‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 30 sur 99 · DIALECTIQUE · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE

2 I . Après avoir appris, par Texainen du s3dlogisine sophistique, comment on doit résoudre les vices qui peuvent se cacher sous certains syllogismes, nous allons traiter maintenant du syllogisme dialectique, pour apprendre, par ce nouvel examen,de quelle manière nous pouvons découvrir ce qu'il peut y avoir de probable et de vraisemblable sur les choses mises en question. La partie de la logique qui traite de l'invention des arguments probables a reçu le nom particulier de dialectique [i]^ ou de topique (2). Nous avons déjà dit un mot de Futilité que la connaissance de la dialectique peut avoir dans les sciences ; insistons de nouveau sur ce point. Comme Tesprit humain appréhende le plus souvent la vérité, non par une simple intuition, mais au moyen du raisonnement, lequel progresse du connu à Tinconnu, il est nécessaire, pour arriver à la connaissance parfaite des choses ou à la science, que nous suivions une marche progressive (3). Ainsi, lorsque nous voulons acquérir la science d'une chose, nous recherchons d'abord ce qui se présente en elle de probable et de vraisemblable ; après avoir trouvé les raisons probables de la chose en question, nous recherchons les causes qui peuvent nous en donner la science. Mais, si la dialectique a pour objet d'examiner une question sous toutes ses faces et de peser les raisons probables qui existent pour ou contre, c'est très-justement que saint Thomas, après Aristote (4), la re-

(i) Ce mot vient de d iahîyis-iict.t, dialoguer, parce que l'usage prévalut en Grèce, apri-S Zenon, de discuter au moyen d'interrogations et de réponses alternatives (cf. Laert., lib. III, segm. 48). S. Augustin expose en ces termes comment avait lieu cette discussion par dialogue ou colloque: l'un des personnages du dialogue « interroge celui avec lequel il converse, l'oblige à répondre ce'qui est vrai et l'amène de cette vérité à une autre qu'il avait en vue, c'est ià ce qui a valu le nom de dialectique à ce genre de discussion » ; Contr. Cresc., lib. I, c. 16, n. 20.

(2) Ce nom de topique lui a été donné par ce qu'elle expose certaines propositions universe les qui aident le dialecticien à résoudre l;s questions au moyen d'arguments probables, propositions connues sous le nom de lieux, en grec to-toi.

(3) Cf. S. Thom., fn lib. I Ethic, lect. II.

(4) Tapie, lib. 1, c. 2, g 5, et lib. VIII, c. 12, g 2.

garde comme la voie qui conduit à la science des choses (i). Ne soyons point surpris, par conséquent, de la grande importance que lui attribuaient les anciens et que lui accordent encore les plus judicieux d'entre les modernes. Qu'il nous suffise de citer, parmi ces derniers. Bacon et Vico, dont Tun recommande la topique générale^ ou dialectique commune à toutes les sciences, et les topiques particulières à chacune d'elles (2), et dont l'autre se plaint souvent de ce' que, à l'époque où il vivait, la dialectique était négligée au grand préjudice des sciences et des lettres (3).

ARTICLE PREMIER

Des questions dialectiques eu général

22. La dialectique, nous venons de le dire, doit indiquer la voie qui conduit à la vérité. Or le vrai, comme l'observe Clément d'Alexandrie, ne peut se découvrir qu'autant qu'on le cherche (4). Il est par conséquent nécessaire que nous exposions, au début même de la dialectique, à quel nombre peuvent, s'élever et à combien de genres peuvent se rapporter les différentes questions que l'on peut se poser sur les choses. Pour résoudre ces deux points en peu de mots et cependant d'une manière assez complète, nous allons examiner : i" combien de questions l'on peut se poser sur les choses ; 2° quelles sont celles de ces questions qui regardent la dialectique.

2 3. Abordons le premier point. Aristote observe avec raison que toutes les questions que l'on peut faire sur une chose se réduisent à quatre ; on peut se demander : si elle existe, ce quelle est^ quelle qualité elle possède^ quelle en est la cause et V origine ; parce que ces quatre questions comprennent tout ce qu'il est possible de savoir sur les choses. Tout se résume, en effet, à connaître l'existence d'une chose, son essence, sa qualité inhérente quoique non essentielle, la

(1) Cf. s. Thom., loc. cit., p. 92, n. 4.

(2) De augm. scient., lib. V, c. 'i, p. 288 et 289.

(3) De studioriim ratione etc., Opp. latt., t. II, p. 9, Mediolani i833.

(4) D'après ce Docteur, l'ignorance provoque la question et la question enfante la de'couverte. «On ne fait point de de'couvertc sans recherche, dit-il,.. C'est en effet en cherchant que l'on trouve, et l'on ne s'occupe de recherche que si l'on a conscience de son ignorances; Strom., lib. VIII, c. i.

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fin et la cause de sa production. L'existence répond à la question an î-es sit^ Tessence à la question qiiid sit^ la qualité à la question quaîis sif, la fin et la cause correspondent à la question cm^ et iincie sit (i). Les deux premières questions regardent le sujet, parce qu'elles ont trait à l'existence de la chose en question, ainsi qu'à sa notion ; les deux autres concernent l'attribut, car elles ont traita l'existence et à la cause de la chose dont on désire connaître la convenance pour tel sujet. Les questions qui se rapportent au sujet sont simples^ parce qu'elles ne s'adressent qu'au sujet seulement ; celles qui se rapportent à l'attribut sont des questions complexes^ parce qu'elles embrassent à la fois la modification et la chose modifiée, car il n'est pas possible d'examiner celle-là sans celle-ci. L'une et l'autre questions doivent être posées dans l'ordre suivant. Si l'existence de la chose même qu'on étudie est inconnue, on se demande si elle existe, an sit^ par exemple : le centaure existe-t-il? Aucune autre question ne saurait précéder celle-là -, que demander en effet sur une chose, tant qu'on ignore si elle existe ? Il est cependant nécessaire de savoir ce qu'il faut entendre par le nom de la chose qu'on étudie ; car il est impossible de poser une question quelconque sur une chose, si l'on ne comprend les mots qui la désignent (2). S'il est connu par soi, ou par une recherche antérieure, que la chose existe, on pose, au sujet de l'essence, la question, quid sit, par exemple : quelle est la nature de l'âme ; parce qu'on ne peut acquérir la science d'une chose, si on n'en connaît l'essence. Si au contraire il est certain que la chose existe, mais que l'on soit en doute si telle propriété lui appartient, c'est la question, ^z/jlis sit,ç{\ï\ doit être posée ; comme cdle-ci, par exemple : Dieu est-il tout-puissant ? ou cette autre : la lune a-t-elle des êclip- . ses? A. cette question se joint la suivante: unde et cur res sit ; par exemple : pourquoi la lune s'éclipse-t-elle? car, après qu'on a reconnu que telle qualité est inhérente à une chose, il reste à savoir pourquoi et comment elle lui appartient. En résumé, si nous connaissonspar expérience qu'une chose existe,

(i) Anal. Poster., lib. II, c. i.

(2) « On ne peut, à proprement parler, connaître l'essence d'une chose, dit S. Thomas, avant de savoir qu'elle existe, car on ne peut définir les choses qui ne sont pas; mais on ne peut prouver qu'une chose existe, si on ne la connaît au moins de nom » ; In lib. l Poster., lect. II.

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et qu'elle est modifiée de telle ou telle manière, il y a lieu de poser seulement deux questions : la question d'essence, qiiid res sit et la question de c3MSQ.^pr opter qiiid res sit, lesquelles constituent la science. Mais, si la chose elle-même, quant à son existence, ou quant à quelqu'une des qualités qui lui sont inhérentes, échappe à Tobservation, il faut, dans le premier cas, avoir recours aux quatre questions; il suffit, dans le second, de résoudre les trois dernières (i).

24. Pour ce qui regarde la connexion que ces questions ont entre elles, nous ferons deux observations : 1° les questions an res sit et qualis res sit peuvent se ramener à une seule, parce qu'elles se rapportent. Tune et l'autre, à l'existence de la chose ; elles diffèrent seulement en ce que l'une concerne la chose considérée absolument, tandis que l'autre concerne quelqu'une de ses modifications ; 2° les questions qiiid res sit et propter qiiid peuvent également se ramener à une seule, car elles expriment toutes les deux la cause de l'objet auquel elles se rapportent ; l'une exprime la cause du sujet et la seconde la cause de l'une de ses propriétés. Car celui qui connaît les causes d'une chose, propter quid res sit, en possède également la notion, quid res sit (2). Par exemple, l'observation peut nous faire constater l'existence des éclipses de lune, cependant nous ignorerons la nature de l'éclipsé, jusqu'à ce que nous connaissions la cause de ce phénomène. Mais, lorsque nous aurons reconnu que ce phénomène résulte de l'interposition de la terre entre la lune et le soleil, nous connaîtrons en même temps que l'éclipsé de lune est une privation de la lumière, causée par l'interposition de la terre ; nous connaîtrons par conséquent l'essence de l'éclipsé en même temps que sa cause. Réciproquement, la connaissance de l'essence conduit à la connaissance de la cause ; car, en étudiant l'essence d'une chose, on en découvre ordinairement la cause. En effet, l'essence embrassant les principes constitutifs des choses, il est naturel que la connaissance de la cause résulte de la connaissance de Tessence (3).

(i) Voir, outre Albert le Grand (Anal.Post., lib. II, tract. I, c. i), et S. Thomas {In lib. II Anal. Post., lect. I et II), Trendelenbourg, Op. cit., gg i5, i6, 60, 61, pp. 77-79, 140, 141.

(2) Arist., Anal. Post., lib. J, c. 2.

(3) Cf. S. Thom., Anal. Post., lib. II, lect. i. Comme ces quatre questions

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25. On voit par là que les questions, an 5/7, et qiiaîis ressit^ sont du domaine de Texpérience, puisqu'elles constituent l'existence, considérée absolument, ou modifiée de telle ou telle manière, et que les questions, <^«;^ sit^ q.x propter quid ressit^ lesquelles regardent la cause et Pessence ou notion des choses, produisent la science. Mais, remarquons-le, bien que les deux premières questions ne produisent pas la science, elles contribuent beaucoup à sa production, parce qu'elles excitent et aident Tesprit à rechercher les causes des choses. Il est- en effet reconnu : i" que, lorsqu'il perçoit l'existence d'une chose dont il ignore la cause, notre esprit est naturellement porté à rechercher cette cause,pour arriver à connaître ce qu'est la chose en question ; 2" que, les propriétés d'une chose une fois connues, on parvient sans trop de difficulté à découvrir la raison et la cause de leur inhérence dans cette chose (i).

26. Après cet exposé général de la théorie des questions, nous allons examiner de quelle manière ces questions doivent être posées en dialectique, ou, pour parler plus clairement, quelles sont celles qui appartiennent à la dialectique. Il est bien évident,tout d'abord, que les questions,^z//(i res sit, et cu7^ et iiiide res sit^ ne lui appartiennent pas ; car, ces questions ayant trait à l'essence et à la cause des choses, elles sont l'objet propre de la démonstration dont le résultat est la connaissance certaine et scientifique, et non l'objet de la dialectique^ qui se borne à donner une connaissance probable des choses. Par conséquent, lorsqu'il est admis qu'une chose existe, la seule question dialectique à traiter c'est la question, ^z^7//'5 res sit; car celle-ci n'a pas pour objet de déterminer la qinddité d'une chose, la cause ou \^ Jîn de son existence, elle recherche seulement si telle propriété convient à telle chose (2). Puisque la seule question à résoudre, en dialectique, est la question qiialis res sit^ il faut admettre conséquemment autant de questions dialectiques qu'il y a de modes divers d'après lesquels une pro-

se mêlent facilement les unes avec les autres, il en est résulté que dans la suite les philosophes en ont diminué le nombre, comme on peut le voir dans Clément d'Alexandrie, Strom lib. VIII, c. 6, et dans S. Augustin, Confess., lib. X, c. 10, n. 17.

(i) Voir Castmann, De methodo philosophandi aristotelica, p. 86-87, Groningœ 1845.

(2) Cf. Boët., De differentiis topicis, lib. I, p. 838.

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priété peut appartenir à une chose. Or une propriété peut convenir à quelque chose, ou comme genre : par exemple, r homme est-il un animal? ou comme j^ropre : par exemple, Vhomme est-il capable de rir^e? c'est-à-dire, comme s'exprime rÉcole, Vhomme est-il un anijnal risikle? ou comme définition : par exemple, l'homme est-il, ou n'est-il pas un animal î^aisonnable? ou com.m.Q accident : par excmplQ^ rhom}ne est-il blanc ? On compte partant quatre questions dialectiques, savoir les questions du genre^ du py^opre^ de la définitioji et de V accident ; et ces quatre questions, telles que nous venons de les exposer, se ramènent toutes à la question qualis res sit ; parce que, leur solution a3'ant pour but de déterminer si telle propriété appartient à telle chose, comme gem^e par exemple, cette propriété qualifie la chose elle-même (i). La mineure de cet argument peut être clairement démontrée par Targumentation suivante, empruntée à Aristote (2) et à Boëce (3) par Albert le Grand (4 . Tout ce qui appartient ou peut appartenir à un sujet jouit avec lui de la réciprocité, ou n'en jouit pas. S'il jouit de la réciprocité, c'est ou bien parce qu'il explique la quiddité, c'est-à-dire Tessence entière de la chose, ou bien parce qu'il fait connaître une qualité qui n'appartient pas, il est vrai, à l'essence de la chose, mais qui lui est tellement particulière qu'elle ne saurait s'énoncer d'aucun autre sujet. Dans le premier cas, c'est une question de définition^ parce que la définition détermine la nature de la chose ; dans le second cas, la question regarde le propre^ car le propre est une qualité qui, sans constituer l'essence d'une chose, lui est cependant unie de manière à ne pouvoir convenir à aucune autre. Si l'attribut ne possède pas la réciprocité avec le sujet, cela peut provenir de l'une de ces deux causes : ou bien de ce qu'il appartient à l'essence de la chose, mais ne l'explique c^vCen partie seulement et non en totalité, ou bien de ce qu'il n'ap-

(i)Cela explique pourquoi les questions dialectiques <^ii genre et delà définition se rapportent à la question qualis res sit et non à la question quid res sit. En effet, dans ces questions, on ne recherche la quiddité d'une chose m partiellement, comme dans la question du genre, ni universellement, comme dans la question de la déjînition ; on examine seulement par des arguments probables si telle qualité, que Ton sait appartenir à telle chose, lui convient comme genre ou comme détinition.

(2) Op. cit., lib. cit., c. 6.

(3) De diff. top., lib. I, p. 860 et 861.

(4) Op. cit., lib. cit., tract. II, c. 8.

partient pas à Tessence. Dans la première hj^pothèse, c'est une question de geiwe^ parce que le genre désigne en partie Tessence de la chose, comme lorsqu'on dit de l'homme qu'il est animal ; dans la seconde, il s'agit de l'accident^ parce que l'accident indique une qualité qui n'entre point dans la constitution de l'essence et qui n'en découle pas nécessairement. Il faut donc tenir pour indubitable que tout ce qui, dans les questions dialectiques, est attribué à un sujet, lui est attribué ou comme gerire^ ou comme définition^ ou comme jt7ropî^e, ou comme accident (i).

27. Il nous reste à indiquer quelles sont les questions qu'il est permis de poser en dialectique. Aristote, suivi en cela par Clément d'Alexandrie (2) et par d'autres auteurs (3), défend de poser des questions ou ijnpies^ ou manifestes à tous les yeux, ou tJ^op faciles^ ou ty^op difficiles. Les questions impies, comme celle-ci, par exemple , Dieu doit-il être honoré^ doivent être évitées, parce que ceux qui les posent méritent plutôt d'être punis que d'être réfutés par une argumentation sérieuse. Il faut écarter pareillement les questions dont la solution dépend de la simple perception des sens., par exemple cette question d'Anaxagore : La neige est-elle blanche ? il faut en effet n'avoir pas l'usage de ses sens pour élever un doute là-dessus. Enfin les questions trop faciles ou trop difficiles doivent être également écartées, car la trop grande facilité enlève tout prétexte au doute, et la trop grande difficulté peut dégoûter d'un exercice qui est très-utile à l'acquisition de la science, en le rendant aussi infructueux que pénible (4).

(i) Pourquoi, direz-vous, Aristote .exclut-il la différence et Vespèce des questions dialectiques ? Il semble que l'on pourrait rechercher si telle propriété appartient à telle chose comme différence : par exemple, si l'homme est doué de raison ; ou comme espèce : par exemple, si bucéphale est une bête. Mais les scolastiques ont observé que les questions sur la différence et Vespèce se ramenaient à la question du genre, parce que, considérées en tant qu'elles appartiennent à la dialectique, ces questions indiquent ce qui peut s'énoncer de plusieurs choses. Une autre raison c'est que, dans les questions dialectiques, l'espèce est proprement le sujet et non l'attribut. Certes personne ne demandera si Socrate est homme, mais on examinera si l'homme est raisonnable, s'il est capable de rire.

(2)Strom., lib. V, c. i.

(3) Cicéron, Acad. Quœst., lib. II, c. 23 et 3 1, et Lactance, Instit.Div.,\\h. III, c 23.

(4) yo^., lib. I, c. 10 et II.

ARTICLE SECOND

De l'usage du doute dans la i^echerche de la vérité

28. La discussion qui précède, sur le nombre et sur la nature des questions dialectiques, nous conduit naturellement à traiter de Tusage du doute dans les sciences. En effet, quiconque pose une question, se trouve par là même dans un état perplexe entre deux partis contradictoires ; car, toute question embrassant nécessairement Tune et l'autre contradictoires, elle ne peut être posée que par celui qui n'adhère à aucune, c'est-àdire qui n'est fixé ni sur la vérité de Tune, ni sur la fausseté de Tautre. Or Tétat d'un esprit qui vacille entre deux solutions contradictoires s'appelle doute. Donc celui qui établit une question sur une chose qui fait Tobjet de ses recherches commence par douter. C'est pourquoi Scot enseigne fort justement qu'il faut, pour établir une question, « que le sujet de l'investigation prête au doute par lui-même (i). »

29. On peut manifestement conclure de là, si nous ne nous trompons, que toute discussion philosophique régulière doit commencerpar le doute, pour être vraiment utile. Car i'',comme il existe toujours, parmi les philosophes, un certain nombre d'opinions opposées sur chaque genre de choses dont on peut désirer acquérir la science, il n'est permis à personne de présenter sur ces choses certaines conclusions comme indubitables et suffisamment prouvées, si l'on n'a d'abord discuté les opinions contraires des philosophes, ei si l'on n'a démêlé ce qu'il en faut admettre et ce qu'il en faut rejeter (2). Or cette façon d'agir suppose l'hésitation et le doute, car celui qui veut connaître , entre les diverses opinions émises sur un sujet, celle qui est la vraie, doit commencer par suspendre tout jugement sur la question controversée. Donc quiconque veut utilement entreprendre quelque discussion philosophique régulière doit commencer par le doute (3). 2° Il faut, dans le même but, débarrasser son esprit de tout préjugé, parce que

(1) 0/1. C27., q. 2, n. 2; cf. q. i, n. 3.

(2) a La vérité retire un nouvel éclat, dit Clément d'Alexandrie, de la comparaison des doctrines opposées » ; Strom.,\\b. I, c. 2. Cf. S. August., De Gen. contr. Mar/.ch., lib. \, n. 2,

(3) Cf. Arist., De Cœlo, lib. I, c. 10, g i. S. Thomas dit sur ce passage:

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les préjugés, d'après Tobservation qu'en ont faite les sages de tous les temps, sont un grand obstacle à la perception de la vérité (i). Mais celui qui veut débarrasser son esprit de tout préjugé doit douter de toutes les opinions qu'il a adoptées sans réflexion suffisante, afin de discerner les vraies des fausses, à Taide d'un examen attentif. Par conséquent, tout homme qui veut utilement se livrer à une discussion philosophique régulière doit commencer par douter.

3o. Aristote éclaircit cette théorie du doute (2), au moyen de deux exemples que saint Thomas, entre autres auteurs, explique admirablement (3). 1° Il compare ceux qui sont dans le doute sur une chose qu'ils désirent savoir à un homme lié et garroté. Car, de même que celui qui est dans cette position ne peut marcher s'il ne se débarrasse des liens qui l'étreignent, de même Thomme qui recherche une chose inconnue se trouvant arrêté par le doute, comme par un lien qui enchaîne son esprit, ne peut faire aucun progrès dans la connaissance de la chose, qu'il n'ait résolu ses doutes. 2° Il compare ceux qui cherchent la vérité, sans employer ce doute préalable, à ces voyageurs qui se mettent en route sans savoir d'avance où ils veulent aller. Car, de même que ces voyageurs ne peuvent trouver le lieu qu'ils cherchent, ni même le reconnaître s'ils l'ont rencontré par hasard, de même ceux qui ne discutent pas la chose en question dans l'un et l'autre sens, et qui, par conséquent, ne font pas usage du doute ^ ne découvrent pas la vérité, ou s'ils la découvrent par hasard, ils ne la connaissent point d'après ses principes propres.

3i. On ne sera donc pas surpris que l'usage du doute ait été recommandé, non-seulement par Platon (4), par Aris-

« Il est utile à celui qui veut connaître quelque vérité de résoudre d'abord ses doutes, parce que la solution des doutes conduit à la découverte de la vérité. C'est ainsi que la connaissance des raisons sur lesquelles chaque opinion s'appuie contribue beaucoup à l'acquisition de la vérité » ; In lib. I de Cœlo, lect. XXII.

(i) Sans parler de Platon, de Sénèque et d'autres auteurs payens, on peut consulter Athénagore, De resurrect. mort., c. i et i., Clém. d'Alex., op. cit. y lib. Vlll, c. I., S. August., De ordine, lib. I, c. i, n. 3, et Contr. Crescon. Donat., lib. IV, c. 28, n. 35.

(2) Met., lib. II, c. i,g2.

(3)/« lib. m Met., lect. i.

(4) Menon, 0pp., t. IV, p. 348 et 349, éd. Biponti.

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tote (i), par plusieurs autres anciens et par les scolastiques (2), mais encore par les philosophes modernes. Parmi ces derniers, outre Bruno (3) et Campanella (4), on doit citer en particulier François Bacon. Après avoir exposé les avantages du doute énumérés par Aristote, Bacon ajoute qu'il est delà plus grande importance d'avoir toujours devant les yeux comme un Calendrier des questions douteuses et problématiques (5). 32. Mais, s'il est utile, dans Tétude des sciences, de commencer par le doute, il faut prendre garde de ne pas douter à contre-temps. Voilà pourquoi Aristote ne se contente pas de recommander le doute au début de la science, il veut de plus qu'on l'emploie avec à propos et discernemetit ^ ce sont ses expressions (6). Or celui-là ne doute point à contre-temps, mais le fait avec autant de discernement que d'à propos^ qui doutenon de toutes choses, mais de celles seulement sur lesquelles il est permis de douter. Il est visible, en effet, que si Ton doute de tout, on ne peut résoudre aucune question douteuse, comme le démontre Clément d'Alexandrie (7) ; parce que, dans cette hypothèse, on roule perpétuellement de doute en doute sans jamais rencontrer quelque proposition qui, n'étant point sujette au doute, puisse servir de point d'appui pour résoudre celles qui sont vraiment douteuses. Bacon, que nous citions tout à l'heure, tient le même langage ; car, en même temps qu'il recommande Tusage du doute, il avertit qu'il y a dans le doute une mesure à garder, parce que ceux qui veulent douter de tout sont aussi blâmables que ceux qui ne doutent de rien (8). Or, il est permis et même louable de douter, soit qu'il s'agisse de choses nouvelles encore inexplorées des savants,

(U Loc.cit.

(2) Voir, outre S. Thomas déjà cité, Albert le Grand, iV/e^, lib. III, tract. I, c. I, et Scot, Met., lib. III, summa I, c. i.

(3) De triplici minimo et mensura, Francofurti i5gi.

(4) De libris propriis et recta rations stiidendi, p. 53, Parisiis 1642.

(5) De augment. scient., lib. III, c. 4; 0pp., t. I, p. 189 seqq.

(6) Met., loc. cit., De longitudine et brevitate vitœ, c. 3, Naturalis anscutationis, lib. IV, c. 9, g 5, et DeCœlo, lib. II, c. 12, g i.

(7) Strom., lib. VIII, c. 2.

(8) « Il y a deux espèces d'excès, dit-il : l'excès de ceux qui se prononcent facilement et rendent ainsi les sciences positives et magistrales ; l'autre excès est particulier à ceux qui ont introduit Vacatalepsie, ou la recherche vague et sans terme »; Nov. Org., Pars 2, aphorism. XXVII, Opp., t. II, p. 5y • cf. De aug. scienc, lib. III, c. 4, Opp., t. I, p, 189 seqq.

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soit qu'il s'agisse de questions sur lesquelles les savants sont d'opinion différente (i). Le philosophe est principalement en droit de poser certaines questions, et par conséquent de douter, toutes les fois qu'il rencontre des substances encore inconnues, ou qu'il découvre, dans certaines substances déjà connues, des propriétés nouvelles, afin d'arriver au vrai à la faveur d'une sérieuse discussion en sens contraire. De plus, si les hommes versés dans une science émettent encore des opinions opposées sur certains points qui relèvent de cette science, on ne peut juger quelle est celle qui est conforme à la vérité, si Ton ne soumet à un examen approfondi les arguments produits de part et d'autre, en un mot si l'on ne doute d'une certaine manière de la chose controversée (2).

33. Ce que nous venons de dire fait suffisamment comprendre que la méthode recommandée par nous au sujet du doute, et que les auteurs ont appelée doute méthodique^ diffère beaucoup du doute particulier aux P3Trhoniens, c'est-à-dire du doute sceptique. Car celui qui procède d'après le doute méthodique suspend la discussion dès qu'il est parvenu à la solution désirée (3), tandis que le sceptique discute, avec la pensée fixe de rester dans le doute et de n'en point sortir. C'est pourquoi le doute méthodique est le point de départ des investigations scientifiques -, le doute sceptique en est, au contraire, la fin et le but. Deux autres différences découlent de cette dernière. La première, c'est que le doute sceptique embrasse tous les objets et prétend qu'il n'y a rien d'évident par soi, tandis que, dans le doute méthodique, on admet, comme évidentes par elles-mêmes, plusieurs choses dont il n'est pas même possible de douter et qui servent à résoudre les questions douteuses. La seconde, c'est que le doute méthodique est momentané, tandis que le doute sceptique est perpétuel ; car le philosophe do«rmatique, après avoir résolu ses doutes, se repose dans la connaissance certaine des choses, mais le sceptique, désespérant de trouver jamais la solution de ses doutes, reste dans son état d'incertitude. Ainsi donc le doute méthodique et le pyrrhonisme diffèrent sous trois rapports : l'un est hypothétique,

(1) Cf. Arist., Op. cit., ibid.

(2) Cf. Alb., M., Met., lib. III, tract. I. c. i.

(3) « L'exclusion du doute, dit S. Thomas, est la tin que se propose celui qui fait des recherches»;/» lib. III Met. lect. i.

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temporaire et partiel seulement ; l'autre, au contraire, est absolu, définitif et universel.

34. On comprend, en second lieu, combien le doute méthodique établi par Descartes est défectueux. Un grave reproche que Ton doit faire d'abord à Descartes, c'est d'avoir étendu son doute bien au delà des justes limites; car il résolut de douter de tout, excepté de sa propre existence (i). Or, sauf les pyrrhoniens, tout le monde s'accorde à dire qu'il existe un grand nombre d'autres vérités très-claires qu'on ne peut aucunement révoquer en doute, soit que leur évidence apparaisse d'elle-même, soit qu'elle leur vienne d'un terme moyen facile à trouver. Le philosophe français tombe en outre dans une autre grave erreur, en ce que, après avoir ajouté foi à la conscience, qu'il regarde comme une faculté spéciale de l'âme, il refuse toute créance aux autres facultés. D'où il tire cette conséquence anormale et absurde : qu'il ne pouvait douter s'il existe et s'il raisonne, mais qu'il pouvait et même qu'il devait révoquer en doute si deux et deux font quatre, si le sommeil diffère de la veille. Pour nous borner ici à cette s"eule remarque, on ne peut nier que le doute cartésien ne soit d'une nature telle qu'il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de lui soustraire aucune vérité, soit de l'ordre naturel, soit de l'ordre surnaturel ; puisqu'il affirme que nous ignorons si Dieu ne nous a point créés pour être dans une illusion perpétuelle, même sur les choses qui nous paraissent le mieux connues, et si quelque Génie très-puissant ne se plait pas à remplir notre esprit de ténèbres (2).

35. Mais, si Descartes mérite ces reproches, c'est à tort que Gioberti (3) et d'autres l'accusent d'avoir fait du doute le fondement de la philosophie ; il prend en effet, comme point de départ de la philosophie, la conscience de sa propre existence qu'il croit n'être point sujette à l'erreur, et non le doute lui-même (4). Quelques auteurs modernes, à l'exemple de plusieurs de ses contemporains^, prétendent, avec une égale injus-

(i) De methodo, § 4, Op., t. III, p. 9, Amstelodami 1677, QtPrincip. philosophiœ, part. I, 0pp. t. I, p. i et 2, éd. cit. (2)LL.citt.

(3) Introd., lib. I, c. 3, p. 324 seqq., Brusselle 1840.

(4) Princip. philos., loc. cit.

tice, que Descartes avait entrepris de douter de tout, dans le but de s'en tenir au doute sur toutes les choses, à l'exemple des Pyrrhoniens ; car il avoue lui-même en plusieurs endroits qu'il n'avait eu rien de plus à cœur en instituant sa méthode que d'acquérir un moyen facile pour discerner le vrai du faux et le certain de qui est douteux (i). Enfin plusieurs accusent trèsinjustement Descartes d'athéisme ; il se plaint souvent en efl'et de ce que ses adversaires l'accusaient d'avoir intérieurement douté de l'existence de Dieu et d'autres vérités trèsimportantes (2).

ARTICLE TROISIEME

Utilité de riiistoire des sciences dans les sciences 7?îêmes

36. L'examen des questions dialectiques nous a conduit à traiter du doute, et notre discussion sur le doute nous amène à parler de l'utilité de l'histoire dans l'étude des sciences. Si en effet, comme nous le disions naguère, il ne faut révoquer en doute ni les choses qui brillent de leur propre évidence, ni celles que les philosophes ont élevées par leurs travaux à la certitude scientifique, il est manifeste qu'on ne peut faire, dans aucune science, un usage légitime du doute, avant d'avoir passé en revue les opinions de ceux qui ont déjà cultivé ces mêmes sciences (3). Il est donc nécessaire que nous disions quelque chose de l'utilité que peut avoir l'histoire des sciences dans les recherches scientifiques.

37. On ne saurait douter que, dans l'étude des sciences, la connaissance de leur histoire ne soit très-utile. Car, pour nous servir du raisonnement d'Aristote, ou bien nos prédécesseurs ont complètement élucidé la question que nous cherchons à connaître, ou ils ne l'ont qu'effleurée, ou ils sont tombés dans l'erreur à son sujet. Si nous rencontrons une question qu'ils aient pleinement élucidée^ il arrivera l'une ou l'autre de ses deux hypothèses : ou bien la chose nous était encore inconnue, ou bien nous la possédions déjà suffisam-

(i) Synops. I Médit., p. i, Amstel. 1678 ; Médit, i, p. 7-8, éd. cit. ; De meth., c. 3, p. 23, éd. cit. et alibi.

(2) A la fin des Méditai., p. 189 et 190, éd. cit.

(3) Cf. Arist., Met., lib. II, c. i, g i, et De Anim., lib. I, c. 2.

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ment. Dans le premier cas, notre esprit s'enrichit de cette nouvelle connaissance; dans le second, il s'affermit de plus en plus dans la vérité acquise (i). Si nous trouvons que ceux qui sont venus avant nous ont traité siiperjîciellemeiii la question et n'ont fait que l'effleurer, nous sommes d'autant plus portés à l'étudier à fond pour en obtenir une complète connaissance (2). Enfin, si nous percevons la fausseté de leur solution, cette connaissance nous fera éviter les erreurs dans lesquelles ils sont tombés, et nous prendrons d'autres routes pour arriver au vrai (3). Ainsi l'erreur peut être encore un moyen d'arriver à la vérité, comme l'ont observé et les anciens et les modernes (4). Nous pouvons confirmer cette doctrine, avec saint Thomas, par une considération tirée de la nature de l'esprit humain. Car de même que l'homme, ainsi que nous l'avons observé, n'appréhende pas d'un seul regard la vérité des choses, mais progresse peu à peu dans sa connaissance en allant du connu à l'inconnu, de même il n'est donné à aucune époque de connaître parfaitement même une seule science, mais il appartient à l'âge suivant de profiter des découvertes antérieures et de s'en servir pour faire un pas de plus vers de nouvelles investigations (5).

38. Dans ces derniers temps, Barthélémy Saint-Hilaire a reconnu que ceux qui négligent d'apprendre l'histoire des sciences dont ils font l'objet de leurs études sont exposés à plus d'un mécompte : i " ils conçoivent un sot orgueil, qui n'a pas deraisond'être, de prétendues découvertes, consignées depuis longtemps dans l'histoire ; 2° ils perdent un temps précieux sans utilité pour personne ; 3" ils tombent dans des erreurs reconnues et réfutées déjà par les philosophes qui les ont précédés. L'auteur appuie cette réflexion sur d'illus-

(i) Met., lib. II, c. 3, g I et 2.

, (2) Op. cit., lib. I minor, c. i, § 3.

(3) Arist.,£)e/4)î/m.,Iib. l, c. 2, g i. Cf. In II. citt., Aristotelis, Alb. II., Met., lib. III, tract. I, c. i; S. Thom., In lib. I De Anim., lect. II, et In lib. II Met., lect. I et II ; Scot., In lib. I Met., summas III, c. i, éd. Wadding.

(4) Cf. Clem. Alex. ,5^rom., lib. I,c. 2 ; S. August., DeCivitate Dei, lib. XVI, c 2 ; et, parmi les modernes, Jourdan Bruno, qui dit, parlant de Terreur: « Quoiqu'elle ne soit pas la vérité, elle en vient cependant et y conduit »; Opp. lat., p. 3o5, éd. cit.

^5) In lib. I Ethic., lect. XI.

très exemples ; il cite Descartes, Locke, Reid et d'autres savants qui, pour n'avoir pas assez connu Phistoire de la philosophie, ont remplacé les opinions des anciens par d'autres, qui n'avaient ni la solidité ni la grandeur des premières (i).

3q, Cela montre combien s'éloignent de la vraie méthode philosophique et Descartes, qui regardait la connaissance des opinions philosophiques des anciens, non-seulement comme inutile, mais même comme nuisible à l'acquisition de la science, sous prétexte que cette connaissance pouvait remplir Tesprit de préjugés (2) ; et Cousin, qui, marchant sur les traces d'Hegel, soutient que l'histoire de la philosophie est la philosophie même, et que celui qui en connaît une les connaît réellement toutes les deux (3). Car, tout d'abord, Descartes ne fait pas attention qu'on ne doit point admettre à la légère les opinions des âges précédents, mais qu'il faut les discuter, pour rejeter les fausses et conserver celles qui sont vraies ; ensuite il a le tort de croire qu'un seul homme, ou du moins une seule époque, est capable d'embrasser la connaissance universelle des choses. Quant à l'opinion de Cousin, outre qu'elle s'appuie sur de faux principes que nous réfuterons plus tard, elle présuppose que le genre humain est susceptible de faire de tels progrès dans la connaissance de la vérité, qu'il ne lui restera plus rien à connaître ; ce qui est certainement faux. Voilà pourquoi Bacon (4), Leibnitz (5), Vico (6) et d'autres, à l'exemple d'Aristoteet des scolastiques, recommandent avec beaucoup de raison l'étude de l'antiquité, non que l'histoire de la science soit la science même, mais parce qu'elle en est la meilleure introduction.

(i) Opusc.d'Arist., Préface, p. 74-77. Pa"s 1847. -• -''-

(2) Epist. ad principiorum philosophice gallicum interpretem ; Op;7.,'-'t,jir)v éd. cit.

(3) Fragm. dephil. moderne, Préf. de la i"-" éd\t.,Œitvr, phil., séné 3, t. IV, et Introd°à l'Iiist. de la phil., leçons 3 et 4 ; Œuvr. phil., série 2.

(4) De aiigm. scient., lih. III, c. 4, p. 190 et 191, éd. cit.

(5) Lett. III à Reym. de Montmort, 0pp. phil. ,ed. Erdm., p. 704, Berolini

(6) Risposta a' litterati d'Italia, g 4, 0pp. lat., éd. cit., t. I, p. 144 et

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ARTICLE QUATRIÈME

Genres d'argmnentiotis dialectiques

40. Avant d'énumérer et d'expliquer les lieux des arguments qui sont propres à résoudre les questions dialectiques, il est nécessaire que nous exposions i" quels genres d'arguments il convient d'employer dans ces questions, 2" quels instruments doivent être employés pour dégager, des lieux communs dialectiques^ les lieux propres ou spéciaux à chaque question. Commençons par les arguments.

41. Quelle que soit la matière sur laquelle porte l'investigation de l'esprit, il est indubitable que les divers modes d'argumentation dont l'intelligence peut faire usage pour arriver à la connaissance de la vérité doivent toujours rester les mêmes. Car, chaque faculté de l'âme exerçant ses opérations suivant sa nature propre, il est nécessaire que les modes suivant lesquels l'intellect conçoit les choses restent les mêmes, quelle que soit la matière sur laquelle s'exercent ses opérations. Or les différents modes suivant lesquels l'intellect peut déduire l'inconnu du connu se réduisent à deux, \t syllogisme et ïinduction^ comme nous l'avons déjà dit (i). Par conséquent l'induction et le syllogisme sont les deux genres d'arguments que l'on doit employer pour résoudre les questions dialectiques.

42. Mais, si les genres d'arguments dont l'esprit se sert pour arriver à la connaissance des choses ne varient pas, leur autorité varie suivant la valeur des principes d'où les conclusions sont tirées ; car toutes les fois que les principes sont nécessaires^ les arguments conduisent à une connaissance certaine ; ils ne produisent au contraire qu'une connaissance probable, si les principes sont seulement probables. Comme on le voit, bien que les inductions et les syllogismes soient toujours les mêmes à raison de la forme ^ ils peuvent cependant ditférer à raison de la matière^ suivant qu'ils aboutissent à des conclusions nécessaires ou à des conclusions probables (2). Mais, la dialectique n'ayant rapport qu'aux choses probables, il est évident que les inductions et les syllogismes, dont on se sert pour résoudre les questions dialectiques, sont des argu-

(0 Cf. pages 96, 97, 98.

(2) Cf. pages i34, i35.

ments qui, prenant leur point de départ dans de simples probabilités, ne conduisent qu'à des conclusions probables, ce qui les distingue des inductions et des s^dlogismes employés dans la démonstration et dont les conclusions sont certaines. 43. Observons seulement que Tinduction n'a pas reçu de nom particulier en tant qu'elle appartient à la dialectique, tandis que le s3'llogisme est désigné dans la dialectique par d'autres noms que dans Tapodictique. La raison de cette différence tient à ce que, dans la dialectique comme dans Tapodictique, Tinduction part toujours de Ténumération des choses singulières, laquelle ne produit jamais par elle-même la science, quoiqu'elle conduise assez souvent à une connaissance certaine des choses (i). Au contraire, bien que le s}^logisme débute toujours par des propositions universelles, soit dans la dialectique, soit dans la démonstration, cependant ses propositions, dans la dialectique, sont simplement contingentes et probables, tandis qu'elles sont nécessaires et certaines dans la démonstration ; ce qui explique comment elles produisent la probabilité dans l'une et la certitude dans l'autre. Or les syllogismes qui ne donnent que des conclusions probables, ce sont, comme nous l'avons expliqué dans la première partie (2), Venthjnnhne Qt Vépichéî'ème^ parce que ces deux genres d'argument ont pour prémisses des propositions probables et doivent par conséquent aboutir, dans la conclusion, a la simple probabilité. Ainsi donc les s341ogismes employés dans la dialectique sont l'enthymème et l'épichérème.

ARTICLE CINQUIÈME

Des instruments au moyen desquels on trompe les lieux d'argument propices à résoudre les questions dialectiques

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