XII HISTOIRE
pliquer maintenant Poriginc et la nature de cette philosophie.
i6. Les écoles d'Athènes ayant été fermées au commencement du sixième siècle par unédit deJustinien, la philosophie grecque disparut presque entièrement et Tétude de la philosophie chrétienne était depuis longtemps négligée par suite de rinvasion des Barbares. Mais, au huitième siècle, Alcuin ou Albin, que Charlemagne avait fait venir en France de la Grande-Bretagne, s'appliqua avec ardeur à restaurer et à favoriser rétude des sciences et des arts; il fonda Técole du Palais qui fut destinée à l'instruction du Roi et des membres- de sa famille (i). Par les soins de Charlemagne, de Louis le Pieux et de Charles le Chauve, un grand nombre d'écoles s'ouvrirent de leur temps à Lyon, à Fulda, à Corbie, à Reims et en d'autres endroits (2). Dans ces écoles, où enseignèrent des maîtres très-instruits pour ce temps-là, Raban Maur (3), disciple d' Alcuin, Henri d'Auxerre (4), Scot Erigène (5), Gerbert, qui fut pape sous le nom de Sylvestre 11(6), et bon nombre d'autres jusqu'au onzième siècle; dans ces écoles, disons-nous, prit naissance la philosophie qui reçut
(i) Sur Alcuin, outre Mabillon, Acta Sanctorum Ord. S. Bened., t. V, Parisiis 1 668-1 701, et V Histoire littéraire de la France, t. IV, on peut lire Fr. Lorenz, Histoire polit, ecclés. et littér. de l'époque carloving. (enallem.))HaIle 1829. Parmi les œuvres d'Alcuin (ed.Frobenius, Ratisbonnae 1777), se trouvent plusieurs traite's philosophiques : De dialectica. De naturd et immortalitate ayiimcE, De ratione animst, De septem artibus etc. Les sciences que l'on enseignait à cette époque sous le nom des sept arts se divisaient en trivium et quadriviiim. Le trivium comprenait les arts libéraux inférieurs, savoir la (grammaire, la rhétorique et la dialectique : le quadrivium embrassait les arts libéraux supérieurs : c'étaient la musique, V arithmétique, la géométrie, et Yastronomie.
(2) Cf. Joan. Launoy, De scolis celebribus a Carolo M. et post Carolum M. in Occidente instauratis , Hamburgi 171 7.
(3) Voir les Fragmenta super Porphyrium, que Cousin a tirés de la Bibliothèque royale de St-Germain et qu'il a publiés sous ce titre : Fragments de philosophie scolastique. Voir Œuvr. Phil.3 sér., t. III, p. 84-88 et Appendice, n. I, p. 245-252, Paris 1846.
{4) Il faut lire les Fragmenta que Cousin a extrait de ses Gloses super isa- .gogen (Op. cit., p. 89-96), ainsi que ceux donnés par Hauréau et qui proviennent de ses Gloses super decem categorias ; Histoire de la scolastique, c. 6, t. I. p. 140, Paris i85o.
(5) De divisione natursc, éd. Schltuerus, Monasterii Guestphalorum i838.
(6; Voir son traite De rationali et ratione uti. édité par Bernard Petz. dans
son Thésaurus anecdotorum novissimus, t. I, Aug. Vindel. et Graecii 1721.
le nom de scolastique (i) et qui se proposa de fonder une science qui, non-seulement ne fut pas hostile aux enseignements de la révélation chrétienne, mais qui fût en outre capable de les éclaircir et d'en montrer Taccord et Tharmonie (2).
17. La célèbre controverse qui s'alluma, dans le onzième siècle, entre les docteurs scolastiques sur la nature des universaux (3), donna un grand essort à la philosophie. Sans énumérer tous les écrivains du onzième et du douzième siècle, il nous suffira de nommer Guillaume de Champaux (4),
(i) Comme la philosophie qui régna pendant tout le moyen âge avait pris naissance dans ces écoles, appelées en latin scholx, elle reçut le nom de scolastique. On donnait le nom de scholasticiis, dans la pure latinité, soit au disciple qui assistait aux leçons, soit au maître qui enseignait. Al'époque dont nous parlons, ce mot fut employé uniquement pour désigner le docteur qui, dans les écoles publiques des églises cathédrales et des monastères, expliquait les principes des arts libéraux et la philosophie. Voir Brucker, op. cit., period. II., part. II, lib. Il, c. 3, sect. 2, t. III, p. 709-711.
(2) Il est bon d'observer que déjà, même avant Alcuin, grâce à l'étude des SS. Pères et de S. Augustin surtout qui ne fut jamais entièrement interrompue, il y avait eu diverses tentatives remarquables qui avaient préparé la voie à cette restauration. Au cinquième siècle, Claudien Mamers, prêtre de Vienne, avait composé trois Vwve?, De statu animœ^ciim «o/^Bartii, Cygneas i655); Marcianus Capella dans son Satyricon [Satyricon, sive de Nuptiis inter Philologiam et Mercurium ex. de septem artibus liberalibus, studio Frid. Kopp., Francofort. i836) expliqua les sept arts qui furent cultivés au moyen âge sous le nom de Trivium et de Quadrivium. A la tin du cinquième siècle et au commencement du sixième,Sévérinus Boëce, outre plusieurs opuscules philosophiques, traduisit du grec certains livres de la logique d'Aristote et en enrichit plusieurs de commentaires (0pp., ex offic. Henricpetrina, Basileœ 1370). Cassiodore, contemporain de Boèce, écrivit le livre De septem disciplinis, où il enseigne les sept arts libéraux que nous avons nommés [Opéra., éd. Garet, t. II, Rothom. 1679). S. Isidore de Séville écrivit, à la fin du sixième siècle et au commencement du septième, ses vingt livres des Origines, ou des Etymologies, dans lesquels, outre les étymoloifies, il expose avec brièveté, en touchant à tous les genres d'érudition, une foule de choses ayant trait soit à la philosophie, soit aux sciences mathématiques {Etymologiarum libri XX, Opp., éd. Arevalus, t. I et II, Roma 1797-1803). Au huitième siècle, les auteurs dignes d'une mention particulière, ce sont le Vénérable Bède en Angleterre, et S. Jean Damascène. Le premier, dont l'immense érudition lit l'étonnement de ses contemporains, a composé plusieurs ouvrages philosophiques, entre autres les suivants : Commentarium in Boétii consolationem de philosophia, Libri quatuor de philosophia, Sententiœ ex operibus Aristotelis et Ciceronis, Axiomata Aristotelis {Opp., t. I et II, Colonias, 1688) ; le second publia ses Capita philosophica, dont la dialectique est tirée de VOrganum d'Aristote et différentes dissertations : De animœ partibus tribus, virtutibus quatuor, et de facultatibus {Opp., éd. Lequien, Parisiis 1712).
(3; Nous traiterons en son lieu de cette controverse.
(4) On peut voir dans Patru {Wille'.mi Campell. de natura et origine rerwn placita, Parisiis 18.17) '^^ sources où l'on peut retrouver la doctrine de Guillaume de Chan;,'aux.