‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 10 sur 99 · XIV HISTOIRE · texte numérisé non relu

XIV HISTOIRE

Roscelin (i), Abélard (2) et saint Anselme (3) qui, dans cette controverse, s'acquirent une grande célébrité. Hugues et Richard de S. -A'ictor, le même saint Anselme et quelques autres docteurs d'un rang inférieur traitèrent d'une manière remarquable un grand nombre de questions qui regardent Dieu, rhomme et les relations de l'homme avec Dieu (4).

18. Mais, au treizième siècle, toutes les œuvres d'Aristote s'étant répandues dans les différentes contrées de l'Europe, la philosophie scolastique fit d'incroyables et rapides progrès. Pendant cette période si célèbre de la philosophie scolastique brillèrent les Alexandre de Halès, les Albert le Grand, les saint Thomas, les saint Bonaventure, les Henri de Gand et les Scot. Ces docteurs, aidés par les Gloses de Théophraste, d'Alexandre d'Aphrodise, de Simplicius et de Philopon, par les Commentaires des Arabes (5) et les livres intitulés Fojis vitœ (6) et de Causis (7), s'appliquèrent à bien comprendre la philosophie péripatéticienne (8), corrigèrent, d'après la doctrine des Pères, les erreurs qu'ils rencontraient soit dans les livres d'Aristote, soit dans les commentaires des Arabes, comblèrent les lacunes de la philosophie aristotélicienne et jetèrent ainsi les fondements d'un système de philosophie chrétienne vaste et complet, lequel était appelé à rendre de

(ij Sur Roscelin, voir Jean de Salisbury, Metalogiciis, lib. II, c. 17, p. 814- 837, Lugd. Batav. iG3o, et S. Anselme, De Fide Trinit. contra blasphemias Roscellini, Opp., p. 41 seqq., éd. Gerberon, Parisiis 1721.

(2) Opéra, éd. Cousin, Parisiis 1849.

(3) Opéra, éd. cit.

(4) Cf. Patru, De laphilosophie du moyen dge, depuis le VIII' siècle jusqu'à l'apparition en Occident de la physique et de la métaphysique d'Aristote, Paris

(5) Les Arabes cités par les scolastiques sont Avicenne, Avicebron, Avempace et Averroès ; on peut y joindre Alfarabi et Algazel, dont ils font aussi quelquefois mention.

(6) L'auteur de ce livre fut, à ce que l'on croit, Avicebron, qui n'ctait pa$ un philosophe arabe, comme on l'avait supposé jusqu'ici, mais un philosophe juif. Voir Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, § 1-7, p. 339- 458, Paris 1859.

(7) Sur ce livre, consulter Hauréau, Op. cit., c. 3, t. I, p. 384 et suivantes.

(8) St Augustin nous apprend l'origine du nom de péripatéticienne, qu'on adonné dans l'école à la philosophie d'Aristote: « Aristote, dit-il, fonda l'école péripatéticienne, parce qu'il avait coutume de philosopher en promenant. » {De Civit.Dei, lib. VIII, c. 12) ; le verbe grec, w»ci7r«Tt«, signifie en effet promener autour, obambulare.

grands services à la science de la révélation divine, en un mot à la théologie.

19. Or, il n'y a personne qui ne voie que la vraie nature de la philosophie scolastique doit être étudiée dans les docteurs de cette époque ; car, ayant reçu d'eux tous les développements qu'elle comportait, elle atteignit bientôt son apogée. Il nous reste deux questions à expliquer au sujet de la philosophie scolastique: 1° pourquoi cette philosophie fut-elle appelée aristotélicienne ; 1° comment la philosophie se rapporte-telle à la théologie d'après les scolastiques.

20. Pour ce qui regarde le premier point, la raison qui a fait donner le nom d'aristotélicienne à la philosophie scolastique ne peut faire un doute pour personne. En effet la nature de tout système philosophique dépend de la solution qu'il donne au problème de l'origine de nos connaissances, car la philosophie a pour but d'arriver à la connaissance des choses et la valeur de la connaissance humaine, comme nous le verrons ailleurs, tient à la nature des instruments qui la produisent dans notre esprit. Or, ainsi que nous le montrerons surabondamment dans cet ouvrage, soit dans l'énumération des instruments de la connaissance, soit dans l'indication des moyens par lesquels la raison humaine parvient à la vérité avec le secours de ces instruments, les scolastiques se sont bornés à exposer, à défendre et à développer la doctrine d'Aristote. Ils professèrent par conséquent la philosophie aristotélicienne : ce qui exphque pourquoi, dans leurs écrits, Aristote est désigné par eux sous le simple nom de Philosophe (i).

(i) Les SS. Pères et les autres écrivains ecclésiastiques, qui fleurirent pendant les premiers siècles de l'Eglise, sans être attachés à aucune école philosophique, comme nous l'avons montré, suivirent toutefois plus souvent Platon, qu'Aristote et les autres philosophes. Car, ainsi que nous l'avons dit, n'ayant pas le dessein de présenter un système complet de philosophie, mais leur unique but étant de découvrir dans les livres des philosophes grecs les maximes philosophiques, qui d'une certaine manière se rapportent à l'enseignement révélé, ils en trouvaient par le fait un plus grand nombre dans Platon, que l'on supposait avoir eu des entretiens avec les Juifs (cf. p. VII), car la doctrine de ce philosophe sur Dieu, sur sa providence, sur l'immortalité de l'âme, sur les conséquences des biens et des maux et sur les peines ouïes récompenses de l'autre vie, est moins éloignée de la vérité que celle d'Aristote et des Stoïciens. Mais les scolastiques, voulant fonder un système entier de philosophie approprié à la défense de la doctrine chrétienne, furent contraints de recourir aux livres ^.'Aristote, qui seul a donné un cours complet de logique,

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