‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 28 sur 99 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

LOGIQUE RÉELLE

I . Après avoir expliqué ce qui regarde la forme du syllogisme, lequel fait Tobjet propre de la logique (i), Tordre naturel exige que nous traitions maintenant de la matière même du syllogisme. Or le S3dlogisme considéré sous le rapport de la matière offre, comme nous Pavons dit ailleurs (2), trois variétés : le S3'llogisme apodictiqiie^ le dialectique et le sophistique. Le syllogisme apodictique ou démonstratif est celui qui est composé de principes nécessaires, ou fondés sur la nature même des choses. Quant au syllogisme dialectique., il s'appuie sur des principes simplement probables, c'est-à-dire qui sont pris hors de la nature de la chose en question, comme, par exemple, Tautorité de tous les philosophes, ou de la plupart d'entre eux (3). Enfin le syllogisme sophistique est celui dont les principes paraissent probables sans rêtre (4). Mais, comme la nature de la conclusion doit suivre la nature des principes dont elle est déduite, la con-

(i) Voir page 10.

(2) Voir page 12.

(3) Les choses qui ont reçu l'adhésion de tous les sages, ou de la plupart d'entre eux, sont appelées probables, parce que, comme l'observe Boèce après Aristote {Top.,\\h. I, c. i), leur nature est telle « qu'il suffit de les entendre énoncer pour les approuver » ; De diff. top., lib. I, p. 861 et 862.

(4) Ne soyons pas étonnés si. bien qu'il soit unique du côté de la forme, le syllogisme se trouve multiple du côté de la matière. Car, de même que chaque espèce de chose dans la nature est unique à raison de sa forme ou de son essence et se trouve cependant déterminée dans plusieurs individus à raison de sa matière ; de même, quoique la forme du syllogisme soit unique, cependant ses modes sont multiples à raison de la diversité de la matière.

clusion, dans le syllogisme démonstratif, est une proposition nécessaire, tant en elle-même que dans ses rapports avec notre connaissance ; dans le syllogisme dialectique, la conclusion n'est, au contraire, qu^une proposition probable, car bien que,en soi, elle puisse être une proposition nécessaire, cependant l'intellect l'appréhende, non comme nécessaire, mais comme simplement probable, parce qu'il la connaît au moyen de principes pris en dehors de la nature des choses (i) ; enfin la conclusion du syllogisme sophistique est une conclusion fausse et qui ne présente que les apparences de la vérité. Par conséquent le syllogisme démonstratif produit la connaissance certaine qui constitue la science ; le syllogisme 'dialectique produit la connaissance probable qui aboutit non à la science, mais à Topinion (2); enfin le syllogisme sophistique n a d'autre résultat que Terreur (3).

2. En conséquence cette seconde partie de la logique se divise à son tour en trois autres dont la première comprend la sophistique, la seconde la dialectique et la troisième Vapodictique. La sophistique enseigne la manière de découvrir et de combattre les arguments captieux dont on se sert quelquefois pour attaquer la vérité. La dialectique fait connaître comment une question controversée peut s'élucider à Taide d'arguments probables. Enfin l'apodictique traite de la démonstration dont la science est le résultat.

(i) Une proposition en soi nécessaire, considére'e relativement à notre connaissance, peut être ou nécessaire encore, si elle est déduite des principes propres de la chose, ou simplement probable, si elle est tirée des prmcipes extérieurs à la chose en question. Ainsi cette proposition, Vame humaine est immortelle, qm est en soi nécessaire, peut, par rapporta notre connaissance, être nécessaire, si elle résulte de la considération des principes constitutifs de l'âme ou seulement probable, si elle est déduite du consentement unanime des peuples, ou de l'autorité des philosophes, ou de toute autre source analogue.

(2) La preuve que le syllogisme dialectique ne produit point la science, mais l'opinion seulement, lors même que la conclusion à laquelle il conduit est une proposition nécessaire, c'est que nous sommes en possession de la connaissance scientifique d'une chose, alors seulement que nous la connaissons en vertu de ses principes propres.

(3) S. Thomas observe que ces trois différents genres de raisonnement concordent très-bien avec les natures des choses qu'ils ont pour but de nous faire connaître; voici ses paroles : « Les opérations de la raison ressennblent en quelque chose aux opérations de la nature, ce qui explique pourquoi l'art imite la nature le plus qu'il peut. Or, dans les opérations de la nature, il y a trois degrés divers. Dans certaines en effet, la nature agit par nécessité sans défection possible. Dans d'autres, elle produit fréquemment tel effet, mais le

3. Quiconque ne méconnaît pas les forces de l'esprit humain, ne peut nier Timportance de cette triple étude. Car Vapodictique^ en mettant à découvert les causes intimes des choses, constitue, pour ainsi parler, le palais intérieur de la science ; quant à la dialectique et à la sophistique^ elles préparent la voie à la démonstration qui produit la science, elles en sont partant comme le vestibule'^ la sophistique fait disparaître les obstacles qui obstruent la voie qui conduit à la science (i) et la dialectique fournit les secours nécessaires pour rendre moins rude le chemin difficile à gravir (2), parce que notre esprit, comme la suite le montrera, est constitué de manière à marcher progressivement de la connaissance imparfaite et probable des choses à leur connaissance parfaite et scientifique. C'est pourquoi la sophistique concourt à la production de la science d'une manière fiêgative^ et la dialectique y concourt d'une manière positive {^).

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