‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 63 sur 99 · DE L^ORIGINE DES IDEES EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE L^ORIGINE DES IDEES EN GENERAL

nous Tavons dit, ne sont pas désignées par les mêmes noms, cliez tous les peuples, Albert le Grand transforme Targumcnt précédent et construit cette preuve directe : Puisque des noms différents sont employés par les divers peuples pour signifier les mêmes choses, c'est une preuve que la cause, pour laquelle ces noms dix^ers ont été imposés aux choses, est variable et changeante. Or la nature ne peut avoir ces caractères ; il faut donc que ce soit la volonté. Par conséquent les noms sont arbitraires et ne sont pas Tœuvre de la nature (i).

577. Cela doit s'entendre, d'après saint Thomas, en ce sens, « qu'il est naturel à Phomme de signifier ses concepts^ inais que la détermination des signes est arbitraire {2). r> Il faut en effet que les'noms correspondent aux conceptions de notre esprit. Car, « la pensée exprimée par le nom n'étant rien autre chose que la conception de l'intellect touchant la chose que ce nom signifie (3), » il s'ensuit que « l'intellect signifie les choses par les mots qui rendent le mieux sa pensée (4). Mais,comme nous pouvons choisir, parmi une foule de noms, celui qui convient le mieux à l'idée que nous nous sommes faite de la chose, il est évident que ce choix dépend de notre libre arbitre.

578. Cette question préUminaire résolue, revenons à la controverse soulevée à propos de la connexion du langage avec la pensée. Les philosophes se divisent sur ce sujet en deux opinions principales. Les uns, avec les scqlastiques et la plupart des philosophes modernes (5) , enseignent que la parole est certainement d'un très-grand secours à l'esprit humain, pour l'aider à perfectionner les connaissances acquises par le simple exercice de ses facultés ; mais ils croient en même temps qu'elle n'est indispensable, ni à l'acquisition directe de la connaissance, ni à son acquisition indirecte. D'autres soutiennent, au contraire, que la nature de l'esprit humain lui rend impossible tout développement sans le secours de la parole.

Page 1