Tout le monde s'accorde à reconnaître l'autorité du
(i)On voitjd'après cette argumentation, que Reid (Essais sur les facultés infe//., Ess.VjC. 4, Œuvr., t. IV, pag. 225 et suiv.),et Stewart(£'/émewfs etc., part. 2, c. 4, sect. I, t. II, pag. 23 1) sont également dans l'erreur, lorsqu'ils dérivent la certitude de Tinduction d'un certain instinct aveugle delà nature, au lieu de la faire reposer sur un principe rationnel. Si les hommes, par la seule impulsion de la nature, ajoutent foi d'ordinaire à la constance des lois naturelles, cette impulsion n'est point cependant la cause pour laquelle ils admettent la constance de ces lois, mais cette créance est formée dans leur esprit par la fréquente considération des motifs qui leur ont d'abord fait admettre cette constance; Cf. Javary, Op. cit., lib. II, c. 3, pag. 109 et suiv.
(2) Cf. pag. i5i-zbi. »
(3) Cf. pag. 695.
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syllogisme déductif (i); parce qu'on ne peut la nier sans tomber dans une contradiction. Quelle que soit, en effet, la matière du syllogisme, qu'elle soit nécessaire ou seulement contingente, la connexion entre la conclusion et les prémisses doit toujours être nécessaire {2) ; car on dit que la conclusion d'un syllogisme quelconque se déduit des prémisses conformément aux règles de la logique, lorsqu'elle y est contenue (3). Ainsi, celui qui, après avoir reconnu la vérité des prémisses, n'admettrait pas la vérité de la conclusion, affirmerait et nierait en même temps la vérité de la question proposée, car il nierait dans la conclusion ce qu'il auraitaffirmédans les prémisses. Par exemple, lorsque l'esprit fait ce raisonnement: Tout animal possède la vie sensitive; or V homme est lin animal ; donc V homme possède la vie sensitive \\\ admet que l'espèce humaine jouit de la faculté de sentir, parce qu'il perçoit que l'espèce humaine est contenue dans le genre animal, à Tessence duquel appartient la faculté de sentir. Si donc quelqu'un,après avoir accordé ces deux choses,savoir que tout animal jouit de la vie sensitive et que l'homme est une espèce animale, niait en même temps que l'homme jouît de la sensibilité, il affirmerait et nierait à la fois la même chose et tomberait ainsi dans une contradiction flagrante. Écoutons Scot : « Lorsqu'on possède déjà l'évidence ou la certitude des premiers principes, il est facile de percevoir comment on arrive à la certitude des conclusions qui s'en déduisent par l'évidence de la forme syllogistique, puisque la certitude de la conclusion dépend uniquement de la certitude des principes et de l'évidence de la déduction (4). «
707. Parlons de l'utilité du syllogisme. On sait que tous les détracteurs de la philosophie péripatéticienne, à l'exemple de Van-Helmont (5), en ont fait peu de cas. Locke (6) et les sen-
(i) Les sceptiques, témoin Sextus l'Empirique (Op. cit., lib. II, c, 14), ont plutôt attaqué l'utilité du syllogisme déductit que sa vérité. Vid. Dan. Huet, Z)e imbecillitate mentis humanœ, lib. 1. c. 12, p, G7 seqq., Amstel. 1738.
(2) « Quoique de prémisses contingentes on ne puisse tirer, dit S. Thomas, une conclusion nécessaire d'une nécessité absolue, cependant il faut reconnaître entre elles, une certaine nécessité de conséquence , smvTint. laquelle la conclusion se déduit nécessairement des prémisses; » In lib. I Post. Anal., lect. XIV.
(3) Cf. pag. io5.
(4) Op. cit., ibid., schol., § 8. ,
(5) Logica inutilis, tract. VIII ; 0pp., pag. 27, Lugduni 1667.
{6) Op. cit., lib. IV, c. 17, g 4-5. Genovese {Logico-critic, lib. V, c. 6, pag.
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sistes ses disciples ont montré pour lui la même aversion (i). Mais le syllogisme a toujours paru aux philosophes, vraiment dignes de ce nom, d'une immense utilité dans la recherche de la vérité et la réfutation de Terreur (2); et ce n'est pas sans d'excellentes raisons. En effet la connaissance que Ton acquiert par le syllogisme est, comme nous Tavons montré ailleurs, une connaissance déductive, parce que la raison /aî7 sortir la conclusion des prémisses (3). Mais la raison ne peut tirer une conclusion de ses prémisses sans une double opération, dont Tune fait connaître la vérité des principes, et l'autre la vérité de la conclusion; c'est pourquoi, dans le raisonnement, l'intellect ne connaît pas la conclusion par le même acte que les prémices, ce n'est que par un second acte qui succède au premier (4). Or, si l'intellect obtient plusieurs connaissances et des connaissances distinctes au moyen de plusieurs opérations intellectuelles, c'est que les termes de plusieurs opérations de cette nature sont nécessairement distincts. La connaissance des prémisses est, par conséquent, distincte de la connaissance de la conclusion. D'après cela, il est manifeste que la vérité de la conclusion est encore inconnue de l'intellect, au moment où celui-ci perçoit déjà la vérité des prémisses; il obtient par conséquent une connaissance nouvelle, lorsqu'il passe de la connaissance des prémisses à la connaissance de la conclusion. « On dit de quelqu'un qu'il acquiert la science, dit saint Thomas, quand son esprit déduit des connaissances universelles la connaissance en acte des vérités particulières qui n'étaient connues auparavant
3i<S, éd. cit.), sur cette question, comme dans beaucoup d'autres circonstances, ne fait que reproduire la doctrine de Locke.
(i) J. B. Bûchez, dans un ouvrage récent {Essai d'un traité complet de philosophie au point de vue du catholicisme et du progrès, Introd., p. 35-37 ; ibid., lib., II, c. I, I i3, t. I, pag. 381-392, Paris i83S). pousse si loin son aversion du syllogisme qu'il va jusqu'à le dénoncer comme l'ennemi le plus dangereux, non-seulement de toute saine philosophie, mais encore de la religion chrétienne. On peut voir dans S. Augustin, Contra Cresconium Donatistam (passim), la réfutation de cette opinion absurde ; car Bûchez emprunte son erreur à cet hérétique, lequel, au rapport de S. Augustin, condamnait la dialectique comme /Hi/g-ne delà vérité chrétienne; Op. cit., lib. I, c. i3.
(2) Ecoutons en particulier Leibnitz : « La forme syllogistique doit être placée au nombre des plus belles et des plus grandes inventions de l'esprit humain ; car c'est une espèce de mathématique universelle qu'on n'apprécie pas assez et qui constitue la méthode infaillible des sciences ; » Op. cit., lib. IV, c. 7.
(3) Cf. pag. 98-99.
(4) Cf. ibid., ex pag. 436-437.
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qu'en puissance et d'une manière générale (i). » Ailleurs il est encore plus bref et plus clair, s'il est possible : « Nous parvenons des principes universels aux vérités particulières par l'investigation de la raison (2). » Le saint Docteur, dans un autre endroit, explique sa pensée au moyen d'un exemple très-clair : « Gomme deux propositions sont requises pour déduire une conclusion, savoir une majeure et une mineure, la connaissance d'une majeure ne donne la connaissance d'aucune conclusion. Si quelqu'un voulait faire une démonstration, la connaissance de cette majeure : Tout triangle a ses trois atigles équivaletits à deux droits^ ne lui donnerait la connaissance d'aucune conclusion; mais s'il ajoute ensuite : Or cette figure décrite dans ce demi-cercle est un triangle^ on sait aussitôt que cette figure a ses trois angles équivalents à deux droits (3). «
708. Veut-on quelque chose de plus clair ? Rappelons-nous l'observation que nous avons faite contre Gioberti : lorsque l'esprit connaît en elles-mêmes les prémisses d'un syllogisme, avons-nous dit, il connaît la conclusion qui s'y trouve contenue en puissance d'une connaissance potentielle ou virtuelle^ mais non d'une connaissance actuelle ; car il ne suffit pas qu'un principe soit contenu dans un autre principe, pour que, en percevant l'un, l'esprit perçoive l'autre, il faut de plus qu'il perçoive que l'un est contenu dans l'autre. Or ce n'est que par le travail de la raison^ ou au moyen du syllogisme que l'esprit connaît effectivement que la conclusion est contenue dans les prémisses. Donc, au moyen du syllogisme, l'esprit parvient à connaître en acte ce. dont il n'avait qu'une connaissance virtuelle. Mais, puisque l'esprit acquiert une connaissance nouvelle, lorsqu'il parvient à connaître en acte ce qu'il connaissait virtuellement, ou en puissance, on ne peut douter que le syllogisme ne soit d'une très- grande utilité (4),