Les scolastiques, à l'exemple d'Aristote (3), ont non
(i) Si l'induction est jti^r/i:7!Ïe (voir p. i27,n. i), sa conclusion est sans doute certaine ; mais, même dans ces conditions, elle est impuissante à produire la science, parce que la science, nous l'avons souvent répe'té, existe alors seulement que la chose est connue par ses véritables causes. L'induction est néanmoins le commencement de la science dont le syllogisme est la perfection ou le complément, parce que sa conclusion devient la majeure, ou le principe du syllogisme, dans la démonstration.
(2^ Cf. pag. 1 10, 1 II, 112. .
(3) Topic, lib. I, c. 11.
seulement traité des lieux des arguments, ils ont encore exposé les modes généraux au moyen desquels on trouve des lieux d'arguments appropriés à la solution des divers genres de questions dialectiques, et leur ont donné, avec le même philosophe, le nom dCoi^gaîtcs ou à' instruments. Or les instruments dialectiques peuvent se définir : certains principes généraux qui servent à trouver les lieux des arguments propres à chaque question dialectique [i). Par exemple, cette proposition, les contraires ont des propriétés contraires, est sans contredit un lieu d'arguments. Mais, parce que les homonymes^ ou termes ambigus^ fournissent plusieurs contraires, comme le mot aigu^ qui en parlant du son a pour terme contraire le mot grave^ en parlant de glaive le terme obtus, et le terme chro7îique s'il est question de maladie, il est clair que, de la distinction des termes ambigus^ on peut tirer plusieurs propositions générales, ou lieux d'arguments, tous fondés sur la relation des contraires. La distinctio7i des termes ambigus est par conséquent un instrument dialectique. Puisque les instruments dialectiques conduisent le philosophe à la découverte des lieux d'arguments, la connaissance des instruments doit être considérée comme une préparation à r étude des lieux dialectiques (2).
45. Ces instruments sont au nombre de quatre, savoir: le choix des propositions^ la distinction des termes ambigus, r invention des différences et la science des ressemblances. Les trois derniers se rapportent en quelque sorte au premier, puisque leur rôle est aussi de fournir des propositions universelles aux dialecticiens. La nature de ces éléments ne nous permet par de dire tout ce qu'il importerait de connaître pour la pleine intelligence des instruments dialectiques; c'est pourquoi nous nous contenterons d'en présenter une notion succincte.
46. Parlons d'abord du choix des propositions. Afin de mieux comprendre à quelles sources doivent être puisées les
(i) Voir Averroès, Tractatus de locis, kldi fin à& son Commentar. Inlib. I Top.; Opp., t. I, pars III, Venetiis 1574.
(2) On voit par là même que ceux, en petit nombre d'ailleurs, qui, faute de percevoir la distinction subtile et quelque peu difficile à saisir qui existe entre les instruments et les lieux, les ont confondus, sont dans l'erreur. Voir à ce sujet P]ug. Thionville, De la théorie des lieux communs etc., c 3, p. 47, Paris i855.
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propositions générales, il faut savoir qu'on appelle propositions probables certaines propositions approuvées par le consentement unanime des hommes, ou au moins du plus grand nombre et surtout par les plus sages d'entre eux (i). D'où Ton voit clairement, i" que le dialecticien doit s'informer avec soin des opinions communément reçues, consulter les opinions des savants, surtout de ceux qui jouissent d'une plus grande réputation : l'histoire des sciences est d'une grande utilité pour cela ; 2° que, si le dialecticien doit avoir à cœur de découvrir quelles sont les propositions probables, il ne doit pas non plus négliger celles qui approchent de la probabilité, parce qu'elles lui serviront à trouver les propositions qui sont réellement probables.
47. Dans le choix de ces propositions, le dialecticien doit faire attention principalement à deux choses. La première c'est qu'elles soient uuii>erselles le plus possible ; parce que plus une proposition est universelle, plus elle offre au dialecticien d'autres propositions subordonnées, si elles lui sont nécessaires. Ainsi celui qui sait que les relatifs font partie de la même science, ne connaît pas pour cela qu'il en est de même des co'titraires^ mais, s'il connaît que les choses opposées appartiennent à la même science, il sait, en même temps, que les contraires comme les relatifs ne forment qu'une seule et même science ; parce que , les uns et les autres étant deux espèces de choses opposées, comme nous le verrons en son lieu , ces deux propositions : Les relatifs relèvent de la même science ; Les contraires relèvent de la même science, sont contenues dans cette autre plus générale: Les choses opposées appartieiment à la même science. La seconde chose à observer, c'est que les propositions doivent être divisées autant qu elles peuvent l'être^ parce que plus la division d'une proposition s'étend, plus on en déduit de propositions moins universelles. Ainsi, après avoir reconnu la vérité de cette proposition, Les choses opposées appartiennent à la même science , il est facile , en passant en revue les divers genres de contraires, de la diviser en plusieurs autres : Le bien et le mal appartiennent à la même
(i)Cf. page i33, not. i et
science ; Le blanc et le noir regardent la même science, et autres semblables (i).
48. La distinction des termes ambigus suit le choix des propositions. Afin de pouvoir retirer diverses propositions de C2 second instrument, le dialecticien doit connaître tous les moyens de découvrir les ambiguïtés des termes et toutes les raisons qui peuvent les créer ou les différencier entre elles. Des nombreux exemples que donne Albert le Grand, après Aristote, nous n'en citerons qu'un, tiré des contraires ; un terme doit être certainement considéré comme ambigu ou équivoque, si Ton s'^aperçoit que plusieurs autres termes lui sont contraires, soit par le sens et par la forme, soit par le sens seulement ; car il est visible que plusieurs noms ayant des sens divers ne peuvent être contraires à un même nom, à moins que celui-ci n'ait plusieurs significations différentes. Par exemple, le mot aigu est équivoque en ce que les mots grave^ obtus, chronique lui sont opposés, comme nous Tavons vu, suivant qu'il se dit de la voix, d'un glaive, ou d'une maladie. Or cet instrument est extrêmement utile, comme il est facile de le comprendre, soit pour obtenir la clarté de la phrase^ parce que, Tambiguïté des termes une fois dissippée, il est plus facile de saisir ce qui est en discussion ; soit pour résoudre les sophismes^ car la plupart d'entre eux tirent leur origine de l'ambiguïté des termes.
4Q. Pour ce qui regarde les deux autres instruments dialectiques, nous ferons ssulem^nt obsarver qu'il importe principalement ài découvrir les différences qui existent entre les choses les moins dissemblables^ et les ressemblances qui se rencontrent entre les choses les plus diverses. Car les différences entre les choses très-diverses et les ressemblances entre celles qui se conviennent extrêmement étant visibles à tous les regards, leur connaissance n'est pas d'une grande utilité pour le dialecticien. La découverte des différences est utile 'surtout pour éclaircir les notions des choses, parce qu'il est d'usage, comme nous le verrons dans la suite, de discerner les essences des choses d'après leurs différences propres ; la connaissance exacte des ressemblances est aussi d'une grande
(i) Voir, sur le choix des propositions, Albert le Grand, Topic, lib. I, tract. IV, c. 2.
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Utilité, soit pour former les inductions, soit pour composer les définitions ; parce que les inductions résultent de plusieurs faits particuliers qui ont entre eux une certaine convenance, et les définitions supposent les genres dont le rôle est de marquer la convenance des espèces.
ARTICLE SIXIÈME
Où Von expose la doctrine des lieux dialectiques
5o. Les auteurs modernes définissent généralement le lieu dialectique, comme l'a fait Cicéron, sedes ou nota argument i l^i); c'est-à-dire, comme l'explique Boëce, /a source d'oii se tire l'argument qui convient à la question proposée [i). On voit, d'après cette définition, que les lieux ne seraient pas des propositions universelles, mais certains termes dont elles se tireraient; par exemple, comme on peut le voir dans Cicéron : la définition, Vénumération des parties^ Vassociation des idées^ les contraires, etc. Mais cette notion du lieu est incomplète, car, d'après la définition qu'en donne Théophraste, disciple d'Aristote, le lieu est une proposition très-générale, qui peut servir à la solution des questions dialectiques, au moyen des divers genres de choses qu'elle contient (3). Si l'on propose cette question, par exemple : le bien est-il utile ou nuisible ? la solution peut être demandée à cette proposition générale : les contraires ont des propriétés opposées; car, en vertu de cette maxime, on peut faire ce raisonnement : Si le mal est nuisible, le bien est utile ; or le mal est nuisible ; donc le bien est utile. Il est clair, en eflet, que cette proposition, les contraires ont des pj^opriétés opposées, forme un lieu dialectique, puisqu'elle convient à tous les genres de contraires et qu'il est possible, par conséquent, d'en tirer plusieurs propositions appropriées à chaque genre de contraires ; telle est celle que nous venons de rapporter : Si le ?nal est nuisible^ le bien est utile.
(i) Topic, c. 2, et Orator,c. 14.
(2) Dedijr, topic, lib. II, p. 885, éd. cit.
(3) Voir Alexandre d'Aphrodise, Comm. /)2//è.. F/// roj3/c., lib. I, fol. 2 verso et. in lib. Il, fol. 21 recto, Vjnetiis 1514. Aristote ne donne pas dans ses Topiques la définition du lieu, mais il l'insinue dans la Rhétorique, lib. II, c. 22, i i3, et dans la Métaphysique, lib. IV, c. 3, g 4.
5i. Il n'est pas difficile de comprendre que la définition de Théophraste, adoptée par les péripatéticiens hs plus exacts, remporte de beaucoup sur celle fde Cicéron. Car, la découverte de la vérité se faisant toujours au moyen d'arguments, il en résulte que les lieux dialectiques d'un emploi plus commode pour découvrir la vérité sont ceux qui présentent un moyen plus expéditif et plus facile pour composer des arguments.Or les propositions universelles offrent au dialecticien un moyen incomparablement plus facile et plus expéditif que les termes. Car, si les propositions sont connues, on peut immédiatement s'en servir pour construire l'argument ; mais, si les termes seuls le sont, il faut d'abord en tirer des propositions et ensuite employer ces propositions, ainsi formées, à la construction du raisonnement. Les propositions conséquemment sont plus appropriées que les termes à la découverte de la vérité. Soit à discuter, par exemple, cette question que Cicéron pose lui-même (i): La femme qui a reçu en legs tout Vargent qui se trouve daus la maison doit-elle être considérée comme légataire de Vargent en numéraire ? on peut la résoudre, comme l'a fait Cicéron, par le lieu dialectique tiré du genre, parce que Targent monnayé est une espèce d'argent. Mais tout le monde comprend que cette question ne peut être résolue au moj^en d'un lieu dialectique tiré du genre, si auparavant on n'a déduit de la notion du genre cette proposition universelle : Ce qui convient au genre convient aux espèces qui en dépendent ; parce que cette proposition fournit la majeure de l'argument au moyen duquel on prouvera que l'argent monnayé appartient à la femme légataire , voici cette majeure : Celui à qui on a légué tout Parge'it a aussi reçu en legs Vargent monnayé ; en effet, l'argent monnayé étant une espèce d'argent, tout ce qui peut se dire de l'argent convient aussi à l'argent monnayé. L'argument se construira donc ainsi : Celui à qui Von a légué tout Vargent a aussi reçu en legs Vargent 77ionnafé. Or tout Vargent a été légué à la femme en question. Dofic Vargent monnayé^ qui se trouvait dans la maison^ lui a été pareillement légué (2).
(i) Topic, c. 2.
(2) Cf. Eug. Thionville, Op. cit., c. 2, p. 28 et suiv., et c. G, p. gS et 96.
52. Ces explications sur la définition du lieu terminées, nous passons à Ténumération des divers lieux d'argument. Comme les questions dialectiques se réduisent, ainsi que nous Tavons dit, aux questions de genre, de déjinitioji^ de p?^opre ou d'accident^ les lieux des arguments doivent aussi comprendre quatre espèces, car les uns sont tirés du genre^ les autres de la définition^ ceux-ci du pi^opi^e et ceux-là de Vaccident. Les péripatéticiens, à l'exemple d'Aristote, énumèrent un grand nombre de lieux, dans chaque question ; mais, pour ne pas sortir des bornes de ces éléments, nous n'en citerons qu'un exemple ou deux dans chacune d'elles (r). Nous commencerons par les lieux tirés de l'accident, parce que l'accident nous en fournit le plus grand nombre.
53. Les lieux d'accident se divisent en deux catégories principales : les lieux d'accident absolu et les lieux d'accident relatif. En effet on peut tirer certaines propositions générales, soit des accidents absolus, ou qui appartiennent à la chose considérée en elle-même, soit des accidents relatifs, ou qui conviennent à une chose, en tant qu'elle a rapport à d'autres.
54. A la première catégorie des lieux d'accident, appartiennent, par exemple, ces trois lieux, tous les trois tirés des contraires : 1° Les attributs tant affirmât ifs que négatifs des contrai7^es so7tt cont7~aires. D'où cette proposition générale sur les attributs affirmatifs : Si le juste doit être loué, l'ifi-
juste doit être blâmé ; et celle-ci sur les négatifs : 5/ le juste ne doit pas être bhv7ié, V injuste ne doit pas être loué ; 2" Un même sujet ne peut être modifié, en même temps, par des attributs contraires ; si donc Vun d'eux modifie le sujet, on peut tenir pour certain que Vautre ne le modifie poifit ; par exemple : si le juste est digne de louange, il n'est pas digne de blâme, et si le méchant est digne de blâme, il n'est pas digne de louange ; 3° Le même attribut ne peut convenir à des sujets contraires ; par exemple : si le juste mérite des louanges, le méchant n'en mérite point, et si le méchant est digne de blâme, le juste ne l'est pas.
55. Pour faire connaître la seconde catégorie des lieux d'accident, nous donnerons, comme exemple, les trois lieux
(i) Celui qui voudra acquérir une connaissance plus étendue de ces lieux dialectiques devra consulter surtout Albert le Grand, Topic, lib. II-VII.
suivants, lesquels se rapportent à la fin. Le premier est ainsi conçu : La fin vaut mieux que ce qui tend vers elle ; ainsi, la santé est préférable au remède^ parce que la santé est la fin qui nous fait désirer le remède, ^^oici le second : De deux choses qui tendent à la même fin, la meilleure est celle qui en est la plus rapprochée ; par exemple : la discipline militaire est plus importante que l acquisition des armes, parce que celle-là tient de plus près à la victoire que celles-ci. Troisième lieu : les choses qui conduisent à une fin plus noble sojit plus excellentes que celles qui conduisent à une fin moins noble; exemple : Les choses qui jnènent à l'éternelle félicité S07it préférables à celles qui ne conduisent qu'à une félicité temporelle.
56. Nous passons aux lieux tirés du genre. On les divise avec avantage, comme Ta fait Albert le Grand, en lieux intiHnsèques et eu lieux extrinsèques.^ dont les uns sont tirés de quelque principe qui constitue un genre, et les autres d'un principe extérieur au genre. Voici, par exemple, un lieu intrinsèque du genre : Si ce qui est pris pour genre ne convient pas à quelque espèce ou individu dont il est regardé comme le genre^ on peut tenir pour certain qu'il n'en est pas réellement le genre. Au moyen de ce lieu, il serait facile de réfuter Epicure qui disait que le bien est le genre de la volupté ; car il y a plusieurs espèces de voluptés dont on ne peut dire qu'elles soient un bien. Un autre lieu intrinsèque du genre peut également se tirer de la définition de l'accident ; tel est celui-ci : La chose à laquelle convient la définition de Vaccident nest pas un genre ; par exemple : la propriété d'être blanc }ie constitue pas le genre de Ihomme^ parce qu'il y a des homme? . comme les Éthiopiens, qui ne sont pas blancs, tandis que le genre désigne ce qui convient toujours et nécessairement à toutes les choses qui dépendent de lui.
57. Parmi les heux extrinsèques du genre, il faut principalement tenir compte de ceux qui peuvent se tirer des divers genres d'opposés. Nous donnerons, comme exemples,deux de ces lieux que nous fournissent les opposés par contradiction^ ou les contradictoires. Voici le premier : Si la négation de Va7itécédent ne peut se dire de la négation du conséquent^ cest une preuve que le conséquent n'est pas le genre de T antécédent ; p^r exemple : si ce qui est privé de bonté 7Î est pas
en même temps privé de douceur^ c'est une preuve que le doux n'est pas genre relativement à ce qui est bon. Second lieu: Si la négation de r antécédent se dit de la négation du conséquent comme genre^ c'est une preuve que le conséquent peut aussi se dire de Vespèce comme genre. Par exemple, si l'on accorde que ce qui n est pas bon n'est pas doux., on peut conclure que ce qui est doux est bon.
58. Le propre peut être également la source de plusieurs lieux dialectiques ; nous en indiquerons seulement deux, dont Tun appartient au lieu considéré en soi, et le second appartient au lieu considéré par rapport à autre chose. Le premier, qui se tire de ce qui est simidtané^ est ainsi conçu: Ce qui lï'est pas simultané avec une chose, mais la précède ou la suit., doit être considéré comme n'appartenant certainement pas en propre à cette chose. Par exemple. Faction de se promeîier sur la place publique n'est pas une qualité propre de Vhomme^ parce que Thomme existe avant de se promener sur la place publique. Ce lieu, exprimé comme nous Tavons fait, peut servir à la réfutation, parce que, si quelqu'un soutient que telle qualité est propre à quelque chose, on peut le réfuter en établissant qu'elle ne lui est pas simultanée. Si on veut, au contraire, se servir de ce lieu pour prouver, il faudra renoncer de cette autre manière : Ce qui est simultané avec ime chose et qui n'en est ni la déjinition^ ni la différence spécifique, est certainement le propy^e de cette chose. Ainsi nous pouvons établir que le propre de l'homme est d'être un animal capable de science^ parce que cette capacité existe simultanément avec rhomme et lui appartient nécessairement.
59. Le second, qui se tire des contraires^ peut s'exprimer de cette sorte : Si deux sujets sont contraignes, et que deux attributs soient également contraires^ l'un des attributs étant le propre du premier sujets l'auti^e est aussi le propre du second. Par exemple : si le bien est le contraire du mal^ et qu'on doive le rechercher enfuyant son contraire-^ si l'on convient ensuite que le propre du bien est d'être recherché^ on peut affirmer avec certitude que le propre du mal c'est qu'il faut le fuir. Ce que nous avons dit des contraires peut généralement se dire, de la même manière, des autres genres d'opposés.
60. Il nous reste à expliquer quelques-uns des lieux dialectiques si nombreux, qui se tirent de la définition. Les uns
regardent la définition totale^ les autres Tune seulement de ses parties, c'est-à-dire le genre ou la différence. Ce que nous avons dit auparavant de la définition les fait suffisamment connaître. On peut citer, comme lieu dialectique tiré de la définition totale^ cette proposition : Toute définition qui n'est pas formée de tiotions ajitéi^ieures et plus connues est vicieuse. Ce qui se comprend de soi ; car la définition a pour but de faire connaître une chose,et la connaissance d'une chose, comme nous le dirons ailleurs, ne peut s'acquérir qu'au moyen dénotions plus connues et antérieures. Or il est manifeste que le genre et la différence sont antérieurs à la définition et plus connus qu^elle, parce que, le genre et la différence étant les parties dont la définition se compose, on conçoit très-bien qu'elles doivent précéder la définition et que celle-ci ne peut être comprise, si l'on n'a déjà l'intelligence du genre et de la différence.
61. Nous choisissons entre les lieux de définition ayant rapport au genre ou à la différence ceux que nous avons indiqués à l'article delà définition. Voici le premier : Toute définition dont le genre ne fait point partie est vicieuse ; par exemple, si nous définissons le corps, ce qui a les trois dimensions^ nous faisons une définition vicieuse, car cette définition n'explique pas ce qu'est le corps. Voici le second : Toute défijiition qui n'indique pas le genre prochain est vicieuse ; ainsi on définirait mal là Justice en disant qu'elle est une habitude qui en est un genre éloigné, au lieu de dire qu'elle est une ve?^tu qui en est le genre prochain; car on ne comprendrait pas de quelle espèce d'habitude il s'agit. Donnons encore celui-ci : La différence qui n'a pas son opposée n'est pas une vraie différence, c'est-à-dire une différence qui constitue ime espèce. En effet, puisque le genre se divise en ses espèces au moyen de différences qui s'excluent (i), toute vraie différence en suppose une autre qui lui est opposée (2).
(i) Dans la première partie de la logique (c. I, art. 2, p. 24, 25), nous avons montré que les différences qui divisent un genre doivent être opposées entre ^Ues, et que cette opposition est celle que nous appelons opposition contraire.
(2) Parmi les lieux dialectiques qui servent à prouver qu'une définition n'est pas exacte, on cite encore le suivant: Si la définition d'un contraire étant exprimée, la définition de l'autre ne devient pas aussitôt manifeste, la définition du premier contraire doit être rejetée. En effet les contraires appartiennent au mcme genre et les espèces contraires résultent de la divi-