‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 23 sur 99 · Pour montrer plus clairement encore que la relation · texte numérisé non relu

Pour montrer plus clairement encore que la relation

(i)I,q. XIII, a. 7C.

(2) Cf. s. Thom., In lib. I Sent., Dist. XXVII, q. I,'a. i sol.

(3) Renouvier, Essais de critique générale, partie 3, g XXVI, p. 98, Paris

(4) Pag. 26.

(3) In lib. I Sent., Dist. XXVI, q. II, a. i sol.

est une catégorie spéciale, les scolastiques observèrent que la relation se divisait en relation nominale et en relation vraie. La première désigne principalement un accident absolu et secondairement un certain rapport à quelque autre chose. La science est une relation de ce genre ; car elle désigne tout d^abord,dans un sujet,la qualité par laquelle ce sujet devient 5avant.oW^ indique ensuite, et d'une manière secondaire, un certain rapport avec Pobjet connu; car toute science suppose un objet connu. La seconde relation n'est rien autre que Tordre même d'une chose pour une autre chose et son unique fonction est de constituer ce rapport. Ainsi la paternité n'indique point quelque chose qui soit absolument dans le père, mais elle indique ce par quoi le père a rapport au fils. Bien que les relations Jiominales ne méritent pas d'être mises au nombre des catégories, parce que leurs objets ne se rapportent à autre chose que par voie de conséquence, ou d'une manière secondaire ; cependant les relations vraies constituent un genre spécial de catégorie, car elles signifient par nature ou par essence le mode spécial dont Vêtre est déterminé dans les choses. Cest pourquoi, comme catégorie spéciale, la relation se définit : une manière d'être accidentelle dont la raison ou l'essence consiste dans un certain rapport à autre chose. Scimt Thomas dit plus brièvement : « L'essence de la relation c'est d'indiquer le rapport d'une chose à une autre » (i).

43. Renouvie'r fait cette objection : les catégories dénotent les diverses manières dont l'attribut se rapporte au sujet. Donc la relation n'est pas une catégorie spéciale distincte des autres, mais toutes les catégories se ramènent à la relation, comme à une catégorie unique (2).

Je réponds : neg. cons. Car la relation ne désigne pas généralement tous les modes suivant lesquels Tattribut se rapporte au sujet, il désigne seulement le mode spécial dont une qualité inhérente à une chose la fait se rapporter à une autre^. Bien loin que les autres catégories puissent être ramenées à la relation, ce sont au contraire les relations qui, sans en excepter une seule, ont toutes leur fondement dans quelque autre catégorie. Pour ne citer que ces deux exemples, la relation

(i) Ibid., Dist. II, q. I, a. 5 sol.

(2) Essais de critique générale, ibid.

d'égalité est fondée sur la catégorie de quantité et la relation de ressemblance sur celle de qualité (i).

44. Enfin nous devons expliquer quelles sont les principales propriétés des termes de toute relation. — 1° Les termes de la relation mutuelle sont simultanés dans la connaissance^ parce que le concept de Tun des termes appelle le concept de Tautre et réciproquement. Par exemple, le père ne peut se concevoir, en tant qu'il se rapporte au fils, sans que le fils ne vienne en même temps à la pensée. Nous disons en tant que le père se rappor^te aujils^ car si les termes de la relation étaient considérés, non comme choses relatives, mais simplement comme tout autre être, la connaissance de Tun d'eux n'exigerait plus la connaissance de l'autre. Si j'arrête ma pensée sur Pierre, père de Paul, non en tant que père, mais en tant qu'homme seulement, je puis très-bien penser à Pierre sans songer à Paul. — 2° Les termes de la relation mutuelle sont simultanés par nature^ puisqu'on ne peut supposer l'un sans supposer l'autre et que la suppression de celui-ci entraîne la suppression de celui-là. S'il existe quelqu'un à qui le nom de père convienne, il existe aussi quelqu'un à qui doit convenir le nom de fils, et, s'il y a quelque part un fils, il y a nécessairement un père. De même s'il n'y a point de père, on ne trouvera point de fils, et sans fils point de père. Mais il est bien évident que cela doit s'entendre des relations qui existent dans les sujets et non des sujets dans lesquels existent ces relations. Par exemple Vêtre du père et Yêtre du fils, en tant qu'hommes, ne sont point simultanés par nature. « Les choses relatives, dit Scot, sont simultanées par nature, quant à l'être qui leur est propre comme relatives « (2). — 3** Si la relation n'est pas mutuelle, les termes ne sont point simultanés par Jiature^psiTCQ que, le fondement étant réel dans Tun des extrêmes et simplement logique dans l'autre, l'extrême dans lequel le fondement est réel ne peut exister sans celui dans lequel il est purement logique, mais non vice versa. Ainsi l'existence des êtres contingents ne peut se concevoir sans l'existence de l'être nécessaire, mais non réciproquement. De même les

(4; Cf. s. Thom., De Pot., q. VIII, a. 3 ad 12. (i) Super Praedicam., q. XXVII.

termes de cette relation ne sont pas simultaiiés dans la cojî- 7îaissance^ car notre esprit, par la connaissance de Textrême dans lequel le fondement est réel peut s'élever à la connaissance de celui où il est simplement logique, mais non vice versa. Par exemple, le concept des créatures élève notre esprit au concept de Fêtre nécessaire ou de Dieu, mais le concept de Têtre nécessaire n'amène pas nécessairement dans notre esprit le concept des choses créées, parce que Dieu peut exister sans elles. Mais si Ton considère les deux termes de cette relation non mutuelle, en tant qu'ils sont relatifs, de telle sorte que le terme dans lequel le fondement de la relation est logique soit considéré comme une chose à laquelle une autre se rapporte, ces deux termes sont évidemment simultanés pai^ nature et dans la connaissance. Car les termes relatifs ne peuvent être conçus comme tels, sans qu'ils aient mutuellement entre eux un rapport actuel, et ce rapport exige que. Tun ne puisse ni exister ni être conçu sans Tautre. Ainsi, quoique telle vérité puisse exister sans qu'il soit nécessaire de supposer qu'elle est connue, on ne peut cependant considérer une chose comme vraie sans la rapporter à une intelligence qui la connaisse. De même, quoique le concept de Dieu n'entraîne pas avec lui le concept des créatures, cependant Dieu ne peut être conçu comme Créateur sans la connaissance des choses créées.

45. Il nous reste à expliquer la notion de la catégorie appelée qualité. La qualité., suivant saint Thomas (i) est l'accident qui dispose ou modifie la substance., en d'autres termes c'est un accident qui introduit par lui-même dans la substance une manière d'être spéciale ; la science, la vertu, la couleur etc. sont des qualités. La catégorie de qualité étant un accident se distingue de la différence spécifique ; car, bien que celle-ci qualifie la substance, elle n'est cependant pas l'accident d'une chose, puisqu'elle en constitue l'essence (2). Le reste de la définition distingue la qualité des autres accidents catégoriques. En effet les autres accidents ^z/<7//^"e«/^ sans doute aussi la substance, attendu que chaque accident la détermine toujours d'une certaine manière ; mais s' \\s\di qualifient.,

(i) Cf. i» 2'», q. ::lix, a. 2 c.

(2) Cf. pag. 22 et 23.

ce n'est point par eux-mêmes, c'est par voie de consêqiieJice : une chose se trouve effectivement qualifiée d'une certaine manière par les modes singuliers et divers dont les divers accidents affectent sa substance. Ainsi, la quantité qualifie en quelque sorte la substance, non point, il est vrai, par ellemême, mais par rex^e;w/o« des parties qu'elle produit en elle; car, rétendue des parties étant une certaine détermination de la substance, par là même que la quantité donne à la substance des parties étendues, il la détermine d'une certaine manière et la qualifie par conséquent sous certain rapport. La qualité est au contraire un accident qui, par lui-même et sans le secours d'aucun autre accident, modifie la substance.

46. Les diverses espèces de ^«a/zVé^ proviennent des divers modes suivant lesquels la substance peut être simplement qualifiée. Or, la première espèce de qualité est celle qui détermine la substance de manière à la rendre bien ou mal disposée, soit en elle-même ou dans son e/re, soit dans ses opéràtioJis. Par exemple, la santé détermine le corps de telle sorte qu'il se trouve bien disposé, la maladie produit l'effet tout opposé ; de même, la science détermine l'intellect d'une manière favorable à la connaissance de la vérité et l'erreur le met au contraire dans un état défavorable. Si cette espèce de qualité est de sa nature difficilement séparable du sujet qu'elle modifie, c'est une habitude ; si elle peut facilement s'en séparer, elle conserve le nom de disposition. Les sciences, la connaissance des beaux-arts sont des habitudes, parce que, s'appuyant sur des principes certains, elles ne peuvent que difficilement se séparer du sujet qui les possède ; on ne voit guère pour les détruire qu'une longue désaccoutumance ou la violence de la maladie. Mais l'opinion, le soupçon, le doute sont de simples dispositions^ parce que, les principes qui les font naître dans l'intellect étant plus ou moins faibles, il est facile d'en délivrer l'esprit humain.

47. A la seconde espèce de qualité appartient l'accident qui dispose la substance soit à faire quelque chose, soit à repousser quelque obstacle ; si la disposition accuse de la force, elle s'appelle puissance ; si elle décèle de la faiblesse, elle se nomme impuissance. Voici la raison de cela :Nul être, comme nous le montrerons ailleurs, n'ayant le pouvoir de faire une

chose s'il ne possède une faculté ad hoc^ il est manifeste que cette faculté estsusceptible d'avoir une certaine inclination ou une certaine faiblesse, soit pour opérer les choses qui forment son objet, soit pour résister aux obstacles qui pourraient entraver complètement son exercice, ou le rendre moins facile. Or cette inclination ou cette infirmité soit pour agir soit pour résister qualifie le sujet dans lequel la faculté réside et constitue la seconde espèce de qualité. Par exemple, si Pierre se porte bien il sera énergique dans Faction, s'il est malade il sera faible.

48. La troisième espèce de qualité est un accident qui produit, dans la substance, une altération ou un changement sensible, ou bien qui en est le résultat. Ainsi la crainte qui trouble l'état de l'homme et la pâleur du visage, qui est l'effet du trouble produit par la crainte, sont des qualités qu'on doit placer dans cette troisième espèce. De plus, cette troisième espèce de qualité comprend deux modes, parce que l'altération produite dans le sujet par ces sortes de qualités est tantôt légère et fugitive, par exemple la pâleur qui provient de la crainte, tantôt constante et prolongée, comme la pâleur qui résulte d'une longue maladie. Les qualités appartenant au premier mode se nomment passions^ celles qui appartiennent au second mode sont appelées qualités passibles.

49. Enfin la quatrième espèce de qualité comprend les accidents qui sont le résultat de la disposition des parties de la quantité. Cette dernière espèce de qualité reçoit le nom à.Q.Jigiire^ si elle indique ce qui délimite la quantité, et celui à.t forme si elle dénote ce qui dis4:ingue une quantité d'une autre quantité.

ARTICLE CINQUIÈME

De la définition et de la division

5o. La définition et la division contribuant beaucoup à donner des notions une connaissance parfaite, nous en expliquerons brièvement la nature et les lois. La définition, dit Cicéron, est le discours par lequel nous tirons comme de

son e?n'eloppe ce gui fait l'objet de tiotre recherche (i) ; il dit plus clairement ailleurs : la définition est un discours qui montre brièvement ce qu'est la chose dont il s'agit (2). Il V a deux genres de définitions : la définition de nom et la définition de chose. La première explique ce que tel nom signifie. La seconde détermine Tessence de la chose signifiée par un certain nom (3).

5i. La définition de nom peut se faire de diverses manières, i" En expliquant le nom à Taide des mots dont il est formé, c'est-à-dire par son étymologie. Saint Thomas définit de la sorte la notion d'intellect, lorsqu'il dit : « le nom d'intellect emporte une certaine connaissance intime, car intelligere signifie quasi intus légère^ lire au fond des choses » (4). 2° En expliquant la signification d'un mot d'après l'usage communément reçu. Le même saint Thomas, ayant à traiter de l'iime, la définit de cette manière : « Avant de chercher qu'elle est la nature de l'âme, il faut d'abord présupposer que l'clme est le principe de la vie dans les choses qui vivent au milieu de nous ; car nous disons des êtres animés qu'ils sont vivants, et des êtres inanimés qu'ils sont privés de vie « (5). 3° En fixant, avant la discussion, en quel sens l'on compte employer telle expression.

52. Les définitions de chose proprement dites ne doivent pas être confondues avec les descriptions. Celles-là consistent en eftet à énumérer simplement les propriétés qui constituent l'essence de la chose, par exemple : Vhomme est un aninial raisonnable. Une définition qui en approche beaucoup, c'est la définition qui se fait par les causes internes de la chose à définir, c'est-à-dire par \qs causes matérielle e.t formelle, qui

(i) Top., c. 2.

{2) Orator, c. 33. S. Thomas explique plus longuement ce qu'est la définition dans ce passage: « L'intellect est dit savoir ce qu'est une chose, lorsqu'il la définit, c'est-à-dire lorsqu'il en a conçu une forme qui lui correspond de tout point n;Qq- dispp., De Ver., q. II, a. i ad 9.

(3) S. Thom., In lib. II Poster., lecî. IX. Aristote nous apprend que Socrate fut le premier à faire usage des définitions:» Il y a deux choses, dit-il, que l'on peut à bon droit rapporter à Socrate, les raisonnements par induction et la définition des idées générales » ; Met., lib. XII, c 4, ed.Berolini i83i. Socrate avait en effet besoin, dans sa lutte contre les sophistes, d'établir d'une manière claire et solide les notions qu'ils se plaisaient à obscurcir le plus. Cf. F. Ravaison, Met. d'Arist., t. I, p. 278.

(4) le 2«, q.VIlI, a. I c.

(5) I, q. LXXV,a. i c.

entrent dans sa constitution ; telle est cette autre définition : Vhoinme est une substance composée d'un corps et d'une âme raisonnable. On fait au contraire une description lorsque, non content d'énumérer les propriétés essentielles d'une chose, on fait entrer dans cette énumération d'autres propriétés qui dérivent de Tessence, soit nécessairement, soit par hasard. Cicéroii ne définit pas Thomme, il le décrit, lorsqu'il dit : « Lliomme est un animal prévoyant^ sagace, multiple, plein de pénétration^ doué de mémoire, rempli de raison et de prudence y (i). De même que les définitions se font quelquefois par les causes internes, de même les descriptions peuvent se faire parfois au moyen des causes externes telles que les causes efficientes ^exemplaires et finales; par exemple, si Ton dit : l'homme est un être que Dieu a créé à sa ?^essemblance, en vue de la béatitude.

53. Les définitions proprement dites et rigoureuses exigent quatre conditions. D'abord elles doivent être complètes et courtes. Or elles remplissent cette condition, lorsqu'elles ne contiennent ni plus ni moins de caractères qu'il n'en faut pour discerner de toute autre la chose définie (2). On donnerait une définition vicieuse de l'homme, si on le définissait par exemple : un animal bipède, ou uji animal bipède doué de raison. On voit maintenant pourquoi les logiciens enseignent que toute définition, pour être bonne, doit être réciproque avec la chose définie. Si en effet la définition est réciproque, on peut tourner indifféremment : tout homme est un animal raisonnable^ et tout animal raisonnable est un homme (3).

54. Une seconde règle, conséquence de la première, veut que l'on exprime, dans la définition, le genre prochain et la difil'érence spécifique ; la nature entière de la chose se trouve ainsi très-brièvement présentée et se distingue de toutes les autres (4). On doit employer le genre prochain, parce que

(i) De Leg., lib. I, c. 7.

(2) C'est à quoi revient, si nous ne nous trompons, ce précepte de S. Augustin : « La définition ne doit rien comprendre d'étranger »; Contr. Acad.y li'o. II, c. 5, n. i3.

(3) Cf. S. Aug., De quantit. anim., c. 25.

(4) Locke {Op. cit., liv. III, c. 3, g i) et Laromiguière {Leçons dephil., lec. XII, t. II) font peu de cas de cette règle de logique; mais c'est à tort. En elFet, l'objet de la définition ouïe défini, comme dit l'école, n'est autre chose qu'une

5o LOGIQUE

le genre éloigné n'embrasse pas tout ce qui est contenu dans la notion du genre inférieur (i); par conséquent, si la définition se fait au moyen d'un genre éloigné, certaines choses qui conviennent au genre prochain devront nécessairement faire partie de la différence. Par exemple, si nous définissons le triangle rectangle : une figure plane ayant trois côtés et un angle droit, on ne sait pas si le nombre ternaire des côtés appartient au genre ou s'il fait partie de la différence. Mais, si nous définissons le triangle rectangle: un triangle dont l'un des angles est droit, nous faisons clairement connaître que le nombre ternaire des côtés est un caractère commun à tous les genres de triangles, et que la différence du triangle rectangle consiste en ce que l'un de ses angles est droit . Gomme l'observe saint Thomas, la définition est plutôt l'œuvre de la différence que celle du genre ; car l'espèce d'une chose, c'est-à-dire son essence complète et déterminée, qui est l'objet propre de la définition, est plutôt constituée par la différence que par le genre ; en effet la forme, de laquelle l'objet tire sa nature particulière, est représentée par la différence, tandis que la matière est représentée par le genre (2).

55. Il faut, en troisième lieu, que la définition soit claire^ c'est-à-dire que les termes employés dans la définition soient plus connus que la chose définie, car on ne peut manifester l'inconnu par l'inconnu. Ceux-là pèchent contre cette règle qui, dans leurs définitions, se servent de mots inusités, surannés ou ambigus ; Cicéron blâme ceux qui définissaient le

espèce; car, ainsi que nous l'avons remarqué (page 2 3, not. i), le but de la dédéfinition est d'expliquer la nature déterminée de la chose. Or, la nature d'une chose réside dans l'espèce, qui se compose du genre et de la différence (page 14). 11 est donc nécessaire que le genre et la différence figurent dans la définition. Ainsi, l'espèce, étant formée du genre et de la différence, la définition doit les faire connaître l'un et l'autre. Nous accordons à Locke et à Laromiguicre que la nécessité de cette règle de logique n'est pas tellement rigoureuse qu'on ne puisse jamais la négliger ; car, lorsque la notion du genre n'est ni déterminée ni désignée par un terme connu, on peut se contenter d'énumérer pcle-mêle les caractères connus de la chose à définir, sans distinguer entre le genre et la différence. Cf. Galluppi, Le^ioni etc., lez. XXII, t. I.

(i) Cf. pages 26 et 3i.

(2) In lib. Vin Met., lect. XIX. S. Grégoire de Nysse enseigne que la définition doit être faite à l'aide des caractères propres de la chose à définir et non par ses caractères généraux. \ oh De Anima et resurrect.,Opp., t. II, p. 634, Parisiis 161 5.

colimaçon un animal terrigène, herbigrade , domiporte, exsangue (i). Pour la même raison, les logiciens défendent de se servir de la définition eu cercle^ qu'ils appellent aussi cercle vicieux ; on tombe dans ce défaut, lorsque, dans la définition d'une chose, on fait usage d'un mot dont la définition reproduit Pidée même que devait expliquer la première définition. Ainsi celui qui définirait Theure la vingt-quatrième partie du jour et le jour une durée de vingt-quatre heures tomberait dans ce défaut. Cette règle ne s'applique pas aux choses relatives^ car la nature de tout 7^elatifest de dépendre de la nature du terme auquel il se rapporte (2).

56. En quatrième lieu, la définition ne doit pas être faite en termes négatifs^ parce que la définition a pour but d'expliquer ce qu'est une chose et non de dire ce qu'elle n'est pas. Cependant cette règle n'est pas absolue. Car il est permis de faire usage de définitions négatives, premièrement lorsqu'il s'agit de définir la privation d'une chose; on dira par exemple : le sourd est celui qui n'entend pas, l'aveugle celui qui ne voit pas (3) ; secondement, dans les définitions des choses qui répugnent entre elles, ou qui sont contradictoires, comme dit l'école. Car l'une des contradictoires affirmant ce que l'autre nie, après que l'une a été définie jL^czr ce qu'elle est ^on peut définir l'autre j[;tzr ce qu elle n'est pas. Si^ après avoir défini la matière une substance composée de parties^ on définit la substance immatérielle une substance non composée de parties^ on aura donné de celle-ci une définition légitime (4).

57. Enfin nous engageons les jeunes gens à ne pas imiter ceux qui, par un amour exagéré de la définition, veulent définir toutes choses, vice que Galien appelle «piT^opiTT-'a, manie

(i) De Divinatione, lib. II, c. 64. A la place de exsangue 'pv'wé de sang, quelques éditions portent tardigrade.

(2) Vid. Alb. M., Op. cit.. c. 9.

(3) S. Thomas explique pourquoi les privations et les négations peuvent être définies; mais il observe en même temps que leurs définitions sont plutôt des définitions de nom que des définitions de chose. « Les choses peuvent se définir suivant le degré d'être qu'elles possèdent...; C'est pourquoi... l'être étant affirmé,d'une certaine façon, des privations et des négations..., ces dernières peuvent être l'objet d'un définition incomplète qui donne la signification du nom, sans indiquer une essence qu'elles n'ont pas •>■>; In lib. II Sent., Dist. XXXV, q. I, a. 2 ad i.

(4) Voir, sur la définition, Albert le Grand ; Tapie, lib. VI, tract. I, c. i et passim.

de définir. Le but de la définition est en effet d'expliquer et de rendre plus distinctes les notions des choses que nous percevons par les sens ou par Tintelligence ; mais bon nombre d'entre elles sont tellement claires que nulle explication ne saurait leur donner plus de clarté. Telle est Tidée d'existence et telle autre que Ton pourrait citer. Or vouloir définir ces choses, c'est perdre son temps et sa peine à des subtilités.

58. La division est la distributio7i d'un tout en ses parties. Un tout diinsé est un tout distribué en ses parties et les parties du tout divisé sont appelées membres divisaiits. Si quelque partie de la division se trouve complexe, on la distribue de même en ses différentes parties, au moyen de subdwisions. Enfin les logiciens donnent le nom de condivisions aux différentes divisions que Ton fait quelquefois d'une même chose, en la considérant sous divers aspects.

5g. Le tout que l'on divise ainsi peut être un tout intégi'al^ un tout universel ou un tout potentiel (i). Le tout ijitégral est celui qui est composé de parties pouvant réellement être distinguées et séparées les unes des autres; par exemple une 7naison^ laquelle présente des /b;/tfe;;:e;//5, des murailles., une toiture etc. Les anciens donnaient proprement le nom de partition à cette distribution d'un tout en ses parties in~ grajites. Le tout unirersel est celui dont les parties forment comme autant d'espèces subordonnées ; ainsi l'animal comprend, dans sa division, l'homme et la bête. Enfin le tout potetitiel est celui dont les parties sont autant de puissances ou facultés distinctes entre elles ; l'âme par exemple est un tout de ce genre, parce que, bien qu'elle soit une et simple, on la divise d'ordinaire en intellective, sensitive et végétative.

6o. Les règles principales d'une bonne division sont au nombre de trois. La première défend d'attribuer à une division plus ou moins de parties qu'il ne faut, par la raison que les parties doivent égaler le tout. Celui qui diviserait les angles en rectilignes et en cui^vilignes pécherait contre cette règle, tout autant que celui qui diviserait la ligne en droite., courbe et mixte (2). On voit par là qu'il faut se garder de la manie

(0 Cf. s. Thom., I, q. LXXVII, a. i ad i.

(•2) En effet l'angle formé par la droite et la courbe, ou angle, mixtiligne, diffère des deux autres, mais la ligne mixte est simplement composée ai la droite et de la courbe La 1' de ces divis. est donc incomplète et l'autre redondante.

de certains auteurs qui adoptent une manière uniforme de diviser, de laquelle ils ne s'écartent jamais : ils diviseront, par exemple, toute chose en trois parties ou bien en deux. On reproche justement ce défaut à Ramus et à ses disciples qui, sous prétexte d'éviter les longues divisions des scolastiques, affectaient d''emplo3'er partout la division Innai're. Observons cependant que les choses dont les espèces répugnent entre elles doivent être nécessairement divisées de la sorte; ainsi les scolastiques ont enseigné avec raison qu'il n'y a pas de milieu entre les choses contradictoires. La seconde règle veut que les membres de la division ne soient pas compris l'un dans l'autre: la violation de cette règle serait cause, en effet, qu'une même partie serait répétée deux fois. La division suivante pèche contre cette prescription : il 3^ a trois choses qui tourmentent l'homme, la crainte, la cupidité et un certain malaise de l'âme ; car la crainte et la cupidité sont aussi des espèces de malaises (i). Enfin \2l troisième règle exige que la division procède graduellement, c'est-à-dire qu'elle commence par les parties les plus générales et descende par degré aux parties contenues dans les premières. Ainsi on divise mal l'être vivant si l'on dit qu'il comprend la plante^ Vhomme et la bête ; il faut désigner d'abord les membres prochains et arriver graduellement aux autres, de cette manière par exemple : les êtres vivants sont les uns privés de toute sensation comme la plante^ les autres éprouvent des sensations comme V animal-^ l'animal à son tour comprend des êtres doués de raison, Vhomme^ et des êtres privés de raison, la bête.

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