XXII HISTOIRE
contre la foi, an moyen des principes philosophiques qu'ils puisent dans la lecture des docteurs de Técole (i\
27. Quant à Topinion d'Hegel, elle est si absurde que Ton s'étonne à bon droit qu'elle ait pu lui venir à l'esprit (2V En effet, si la philosophie scolastique avait employé tous ses efforts à découvrir et à expliquer certains principes rationnels, cachés sous le voile des dogmes religieux, les scolastiques, auraient dû enseigner que la philosophie n'est qu'une seule et même science avec la théologie, et qu'elle est l'unique règle d'après laquelle il nous faut juger de la vraie notion des différents dogmes. Or, ils n"ont enseigné ni l'un ni l'autre point. Ils n'ont pas enseigné le premier; car nonseulement ils affirment, comme nous l'avons vu, que la théologie appartient à un ordre tout différent de la philosophie, mais ils soutiennent de plus, ainsi que nous le verrons ci-après dan9,V hifrodactîon^ que la théologie l'emporte sur la philosophie sous plusieurs rapports. Ils n'ont pas davantage enseigné le second : car l'opinion constante et universelle des scolastiques, comme nous le verrons dans le dernier chapitre de la Dynajuilogie^ fut qu'il fallait tenir pour faux et comme purement sophistique tout ce que la raison pouvoit suggérer de contraire aux vérités de la foi ; ils statuaient, en consé-
(i) Gêner le prouve longuement dans sa Theolog. dogmatico-scol., Prodr. I, Dissert, historico-chronologico-critico-apologetica, pro theolog. scola$t.,c. ■j., % 5, p. 44-46, Romae 1767.
(2) Nous n'ignorons pas que ce philosophe s'autorise, pour attribuer le rationalisme aux scolastiques, de ce qu'ils enseignaient eux-mêmes, comme nous l'avons dit (page XX\ que la philosophie devait tendre à donner l'intelligence des dogmes. Mais l'auteur s'est étrang ment mépris; on peut en juger par ce seul fait que les scolastiques recommandaient déjà d'éviter la doctrine des rationalistes qui s'efforcent de transformer les mystères en desimpies vérités rationnelles. Ecoutons S.Thomas: « Il est bien à craindre que quelqu'un ait la présomption d'étendre ses démonstrations aux choses mêmes delà foi...... or, il dérogerait par cette conduite à l'cxcrllence de la foi, dont la
vérité surpasse toute raison humaine, suivant cette parole de l'Kcclésiastique (111,2 5): On t'a montré plusieurs choses qui sont au-dessus de l'intelligence de l'homme ; xznd'is c^uQ les vérités qui sont susceptibles d'être prouvées par démonstration dépendent de la raison humaine; » Q.7oi//6. III, a. 3i,c. Cf. S. Bonav., In lib. III Sent., D'-st. XXIV, a. u, q. 3 ad arg.: ibid., Dist. XXIII, dub. I et lib. IV, Dist. XI, dub. i.
Cette expression, ('intelligence des dogmes, ne doit pas être prise par conséquent dans le sens rigoureux que lui ont donné Hegel et ses disciples : car elle signifie seulement, comme on h comprend d'après ce qui précède, que la philosophie vient au secours de la théologie pour démontrer aux incrédules la nécessité de la foi, pour confirmer les croyants dans la foi et pour repousser les attaques des ennemis de la foi. ' •
DK LA PHILOSOPHIE XKin
quence, noa que la philosophie devait servir de règle à la théologie, mais, au contraire, que cette dernière devait hùrc loi (i). Le caractère de la philosophie scolastique est donc tout autre que celui indiqué par Hegel.
2 8 . La philosophie scolastique, dont nous venons de présenter le véritable caractère, conserva sa vigueur et son éclat jusque vers le commencement du quatorzième siècle. En ce moment là,Ockam, disciple de Scot, leva Tétendard de la révolte à la fois contre la puissance des Pontifes romains, et contre les doctrines des scolastiques qui l'avaient précédé, inaugurant ainsi une méthode philosophique plus indépendante et plus libérale (2). Tel fut le point de départ de la philosophie moderne, laquelle, ayant secoué le joug salutaire de la théologie, est devenue la source première de tant et de si pernicieuses erreurs.
29. Avant de poursuivre Thistoire de cette nouvelle philosophie, nous devons indiquer sommairement les destinées subies depuis lors par la philosophie scolastique. Sur la fin du quatorzième siècle et au commencement du quinzième,lorsque, se retirant en Italie, un certain nombre de Grecs y eurent apporté les textes grecs des livres de Platon et d' Aristote, plusieurs Italiens abandonnèrent le camp des scolastiques, pour se réfugier dans la philosophie de Tun ou de Tautre de ces deux philosophes (3). A la tête de ceux qui s'appliquèrent à restaurer la philosophie platonicienne, ou plutôt néoplatonicienne, nous devons placer Marsile Ficin (4). Ceux qui embrassèrent la philosophie péripatéticienne furent beaucoup
(i) Cf. s. Thom., Contr. Génies, lib. I, c. 7, n. 4, Super Boethim de Trin., q. II, a. 3 c. ; I, q. I, a. 8 c. ; Qq. dispp., De Patent., q. IV, a. i c.
(2) La plupart des historiens de la pùlosophie exaltent Ockam, à cause surtout de la lutte qu'il soutint contre la puissance des SS. Pontifes, mais ils passent sous silence son repentir et l'absolution des censures qu'il obtint avant de mourir. Cf. Waddin^, Annal. Minor., an. 047, n. 19-22, t. III, p. 549 et 55o. éd. 2% Romae i83i seqq.
(3) Cf. Boernerum, De doctis hominibiis grœcis Utterarum gra^carum in Italia restauratorib-.is, Lipsix 1750. Nous devons remarquer ici que les Italiens étaient pr>^parés dJs cette époque pour ce genre d'études ; car les lettres grecques et latines, qui n'avaient jamais entièrement péri, venai2nt d être restaurées par les travaux et par les soins de Dinte Alighieri, de Péxarque et de Boccace. Voir B ihle, Hist. delx philosophie moderne, trad. par Jourdain, sect. I, c. 2 et 3, t. II, p. 18-99, Paris i8i6.
(4) Non content d'avoir publié des versions latines des œuvres de Platon, de Plotin et des autres philosophes qui se rattachent à Tccole néoplatonicienne, Marsile Ficin écrivit plusieurs livres pour expliquer la philosophie