De 1719 à 1721, une éruption sous-marine
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fil émerger, entre San-Miguel et Terceira, dans les parages de l’éruption de 1638, une nouvelle île de dix milles de diamètre qui, s’abaissant ensuite graduellement, disparut enfin le 17 novembre 1723; on trouva quatre-vingts brasses de fond au lieu même qu’elle avait occupé.
20. En 1720 eut lieu, sur la côte nord de Pico, à peu de distance du torrent de lave de 1718, une nouvelle éruption à la suite de laquelle s’érigea un cône d’une faible élévation. Dans le cours de la même année, San-Miguel est de nouveau éprouvé par des secousses volcaniques : un îlot apparaît entre cette île etTerceira, et disparaît au bout de deux ans.
21. En 1755 (année du fameux tremblement de terre de Lisbonne), au mois de novembre, de violentes secousses ébranlèrent San-Miguel sur plusieurs points et y occasionnèrent des dommages assez considérables. La mer envahit les rues de Ponta-Delgada, et endommagea plusieurs édifices.
22. En 1757, une violente éruption sous-marinc fil surgir, à trois cents pas environ des côtes de San-Jorge, dix-huit petits îlots, lesquels ne tardèrent pas à disparaître comme ceux qui les avaient précédés (cap. Boid).
23. Le 26 octobre 1773, San-Miguel ressentit de fortes secousses, suivies d’un violent ouragan accompagné de pluies, lequel détruisit des maisons et déracina les arbres.
2 k. En 1761, un courant de lave s’échappa du pic de Bagacina, à Terceira, et s’avança jusqu’à près d’une lieue de la mer, vers le sud.
25. Au mois de mai de l’année 1808, San-Jorge fut le théâtre d’une éruption nouvelle et désastreuse.
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Cette éruption fut annoncée par des bruits souterrains effrayants, par une sorte de fermentation sourde et d’agitation qui dura plusieurs jours, jusqu’à ce qu’enfin s’ouvrit, vers le centre de l’île, d’abord un vaste cratère, et ensuite douze ou quinze autres plus petits. Pendant vingt-cinq jours consécutifs, on vit s’échapper de leurs bouches enflammées des torrents de lave incandescente qui ravagea la partie la plus fertile de l’île et menaçait d’envelopper une partie du village de Ursulina. Heureusement le courant se détourna ; cependant l’église fut en partie détruite : la tour seule resta debout.
26. Au mois de février 1810, il y eut une éruption en mer, au sud du bourg de Ginetes.
27. En 1811 surgit, à une demi-lieue environ de la pointe occidentale de San-Miguel (pointe Ferraria), en face du village de Yarzéa, l’îlot Sabrina, qui disparut peu à prés sous les flots. Nous laisserons la parole, sur ce sujet, aux témoins oculaires. Dès juillet et août 1810, de violents tremblements de terre se firent sentir dans l’île de San-Miguel; les secousses continuèrent, mais plus légèrement, jusqu’en janvier 1811 ; le 28 et le 30, elles furent plus fortes. Le 31 , un violent tremblement de terre ébranla la ville de Ponta-Delgada, et le 1 er février, une forte odeur de soufre, des nuages de cendres portés par le vent d’ouest, et des monceaux de lave lancés en l’air à plusieurs centaines de pieds de hauteur, ne laissèrent plus de doute sur l’éruption d’un volcan à une faible distance de la côte. On voyait sortir de la mer une colonne surmontée de fumée, d’où s’élançaient des matières enflammées. L’éruption cessa au bout de huit jours, ayant pro-
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duil un écueil sur lequel la mer venait se briser. Le 13 juin suivant, une vive odeur de soufre, et des secousses fortes et réitérées annoncèrent que l’éruption avait recommencé; elle eut lieu environ deux milles plus loin que la première. Le vent éloignant la fumée, on put jouir de ce spectacle en se tenant sur les hauteurs de la côte, dont le sol éprouvait une sorte de trépidation plus ou moins prononcée, suivant que l’éruption était plus ou moins violente : un rocher même se détacha et roula dans la mer. On vil alors le volcan dans toute sa grandeur, lançant du milieu des flots des matières enflammées à des intervalles assez réguliers. Le 17, une masse immense de fumée blanche reposait sur la surface de l’eau ; tout-à-coup il en jaillit successivement des colonnes de cendres d’un noir foncé, mêlées de pierres, qui s’élevaient perpendiculairement à près de sept cents pieds au-dessus de la mer, puis retombaient comme une pluie à travers la fumée blanche. Ces explosions étaient accompagnées d’éclairs très-vifs et d’un bruit semblable à celui d’un feu d’artillerie et de mousquelerie bien nourri. Les nuages de fumée, chassés par le vent, aspiraient de la surface de la mer une multitude de trombes qui ajoutaient à la grandeur de cet imposant spectacle. Enfin le 18, on distingua une petite île de quatre à cinq cents pieds environ de diamètre, et d’environ vingt mètres d’élévation au-dessus de l’eau, présentant au nordest une forme conique, et à l’extrémité opposée un cratère profond où la marée se précipitait, et dont, pendant quelques jours, sortirent encore des flammes accompagnées d’explosions. Le ressac fut d’abord trop violent pour permettre d’en approcher. Enfin,
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le premier juillet, le capitaine Tillard, commandant la frégate anglaise Sabrina, y aborda. 11 trouva que l’îlot mesurait 80 yards (260 pieds) dans sa plus grande hauteur. La chaleur du sol et le peu de consistance des cendres sur lesquels il fallait marcher, l’empêchèrent de pénétrer bien avant; toutefois il en prit officiellement possession et arbora le pavillon de la Grande-Bretagne. D’après le temps jugé nécessaire pour en faire le tour il estima que cet îlot pouvait avoir un peu moins d’une minute géographique de circonférence. Il se composait exclusivement de cendres et île substances poreuses, entiemelees de quelques fragments de roches et de lave durcie. Près de l’île nouvelle, la mer avait sept brasses de profondeur, et à une demi-encàblure elle en avait vingtcinq. Cet îlot, battu par les vagues, disparut graduellement sous leur effort au bout de quatre mois, et il est resté seulement à sa place un banc sur lequel la sonde a donné, en 1863, au capitaine Vidal, quinze brasses. Vers la fin de janvier 1812, l’on observa de la fumée qui sortait encore de la mer à l’endroit même où celte éruption avait eu lieu.
28. Le 15 juin 1861, un tremblement de terre, digne de remarque, eut lieu à Terceira, détruisit la Villa da Praia, et se fil sentir également dans les autres îles de l’archipel.
29. Le 16 avril 1852, San-Miguel éprouva un tremblement de terre, dont M. José Cabrai a noté quelques particularités. — A dix heures cinq minutes du soir, on ressentit, à Ponta-Delgada, une violente secousse accompagnée d’un bruit souterrain qui dura cinq secondes. Le 17, vers quatre heures vingt-cinq minutes du matin, une seconde se-
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cousse se fit sentir, plus faible toutefois que la première. A Ponta-Delgada, plusieurs édifices publics furent endommagés; quelques maisons et plusieurs des murs élevés qui entourent les vergers s’écroulèrent. A Rabo-do-Peixe, situé sur la côte opposée, presque tous les murs et deux maisons tombèrent; de l’une d’elles on retira, au bout d’une heure, douze personnes heureusement encore vivantes. Ce tremblement de terre eut sa plus grande intensité dans la partie la plus occidentale de l’île, et presque toutes les localités situées à l’ouest de Ponta-Delgada et à Rabo-do-Peixe eurent à souffrir quelque dommage (1).
Flore.
Si des phénomènes de l’ordre géognostique on passe à l’examen de la végétation, on trouve que la flore açoréenne compte un peu plus de cinq cents espèces de plantes spontanées, parmi lesquelles un cinquième appartient aux cryptogames et quatre cinquièmes aux phanérogames. Parmi ces dernières, les trois quarts se retrouvent en Europe, une cinquantaine sur le continent africain ou dans
(1) Consulter, sur ces divers phénomènes volcaniques, Fructuoso, Historia insulana (mss. de 1585); Cordeyro, Uistoria insulana ; S à da Bandeira, Folhina da Terceira para 1832; Boid, Description of lhe Azores; d'Avezac, Iles de l'Afrique; Souza Monteiro, Diccionario geograpkico das provincias portuguezes; Almanak rural dos Açores para 1851, et Hartung, Die Azoren nach ihrer geonost. nalur geschildert , pp. 98 et suiv. auquel, notamment, j'ai fait plusieurs emprunts.
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les archipels voisins, et cinquante environ sont propres aux Açores. Une revue sommaire des différentes familles ne sera point inutile pour faire apprécier l’ensemble du régne végétal de ces régions.
Acotylédones.
L’embranchement des acotylédones a de nombreux représentants dans l’archipel qui nous occupe, et ces végétaux tiennent dans notre flore une place importante, fait que la fraîcheur et l’humidité du climat expliquent aisément. Les algues, qui flottent sans cesse dans ces parages et qui recouvrent parfois des espaces pélagiens d’une grande étendue, ne sont point encore suffisamment observées. Cependant l’on connaît déjà bon nombre d’espèces intéressantes de cette classe, notamment dans les genres Conferva, Ceramium, Bryopsis, Ulva, Zonaria, Fucus et Sargassum. Parmi les lichens, l’orseille ( Roccella linctoria ) et diverses espèces des genres Cladonia, Parmelia, Sticta, etc., couvrent les rochers sur les hauteurs et dans les caldei ras. Les hépatiques ont trois représentants remarquables : le Rhacolheca azorica, le Gymnomitrium erythrorhizum, et le Radula pallens, qui tapissent avec quelques autres jongermannes les cavités des rochers humides, dans les montagnes. Parmi les mousses, nombreuses aussi et très-répandues, je signalerai seulement le Hypnum llochsletteri, plusieurs Bryum et Polytrichum, et surtout les Spliagnum cymbi folium et capüli folium, dont les touffes spongieuses recouvrent le sommet des montagnes et y entretiennent une humidité perpétuelle et pro-
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fonde. Enfin l’on ne connaît pas moins de trente fougères, qui toutes reparaissent, il est vrai, sur le continent africain ou à Madère, mais dont plusieurs se font remarquer par leur port élégant et gracieux. Citons, entre toutes, VAcrostichum squamosum, les Pleris aquilina et arguta, V Asplénium anceps, YAllantodia axillans , le Nephrodium Fœnisecii, YAspidium an gui are. le Dicksonia culcita, l’ Ophioglossum polyphyllum, et YOsmundu regalis.
Monoeotylédoixes.
Relativement, les monocolylédones occupent également une large place dans la flore açoréenne, et plusieurs de leurs espèces sont absolument propres à l’archipel. Citons, parmi les graminées, un houque (llolcus rigidus) que l’on trouve dans la plupart des iles, non loin du rivage, les Deyeuxia cespitosa et azorica, qui se rencontrent à peu prés dans les mêmes circonstances, dans les groupes occidental et central, et le Fesluca petrœa, qui croit, avec le Festuca glauca, sur les rochers du littoral de tout l’archipel ; cette famille n’a pas moins de quarante espèces. Moins nombreuses, les cypéracées sont plus intéressantes et plus remarquables encore. Le genre Carex, seul, n’ offre pas moins de douze espèces dont sept sont propres à l’archipel açoréen, auxquelles il faut ajouter quelques Cyperus. Deux formes particulières distinguent la famille des joncacées : le Luzula purpureosplendens, qui habite les montagnes de tout l’archipel jusqu’à 1000 mètres, et le Juncus lu~ cidus, qui paraît propre à Payai. La belladone ( Ama -
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ryllis belladonna ), vraisemblablement échappée des jardins, croît aujourd’hui partout dans les chemins, à Fayal, à Terceira, à San-Miguel, ainsi que la scille (Scilla rnaritima). Les orchidées comptent trois représentants seulement : les Iiabenaria, micrantha et longebracteaia, spéciaux à l’archipel, et le Serapias cordigera, qui habitent tous trois les hauteurs, de 500 à 1000 mètres. Enfin deux colocases, Y Arum italicum et le Colocasia antiquorum, provenant incontestablement des jardins et des cultures, végètent spontanément autour des lieux habités.
Dicotylédones.
Nons arrivons à l’embranchement le plus nombreux, les dicotylédones, mieux connues peut-être que les précédentes, et dont nous examinerons succinctement les quatre divisions principales.
Conifères. L’essence primitive et principale des bois est le genévrier ( luniperus oxycedrus), arbre qui appartient à la région sylvatique, commence vers 500 mètres de hauteur et se montre quelquefois pardelà 1500 mètres, au sommet des montagnes. Dans l’île de Florès, il recouvre encore des espaces considérables, et remplit les régions qu’il affectionne d’une mélancolique monotonie. Du reste, par suite de l’insouciante incurie des habitants, il n atteint jamais de bien grandes proportions, et le déboisement de l’archipel est d’autant plus déplorable que le reboisement par les végétaux exotiques (pins, chênes, châtaigniers, etc.) ne compense en aucune façon la destruction des essences indigènes. Dans
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quelques îles, notamment à Florès et à Pico, un trouve encore l’if ( Taxus baccata ), et dans la plupart d’entre elles le pin ( Pinus pinea) commence à se propager spontanément.
Apétales. A côté du genévrier croît le myrica ( My rica faya ), qui devient un arbre élevé, et que les habitants emploient avec succès dans les jardins et les quintas pour abriter les orangers contre le vent Sur les bords de la mer se rencontrent plusieurs pe tits euphorbes, dont une espèce est propre à l’archipel ( Euplwrbia azorica), et dans la région des montagnes, dans les ravins et les caldeiras de Fayal, de Florès et de Pico, croît une grande et belle espèce arborescente ( Euphorbia mellifera), remarquable par la beauté de son port et de son feuillage. A la même famille appartient le ricin ( Ricinus commuais), que l’on découvre fréquemment autour des habitations. Les urticées sont représentées par deux espèces intéressantes : l’une très-commune partout et qui paraît spéciale à ce groupe d’ îles ( lirtica azorica ), 1 autre qui n’a été rencontrée qu’à Pico ( Urtica Lowei),e t qui vient probablement de Madère. Parmi les Iaurinées, famille dont les espèces soit indigènes, soit exotiques, paraissent affectionner tout particuliérement ce climat, l’une d’elles ( Persea azorica) est particulière à ces îles; on la rencontre dans la région des montagnes, depuis 500 mètres. En même temps, et plus haut encore, apparaît le Daphné laureola, qui devient de plus en plus rare et paraît se confiner à Pico. A la même région appartient le laurier des Indes (Laurus indica), dont on voit des bois entiers, et qui devient un bel arbre. Enfin dans les jardins et autour des lieux cultivés s’élève le Laurus cana-
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riensis, importé des îles Canaries, et dont le tronc atteint des proportions gigantesques.
Mono-pétales. Les plantaginées sont très-répandues aux Açores et leurs formes assez variées : une seule, découverte à Terceira ( Plantago azorica), paraît spéciale. Le Slatice limonium est très abondant à Santa- Maria et à San-Miguel, en juin. Plus nombreuses et plus variées encore sont les composées, dont les fleurs jaunes, blanches ou roses, décorent agréablement les ravins et les caldeiras. Tandis que le séneçon à feuilles de mauves ( SenecAo malvæfohus ), le liellis azorica, plusieurs tolpis ( Tolpis nobilis, crinita , fruticosa ), des microderis ( Microderis umbellata, filii ), quelques Sonchus et plusieurs autres, jettent quelque variété et môme un certain éclat sur la flore des montagnes, le Solidago azorica pare de ses panicules dorés les côtes et les rivages de Florès, de Fayal et de Pico. Au pied des murs, dans les chemins, croissent des touffes nombreuses de pervenche {Vinca media). Mentionnons, parmi les lonicérées, le \Viburnum tinus, assez commun dans les montagnes, en compagnie des genévriers et des lauriers, et parmi les oléacées, le Picconia excelsa, bel arbre indigène, autrefois trèsrépandu et qui formait des bois entiers, mais dont on ne rencontre plus aujourd’hui, sauf à Sanla-Maria, que de rares spécimens. Si les gentianées n’ont que peu d’espèces, en revanche les individus sont fort répandus, surtout dans le genre érythrée ( Erylhrœa latifolia, diffusa, pulchella ), dont les petites fleurs roses ou jaunes émaillent agréablement les caldeiras, les ravins et les talus des chemins. Parmi les labiées, dont on compte une douzaine d’espèces aux Açores, on doit une mention au thym ( Thymus micans) et à
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l’origan ( Origanum virens ) qui recouvrent de leurs touffes odorantes le versant des montagnes et les escarpements des caldeiras. Dans la famille des aspérifoliées, l’héliotrope ( Heliolropium europœum) envahit le bord des chemins, près des lieux habités, tandis qu’un beau myosotis indigène ( Myosotis maritima) se rencontre quelquefois sur les rivages sablonneux de Fayal et de Pico ; d’autre part le cynoglosse {Cynoglossum piclum) recouvre, au mois de juin, les montagnes de Sanla-Maria. Mentionnons, dans les solanées, Yllyoscyamus canariensis, très-abondant sur les rivages de Santa-Maria et de Graciosa, et le Physalis pubescens, tous deux vraisemblablement importés. Les scrophularinées, au milieu de quelques formes vulgaires, présentent deux espèces très-remarquables, propres à l’archipel : une véronique ( Veronica Dabneyi) découverte à Fayal, et une euphrasie ( Euplira sia grandi/lora), qu’il faut chercher dans les escarpements humides et ombragés de Pico, à une hauteur de 1000 à 1500 mètres. Parmi les primulacées, la lysimaque ( Lysimachia nemorum var. azorica ) est trèscommune dans les bois humides de toutes les îles. Les bruyères nous conduisent à une série de végétaux très-répandus aux Açores et dont quelques espèces forment de véritables bois. Ainsi les Erica azorica et Calluna vulgaris, qui sont arborescents, mêlent leur feuillage finement découpé aux genévriers et aux myricas. Pourtant ces deux arbustes dépassent la région des conifères et des myricacées, et on les voit au sommet de toutes les montagnes, même sur le piton du Pic, à une hauteur de plus de 2300 mètres. En môme temps apparaissent les airelles ( Vaccinium longiflorurn, cylindraceum, mode-
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rense) aux Heurs campanulées en grappes, le Daboeciapoly folia, dont les petites fleurs rouges ressemblent de loin à des fraises, et le myrsiné ( Myrsine relusa), qui recouvre parfois des espaces considérables. Toutes ces bruyères sont, avec les genévriers, la ressource des insulaires comme bois de chauffage. Mentionnons en même temps le myrte ( Myrlus commmis ), dont les ramuscules chétifs et rabougris rampent humblement sur les montagnes de l’intérieur de Santa-Maria.
Polypétales. La famille des ombellifères n a qu un petit nombre de représentants, parmi lesquels le plus remarquable est le Sanicula azovicci, que 1 on ten contre sur les montagnes vers 1000 mètres, et le plus commun le Daucus polygamus dont les larges ombelles blanches se voient partout, dans la môme région et au-dessous ; au bord de la mer, croît en abondance le Crilhmum maritimm. Parmi les crassulaeées, les Umbilicus pendulinus et horizontal is se dressent partout contre les murs de laves. Au bord des lacs et des torrents se montrent quelques renonculacées plus ou moins vulgaires, mais on doit une mention spéciale à une grande renoncule ( Ra mnculus cortusœfolius) qui habite de préférence les ravins de l’intérieur des caldeiras, à Fayal et à Florès, ou les parties humides et ombragées de la région sylvatique, à Pico. Le pavot ( Papaver somnirim? P. dubium ? ) apparaît en juin sur les montagnes de l’intérieur de Santa-Maria, et la plupart des îles possèdent quelques fumeterres. Parmi les crucifères, deux espèces ont été jugées particulières à cet archipel : un cresson ( Naslurlium flexuosum) et une cardamine ( Cardamine caldeirarum) qui ont
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élé vus surtout à Florès. Le pourpier, probablement échappé des jardins, envahit et recouvre les parties sablonneuses des plages de Fayal et de Pico. Deux caryophyllées méritent d’êire mentionnées : le Cerastium azoricum, comme espèce intéressante du groupe occidental, et une variété remarquable de i’alsine marine (Arenaria macrorhiza ), comme forme trèscommune partout, sur les rochers au bord de la mer. Les hypéricinées présentent quelques millepertuis, parmi lesquels il faut citer VUypericum foliosum. mais surtout YAndrosœmum Webbianum, dont les fleurs d’un jaune éclatant décorent les rivages de toutes les îles, en particulier celui de Florès, où cette plante forme souvent, avec le Senecio malvœfolius, le Solidago azorica, le Tolpis nobüis, les Microderis et quelques autres, des groupes de la plus grande beauté. Les ilicinées n’ont, aux Açores, qu’un seul représentant, le houx (llex per ado), que l’on voit assez communément dans les parties élevées de la majeure partie de l’archipel. Même remarque pour les rhamnées, représentées par le seul Rhamnus latifolius , bel arbuste forestier que l’on rencontre dans la plupart des îles jusqu’à la hauteur de 1000 mètres. Parmi les rosacées, il faut signaler, entre toutes, deux plantes intéressantes : une ronce ( Rubus Hoclislterorum ), remarquable par la grandeur de ses fleurs, et qui paraît spéciale à Pico et à Florès, et un cerisier ( Cerasus azoricus nob.), que l’on rencontre dans les montagnes de San-Miguel, mais qui parait avoir échappé jusqu’ici aux recherches des botanistes anglais et allemands. 11 est d’ailleurs assez rare; on peut en voir un beau spécimen dans les jardins de M. José do Canlo, à Ponta-
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Delgada. Le fraisier (Fragaria vesca) et quelques potentilles ( Polenlilla verna ) ne sont pas rares dans la région sylvatique et montagneuse en compagnie de la violette ( Viola odorata). Assez nombreuses en espèces et en individus, les papilionacées n’offrent rien de remarquable. Un genêt, le Sarolhamnus scoparius, recouvre certains versants des montagnes à Santa-Maria, San-Miguel, Terceira, et on l’emploie dans les quintas pour protéger contre le vent les jeunes plantations d’orangers. h’Ulex nanus croît dans les parties arides et découvertes des montagnes de Florès. Enfin, une seule onagrariée, appartenant au genre OEnothera, se rencontre fréquemment à Fayal, le long des chemins, dans la partie montagneuse (1).
En somme, et ainsi qu’il est aisé de s’en rendre compte par cet aperçu, la flore de l’archipel açoréen ne revêt pas les formes tropicales que l’on retrouve à Madère et aux Canaries. Son ensemble est plus humble, ses proportions plus réduites, et sa physionomie, empreinte d’une grâce et d’une harmonie particulières, concorde parfaitement avec la douceur et l’humidité du climat. Tous ses attributs la rapprochent et lui donnent une place à côté de la flore de l’Europe méridionale, tout en conservant un caractère qui lui est propre et que 1 on chercherait vainement ailleurs. En definitive, les ar-
(1) Seubert, Flora azoriea, pp. 9 à 49 ; Watson, Notes on the botany of the Azores, in Hooker's Lond. Journ. of bolan. 111. pp. 582-617. — Voir aussi l’appendice D, Noms vulgaires des plantes, à la fin du volume.
chipels ont d’abord leur flore autochtone, leurs espèces végétales aborigènes ou endémiques, tout comme ils ont aussi leur faune indigène; puis, par leur position, ils empruntent aux archipels et aux continents voisins les espèces végétales et animales qui cadrent le mieux avec leur climat et qui s’accommodent plus volontiers de leur sol.
Régions botaniques.
Seubert (1), à qui l’on doit un bon tableau de la flore açoréenne, dressé sur les notes et avec les herbiers des Hochstetter, partage cette flore en cinq
régions botaniques, savoir :
t. Région de la plaine ou cultivée, de. . 0 à 1500 pieds.