaune qui reste à la soie quand elle n’est décreiisée qu’à ce point , est favorable à cette couleur.

Les soies bien dégorgées à la rivière^, sont mises dans un alunage qui soit dans toute sa force ; on les y laisse ordinairement depuis le soir jusqu’au lendemain matin ; après quoi on les lave et on leur donne deux battures à la rivière.

Pour préparer le bain , on remplit d’eau une chaudière longue , environ jusqu’à moitié ou aux deux tiers ; et quand cette eau est bouillante , on

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y jette de la noix de galle blanche pilee , depuis le seizième jusqu’au huitième du poids de la soie, et après quelques bouillons, on met dans le bain depuis le huitième jusqu’au cinquième de cochenille broyée et tamisée pour chaque quantité de 5oie, suivant la nuance que l’on veut faire; on ajoute ensuite dans le bain ~ de tartre par quantité de cochenille , et quand le tartre est dissous, autant de dissolution d’étain. Cette dissolution doit contenir beaucoup plus d’étain que celle dont on fait usage pour l’écarlate , parce que celle-ci éclairerait trop la couleur. Macquer prescrit de la faire avec seize parties d’acide nitrique , deux de muriate ammoniacal , autant d étain fin en grenailles et douze d’eau.

On mêle les ingrédients , et on achève de remplir la chaudière avec de l’eau froide ; la proprotion du bain est d’environ dix-huit à vingt litres d’eau pour chaque kilogramme de soie. On plonge aussitôt les soies en les lisant jusqu’à ce qu’elles paraissent bien unies. Alors on pousse le feu et on fait bouillir le bain pendant deux heures en lisant les soies de temps en temps ; après cela on retire le feu , et l’on fait plonger les soies dans le bain; on les y tient pendant quelques heures ; on les lave à la rivière en leur donnant deux battures, on les tord et on les fait sécher.

Si l’on veut brunir les cramoisis , on les passe après les avoir lavés , dans une dissolution plus

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oii moins chargée de sulfate de fer, selon la nuance que 1 on veut obtenir ; et si l’on veut que la soie retienne une nuance de jaune, on ajoute à cette dissolution , plus ou moins de décoction de bois de fustet.

J^a noix de galle blanche est préférable , parce que la noire ternit la couleur du cramoisi, et même si l’on met une trop grand'e quantité de la pre« inière, la couleur est plus terne. Macquer prétend qu’elle ne sert qu’à augmenter le poids de la soie ; cependant son effet général est de rendre les couleurs plus solides; elle est au moins indispensable pour les cramoisis destinés à être brunis.

L’épreuve du vinaigre dont on se sert souvent pour distinguer le cramoisi de cochenille, du cramoisi faux , est infidèle , parce qu’elle ne peut faire distinguer les couleurs que l’on obtient des bois , lorsqu’on les a fixées par le moyen de la dissolution d’étain ; car alors elle résistent aussi bien au vinaigre que celles qui sont dues à la cochenille.

Macquer donne la description de la teinture de la soie cramoisie de Damas et de Diarbequir, qui a été communiquée par Oranger, et celle du procédé qu’on suit à Gènes.

On a vu que l’on mettait dans le bain une très-* petite quantité de dissolution d’étain pour teindre la soie en cramoisi. Si l’on voulait faire usage

du même procède par lequel on temt la laine en. écarlate, la soie perdrait son lustre , et n’acquerrait qu’une faible couleur' ; mais Macquer et Scheffer ont publié l’un et l’autre un procédé qui ne diffère que dans quelques circonstances, pour teindre la soie en* rose et en ponceau, par le moyen de la dissolution d’étain , employée à froid pour éviter son action trop vive sur la soie.

Dans le procédé que Macquer publia en 1 768, on prépare la dissolution d’étain en jetant peu à peu , trois parties d’étain , dans un mélange de quatre parties d’acide nitrique , et de deux parties d’acide muriatique. Quand la dissolution est finie, on y plonge six parties de soie à laquelle on a donné un bain de rocou ; on l’y laisse une demi-heure ; on l’exprime et on le lave jusqu’à ce que l’eau ne se trouble plus. Pour la teindre , on emploie un quart de cochenille , et 7- de tartre sur le poids de la soie; on fait bouillir la liqueur, on la délaie dans une autre plus froide , de sorte que la main puisse la souffrir ; on y plonge la soie ; on anime le feu , et après une minute d’ébullition , on la retire et on la lave. La soie a pris par ce procédé une augmentation de poids d’un quart; sa couleur supporte le savon et est beaucoup plus solide que celle que lui donne le carthame.

C’est en 1751 que Scheffer décrivit en suédois

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le procédé qui*suit : on dissout une partie d’étaiii dans le mélange de quatre parties d’acide nitrique et d’une partie de muriate de soude ; on affaiblit la dissolution avec une double quantité d’eau ; on y laisse la soie en macération pendant vingt-quatre heures; on la retire , on la lave dans de l’eau claire jusqu’à ce quelle ne soit plus laiteuse. On teint cette soie en la fesant bouillir pendant un quart dlieure avec cinq sixièmes de cochenille dans un bain peu étendu : la liqueur qui reste , contient encore beaucoup de parties colorantes qui peuvent servir à teindre la soie en nuance plus claire , ou bien pour la teindre par le procédé ordinaire en cramoisi ; elle peut encore servir pour la laine.

Scheffer décrit quelques variétés de son procédé pour obtenir différentes nuances : on va rappeler les principales. En exprimant la soie baignée dans la dissolution détain, la laissant toute la nuit dans une autre dissolution froide d’une partie d’alun , sur trente-deux d’eau , la tordant pour qu’elle sèche , la lavant et la passant ensuite au bain de cochenille , elle ne prend qu’un ponceau pâle : si , après avoir étendu une partie de dissolution d’étain avec huit parties d’eau , on y met la soie en macération pendant douze heures , qu’aprèscela on la tienne toute la nuit dans la dissolution d’alun , qu’on la lave , qu’on la sèche et qu’on la passe dans

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deux bains de coclienillc comme cî-devant , en ajoutant au second bain un peu d’acide sulfurique, on aura un beau ponceau.

La principale différence des procédés deMacquer et de Scheffer , consiste dans le pied jaune que Macquer donne à la soie. Scheffer emploie une plus grande proportion de cochenille dans le bain de teinture ; mais on ne peut déguiser , sur le rapport de ceux mêmes qui ont coopère aux épreuves de Macquer à la manufacture des Gobelins, que la soie teinte par son procédé n’avait jamais atteint l’écarlate ; cependant cette couleur desirée a fait multiplier les tentatives des artistes; ceux qui paraissent approcher le plus près du but , commencent par teindre la soie en cramoisi, ensuite ils recouvrent cette teiu' ture de celle du carthame, If^ procédé

qui est décrit ci-après ; enfin ils donnent à froid une teinture jaune : l’on obtient parla une belle couleur ; mais la teinte du carthame se détruit par l’action de l’air , et la couleur se rembrunit assez promplement.

On se sert peu de la cochenille pour teindre le coton et le lin , parce qu’on peut leur donner , par le moyen de la garance , une couleur rouge qui est belle et solide ; cependant Scheffer décrit un procédé dont on peut tenter l’usage : on trempe le lin ou le coton, pendant vingt-quatre heures dans une dissolution froide d’étain ; après 2. i3

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cela oa tord , on lave et on fait bouillir un ' quart - d’heure avec quatre sixièmes de coclieiiille. Le coton prend un ronge clair. Ces couleurs supportent l’action du soleil , mais non pas celle du savon. Berkeniiout a aussi donne en Angleterre un procède qui a peu de différence avec celui que nous avons décrit pour la soie , selon la description qu’en donne Bancroft , et qui selon lui , ne peut produire qu’un cramoisi , parce qu’il n’y entre pas du jaune.

La différence des procédés auxquels il faut avoir recours pour donner à la soie et au Coton la couleur de l’écarlate , paraît dépendre de ce que ces substances ont une disposition beaucoup plus faible à s’unir avec les parties colorantes de la cochenille ou avec la combinaison de cette partie colorante et de l’étain ; d’où il résulte mie cette combinaison se sépare, se réunit en masses trop considérables, et se précipite avant que l’union ait pu s’opérer avec l’étoffe : mais l’on prévient cet inconvénient en commençant par imprégner l’étoffe , de dissolution d’étain , parce que l’oxide d’étain s’étant d’abord combiné avec elle , les molécules colorantes de la cochenille viennent s’y fixer , et qu’alors cette combinaison ne peut plus se précipiter. Il nous paraît donc que pour réussir dans ce procédé , il faut diriger ses vues vers les moyens les plus propres à produire d’abord une combinaison de l’oxide

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detain avec 1 étoffé, sans altérer celle-ci, et de lui donner ensuite un alliage convenable de rouo^e de coehenille et de jaune , soit par le moyen du tartre, soit par le mélange d’une couleur jaune.

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