CHAPITRE IV
Vu rocou.
Le rocou ou roucou est une pâte assez sèclie et assez dure qui est brunâtre à l’extérieur et rouge dans l’intérieur : on l’apporte ordinairement dans des tonneaux en pains qui sont enveloppés de feuilles de roseaux très-larges, d’Amérique , où on le prépare avec les séinences d’un arbre ( hixa orellana Linn. )
On doit à Leblond des observations exactes sur la culture de l’arbre dont la graine sert a faire le rocou , sur la préparation qu’on lui fait subir, et sur les moyens de perfectionner cette préparation (i).
On recueille les siliqiies qui contiennent les t?) Ami» <lc Cluin. toiii. XLVII» , >
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l^raines ; on en extrait celles-ci , on les pile; dans ret cHat , on les transporte dans une cuve qu’on appelé trempoirc , on on les délaye dans une suffisante quantité d’eau pour les couvrir entièrement. On abandonne la matière pendant plusieins semaines et même des mois; ensuite on l’exprime dans des tamis placés au-dessus de la trempoirc , pour que l’eau qui tient la couleur en suspension puisse y retomber : le résidu est conservé sons des feuilles de bananier, jusqu’à ce qu’il s’échauffe par la fermentation; alors on le soumet à la même opération, et l’on continue ainsi jusqu’à ce qu’il ne reste plus de couleur.
On délaye la matière extraite , on la passe dans des tamis pour en séparer les débris des graines, et on laisse déposer la couleur ; on fait bouillir le precq^ite dans des chaudières jusqu’à ce qu’il soit réduit en pâte asse? consistante ; ensuite on le laisse refroidir, et on le fait sécher à l’ombre.
A ce travail long et pénible, qui cause des maladies par la putréfaction qu’il exige, et qui donne un produit altéré , Leblond propo sede laver simplement les graines de rocon jusqu’à ce qu’elles soient totalement dépouillée de la couleur qui est entièrement à leur surface , de préci])iter la couleur à l'aide du vinaigre on du jus de citron , et de faire cuire à la manière ordinaire, ou de faire égoutter dans des sacs , ainsi que cela se pratique pour l’indigo.
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Les expériences qneVanqueïin a faites sur des graines de rocou apportées par Leblond , ont confirmé 1 efficacité du procédé proposé par le dernier , et des teinturiers ont éprouvé que le rocou obtenu de cette manière, valait, au moins, quatre fois autant que celui du commerce ; que , de plus , il était plus facile à employer; qu’il exigeait moins de dissolvant ; qu’il fesait moins d’embarras dans la chaudière, et qu’il fournissait une couleur plus pure.
TjC rocou vSe dissout beaucoup mieux et plus facilement dans l’alcool que dans l’eau ; d’où vient qu’on le fait entrer dans les vernis jaunes aiîX(|uels on veut donner un œil orangé.
La décoction du rocou avec l’eau a une forte odeur qui lui est particulière et une saveur désagréable : sa couleur est d’un rouge- jaunâtre et reste un peu trouble; une dissolution alcaline la rend jaune-orangée , plus claire et plus agréable r il s'en sépare une petite quantité de substance blanchâtre qui reste suspendue dans la liqueur. Si l’on fait bouillir dans l’ean le rocou avec nir alcali ,îl se dissout beaucoup mieux que lorsqu’il est seul , et la liqueur a une couleur orangée.
Les acides forment avec cette liqueur un j>récipité de couleur orangée , qui est dissoluble par rnlcali , et qui lui communique une couleur orangée foncée; la liqueur qui surnage ne retient c|u’uiic couleur jaune-pâle.
^La dissolution de muriate de soude et celle de muriate d’ammoniaque ne produisent aucun changement sensible.
La dissolution d’alun donne un précipité considérable d’une couleur orangëe plus foncée que le depot forme par les acides ; la liqueur relient une couleur agréable de citron tirant un peu au vert.
Le sulfate de fer forme un précipité d’un brunorangé ; la liqueur retient une couleur jaune trèspâle.
Le sulfate de cuivre donne un précipité d’un brun - jaunâtre un peu plus clair que le précédent; la liqueur conserve une couleur jaune-verdâtre.
La dissolution d’étain produit un précipité jaune-citron, qui se dépose très-lentement.
Pour employer le rocou , on le mêle toujours avec de l’alcali qui en facilite la dissolution et (jiii lui donne une couleur qui lire moins au rouge •. on coupe le rocou par morceaux , et on le fait bouillir quelques moments dans une cbaudiè^re avec poids égal de cendre gravelée , à moins que la nuance qu’on veut obtenir n’exige une quantité moins considérable d’alcali. On peut ensuite teindre les draps dans ce bain , soit avec ces seuls ingrédients, soit en y en ajoutant d’autres pour en modifier la couleur; mais il est rare qu’on fasse usage du rocou pour la laine, parce
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<]iie Ips couleurs qu’il donne sont trop fugitives , €t qu on peut les obtenir d’ingredients plus solides. Helloi s’en est servi pour teindre une étoffé préparée avec l’alun et le tartre , mais la couleur n’a pris qu’un peu plus de solidilë : c’est presqu’imiquement pour la soie qu’on en fait usage.
Il suffit que les soies destinées à être mises en aurore et orangé , aient élé cuites à raison de vingt parties de savon pour cent : après qu’elles ont été bien dégorgées , on les plonge dans un bain qu’on a préparé avec l’eau , à laquelle on a mêlé avec soin une quantité plus ou moins grande de la dissolution alcaline de rocou , selon la nuance que l’on veut obtenir. Ce bain doit avoir un degré de chaleur moyen entre l’eau tiède et l’eau bouillante.
Lorsque les soies sont unies , on retire Un des inalteaux , on le lave et on le tord pour voir si la couleur est assez pleine ; si elle ne l’est pas assez , on ajoute de la dissolution de rocou et on lise de nouveau. Cette dissolution âe conserve sans s’altérer.
Quand on a obtenu la nuance que l’on desii e, il ne reste qu’à laver les soies et à leur donner deux battures à la rivière pour les débarrasser du superflu du rocou , qui nuirait à l’éclat de la couleur.
Pour teindre sur cru , on choisit des soies naturellement blanches, et on les teint sur le bain
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de rocou , qui ne doit être que tiède ou même froid , pour que Falcali n’attaque pas la gomme de la soie et ne lui ôte pas l’élasticité qu’on desire de lui conserver.
Ce qu’on vient de dire regarde les soies auxquelles on veut donner les nuances d’auroîe ; mais pour faire l’orangé , qui est une nuance beaucoup plus rouge que celle d’aurore , il faut , après la teinture en rocou , rougir les soies par le vinaigre, par l’alun ou par le jus de citron. L’acide, en saturant l’alcali dont on s’est servi pour dissoudre le rocou, détruit la nuance de jaune que cet alcali lui avait donnée , et le ramène à sa couleur naturelle qui tire beaucoup sur le rouge.
Pour les nuances très-foncées , on est , à ce que rapporte Macquer , dans l’usage à Paris de les passer dans l’alun ; et si la couleur ne se trouve pas encore assez rouge, on la passe sur un bain de bois de Brésil léger. A Lyon , les teinturiers (|ui emploient le cartliame font quelquefois usage des vieux bains de cet ingrédient pour y passer les orangés foncés.
Lorsque les orangés ont été rougis par l’alun , il faut les laver à la rivière ; mais il n’est pas nécessaire de battre , à moins que la couleur ne se trouve trop rouge.
On peut aussi obtenir, par une seule opération ^ des nuances qui conservent une teinte rougeâtre ,
DK LA teinture en employant pour le bain de rocou une propor-' tion moindre d’alcali que celle qui a ëtë indiquée.
Guliliclie conseille d’éviter la chaleur dans la jirëparation du rocou : il prescrit de le placer dans un vase de verre ou de terre enduite d’une couverte vitreuse, de lé couvrir d’une dissolution d alcali pur , de laisser en repos le mélange pendant vingt-quatre heures, de décanter la liqueur, de la filtrer, d’ajouter de l’eau sur le résidirà plusieurs reprises, en laissant à chaque fois le mélange en repos pendant deux ou trois jours jusqu’à ce que l’eau ne se colore plus, de mêler toutes ces liqueurs et de conserver celle qui résulte de ces mélanges dans un vase bien bouché pour en faire usage lorsqu’on en a besoin.
Il fait macérer pendant douze heures la soie dans une dissolution d’alun , à raison de - de ce sel par partie de soie , ou dans une eau rendue acidide par l’acide acéto-citrique dont on a donné ci-devant la description ; il la tord bien au sortir de ce mordant.
La soie ainsi préparée est mise dans la liqueur colorante de rocou toute froide : on l’y tient agitée jusqu’à ce qu’elle ait pris la nuance qu’on desire, ou bien on tient celte liqueur à une chaleur qui soit éloignée de l’ébullition : au sortir du bain on lave la soie et on la fait sécher à l’ombre.
Pour les nuances plus claires , on prend une
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liqueur moins chargée de couleur; on peut y ajouter un peu de la liqueur acide qui a servi de mordant, ou bien passer la soie teinte, dans une eau acidulé.
Si Ion veut que les dernières nuances soient moins orangées , et qu elles approchent de la couleur de nankin , on ajoute au bain un peu de dissolution de noix de galle par le vin blanc.
Pour donner une couleur orangée au coton , Wilson prescrit de broyer le rocou en riiuniectant , de le faire bouillir dans l’eau avec le double de son poids d alcali , de laisser déposer une demiheure , de faire passer la liqueur éclaircie dans un vase échauffe et d y plonger le coton qui y prendra une couleur orangée. Alors on verse dans le bain une dissolution de tartre encore chaude de manière qu il devienne faiblement acide : on y lise encore le coton et on l’y tourne s'il est en pièce. Par - là la couleur devient plus vive et se fixe mieux ; on donne ensuite un léger lavage au coton et on le sèche dans une étuve.
Nous avons vu employer pour les velours de coton la préparation suivante : une partie de chaux vive, une de potasse, deux de soude ; on. en fait une lessive dans laquelle on délaye une partie de rocou ; on fait bouillir le mélange une heure et demie. Ce bain donne les aurores les plus viis et les plus l)rillants. Les chamois j^etit teint s obtiennent aussi avec cette dissolution :
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il n’en faut ppur cela qu’une petite quantité ; mais il ne faut pas perdre de \ue que les couleurs qui sont dues au rocou sont fugitives.
/Je la sarrette et de plusieurs autres ingrédients propres à teindre en jaune,
L A sarrette ( serratula tinctoria ) est une plante qui croît abondamment dans les prairies et dans les bois. Elle donne sans mordants une couleur jaune-verdâtre qui n’a point de solidité'; mais , par le moyen de l’alun employé dans un bouillon particulier ou mis dans le bain avec la sarrette même , cette plante donne une couleur jaune , solide et agréable. Selon Poerner, les mordants qui lui conviennent le mieux sont 1 alun et le sulfate de chaux. Il est inutile de répéter que le dernier procure une couleur plus foncée, et que l’on peut aussi varier la nuance par la proportion du mordant et par celle de la sarrette. Sclieffer prescrit de préparer la laine avec 1 alun et un douzième de tartre ; il dit que si on la prépare avec trois seizièmes de dissolution d’éfain et autant de tartre, elle prend une couleur beaucoup plus vive que la précédente.
Le genêt des teinturiers , h\ genestrole f ^enista tinctoria ) ^ qui croît abondamment dans les terrains secs et montagneux, donne une couleur jaune qui ne peut ct»’c comparée pour la beauté à celle de la gaude ou de la sarrctte , mais elle acquiert assez de solidité [>ar le moyen des mordants. Oux qui peuvent etre employés avec le plus d’avantage , soit pour la préparation du drap , soit dans le I)ain , sont le tartre , ralun et le sulfate de chaux. ^
La camomille ( camomilla matricaria ) , qui est une plante assez connue , donne une faible couleur jaune assez agréable , mais qui 11 a aucune solidité; les mordants lui en donnent un peu plus : les y)lus utiles sont l’alun, le tartre et le sulfate de chaux.
Selon Sebeffer , on donne à la soie un beau jaune avec la décoction de cette plante , dans laquelle on verse goutte à goutte un peu de dissolution d étain , saturée par le tartre , jusqu’à ce que la couleur devienne assez jaune ; 011 la maintient chaude, mais sans ébullition, j)Our y teindre la soie : il recommande d'enq)loyer de b'onne eau qui ne précipite pas la dissolution d’étain.
Le fenu-grec ( tri^onella fœnugrcecum) donne des semences qui , étant moulues, ])euvent teindre en jaune pale assez solide : les mordants
a-jG DE LÀ T E I rî T U K E
qui réussissent le mieux avec celle substance , sont i’alun et le muriate de soude.
Le ciircuTTia , terra m’erita (cucurma longa) , est une racine qu’on nous apporte des Indes orientxales. On avait commencé à le cultiver à Tabago, et on en avait envoyé qui était supérieur à celui qui est dans le commerce , soit par la grosseur des racines, soit par l’abondance des parties colorante s. Cette substance est fort riche en couleur, et aucune autre ne donne un jaune, orangé aussi éclatant ^ mais il n a aucune solidité , et les mordants ne peuvent lui en tlonner . une suffisante : le muriate de soude et le muriate ammoniacal sont les substances qui fixent le plus celte couleur, mais ils la foncent et la fout tirer au brun ; ciuelques-uns recommandent une petite quantité d’acide muriatique. Il faut réduire cette racine en pondre pour l’employer. On s’en sert quelquefois pour dorer les jaunes faits avec la gaude, ainsi que pour donner une couleur orangée à l’écarlate ; mais la nuance qui est due au curcuma ne tarde pas a disparaître
à l’air.
I.e fustet ( rhus cotinus ) est un bois qui a une couleur mélée d’orangé et de verdâtre ; ses fibres sont chatoyantes.
Cie bois donne une lielle couleur orangée qui n’a aucune solidité ; de sorte qn’on ne l’emploie pas seul , mais on s’en sert en le mêlant avec
d’autres substances colorantes et particulièrement avec la cochenille , pour donner à l’ècarlate une couleur de feu , et pour les grenades , les jujubes , les langoustes, les oranges, les jonquilles , les couleurs d’or , le chamois, et en general pour toutes les couleurs auxquelles l’on veut allier plus ou moins une nuance de jaune orange. L’avantage qu’on trouve à se servir de cette substance consiste en ce que sa couleui* s’affaiblit et se détruit sans changer de nuance ; d’ailleurs , lorsqu’elle est fondue avec d’autres couleurs , elle se conserve mieux que lorsqu'elle est seule.
La graine d’Avignon , ou la baie de l’épine cormier ( rhamnus infectorius) , que l’on cueille avant sa maturité, donne un assez beau jaune, mais qui n’a pas de solidité ; on peut l’employer en préparant le drap de la meme manière que pour le teindre en gaude. Comme cette graine est liche en couleur, on la substitue souvent à la gaude pour l’impression des toiles , quoiqu’elle lui soit inférieure en qualité.
Les feuilles de saule sont indiquées par Scheffer comme propres à donner une belle couleur jaune à la laine, à la soie et au lin. Bergman prétend qu’il faut se servir des feuilles du laurier saule ( salix pentendra j , et que les feuilles du saulo commun donnent^ une couleur dont la plus grande partie se dissipe au soleil en peu de temps.