‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 12 sur 99 · XX HISTOIRE · texte numérisé non relu

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sec, pour lui donner l'intelligence (i) des mystères que la foi lui propose, autant du moins que le permet la faiblesse de Tesprit humain (2).

■25. La discussion qui précède va nous servir à convaincre d'erreur les deux opinions diamétralement opposées, soutenues par les détracteurs de la philosophie scolastique. La première eut pour auteur des écrivains protestants : ils ont prétendu qu'en faisant de la philosophie la servante de la théologie, les scolastiques avaient corrompu celle-ci dans le sens des principes mal compris de la philosophie d'Aristote (3). La seconde opinion fut d'abord enseignée par Hegel (4) ; ce philosophe soutint que la mission propre de la philosophie scolastique avait été de soumettre la religion chrétienne à l'examen de la raison et de produire au grand jour les principes rationnels cachés sous ces dogmes, comme sous autant de s3-mboles. (5). Cette opinion, qui s'est répandue, en ces derniers temps, dans presque toute l'Allemagne, a également rencontré en France un certain nombre de partisans (6).

26. Sur le premier chef d'accusation, voici quelle sera notre réponse : la philosophie étant considérée par les scolastiques, ainsi qu'on l'a vu, comme la servante de la théologie, ils n'ont certainement pas pu la faire servir à corrompre celle-ci, car il répugne que les mêmes hommes qui ont iait de la philoso-

(i) Cf. s. Thom., In lib.'l Sent., Prolog., a. 3 sol. 3.

(2) Dans le dernier chapitre de la Dynamilogie, nous montrerons, contre certains auteurs modernes et contre Guenther en particulier, la grande dignité qui revient à la philosophie elle-même, des services qu'elle rend à la théologie.

(3) Il sutTit de parcourir le seul Brucker ; en effet cet historien reproduit et approuve toutes leurs accusations et toutes leurs railleries. Voir 0/'.Cj7.,Period. II, part. II, c. 3,scct 2 et 3, vol. Ill, p. 709 seqq.

(4) Pliilosopliie delà religion (en allem.). Part. I, t. I, p. 2 1-23, Berlin

(5) Hegel et ses disciples ont également produit cette seconde calomnie contre la philosophie des Pères. Niais, comme, dans la détermination des rapports de la théologie avec la philosophie, les scolastiques ne se sont pas écartés d'une ligne de la doctrine des Si. Pères, ce que nons disons pour préciser le vrai caractère de la philosophie scolastique, doit aussi s'appliquer à la philosophie des Pères de l'tglise.

(ij) Ces philosophes, s'imaginant que les vérités révélées sont recouvertes de mythes et de symboles, prétendent confier à la philosophie le soin de les expliquer et d'en manifester les rapports, afin de composer, disent-ils, un système philosophique de reUgion, digne de la nature humaine. Ljur système, comme nous 1. dirons plus loin, a reçu le nom de rationalisme ; ainsi ces philosophes ont voulu taire des scolasaques les précurseurs du rationalisme inoderne.

phie la servante de la théologie, lui aient ensuite emprunté des doctrines capables d'altérer cette dernière. Pour bien comprendre cela, il suffit de nous rappeler ces deux considérations : r Les scolastiques ne pouvaient altérer les dogmes de la foi chrétienne qu'en essayant de les définir et de les expliquer d'après les principes absurdes de la philosophie, n'importe laquelle. Or les choses se sont autrement passées. Car les docteurs scolastiques, comme nous l'avons montré, n'acceptèrent d'autres principes de philosophie, que ceux qu'ils avaient reconnus conformes aux vérités révélées, ou du moins sans opposition avec elles ; d'ailleurs ils en faisaient usage en théologie, non pour mesurer les dogmes de la foi d'après les faibles lumières de la raison humaine, mais pour les expliquer, autant qu'il est possible, au moyen de comparaisons tirées de la nature et de l'ordre des choses, et pour les défendre contre les objections et les sophismes des incrédules et des hérétiques. 2" Bien loin de travailler eux-mêmes à corrompre la pureté de la foi, la grande préoccupation des scolastiques fut toujours de la préserver des atteintes criminelles de ses ennemis (i). Une preuve sans réplique de ce que nous disons là, c'est que tous les théologiens et les philosophes catholiques modernes réfutent les inventions des déistes et des athées, qui sont

(i) Rapportons en un exemple : Albert le Grand et S. Thomas n'entreprirent tant et de si longs travaux .pour donner une fidl-Ie interprétation des livres d'Aristote, que pour prémunir les esprits contre plusieurs erreurs qui, entretenues par les commentaires des Arabes et principalement d'Averroès, faisaient courir à la foi de grands dîngers (Cf. Franc. Jacob. Clemens, De ScoLzsticorum sentznia, pliilosophiam ess2 theolojiœ ancillam, p. 76, Monasterii Guestphalorum ï85j). Car, soit en développant certaines opinions absurdes d'Aristote, soit en détournant ses paroles de leur vrai sens, les Arabes furent caus^ qu; plusieurs auteurs scolastiques, entre autres Almoric de Chartres et David de Dinan, trompés parleurs commentaires, abusaient de la philosophie d'Aristote, pour corrompre la doctrine catholique. Ce fut la raison qui détermina les Pères du Concile de Paris, tenu en 1209, à défendre absolument qu'on enseignât dans les écoles la philosophie d'Aristote, si on n'y consacrait au rnoins trois ans; cette défense fut restreinte à certains livres d'Aristote, par Robert de Courson, légat du pape Grégoire IX. Mais les interprétations et les discussions d'.A.rDert le Grand.' de S. Thomas et d'autres docteurs, sur les livres du philosopha grec, ayant fait disparaître tout prétexte d'erreur, Urbain V, par l'organe des deux cardinaux, Jean, du titre de St-VIarc, et Gilles, du titre de St-Martin, qu'il avait envoyés à Paris en l'année i3f)b, non-seubmeat permet d'enseigner et d'expliquer tous les livres d'Aristote, mais il l'ordonne même aux professeurs et les y invite avec beaucoup d'instances. Voir à ce sujet Launoy, Op. cit., c. i , p. 127-130, c. 6, p. 198- 200, c. 9, p. 210-212.

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