DESCRIPTION DE L’ARCHIPEL
Partout où l'observateur de la nature plonge ses regards , il rencontre la vie ou un germe prêt à la recevoir.
Du Hümboldt.
^Position astronomique et géographique.
L’archipel des îles Açores, situé dans l'océan atlantique entre 36° 54’ et 39° 44’ de latitude nord, et entre 27° et 33° 38’ de longitude ouest, se compose de neuf îles ainsi nommées : Sanla-Maria, San- Miguel, Terccira, Graciosa, San-Jorge , Pico, Payai, Florès , Corvo. Ces îles occupent dans l’océan une direction oblique du nord-ouest au sud-est, et sont divisées naturellement en trois groupes distincts, savoir, en allant de l’ouest à l’est : groupe occidental, Fiorès et Corvo; groupe central : Payai, Pico, San-Jorge, Graciosa, Terceira ; groupe oriental : San Miguel et Sanla-Maria, entre lesquelles est situé, en outre, un peu à l’est, le groupe d’îlots ou de récifs connu sous le nom de ilheos das Formigas (les Fourmis). On compte 725 milles marins (de 60 au degré) du cap Roca (Portugal) à San-Miguel; 730 milles du môme cap à Sanla-Maria; 810 milles de Santa-Maria
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au cap Cantin (Maroc); 470 milles de Santa-Maria à Madère; 600 milles de Santa-Maria à Palma (Canaries); 1050 milles de Florès au cap Raze (Terre- Neuve); 1320 milles de Florès au cap Canso (Nouvelle-Ecosse) ; enfin, 340 milles séparent la pointe sud-est de Santa-Maria de la pointe nord-ouest de Corvo (1). La superficie de ces îles est évaluée à 261 lieues marines carrées; leur population à 240,000 habitants (2).
Découverte.
Les Açores furent découvertes par les Portugais, au milieu du xv e siècle. Envoyé par l’infant dom Henri, fils du roi Jean I, Gonçalo Velho Cabrai reconnut, en 1431, les îlots das Formigas ; retourna l’année suivante, découvrit Santa-Maria le 15 août 1432; San-Miguel, le 8 mai 1444; les autres îles furent ainsi successivement reconnues et colonisées de 1432 à 1460, par les Portugais d’abord, puis bientôt par les Flamands, à qui le Portugal concéda ce droit de colonisation. Que ces îles aient été connues d’un petit nombre de marins et de géographes avant cette occupation, ainsi que le feraient penser des indications consignées sur les caries catalanes de 1375 et de 1400, et même sur le portulan médicéen de 1351, qui fait mention des trois groupes de l’archipel avec une dénomination spéciale pour chacun d'eux, c’est assez probable ; mais l’honneur de
(1) Documents fournis par le Dépôt général des cartes et plans de la marine.
(2) Almanach de Portugal ‘para o anno de 1856, p. 664.
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la première prise de possession, de la reconnaissance précise et de la colonisation, n’en reste pas moins au Portugal. Goes, Fructuoso et Cordeiro, rapportent dans leurs chroniques qu’à l’époque de la découverte portugaise on trouva, dans l’île de Corvo, une statue de pierre représentant un cavalier avec le bras droit étendu vers l’occident, laquelle fut conservée longtemps dans les archives du roi dom Emmanuel, et qu’on attribuait aux « hommes du nord » peut-être même aux Suédois. 11 paraît également, suivant la même tradition, qu’on aurait trouvé gravée sur les rochers une inscription en caractères inconnus, dont on releva l’empreinte, mais que l’on ne put déchiffrer. Si ces faits sont exacts, et ils n’ont rien d’invraisemblable, ils viendraient à l’appui de l’assertion précédente, et seraient d’ailleurs les seules traces du passage de l’homme dans ces contrées, avant l’occupation portugaise, et à une époque à coup-sûr fort ancienne.
Tous les anciens chroniqueurs s’accordent pour représenter les Açores, à l’époque de leur découverte, comme tourmentées par de violentes commotions volcaniques; à tel point que le pilote de Velho Cabrai, lors de son deuxième voyage à San-Miguel, en lûM, ne reconnut plus l’aspect de l’île, une haute monlagnede l’ouest s’étant affaissée dans l’intervalle du premier au second voyage, et convertie en unimmense cratère (Caldeira de SeleCidades). Les montagnes et les vallées intérieures étaient couvertes de bois épais de genévriers et de myricas, arbres qui acquéraient alors un développement plus considérable qu’à présent. Florès était en outre parée sur les côtes, comme elle l’est encore aujourd’hui, des fleurs bril-
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lanles d’un Androsœmum et d’un Solidayo, à qui elle dut son nom. Graciosa dut le sien à l’aspect riant de ses côtes; Fayal, à l’immense quantité de myricas (faya en portugais) qui la recouvraient; Pico, à son pic fameux. Les végétaux parurent d’ailleurs en général peu variés, et c’est seulement depuis le séjour de l’homme dans ces régions que leur nombre s’est accru. Plus limités encore étaient les animaux. Il n’y avait pas de mammifères terrestres, mais seulement des mammifères amphibies de l’ordre des carnassiers, probablement des phoques, qui ont depuis longtemps disparu. En revanche, il y avait beaucoup de buses, de pigeons, de merles et de canarios (cinis). Sans doute aussi il devait y avoir, comme à présent, des oiseaux de l’ordre des palmipèdes; mais il ne paraît pas qu’ils aient été remarqués ou du moins signalés par les premiers colons. Les buses furent prises alors pour des autours ( açor , en portugais), et leur nombre, encore grand aujour d’hui, était alors tellement remarquable, que l’archipel prit le nom de ces oiseaux (lies des Açores). Les pigeons étaient de même fort abondants, et si peu sauvages qu’ils ne fuyaient pas à l’approche de l’homme. Du reste aucun reptile, aucun poisson dans les lacs et dans les ruisseaux (1).
(!) Voir, sur la découverte, le récit de Cordevro, Hisloriainsulana, 1. IV, ch. 1; les Mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne, t.. VIH, part. 1, 1812; et la dissertation de M. d’Avezac, Iles de l’Afrique, pp. 36 et 82. — Sur la statue et l'inscription de Corvo, Damiao de Goes, Chronica do S. P. U. Iodo, cdit. de üoïmbre, 1790, ch. IX.
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Météorologie, Climat.
Le climat de ces îles est tempéré, égal. La neige y est inconnue, et pour voir la température s’abaisser à zéro, il est nécessaire de s’élever dans les montagnes, en hiver, à une hauteur de 8 à 900 mètres. Rarement, dans la région des cultures, au bord de la mer, le thermomètre descend au-dessous de + 10% et la limite extrême de la chaleur, observée en août, a été 28°. Des observations suivies à San-Miguel, au niveau de la mer, pendant douze années, ont donné les résultats suivants :
Limite extrême du froid (février) 8° 9
du chaud (août)
Température moyenne de l’année
— de l’hiver
— du printemps. . .
de l’été
— de l'automne . . .
Température
du mois le plus froid (janvier).
— chaud (août). .
C’est le climat insulaire ou égal, dans toute l’acception du mot. Les pluies d’orage y sont assez fréquentes; mais ce léger inconvénient est sensiblement atténué par la promptitude avec laquelle les rayons solaires en dissipent les résultats. Une autre particularité du climat, c’est une humidité extrême
(1) De Humboldt, Mélanges de géologie et de physique générale, t. I, [>. 366.
et permanente, surtout en hiver, humidité entretenue par le voisinage de la mer d’une part, et d’autre part sans doute par le nombre, la forme et la nature des montagnes qui traversent ces îles dans tous les sens. La pression barométrique y est relativement grande et excède le terme moyen observé sur d’autres points du globe. Les saisons sont à peu près les mêmes que celles du midi de l’Europe, mais moins nettement tranchées peut-être. Les vents dominants sont ceux du N.-E. à l’E. , en été] ceux du N. -O., O. et S. -O., en hiver, ces derniers accompagnés de pluies abondantes. Les parages des Açores sont d’ailleurs connus des marins pour leurs soudaines tempêtes, leurs rafales et leurs brusques changements de temps. En hiver, en outre des coups de vent violents et de la grosse mer, ils trouvent encore des pluies, surtout de décembre à mars, et des brouillards épais dans tout l’archipel (1).
Conjectures hypothétiques sur l’orig'ine de ces îles.
Parmi les opinions émises au sujet de l’origine probable de ces îles, il en est trois que nous ne ferons que mentionner ici, laissant à de plus compé-
(1) Voir, sur le climat des Açores, un bon article publié dans Y Almanach rural des Açores pour 1851, p. 169; — De Kerhallet, Description de l’archipel des Açores, pp. 10 et suiv. — tlartung, Die Azoren in ihrer uusseren Erscheinung und nach ihrer geognostichen Nalur geschilderl , pp. 27 et suiv. — En 1851, M. de Kerhallet a observé que la déclinaison N.-O. de l'aiguille aimantée, à la mer, était, dans ces parages, entre 25° 27' et 24° 15’.
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tents la tâche de traiter ces questions avec les développements qu’elles comportent. Suivant l'une de ces opinions, les Açores seraient les fragments, aujourd’hui isolés et épars, de la grande île Atlantide, disloquée par un cataclysme, soit partiel, soit général. Mais pour accorder quelque crédit à cette hypothèse, il serait, nous trouvons, nécessaire de spécifier davantage ce que l’on entend par cette île Atlantide, qui pourrait bien avoir été quelque grande terre ou continent antérieur au dernier cataclysme éprouvé par notre planète. Ce dernier grand cataclysme, connu généralement sous le nom de déluge, en amenant un changement total dans la configuration des continents de cette partie du globe, aurait complètement anéanti les uns, pour ne laisser émerger des autres que les parties les plus saillantes et les plus élevées; ainsi aurait pris naissance l’archipel açoréen. Certes, on ne peut refuser à celte théorie tout ce qu’elle a de séduisant au premier aperçu; mais il lui est difficile de répondre victorieusement à cette simple question : si les Açores sont les restes d’un ancien continent, comment ne contiennentelles les traces d’aucune antique civilisation, et surtout, comment se fait-il que le règne animal, qui aujourd’hui encore y paraît à l’état d’installation, s’il est permis de s’exprimer ainsi, n’y olTre pas un plus grand nombre de formes propres à cet ancien continent? Enfin, pourquoi n’y rencontre-t-on pas de roches de nature sédimentaire? — Suivant une deuxième hypothèse, qui se rattache en partie à la première, ces îles seraient les cimes des montagnes primitives de l’univers, chaîne qui relierait l’ancien au nouveau monde. Ici encore la même objection se
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présente : pourquoi cette pénurie du règne animal, si ce sont là les cimes d’un antique continent? En supposant que les terres basses aient été envahies et couvertes par les eaux, la vie animale ne se seraitelle pas réfugiée sur les parties élevées, les seules qui restassent à découvert, ou du moins ces parties hautes n’auraient-elles pas conservé des traces nombreuses des corps organiques en possession de ces domaines? Uien de cela n’existe, et l’on se trouve également embarrassé pour résoudre la difficulté. — Enfin une troisième opinion, généralement admise, et qui semble trouver sa confirmation dans la nature éruptive des roches et dans la série de phénomènes volcaniques observés dans l’archipel, veut que les Açores soient le résultat d’éruptions volcaniques relativement récentes, c’est-à-dire, postérieures au dernier grand cataclysme de notre planète. Cependant, une objection, à notre avis d’un certain poids, vient encore entraver, ce nous semble, l’admission pleine et entière de cette nouvelle hypothèse, ou du moins jeter, à notre point de vue, quelque obscurité sur une partie importante de la question. Les explorations dont ces îles ont été le but, de la part des naturalistes, depuis un siècle environ, ont amené la découverte d’un certain nombre d’espèces animales et végétales qui leur sont propres, et qui, n’ayant été retrouvées ni sur les continents, ni sur les archipels voisins, peuvent-ètre regardées comme locales et autochtones. Ces espèces, dont la région originelle est ainsi nettement tracée, et qui sont infiniment propres à caractériser cette zone ou cette aire zoologique et botanique, sont en petit nombre, à la vérité, et dans le règne animal, en particulier, on ne
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les a signalées que parmi les invertébrés, mais enfin elles existent, cela est aujourd’hui incontestablement démontré. Or, si ces îles, ainsi que le veulent les partisans de cette hypothèse, ont émergé par exhaussement du sein de la mer, soulevées par des éruptions volcaniques postérieures au dernier grand cataclysme, comment expliquer la présence, dans ces îles, d’espèces animales et végétales, aborigènes et endémiques? Faudra-t-il admettre (ce qui n’a point encore été prouvé, ce nous semble) que la création se continue de nos jours et que la Nature poursuit incessamment son oeuvre créatrice; ou bien faut-il penser et croire que toutes ces espèces ont été introduites, soit par le fait de la propagation naturelle, soit par le fait de l’homme, et qu’on les retrouvera ailleurs sur quelque point des terres les plus voisines? Ces deux suppositions paraissent l’une et l’autre difficiles à admettre, et ainsi que nous le disions tout à l’heure, elles semblent constituer une objection d’un certain poids à la théorie de l’émersion récente par exhaussement volcanique. En présence d’un problème aussi malaisé à résoudre, prendre un parti et se prononcer pour un système, à l’exclusion des autres, ne nous paraît par chose facile, et d’ailleurs avons-nous qualité pour nous prononcer sur de telles questions?... Au lieu de faire profession d’éclectisme, peut-être est-il plus prudent et plus sage, jusqu’à démonstration péremptoire, de combiner ces diverses théories cl de voir dans les îles qui nous occupent des cimes de montagnes longtemps tourmentées, à la suite du dernier grand cataclysme du globe, par des éruptions volcaniques, déchirées, remaniées, déplacées même
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peut-être^ jusqu’à ce que l’amortissement des feux souterrains, ou plutôt la marche des forces intérieures du globe, leur ait enfin donné une forme à peu près stable et définitive, et ait permis aux êtres organisés de s’y fixer d’une manière permanente, et à l’homme d’y fonder des établissements durables.
Hypsométrie.
Quoiqu’il en soit de cette question intéressante, mais difficile à résoudre, toutes les îles Açores sont des terres élevées, aux formes variées et même bizarres, présentant dans leur relief un cachet particulier de pittoresque hardiesse. Le Pico da Vara, à San-Miguel, mesure près de 1100 mètres d’élévation, et le fameux Pic de Pile de Pico n’atteint pas moins de 2320 mètres. Les hauteurs ordinaires, connues sous les noms de montagnes, serras, pics et caldeiras, mesurent de 600 à 800 mètres : elles sont trèsfréquentes. Le tableau suivant, emprunté aux relevés anglais, donnera mieux que toute description un aperçu des hauteurs principales de l’archipel; les mesures sont exprimées en pieds anglais et en métrés.
Hauteurs de divers points des Açores an-dessns du niveau de la mer.
San-Miguel.
Pico da Vara
Pieds anglais.
Mètres.
Serra d’Agoa de Pao ....
Pico do Passo .
Sommets du Lagoa do Fogo.
Pico da Cruz (agoa dos canarios).
FAUNE AÇORÉENNE.
Pieds anglais.
Pico do Carvâo
Pico do Gafanhoto
Pico do Nunes
Pico dô Sargulho
Pico do Vigario
Serra Gorda
Pico da Pedra Pomes ....
Lombo Gordo
Pico da Gruz
Pointe d’Agoa retorta ....
Pico da Maffra
Pico do Fogo
Lac de Sete-Cidades ....
Lac de Furnas
Pico Vermelho
Pico das Camarinhas ....
Santa-Maria.
Pico Alto. .
Pico do Sul
Pico do Faclio
Ilot das Lagoinhas
Ilot de San-Lourenço ....
Ilot da Villa
Pointe dos Frades
Terceira.
Montagne au-dessus de Santa-Barbara. 3500 Caldeira de Santa-Barbara. . . . 3635
Pico Rachado 2755
Pico do Norte 2685
Mètres.
FAUNE AÇORÉENNE
Pico Agudo . .
Pieds anglais.
Mètres.
Caldeira ....
Lomba da Praia.
Fico do Assopro
Pico das Pedras.
Pico da Serrela .
Pico Verde . .
Pico da Cruz. . .
Monte Brazil.
Pico do Pinto . .
Pico da Mina.
Pico das Contendas.
Pico do Capitâo.
Ilot das Cabras .
Ilot dos Carneiros .
Pico da Esperança .
San-Jorge.
Cime de Palalogos?
Cime dos Fachos .
Mont de Trigo .
Ilot de Rosalinas. .
Ilot de Topo.
Graciosa.
Mont de Pedro Bolelho.
Cime de la Caldeira.
Serro de Facho .
Pico do Aguilhinho.
Mont Vermelho.
Caldeira ....
Fayal.
Pieds anglais.
Mètres.
Cimes de la Caldeira ....
Pico do Fogo
Mont da Fonte
Mont do Norte
Pointe dos Cedros
Pico,
Le Pic O)
Pico do Topo . .
Pico das Cabras. . .
Pico da Lança . . .
Pico do Sibado .
Mont da Granja . .
Florès.
Morro Grande
Pico do Cabouco .
Pico da Sé
Lomba da Vacca.
Rocha Alta
Pico Casino
Pico do Francisco . .
Pico de Jean Martins .
Pointe des Ilots. . .
Santa-Cruz
Ilot de Cadella ....
(1) 2412 m d’ après l ’ Annuaire dubureau des longitudes pour 1857, p. 248.
so
FAUNE AÇORÉENNE.
Pointe de Aibernoz
Pieds anglais.
Mètres*
Ilot de Monchique