‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 56 sur 99 · HABITUDES DES PUISSANCES DE L'AME · texte numérisé non relu

HABITUDES DES PUISSANCES DE L'AME

434. Les puissances intellectuelles de Fâme n'étant déterminées ad iniinn (i), ni du côté de Tobjet, ni du côté du mode dont elles atteignent cet objet, elles ont besoin d'une disposition particulière pour produire certains actes déterminés. Cette disposition prend ordinairement le nom d'habitude. Pour traiter avec fruit cette question des habitudes, nous croyons ne pouvoir mieux faire que d'exposer d'abord succintement la remarquable doctrine de saint Thomas sur ce sujet; nous nous en servirons ensuite pour réfuter certaines opinions erronées des philosophes modernes.

ARTICLE PREMIER

OÙ Von explique la nature des habitudes

435. L'habitude, comme nous l'avons dit en Logique (2), est une espèce de qualité qui détermine un sujet de telle sorte qu'il soit disposé bien, ou mal, c'est-à-dire d'une manière conforme^ ou non conformera sa nature (3) ^Và-xyloxi soi-même, ou dans son êlre^ que relativement à ses opérations. Cette disposition d'une chose par rapport à son être et à son opération regarde principalement Vetre^ elle regarde l'opération elle-même en ce sens seulement que l'opération suit la nature de là chose. Cependant, si la nature d'une chose est telle, qu'elle n'existe que pour l'opération, la disposition que l'habitude nous révêle, regarde proprement l'opération (4). Ce dernier cas se rencontre dans les puissances de l'âme ; c'est pourquoi saint Thomas définit l'habitude des puissances « une certaine qualité

(i) tt Les puissances plus élevées et plus universelles, dit S. Thomas, telles que les puissances rationnelles, ne sont pas déterminées soit à un seul objet, soità un seul mode d'opération; » In Mb. III Sent., Dist. XXIII, q. i, a- i solut. Voir les chap. 3 et i^ passim.

{2) Cf. pag. 46.

(3) la 2«, q. XLIX, a. 2 c.

(4) I» 2", loc. cit.

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suivant laquelle la puissance incline à Tacte (i). '> Puisque les puissances de Pâme, qu'elles soient bien ou mal disposés, sont constamment aidées et sollicitées à agir par cette inclination; rhabitude, suivant le saint Docteur, « paraît signifier quelque chose de surajouté à la puissance, par quoi celle-ci est perfectionnée dans son opération (2). »

436. Or cette qualité, comme l'indique le mot même d'/îabi tude ^ Qst stahlo. et consistante; car Thabitude, nous Pavons dit en Logique (3j, se distingue de la simple disposition^ en ce que celle-ci est une qualité facilemement séparable du sujet qu'elle modifie, tandis qu'elle-même ne peut que difficilement s'en séparer.

437. Afin de rendre encore plus claire cette notion de rhabitude, nous allons dire en quoi elle diffère et de Tinclination, et de la puissance elle-même. Et d'abord rhabitude se distingue de rinclination, laquelle est inhérente, comme nous Tavons vu (4), à toutes les puissances de Tâme. En effet, Tinclination ne fait pas que la puissance ait un penchant plus prononcé pour agir de telle manière plutôt que dételle autre, elle se borne à incliner chaque faculté vers les actes qui lui sont sympathiques; Thabituderend, au contraire, la puissance qu'elle modifie plus apte à agir dans tel sens que dans tel autre; voilà pourquoi saint Thomas enseigne que, par l'habitude, « la puissance est inclinée à la détermination spécifique de ses actes (5). «

438. Si nous considérons la différence qui existe entre l'habitude et la puissance, nous verrons clairement qu'elles ont rapport l'une et l'autre à l'acte. Car, puisqu'il appartient à l'essence de la puissance d'être le principe de l'acte, et que l'habitude est une qualité qui modifie la puissance, il est évident que l'habitude doit concourir à l'acte d'une certaine manière (6). Mais elles diffèrent l'uni de l'autre, en ce que la puissance nous confère simplement le pouvoir de produire l'acte, tandis que l'habitude y ajoute une certaine aptitude

(i) Qq. dispp., De Ver., q. XXIV, a. 4 c.

(2) Op. cit., ibid., q. XX, a. 2 c.

(3) Voir pag. 46.

(4) Pag. 289.

(5) la 2®, q. LIV, a. i c.

(6) Ibid., q. XLIX, a. 3 c.

à le ^bien ou mal faire. « Si Ton considère la puissance et rhabitude d'une manière générale, dit saint Thomas, cette différence apparaît entre elles : la puissance nous confère simplement le pouvoir de faire une chose, et Thabitude nous donne la facilité de la faire bien, ou mal ; ainsi Tintellect nous donne le pouvoir de connaître les choses, et la science nous donne la facilité pour les bien connaître (i). » Par conséquent rhabitude, observe saint Thomas, perfectionne la puissance, parce que Topération complète ne vient de la puissance qu'au mo3^en de l'habitude (2) ; et la puissance, laquelle a certainement rapport à l'opération, est complète alors seulement qu'elle peut être le principe de l'opération complète (3).

439. L'acte se rapportant diversement à la puissance et à l'habitude, on conçoit comment l'acte bon et l'acte mauvais peuvent convenir à la même puissance, mais ne peuvent appartenir à la même habitude. En effet la bonté ou la malice ne peuvent être attribués à l'acte considéré simplement dans ce qui constitue son essence, c'est-à-dire en tant qu'il résulte de l'exercice de la puissance ; mais l'acte se rapporte à l'habitude, en ce que celle-ci dispose la puissance à la perfection de son acte, ou, comme dit l'École, à son complément. Or cette diversité essentielle, dans la perfection de l'acte, exige que celui-ci soit accompli bien, ou mal, par la puissance, c'est-à-dire suivant une certaine convenance., ou disconvenance avec sa nature [4). L'acte bon et l'acte mauvais demandent par conséquent des habitudes essentiellement diverses (5). Mais, comme les choses qui sont essentiellement diverses diffèrent spécifiquement entre elles, il en résulte, que « les habitudes se distinguent spécifiquement les unes des autres d'après la différence du bien et du mal (6). «

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