‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 25 sur 53 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De la laque ou gomme-laque.

La laque est une substance d’un rouge plus ou moins foncé, qu’on nous apporte des Indes sous différentes formes. Cette substance est un ouvrage analogue à celui des ruches d’abeilles , construit

EW GIÉîTÉRAL.

par une espèce de coccus que Kerr et Roxburgh ont observe et décrit ( i ) , et qui vit et forme des cellules sur différentes espèces d’arbustes. Geoffroy, qui a donné des observations intéressantes sur cette substance (2) , la regarde comme une véritable cire , qui ne doit sa couleur qu’aux embryons des insectes qui y ont formé des alvéoles d’une forme presque ronde ; de sorte que le nom de gomme ne peut lui convenir.

On distingue plusieurs espèces de laque ; les principales sont, 10. la laque en bâtons; c’est l’ouvrage que les fourmis ont construit autour de petites branches. Cette espèce est la jdus riche en couleur , cependant d y en a à Madagascar qui n’est presque pas colorée.

20. La laque en grains : elle est moins colorée que la précédente.

3o. La laque en tables; on l’apporte en plaques ])lus ou moins considérables , 2)lus ou moins transparentes. Llle a ordinairement une couleur sale , et elle est mêlée avec du bois et de la terre. Il y a apparence que les Indiens en ont déjà extrait la partie colorante. Ce sont ces deux dernières esjDeces qui sont employées j^our la cire à cacheter, en les colorant avec le minium pour la cire rouge , le noir de fumée pour la cire noire ,

(i) Trans. philos. i,8l. *791.

, (2) Mem, de l’acad. 1714*

aol LA TElWTUïlK

1 orpiment pour la cire qui est de couleur d’avenîurine , etc. Geoffroy dit que la laque , sëpare'e des petits corps qu’elle contient , lui adonne' par la distillation les memes produits que la cire , et que les petits corps qui se réduisent en poudre d’un beau rouge lui ont donné les produits des substances animales. Les parties colorantes qui sont dues à ces petits corps , qu’il prend pour des crysalides , se dissolvent dans l’eau et dans l’alcool , et leur donnent une belle couleur rouvre.

Pour la teinture , il faut choisir la laque en bâtons , la plus haute en couleur ; on en sépare les bâtons, et on la réduit en poudre.

La couleur qu’on obtient de la laque n’a pas l’éclat d’une écarlate faite avec la cochenille ; mais elle a l’avantage d’avoir plus de solidité. On peut s’en servir d’une manière utile , en en mêlant une certaine quantité avec la cochenille ; et si on n’en met pas une trop forte proportion , l’écarlate n’en est pas moins belle et elle est plus solide.

. Pour séparer la partie soluble à l’eau , et pour en estimer la proportion avec la cire ou résine , Hellot avait coutume de l’extraire dans l’eau avec le mucilage de la consolide , d’en précijiiter la partie colorante avec l’alun , de la recueillir et de la sécher : il obtenait par ce procédé un précipité qui ne fesait que le cinquième de la laque en poids, et c’était de ce précipité qu’il se servait pour teindre ; mais ce précipité est une com-

blnâison des parties colorantes avec l’alumine ou base de raliin.

On peut employer la laque d’une manière plus simple ; il faut seulement avoir la précaution de faire bouillir la cochenille et la dissolution d’ëtain le temps convenable : après cela on rafraîchit le bain et l’on y met la laque en poudre. Elle exige une chaleur très- tempérée , sans quoi elle teint d’une manière inégale : elle demande une quantité de dissolution d’étain encore plus considérable que la cochenille. Le drap doit être lavé très-chaud au sortir de la chaudière , parce que les parties résineuses qui s’y sont fixées sont difficiles à détacher lorsqu’elles sont refroidies. On peut employer la laque avec succès pour le soupe au vin , en la mettant au bouillon , dans lequel il ne faut point alors faire entrer d’alun , parce qu’il précipiterait trop promptement sa partie colorante. On se sert de cochenille à la rougie , et l’on brunit à la manière ordinaire.

Selon ’Hellot , l’alcali fixe ou l’eau de chaux changent le rouge vif produit par la laque en couleur de lie de vin , et le muriate d’ammoniaque donne des couleurs de canelle ou de marron clair , selon qu’il y a plus ou moins de .ce sel.

Geoffroy conjecture c|u’on se sert de la laque pour teindre le maroquin rouge du Levant , après fui^ivoir fait subir les préparations convenables |

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en effet il paraît qu’on emploie la laque avec la cochenille pour cet objet à Diarbekir , et qu’à Nicosie 1 on fait usage du kermès. Quemiset prétend qu on peut employer indifféremment le •kermès , la cochenille ou la laque (i).

Ce qui parait distinguer avantageusement la laque du kermès , c est qu elle supporte l’action de la dissolution d etain et qu elle en éprouve les bons effets sans que sa couleur soit changée -en jaune, et meme on vient de voir qu’elle en

> exige une plus grande proportion que la cochenille.

CHAPITKE VIII.

De ïorseille.

orseille dont on se sert en teinture est sous la forme d’une pâte d’un rouge violet. On en distingue principalement deux espèces , l’orseille d’herbe ou des Canaries , et l’orseille de terre ou d’Auvergne , qu’on nomme aussi pérelle. La première est beaucoup plus es limée : elle se prépare avec une espèce de liclien f lichen roc-cella ) , qui croît sur les rochers voisins de la

(i) L’art d’apprêter et de teindre toutes portes de peaux.

EN GIÎNÉRAL. aoy

mer, aux Canaries et au Cap-Verd ; la seconde esjièce se préparé avec un lichen f lichen parellus ) , qui croît sur les rochers d’Auvergne.

Michel! , cite par Hellot , dit que les ouvriers qui préparent Forseille à Florence, réduisent la plante en poudre fine qu’ils passent à travers un tamis ; qu’ils l’arrosent ensuite légèrement de vieille urine ; qu’ils remuent une fois par jour le mélange en y ajoutant à chaque fois une certaine proportion de soude en poudre, jusqu’à ce que la matière ait pris une couleur colom- Line : alors on la met dans un tonneau de bois , et on y ajoute de l’urine, ou de l’eau de chaux, ou de la dissolution de gypse , jusqu’à ce que la surface en soit recouverte, et on la conserve en cet état. Dans une description que l’on trouve dans l’ouvrage de Plictho , Ton ajoute dans cette préparation du sel ammoniac , du sel gemme et du salpêtre ; mais Hellot s’est convaincu , par l’expérience, que la chaux et l’urine étaient les seuls ingrédients nécessaires ; qu’il fallait remuer fréquemment le mélange en ajoutant de nouvelles doses de chaux et d’urine. Il est bon de laisser évaporer à la fin l’alcali volatil qui s’est formé, pour que forseille prenne une odeur de violette que Ton trouve dans celle qui est bien préparée : cependant , pour la conserver longtemps , il faut avoir le soin de la tenir humectée d’urine.

Kalm dit , dans nn appendice à la suite d'un me'moire de Linneus ,'qui est dans les mémoires de Stoekliolm de 174^, que dans quelques parties de la Suède on se sert pour teindre en rouge de deux lichens qu’il décrit ; et l’on dit , dans les memes mémoires de 1744 j qu’il se trouve également en Suède une espèce de lichen ( lichen foliaceus iimhilicatus suhtus lacunosus, Linn. Flor. suec. ) , laquelle étant préparée avec de l’urine , teint la laine et la soie en rouge et violet, beaux et durables.

Il y a plusieurs autres espèces de mousse et de lichen qui pourraient peut-être servir en teinture , si elles étaient préparés comme l’orseille. Ilellot donne ce moyen de découvrir si elles possèdent cette propriété. On met un peu de ces plantes dans un vaisseau de verre; on humecte d’ammoniaque et de partie égale d’eau de chaux ; on ajoute un peu de muriate d’ammoniaque ou sel ammoniac; ensuite on bouche le petit vaisseau : après trois ou quatre jours , si la plante est de nature à donner du rouge , le peu de liqueur qui coulera en inclinant le vaisseau qu’on a ouvert , sera teint d’un rouge cramoisi , et la plante elle-même prendra cette couleur. Si la liqueur ou la plante ne prend point cette couleur, on ne peut en rien espérer, et il est inutile de tenter sa préparation en grand : cependant Lewis dit qu’il a éprouvé de celte manière

Un grand nombre de mousses , et que la plupart lui ont donné une couleur jaune ou brune rougeâtre ; mais qu’il n’a obtenu que d’un petit nombre une liqueur d’un rouge foncé qui ne communiquait au drap qu’un rouge jaunâtre (i).

L’orseille préparée donne très-promptement sa couleur à l’eau , à l’ammoniaque et à l’alcool. C’est de sa dissolution par l’alcool qu’on se sert pour les thermomètres à esprit-de-vin ; et lorsque ces thermomètres sonjt bien privés d’air, la liqueur perd sa couleur dans quelques années , comme l’a observé Nollet (2). Le contact de l’air rétablit la couleur qui se détruit de nouveau dans le vide par le laps de temps. L’infusion aqueuse perd sa couleur par la privation de l’air dans peu de jours : phénomène singulier et qui mérite des observations nouvelles.

L’infusion d’orseille est d’un cramoisi qui tire sur le violet : les acides lui donnent une couleur rouge ; comme elle contient de l’ammoniaque qui a déjà modifié sa couleur naturelle , les alcalis fixes y produisent peu de changement , seulement ils la foncent un peu et la rendent plus violette. L’alun y forme un précipité d’un rouge brun ; la liqueur qui surnage conserve une couleur rouge jaunâtre. La dissolution d’étain donne

(1) The clieinical Works of Gaspard Newman.

(a) Mém. de l’acad. 1742.

a lo

DE L \ T E I rf T D Pv E

mi précipité rougeâtre qui se dépose très-leiileîiient^; la liqueur qui surnage retient une faible couleur rouge. Les autres sels métalliques produisent des précipités qui n’offrent rien de leinarquable.

La dissolution aqueuse de l’orseille appliquée au marbre froid, le pénètre et lui 'communique une belle couleur violette ou bleue tirant sur le pourpre, qui résiste beaucoup plus long-temps à l’air que les couleurs de l’orseille appliquées à d’autres substances. Dufay dit qu’il a vu du marbre teint de cette couléur , l’avoir conservée au bout de deux ans sans altération.

Pour teindre avec l’orseille , on délaye dans un l)ain d’eau, lorsqu’elle commence à devenir tiède , la quantité d’orseille qu’on juge nécessaire , selon la quantité de laine ou d’étoffe q^i’on a à teindre et selon la nuance 4 laquelle on veut les porter ; on chauffe ensuite le bain jusqu’à ce qu’il soit prêt à bouillir , et on y passe la laine ou l'étoffe sans autre préj>aration que d’y tenir plus longtemps celle qu’on veut rendre plus foncée. On obtient par-là un beau gris de-lin tirant sur le violet , mais cette couleur n’a aucune solidité ; de sorte qu’on emploie rarement l’orseille dans une autre vue que de modifier , de rehausser et de donner de l’éclat aux autres couleurs. liellot dit qu’ayant employé l’orseille sur la laine bouillie avec l’alua et le tartre , la couleur n’a pas plu»

ETf GÉNI^RAl. 21 r

résisté à l’air que celle qui n’a reçu aucune préparation. Mais il a obtenu de lorseille d’herbe une couleur beaucoup plus solide, en mettant dans le bain un peu de dissolution d’étain ; par là l’orseille perd sa couleur naturelle et en prend une qui a2q)rocîie plus ou moins de l’écarlate , selon la quantité de dissolution d’étain qu’on emjjloie. Il faut exécuter ce procédé à-j)eu-près de la même manière que celui de l’écarlate , si ce n’est qu’on peut teindre en un seul bain.

On emploie souvent l’orseille pour varier différentes nuances et leur donner de l’éclat ; ainsi on s’en sert j^our les violets , lilas , mauves , ’ fleurs de romarin : pour obtenir un ton plus foncé, on y mêle quelquefois de l’alcali , du lait de chaux , comme pour les soupes au vin foncés. La suite de cette bruni ture jDeut ensuite donner des agates , des fleurs de romarin et autres couleurs délicates qu’on ne peut obtenir si belles par dVutres procédés. L’alun ne j^eut pas être substitué à cet effet ; non - seulement il ne donne j)as le même éclat , mais il dégrade les couleurs foncées.

L’orseille d’herbe est préférable à l’orseille d’Auvergne, par un plus grand éclat quelle cornmunique aux couleurs et par une jjlus grande quantité de parties colorantes : elle a de plus 1 avantage de soutenir l’ébullition; enfin cette dernière ne peut s’allier avec l’alun qui en dé-

2ïa

Ï>K LA TKINTURE

ti uit la couleur ; mais l’orseille d’herbe a Fiuconvénient de teindre d’une manière inégale , à moins qu on n ait 1 attention de passer le drap dans 1 eau chaude aussitôt qu il sort de la teinture.

On ne se sert pas de 1 orseille seule pour teindre la soie ^ si ce ii est pour les lilas , mais on passe souvent la soie dans un bain d’orseille , soit avant de la teindre dans d’autres bains , soit après qu’on l’y a teinte , pour modifier différentes couleurs et pour leur donner de l’éclat. On en donnera des exemples en traitant des couleurs composées i on se contentera d’indiquer ici comment l’on passe les soies blanches dans le bain d’orseille. Le même procédé s’exécute avec un bain plus ou moins chargé de cette couleur pour les soies qui sont déjà teintes.

On fait bouillir dans une chaudière, de l’orseille en quantité proportionnée à la couleur qu’on veut avoir ; on fait écouler toute chaude la liqueur claire du bain d’orseille , en laissant le marc au fond , dans une barque de grandeur convenable , sur laquelle on lise avec beaucoup d’exactitude les soies qui viennent d’être ^dégorgées du savon , jusqu’à ce quelles aient atteint la nuance qu’on desire ; après cela on leur donne une batture à la rivière.

En général l’orseille est un ingrédient très-utile en teinture ; mais comme elle est riche en couleur et quelle communique un éclat séduisant,

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îes teinturiers sont souvent tentes d en abuser et de passer les proportions qui peuvent ajouter à la beaute , sans nuire dune maniéré dang'ereuse à la solidité des couleurs : néanmoins la couleur qu’on en obtient lorsqu’on emploie de- la dissolution d’étain , est moins fugitive que sans cette addition ; elle est rouge et approche de celle de l’écarlate. Il paraît que c’est le seul ingrédient qui puisse augmenter sa solidité. On peut employer la dissolution d’étain , non-seulement dans le bain de teinture , mais pour la préparation de la soie : alors, en, mêlant l’orseille à d’autres substances colorantes , l’on peut obtenir des couleurs qui ont de l’éclat et qui ont une solidité suffisante.

Nous avons parlé de la couleur de l’orseiüe , comme si elle lui était naturelle , mais elle la doit réellement à une combinaison alcaline : les acides la font passer au rouge , soit en saturant 1 alcali , soit en se substituant à lui.

On fait subir une autre préparation au lichen qui produit l’orseille , pour en faire le tournesol ; c’est en Hollande que se fait cette préparation : on y but venir le lichen des îles Canaries, ainsi que de Suède ;on le réduit en poudre fine parle V ^ naoulin ; on y mêle une certaine proportion de potasse ; on arrose d’urine le mélange, et on lui laisse éprouver une fermentation : lorsque celle-ci est parvenue à un certain degré,

2i4 la tiii^ture

on ajoute du carbonate de chaux en poudre , pour donner de la consistance et du poids à la pâte, que Ion réduit ensuite en j)elits pains, auxquels on fait subir la dessiccation convenable (i).

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