‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 8 sur 99 · X HISTOIRE · texte numérisé non relu

X HISTOIRE

un passage très-clair de Clément d'Alexandrie : « Pour ce qui est de la philosophie, dit-il, je ne la nomme ni stoïcienne (i), ni platonicienne, ni épicurienne, ni aristotélicienne, mais si ces différentes écoles ont émis de sages maximes, enseignant ce qui est juste avec une science modeste, c'est à ce choix de propositions que je donne le nom de philosophie » (2). Nous pouvons tirer de là ces deux conclusions :

(i) Cette école fut fondée par Zenon de Gitium ; elle doit son nom de philosophie stoique ou du portique à un gymnase situé sous un portique, en grec o-roV. où ce philosophe avait coutume de donner ses leçons.

(2) Strom., lib. I, c. 7. Cf. S. Justin., Dial.cum Triph., c. 2 ; Orig. Epist. ad Greg., 0pp. vol. I, p. 3o-32; S.Aug. De Civ. Dei, lib. VIII. c. 9. Ces témoignages suffisent à prouver que les historiens modernes de la philosophie et les auteurs protestants en particulier, auxquels, parmi les catholiques, Guenther (Lydia, en allem., p. 72, Vienne 1849) et ses disciples ont fait imprudemment écho dans ces derniers temps; font une grave injure aux plus illustres Pères de l'Eglise en les représentant comme des platoniciens. Sans nous étendre longuement là-dessus, il nous suffira de rappeler un fait notoire, c'est que les premiers apologistes de la religion chrétienne se tournèrent vers le christianisme parce qu'ils crurent trouver en lui la vérité qu'ils avaient inutilement cherchée dans les différentes écoles des philosophes, sans en excepter celle de Platon, et que, après avoir embrassé la religion chrétienne, ils s'appliquèrent à prouver combien la philosophie de Platon diffère des dogmes de cette religion. Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe, Théodoret et les autres, n'eurent pas sur Platon une opinion différente (Cf. Baltus, Op. cit., lib. II et III passim). Nous n'ignorons pas que les Pères ont donné de grands éloges à la philosophie de Platon ; mais il est certain aussi qu'ils ont reproché à ce philosophe des erreurs capitales ; ils étaient même persuadés que les principales hérésies qui ont paru dans les premiers siècles de l'Eglise sortaient presque toutes de la philosophie platonicienne (Cf. Ern. Salam. Cyprianum. Diatribe, qua expenditur illud Tertuliani : hœreticorum patriarches philosophi, Helmstadii 1699). Pour ce qui regarde S. Augustin en particulier, que l'on considère communément comme plus ouvertement attaché à la doctrine de Platon, le S. Docteur explique en plus d'un endroit dans quel sens ce philosophe lui avait paru mériter des louanges. « J'ai affirmé, dit-il, quç ces philosophes (les platoniciens) étaient meilleurs que les autres, par comparaison avec les pires de tous, parce qu'il y en avait dont l'enseignement allait jusqu'à nier, pour l'homme, l'existence d'une autre vie après la mort. Il est bien évident que les platoniciens doivent être préférés à ces derniers. Quoiqu'ils s'écartent de la vérité en beaucoup de choses, dans les points mêmes où ils valent mieux que les autres, toutefois, dans les circonstances où ils se montrent supérieurs, ils approchent de bien près de la vérité. » (5erm. CCXL., De resurrectione corporum contra Gent..c. IV, n. 4 ; cf. De Civ. Dei, lib. XI, c. 5). Au reste il se repentit dans la suite d'avoir donné ces louanges, car il dit au premier livre de ses Rétractations {c. i, n. 4) : « Ce n'est pas sans raison que je regrette les éloges que j'ai donnés à Platon, aux platoniciens et aux philosophes de l'Académie, éloges que ne méritaient pas des hommes impies, puisque nous avons à défendre la religion chrétienne contre leurs graves erreurs.» On peut voir dans André Martin {Philos. S.Aug., éd. Fabre, Pars. I, c. 1 5-25, Parisiis i863) les erreurs considérables que S. Augustin a notées dans la philosophie de Platon. Les platoniciens sont également appelés Académiciens, parce que, dans le principe, Platon donnait ses leçons dans un petit jardin situé dans la banlieue d'Athènes qu'il avait acheté H'un certain Académus et qu'il transmit à ses héritiers. Voir, outre Laërce

1° la méthode philosophique employée par les Pères fut la méthode éclectique ou élective^ avec cela de particulier que la révélation chrétienne, ou la foi, était le principe d'où partait leur philosophie, le fondement sur lequel ils en élevaient rédifice et la règle qui dirigeait toutes \è\ivs recherches (i) ; 2° la philosophie fut considérée par eux comme une préparation à la Foi, TcpoTCai^eia,car*elle leur servait à établir la vérité de la révélation, à la défendre contre les attaques des sophistes et à l'expliquer, autant qu'il est possible, par des preuves d'analogie qui donnent à la foi une certaine- forme scientifique (2).

i5. Cependant la philosophie des Pères reçut une nouvelle forme dans les écoles du mo3^en âge ; les docteurs de c<-tte époque dépensèrent tous leurs efforts à fonder un systèn;e complet de philosophie qui put servir à la science de la révélation divine ou à la théologie. Nous devons ex-

lib. III, segm. 20, et les autres anciens, S. Basile, Homil. XXII, Ad adolescentes,quomodo possint ex libris Gentiliiim fructïim capere , et S. Jérôme, Contr. Jovin,, lib. II, c. 7.

( I )Gardons-nous de confondre cette méthode avec la méthode éclectique employée par les néoplatoniciens et par Cousin, car il existe en treelles,comme nous le dirons ailleurs, une grande différence. Pour apprendre aux jeunes gens ce qu'étaient ces néoplatoniciens, nous dirons que les successeurs de Platon dans l'Académie, Speusippe fondateur de la première Académie (cf. Laert., lib. IV, segm. I seqq. et Numenium, De Academicorum divortio, apud Eusebium, lib. XIV, c. 5), Arcésilas et Carnéade fondateurs de la seconde et de la troisième (cf. Laert., ibid., segm. 28 et Numenium, ibid., c. 7) tombèrent dans le scepticisme, méthode philosophique où l'on professe qu'il est impassible de rien savoir de certain sur la nature des choses. Philon et Antiochus qui sont désignés par quelques anciens (cf. Sextum Emp., Pyrrh. Hypoth., lib.I, c. 33 seqq. et Numenium apud Eusebium, ibid., c. 4) comme fondateurs, l'un de la quatrième et l'autre de la cinquième Académie, délaissèrent cette manière de philosopher, sans toutefois l'abandonner entièrement. Après Antiochus, l'Académie elle-même disparaît presque entièrement, ainsi que la philosophie de Platon ; elle ne se montre plus sur la scène jusqu'au troisième siècle, après que Plotin eut fondé l'école des néoplatoniciens ou des platoniciens modernes. Mais les chefs des diverses écoles néoplatoniciennes n'enseignent plus la pure doctrine de Platon ; ils essaient de concilier Platon et Aristote. En effet, les uns, comme Porphyre, composent des commentaires sur les livres d'Aristoie ; les autres, comme PIoclus et ses successeurs, s'efforcent de fondre entre elles les doctrines des deux philosophes grecs ; quelques-uns même, comme Ammonius, donnèrent la préférence à Aristote sur Platon. Les choses en vinrent au point que, sous Jean Philopon, Simplicius et d'autres, Platon dut céder la place à Aristote dans les écoles néoplatoniciennes.

(2) Cf. Clem Alex., S/rom., lib. I, capp. 2, 5, g, 16, 20 et lib. VI, capp. 7 et 10; Orig.,in Epist. ad. Greg. Thaum.,Opp., éd. cit., vol. I, p. 3o ; S. Aug., Ep. CXX ad Consentium, c i, n. 3 et 4; De utilitatc credendi, c. 11, n. 25, c, 16, n. 1-3, 34, c. 17, n. 35; Serin. CV, c. 2 et 3, n. 3-4; De vera Religione^ c, 45. Mais nou5 reviendrons là-dessus.

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