‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 10 sur 106 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

nombre de philosophes modernes qui admettent, au moins en parole, Tunion naturelle et personnelle de Tâme et du corps. En effet, nous avons démontré que Tâme et le corps s'unissent dans rhomme de manière à constituer une substance complète et une seule personne. Mais cela ne peut avoir lieu qu'autant que Tàme se rapporte au corps comme la forme à sa matière. Car deux choses ne peuvent se réunir en une substance qu'elles composent, à moins que Tune d'elles ne soit le principe qui détermine Vêtre dans l'autre, et partant à moins que l'une d'elles, d'abord privée de l'être actuel, ne le reçoive de l'autre ; de fait, si Tune et l'autre conservait rêtre actuel qui lui est propre, au lieu d'être substantielle, leur union serait purement accidentelle ; en d'autres termes, cette union n'étant pas substantielle n'aurait point les caractères d'une union naturelle et personnelle (i). Or ce qui n'a pas rêtre actuel^ ou Pacte par soi-même , mais qui le reçoit d'un autre, s'appelle matière, et ce qui donne Vêtre actuel^ ou l'acte k un autre, en est appelé la^orwe (2). Donc l'âme et le corps doivent être unis dans l'homme de manière à se comporter l'un avec l'autre comme la matière et la forme (3). C'est pourquoi, si Ton admet que l'âme et le corps se rapportent l'un à l'autre à la manière d'une forme et d'une matière, il faut admettre aussi que Tâme est la forme, et le corps la matière du composé humain. Il n'est pas possible en effet que l'âme soit déterminée par le corps à son espèce propre, parce que l'âme, étant douée delà raison, possède, grâce à celle-ci, des opérations qui ne dépendent nullement du corps. Mais, si l'âme recevait son espèce du corps, toutes ses opérations devraient dépendre du corps, vu que la forme qui détermine l'espèce d'une chose lui donne à la fois Vêtî^e et la vertu d'opérer (4). Au contraire, le corps reçoit son espèce

(i)« Les choses qui constituent l'intégrité d'une espèce sont naturellement unies; ainsi l'âme et le corps humain s'unissent ensemble de manière à constituer l'espèce de l'animal: » Contr . Genî., liv. IV, c. 41.

(2) Cf. Cosmolog., ch. I, art. 3, vol. II, pag. 3 12 et suiv.

(3) « Deux choses peuvent constituer une même nature en deux manières, ou bien à la façon des parties d'un même corps : ainsi le corps de l'animal est composé de plusieurs membres ;... ou bien à la façon d'une matière et d'une forme qui constituent un être particulier : ainsi l'animal est composé d'un corps et d'une âme ; » Contr. Gent., lib. IV, c. 35, n. 5.

(4)Q^' dispp., q. un. De Anim,, a. i ad 18.

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de l'âme, car il est un corps humain en ce qu'il est informé par rame. Il est certain que le corps, avant d^être informé par l'âme, n'est point un corps humain, il en est de même si Pâme s'en sépare (i) ; qui donna jamais ce nom à un cadavre ? Ajoutez à cela que ni la vie ni le principe de la vie ne peuvent convenir au corps considéré en lui-même; car autrement tout corps serait vivant, ou un principe de vie (2). Mais si le corps remplissait, dans l'homme, le rôle de la forme, au lieu de remplir le rôle de la matière, il serait lui-même le principe par lequel l'homme vit. Il est donc parfaitement démontré qu'on ne peut reconnaître l'unité naturelle et personnelle de l'homme, dont nous avons établi l'existence, sans reconnaître en même temps que l'âme est la forme substantielle du corps (3).

65. Une autre considération peut jeter un jour nouveau sur la démonstration précédente. Rappelons-nous en effet que nous avons aussi déduit l'unité naturelle et personnelle de l'homme de ce que l'on attribue à l'âme les opérations qui lui sont communes avec le corps, aussi bien que les opérations intellectives qui lui appartiennent en propre. Ne disonsnous pas que l'àme sent, comme nous disons qu'elle veut et qu'elle perçoit la vérité? Or cela prouve que l'âme est la forme substantielle du corps (4). Nous le répétons de nou-

(i) « Le corps de l'homme n'est pas le même si l'âme est absente que si elle est présente; c'est l'àme qui fait que le corps existe en acte ; nContr. Gent., lib. II, c. 69. Ailleurs le même S. Thomas dit encore : « Si 1 ame ne s'unissait pas au corps comme sa forme, il s'ensuivrait que le corps et ses parties n'auraient point, par le moyen de l'âme, leur être spécifique, ce qui paraît manifestement faux; car, si l'àms vient à manquer, les expressions, l'œil, la chair, les os, deviennent équivoques: elles peuvent signifier un œil en peinture, ou un œil de verre. Il est donc manifeste que l'àme est la forme... dont le corps tire la raison de son espèce ; » Qq. dispp.-, q. un. De spirit. créât. ^ a. 2 c.

(2) « 11 est clair, dit S. Thomas, qu'il n'appartient pas au corps, comme tel, d'être vivant, ou d'être un principe de vie; car, s'il en était ainsi, tout corps serait principe de vie ou vivant; » I, q. LXX.V, a. i c. Cf. Contr. Gent., lib. II, c. 58, n. 7.

(3) Ecoutons encore S. Thomas : « Les êtres vivants étant des choses naturelles sont composées de matière et de forme. Ils sont composés d'un corps et d'une âme qui lui donne la vie en acte. Il faut par conséquent que l'un des composants soit une forme et l'autre une matière. Mais le corps ne peut être une forme, parce que le corps n'est pas dans un autre comme dans sa matière et dans son sujet. L'àme sera donc la forme ; » Contr. Gent.-, lib. II, c. 65, n. I .

(4) « Vivre et sentir sont attribués à l'âme et au corps ; car on dit de l'homme qu'il vit et sent par l'âme et par le corps ; toutefois l'âme doit être considérée comme le principe de la vie et du sentiment. Voilà pourquoi l'âme est la forme du corps; » Contr, Gent., lib. II, c. 57.

veau, le principe qui opère en chaque chose c'est le principe qui la fait être ; mais le principe qui donne Vêh^e à chaque chose en est appelé la forme substantielle ; l'âme est par conséquent la forme substantielle du corps (i).

66. La notion même de forme substantielle confirme admirablement les arguments que nous avons tirés de Tunité naturelle et personnelle de l'homme. A la forme substantielle, dit saint Thomas, appartiennent deux fonctions spéciales : la première c'est qu'elle donne Vêtre substantiel à la chose dont elle est la forme, comme un principe intrinsèque par lequel cette chose est constituée dans son espèce (2); l'autre c'est que son être et celui de la matière qu'elle détermine sont un seul et même être (3). Le même saint Docteur observe 1° que cette seconde propriété découle de la première, parce que si la forme est le principe qui détermine la matière à constituer telle chose, il est nécessaire que de son union avec la matière résulte un être substantiel unique ; 2" que la forme substantielle, qui est encore appelée le principe formel de la chose, se distingue du principe efficient, à raison même de ces deux propriétés ; car le principe efficient donne Vêtre à la chose, non parce qu'il entre dans sa composition comme partie intégrante , mais en ce qu'il la produit par son action ; de plus, son être n'est pas le même que celui de la chose produite, il s'en distingue même tout à fait (4). Maintenant on

(i) a Le principe immédiat d'une opération c'est la forme de la chose à laquelle on attribue cette opération. Ainsi le principe immédiat par lequel le corps est sain, c'est la santé, et celui par lequel l'âme sait n'est autre que la âcience. D'où il suit que la santé peut être regardée comme une certaine forme du corps, et la science comme une forme de l'àme. La raison en est que tout agît dans la mesure de son acte. Chaque chose agit conséquemment d'après ce par quoi elle est en acte et suivant sa mesure. Or il est évident que l'âme est le principe immédiat de la vie du corps. Et comme la vie est manifestée, dans les divers degrés des êtres vivants, par différentes opérations, la cause immédiate de ces opérations vitales n'est autre que l'âme. Car l'âme est en nous le premier principe de la nutrition, du sentiment et du mouvement local, aussi bien que des opérations intellectuelles. Par conséquent le principe de nos intcUeciions, qu'on l'appelle intellect ou âme intellective, est la forme du corps; » l, q. LXXVI, a. i c.

(2) Cf. Vol. il, Cosmolog., ch. I,art. 5, pag. 3 12-314,

{3) fbid., pag. 3iG, not. 3.

(4) « Pour qu'une chose soit la forme substantielle d'une autre, deux conditions sont requises : la première c'est que la forme soit substantiellement un principe d'être pour la chose dont elle est la forme. Il s'agit ici non du principe efficient, mais du principe formel, en vertu duquel telle chose est un être et en reçoit sa dénomination ; une conséquence qui résulte de là, c'est que la ma-

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ne saurait douter que l'âme ne remplisse à l'égard du corps les deux fonctions qui sont propres à la forme substantielle. En effet l'âme, ainsi qu'on l'a vu, ne donne pas /'e/re au corps, à la manière d'un principe efficient (i), et par suite à la manière d'un principe qui possède un être distinct du sien, mais comme un principe formel^ c'est-à-dire comme un principe par lequel la chose est ce qu'elle est (2), et qui constitue, avec la matière qu'elle détermine, un même être substantiel (3). Ainsi donc il est indubitable que l'âme s'unit avec le corps comme une forme substantielle avec sa matière (4).

67 . Mais, comme un certain nombre d'auteurs, surtout parmi les modernes, soutiennent, ainsi qu'on le verra plus loin, que l'âme qui donne la vie au corps ce n'est pas l'âme intellective, mais une âme toute différente, à laquelle on donne le nom àt principe vital ^ nous tenons à faire observer ici que l'âme que nous avons appelée la forme substantielle du corps, n'est autre que l'âme intellective, ou l'âme raisonnable. Car la forme, nous le redisons de nouveau, détermine l'espèce ou la nature de chaque chose; mais la nature de chaque chose nous est manifestée par les opérations qui lui sont propres. Or les opérations propres de l'homme ce sont les opérations intellectuelles, parce que c'est par elles qu'il se distingue des autres choses. Donc la forme du corps, ou le principe substantiel qui lui donne la vie, n'est autre que l'âme intellective elle-même (5).

tière et la forme se réunissent dans le même être : ce qui n'a pas lieu pour le principe efficient et la chose qu'il produit. Il s'agit en effet de l'être dans lequel subsiste la substance composée, qui est une quant à son être, lequel conste de la matière et de la forme réunis; » Contr. Gent., lib. II, c. 68, n. 2. (i) « L'âme, dit S. Augustin, ne peut être appelée la cause créatrice du corps, parce que la cause de toute substance variable et sensible... reçoit son existence de la vie immuable qui surpasse toutes choses ; » De Trin., lib. III, c. 8, n. i5.

(2) « L'âme anime et vivifie tout notre corps; » De Agone Christiano, c. XX, n. 22.

(3) « L'être même en quoi elle subsiste, l'âme le communique à la matière corporelle qui avec l'âme devient un seul et même être : en sorte que l'être de tout le composé est aussi celui de l'âme elle-même; » I, q. LXXVI, a. i ad 5.

(4) « Il est manifeste, dit encore S. Thomas, que ce par quoi le corps vit, c'est l'âme ; or la vie est l'être des choses qui vivent ; donc l'âme humaine est la forme du corps ; » Qq. dispp., q. un. De Anim., a. i c.

(5) « La nature de chaque chose nous est connue par son opération. Or l'opération propre de l'homme, en tant qu'homme, c'est l'intellection. C'est par celle-ci en effet qu'il surpasse tous les autres êtres... Il est donc nécessaire

68. Mais puisque l'âme, qui est la forme du corps, n^est autre quel ameintclicctive elle-même, il en résulte, contrairement à ce qui a lieu pour Tâme des bêtes, qu'elle informe le corps, tout en ayant le pouvoir d'exister par soi et sans le corps, en d'autres termes, elle est, ainsi que s'exprime T Ecole, z/7ze/o7v;ze^w^^tmitielle subsistante. En effet, comme l'âme intellective exerce ses opérations, les unes au moyen d'organes corporels et les autres sans aucun organe, c'est une preuve que son être ne dépend pas absolument du corps; car Vopération des choses provenant de leur être, l'âme ne pourrait certainement exercer aucune opération sans les organes du corps, si son être dépendait absolument du corps. Mais nous reviendrons plus longuement là dessus dans un autre endroit.

69. Ces preuves de raison sont plus que suffisantes, croyonsnous, pour établir solidement la théorie aristotélico-scolastique touchant l'union de Tâme et du corps. Mais si, au lieu de discuter avec des philosophes rationalistes ou protestants, nous avons en face de nous des philosophes catholiques, nous pouvons appuyer cette théorie sur la divine autorité de l'Eglise. En effet, dans le Concile Écuménique de \^ienne. Clément V réprouve comme erronée.^ et comme ennemie de la Foi catholique^ « toute doctrine, ou proposition qui affirme témérairement, ou qui le révoque en doute, que la substance de l'âme raisonnable ou intellective n'est pas vraiment et par elle-même la forme du corps humain, » et déclare hérétique quiconque affirmerait « que l'âme humaine ou l'âme intellective n'est point la forme du corps humain essentiellement et par soi (i). » Léon X confirma la même doctrine dans le IV" Concile Général de Latran, lorsqu'il définit que l'âme intellective « est véritablement, par elle-même, et essentiellement la forme du corps humain, comme il est contenu dans le canon publié au Concile Général de Vienne par notre prédécesseur Clément V, d'heureuse mémoire (2). » Conformément à la

que l'homme reçoive son espèce de ce qui constitue le principe de son opération propre ; mais chaque chose reçoit son espèce de sa propre forme. Il reste donc que le principe intellectif soitla forme propre de l'homme ; » I, q. LXXVI, a. I c.

(i) Clc'mentin., De Summa Trinitaie et Fide Catholica, tit. 4, canone unie, Farisiis i8iS.

(2) Sess. VIII, Const. Apostolici regiminis, apud Coletum, vol. XIX, col. 842.

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définition de ces deux Conciles, Pie IX, dans ses Lettres ency* cliques à Tarchevêque de Cologne, se plaint de ce que Gùnther et ses disciples ne respectent pas dans leurs livres « l'opinion et la doctrine catholique en ce qui regarde Thomme, lequel est composé d'un corps et d'une âme, de manière que rame, et Tâme raisonnable, est par soi la forme vraie et immédiate du corps (i). » On le voit, tandis que, dans la définition précitée des Conciles de Vienne et de Latran, définition renouvelée par Pie IX contre les partisans de Gûnther, la théorie scolastique se trouve enseignée en propres termes, tous les systèmes des philosophes modernes sur l'union de l'âme et du corps y sont réprouvés. En efl^et, dans tous les systèmes que nous avons réfutés, l'union essentielle et immédiate de l'âme et du corps est complètement anéantie. Car, suivant Topinion de Malebranche et de Leibnitz, l'âme et le corps ne s'unissent l'un avec l'autre ni suivant l'essence, ni suivant l'opération, c'est-à-dire d'aucune manière ; puisque les opérations de l'âme et les mouvements du corps ne reconnaissent d'autre auteur que Dieu, soit qu'il les produise continuellement, soit que leur harmonie soit étabUe dès le principe. D'après Locke et les autres défenseurs de l'influx physique, l'âme et le corps s'unissent immédiatement sans doute, mais par l'opération seule et non point essentiellement^ car ce ne sont pas deux choses formant un être unique complet, ce sont deux choses qui, ayant chacune leur être et leur opération propre, agissent mutuellement l'une sur l'autre. Enfin, si nous en croyions Leclerc et Rosmini, l'union de l'âme et du corps serait médiate et non immédiate^ et par conséquent elle aurait lieu de manière qu'ils n'agiraient pas mutuellement l'un sur l'autre. Mais, suivant les définitions de Clément V, de Léon X et de Pie IX, que nous venons de citer, l'union de l'âme et du corps doit être regardée, ainsi que le soutiennent les Scolastiques, comme essentielle et immédiate. D'abord elle est essentielle; car, la forme étant pour la matière ce que l'acte est pour la puissance, il est manifeste que si l'âme est la forme du corps, elle doit constituer avec lui une substance complète unique. Elle est en outre immédiate ; en effet, comme la matière reçoit son être actuel de la forme substantielle, rien

(1) Voir La Scien^a e laFede, vol. XXXIV, pag, 268 etsuiv.

5o ANTHROPOLOGIE

n'est plus immédiatement uni à la forme substantielle que la matière ; parce que, d'après notre manière de concevoir. Vitre est ce qui survient tout d'abord à chaque chose ; or ce qui survient tout d'abord à une chose doit être ce qu'il y a de plus immédiat. Si donc ITime est la forme substantielle du corps, l'union de l'àme et du corps doit être aussi immédiate que possible (i).

70. Les philosophes catholiques qui attaquent la théorie aristotélico-scolastique ont imaginé plusieurs subterfuges pour échapper à la définition des deux conciles écuméniques précités. Quoiqu'ils suivent des routes diverses pour arriver à leur but, tous s'accordent à dire que ces conciles n'ont eu dessein ni de définir la doctrine scolastique, ni de condamner toutes les opinions qui de façon ou d'autre s'attaquaient à cette doctrine ; ils ont voulu seulement, disent-ils, frapper d'anathème certaines erreurs de leur temps, d'après lesquelles l'union de l'àme et du corps était supprimée de fait, bien qu'on en conservât le nom (2). Mais, si l'on examine attentivement les paroles des Souverains Pontifes, on s'aperçoit facilement qu'ils n'ont point voulu par ces paroles condamner quelque erreur particulière, mais que leur intentention a été d'établir et de définir la vraie doctrine touchant l'union de ITane et du corps, afin que « la pure vérité de la foi soit connue de tous et que la porte soit fermée à toutes les erreurs. » Ainsi, puisque la pure vérité de la Foi que les Souverains Pontifes ont voulu éclaircir, c'est que l'âme intellective est essentiellement et par soi la forme du corps, il s'ensuit que ces Papes ont voulu, non pas condamner telle ou telle opinion enseignée de leur temps, mais exclure en général toutes les opinions qui nient que l'âme

(i) « Le premier être des choses est celui qui leur convient le plus intimement et le plus immédiaiement, comme il est dit dans le livre DeCausis, prop. IV; par conséquent, puisque la matière a l'être en acte par la forme, il faut que la forme qui lui donne 1 cire soit conçue comme ce qui s'ajoute tout d'abord à la matière et comme ce qui lui est uni plus immédiatement que tout le reste; » Qq. dispp.,q. un. De Anim., a. 9 c. Cf. In lib. II De Anim., lect. I, et I, q. LXXVI, a. 7 ad 3, et In lib. Il Sent., Dist. XXXI, q. II, a. i solut. Voir en outre pag. 32, nol. 2, et vol. II, Cosmolog., ch. I, art. 5,pag. 3i6.

(2) Voir Genovese, Elément, metapfi.. Pars lll, c. 2, Prop. XXI,Scol., t. in, pag. ib-j et i58,ed. cit. ; Corsini, Op. cit., Phys. gêner , tract. I, disp. IV, c 4, t. il, pag. 1 14 et 1 1 3, et Phys. part., tract. II, disp. IV, c. 3, g 2 et 3, t. IV, pag. 2rr. éd. cit. ; Verncio. De re logica. lib. II, c. i, pag. 36, not. i, Napoh 1769; Galluppi, U^. etc.. lez. LXXVI. t. II. pag. i 36 et j57, éd. cit.

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soit essentiellement et par elle-même la forme du corps, c'est-à-dire, comme s'exprime l'École, la forme substantielle. Or affirmer que l'âme est la forme substantielle du corps revient à dire que l'âme s'unit avec le corps de manière à lui communiquer son être et à composer avec lui une même substance complète. Par conséquent nous devons tenir pour indubitable que toutes les opinions qui nient que de Tâme et du corps résulte un seul être et une substance unique complète sont condamnées par les décrets des souverains pontifes.

71. Genovese répond: Clément V définit, dans le concile devienne, que Tâme informe le corps, c'est-à-dire qu'elle donne au corps sa vie et son énergie, mais il ne décide rien sur la manière dont l'âme informe le corps, ou lui donne la vie. D'abord Clément V ne dit pas seulement que l'âme est la la forme du corps, il ajoute qu'elle en est la forme par soi et non par accident^ essentiellement ou suivant son essence et non par quelqu'une de ses puissances ou de ses opérations \ il n'enseigne donc pas uniquement que l'âme est la forme du corps, il signifie en outre de quelle manière elle en est la forme, c^est-à-dire qu'elle en est la forme, comme disent les Scolastiques, par soi et par son essence ou essentiellement. De plus, si Clément V, au jugement de Genovese, a défini que l'âme donne la vie et l'énergie au corps, il a certainement défini la doctrine scolastique, parce que l'âme, suivant les Scolastiques, est en effet l'énergie du corps humain, evTeXej^eia ; c'est d'elle partant que le corps tient son être de corps humain, ou la vie qui fait du corps humain un corps vivant.

72. Corsini est d'avis que Clément V et Léon X ont employé les expressions/or/72a per se et essentialiter^ non dans la pensée de définir quelque théorie scolastique, mais parce que, de leur temps, ces expressions signifiaient l'union^ vraie et réelle de l'âme et du corps. Car il prétend que les cmcïles de Latran et de Vienne, en définissant que l'âme est l^i forme substantielle du corps, avaient voulu dire seulement que toutes les opérations spirituelles de l'homm.e proviennent de l'âme raisonnable, mais qu'ils n'avaient pas tranché la question de savoir si les opérations corporelles, telles que le mouvement du cœur, la digestion des aliments, et autres semblables, résultent de Tâme raisonnable, ou sont produites par un principe vital particulier. Nous répondrons à Corsini et à

ceux qui le suivent que, si Ton permettait aux hérétiques d'expliquer ainsi les décrets des Conciles, il n'y aurait aucune dctînition synodale à laquelle ils ne pussent échapper. Certes, quiconque n'est point aveuglé par l'esprit de parti, ne peut nier que les paroles des Conciles ne doivent être entendues dans le sens qu'on leur attribuait à l'époque où ils ont été tenus. Or personne ne peut ignorer que ces expressions, l'âme raisonnable est par soi et essentiellement la forme du corps, signifiaient uniquement, au temps de Clément V et de Léon X, que l'àme raisonnable communique son être au corps et composeavec lui une substance unique complète. Mais, si le corps reçoit son être de Tâme raisonnable, il est nécessaire que lés opérations végétatives, appelées corporelles par Corsini, soient produites à la fois par le corps et par Tâme raisonnable. Donc, puisque Clément V et Léon X ont défini que rame est la forme du corps per se et essentialiter^ ils ont dû définir par là même, non-seulement que les opérations rationnelles proviennent de Tâme raisonnable, mais que les opérations sensitives et végétatives en proviennent aussi. Ajoutons à cela que, si, diaprés Corsini lui-même, les Pontifes précités ont défini que Tunion de Pâme et du corps est une union vraie et réelle, leurs définitions doivent être entendues conformément à la théorie scolastique, parce qu'elle est la seule, comme on Ta vu, qui établisse une vraie et réelle union entre l'âme et le corps.

73. Si Ton admet la théorie aristotélico-scolastique de l'union de rame et du corps, on comprend sans la moindre difficulté comment s'opère l'influence de l'âme sur le corps et du corps sur rame, dont il a été question plus haut(i). En effet, puisque l'âme estla forme substantielle du corps, il s'ensuit que Vêtre de l'un et de l'autre est unique, parce que la forme, comme nous l'avons dit souvent, est Vacte de la chose, ou ce qui lui donne l'e/re (2). Or l'opération suit l'être, dit l'École.

(1) Cf. pag. 22, g 2 1.

(2) « Il faut, dit S. Thomas, si l'âme est la forme du corps, qu'un être commun appartienne à lame et au corps, lequel soit l'être du composé » [Qq. dispp.. De Anim., a. Tad i3). « L'être en quoi subsiste le composé et la forme elle-même ne font qu'un, puisque le composé n'existe que par la forme et que ni l'un ni l'autre pris à part ne subsistent; » Contr. Gent., lib. II, c. 28. Voir les autres passages que nous avons rapportés, pag. 32, not. 4, pag. 44, not. 3, et pag. 53, not. 2.

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Par conséquent, puisque Vêtre commun à Tâme et au corps est unique, il résulte nécessairement de là que Pâme et le corps influent mutuellement Tun sur l'autre et qu'ils se modifient réciproquement par leurs opérations.

ARTICLE SEPTIEME

Examen des opinions de Henri de Gand^ de Scot et du P. ToJigiorgi sur la théorie scolastique ci-dessus exposée

74. Avant de quitter la théorie scolastique de Funion de rame et du corps, nous voulons aller au devant du Père Tongiorgi qui, après avoir soutenu, suivant la définition des trois Pontifes cités, que Famé est la forme du corps, s'éloigne ensuite de la vérité dans l'explication qull en donne, et admet, croyons-nous, une doctrine contraire à cette définition. Mais, comme le savant jésuite reproduit en cela les idées de Henri de Gand et de Scot, il est nécessaire que nous fassions remonter à ces Docteurs l'origine de la controverse que nous allons engager avec le Père Tongiorgi, et que nous discutions leurs opinions en même temps que la sienne. Albert le Grand, saint Thomas et la plupart des Docteurs scolastiques enseignèrent que l'âme est tellement la forme du corps, que le corps, même considéré comme corps, reçoit son être de l'âme, et partant que, dans l'homme, il n'y a pas d'autre forme que l'âme. Au contraire Henri de Gand (i) et Duns Scot (2) après lui, sans nier que l'âme soit la forme qui donne la vie au corps, ou qui Vanime^ comme nous disons, soutinrent qu'il fallait en outre reconnaître qu'il existe dans le corps « une forme par laquelle le corps est un corps, forme qui est différente de celle qui l'anime (3). » Scot, sur l'autorité duquel cette opinion s'est répandue, donna le nom de corporéité^ ou de forme du cornposé, à la forme que le corps possède comme corps (4).

(i) Quodlib. I, q. 2 et 3.

(2) In lib. IV Sent., Dist. XI, q. 3, a. 2.

(3)/« lib IV Sent., Dist. XI, ibid.

(4) Claudius Frassen de l'école de Scot, expliquant ces mots, s'exprime ainsi : « Nous appelons cette forme /orma mixti^ parce qu'elle résulte de la combinaison des éléments; et forma corporeitatis, parce qu'elle constitue le corps vivant dans Yêtre corporel, avant qu'il soit constitué dans Vêtre de corps vivant ; nous l'appelons enfin forme organique, forma organica-, parce qu'elle

75. Le P. Tongiorgi embrassa l'opinion de ces Docteurs en l'adaptant toutefois à sa propre théorie sur la constitution du corps. Il enseigne en eflet, suivant la pensée de Scot, que la matière qui est informée par Ti^me, ce n'est pas la matière première, mais le corps organique, et partant que le corps humain, comme corps, possède un être propre et distinct de \ctre de râme;par conséquent, le corps humain existe avant qu'il soit animé par Pâme, et subsiste encore après sa séparation d'avec elle, jusqu'à ce qu'il soit réduit aux éléments dont il est composé. Cependant Tongiorgi se sépare de Scot sur deux points. Le premier c'est que Duns Scot, admettant que tout corps se compose d'une matière et d'une forme substantielle, reconnaît dans l'homme, en outre de la forme qui anime le corps humain et le constitue, et que nous appelons Vâme^ une autre forme par laquelle le corps est constitué comme corps et qu'il nomme corporéité. Au contraire, comme Tongiorgi nie que tout corps soit composé d'une matière première et d'une forme substantielle, et ne voit dans sa constitution que des atomes et des forces chimiques, il soutient qu'il n'existe dans l'homme aucune forme spéciale pour le corps, et qu'on ne trouve en lui qu'une forme et que cette forme c'est l'âme. La seconde différence, qui est comme un corollaire de la première, c'est que Duns Scot veut que l'âme donne au corps organique Vêtre de corps vivant, parce qu'il lui communique son être de manière que Vetre du corps animé et de l'âme soit unique. Tongiorgi est d'avis au contraire que l'âme donne Vêtre de corps vivant au corps organique, en ce que, pénétrant le corps entièrement, elle mêle ses propres forces avec les siennes, de façon cependant que Vêtre du corps se distingue dans l'homme de Vêtre propre de l'âme, mais non en ce sens qu'elle lui communique son être (i).

76. Sans reparler ici de la théorie déjà réfutée (2) du Père Tongiorgi sur les principes constitutifs du corps, nous allons

dispose la matière et la prépireà recevoir l'âme, en lui composant des instruments et des organes: » Philosophia Academica, Phys., Pars III, disp. III, scct. I, q. 4, t. m, pag. 123 et 124, Venetiis 1767.

(i) Cf. Tongiorgi, Psycholog., lib. II, c. 3, art. 3, g 167, et art. 5. g 180 »eqq., t. UI, pag. 83-83 et 89 seqq., éd. cit.

[%) Vol. li, Co^molog. ,ch. I, art. 3, pag. 291-293.

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démontrer que le système de Scot et de Henri de Gàrîd né peut être défendu ni en lui-même, ni de la manière dont le savant jésuite l'a modifié.

77. Et d'abord ces philosophes se contredisent eut-niêmes, puisqu'ils suppriment de fait Tunion substantielle de l'âme et du corps, qu'ils admettent de nom. En effet tout ce qui s'ajoute à une chose déjà constituée ne peut en être que l'accident. La vérité de ce principe repose sur ce que, la c1i6ée qui est constituée dans son espèce ayant son être essentiel^ tout ce qui lui survient ne peut que la modijîer^ ou, comme on dit encore, Valtérer d'une certaine manière. Or l'union qui se fait, non suivant Vêtre substantiel d'une chose, mais suivant quelque modification ou altération^ est purement accidentelle, comme nous Tavons prouvé ailleurs. Il ne peut donc exister qu'une union accidentelle entre une chose déjà constituée et ce qui lui survient ensuite. Mais, si, dans la constitution de l'homme, l'àme informait un corps organisé^ l'âme ne ferait que s'ajouter à un corps déjà constitué ; son union avec le corps serait donc purement accidentelle (i). Cependant Scot, Henri de Gand et Tongiorgi professent eux-mêmes ouvertement que Tunion de Pâme et du corps est substantielle et non simplement accidentelle. Car ces deux Docteurs, comrne saint Thomas et les autres Scolastiques, enseignent que Pâme est la forme substantielle du corps (2); quant au Père Tongiorgi, quoiqu'il rejette le mot déforme substantielle (3), néanmoins il soutient expressément que l'union de Tâme et du corps est substantielle et physique (4). Par conséquent, bien qu'ils cen*-

(i) « Une forme est accidentelle, dit S. Thomas, dès lors qu'elle se superpose à un être qui est en acte de quelque manière ; » Q.^. dispp., q. un. De Spirit. créât., a. 3 c. Cf. pag. 48-49.

{2) Voir les passages cités.

(3) Op. cit.^ Psychol.f lib. II, c 3, art. 5, g i83, t. cit., pag. 92.

(4) Ibid.. art. 111, ^ 162, pag. 80 seqq. En même temps qu'il nie que l'âme soit la forme substantielle du corps, au moins comme l'entendent les Scolastiques. le P. Tongiorgi affirme et démontre, non-seulement que l'union de l'âme et du corps est physique et substantielle, mais encore que Tâme est la forme du corps par soi-, immédiatement et essentiellement « En effet, l'âme, dit-il, donne au corps l'être simpliciter, c'est-à-dire la propriété d'être telle substance, et non l'être secundum quid, ou un certain être accidentel; » doù il suit que « de l'âme et du corps naît quelque chose qui est un par soi, vu que l'âme est un acte et le corps, une puissance ; » de même « il est essentiel au composé humain qu'il soit le résultat d'une combinaison du corps comme matière et de Tâme humaine comme sa forme » [loc. cit., g 181 et 182, pag.

fessent de bouche que l'union de rame et du corps est substantielle, Henri de Gand, Scot etTongiorgi la détruisent par le fait, puisqu'ils enseignent que Tame informe un corps organique, c'est-à-dire une matière qui possède déjà Vêtre de corps.

78. Cette argumentation ne présente aucune difficulté, si on Toppose à Topinion de Scot et de Henri de Gand, attendu qu'ils déduisent Tun et l'autre que Tunion de Tâme et du corps est substantielle de ce que Tâme est la forme substantielle du corps. En effet, si Pâme est unie au corps comme sa forme substantielle, il résulte nécessairement de là qu'on ne doit admettre dans le corps aucune forme de corpoi^éité, mais que rame en est Tunique forme substantielle, parce que, Vetre substantiel de chaque chose étant unique, la forme qui donne Vêtre substantiel aux choses doit être aussi unique en chacune d'elles, et toutes les autres formes qui viennent se joindre a/'e- /re substantiel ne peuvent être que des formes accidentelles (i).

79. Les choses se passent autrement s'il s'agit du Père Tongiorgi. Celui-ci, en effet, soutient que l'union de l'âme et du corps est substantielle, non point parce qu'il pense que l'âme est la forme substantielle du corps, mais parce qu'il croit que la substance de l'âme envahit et pénètre la substance du corps et que cette compénétration de l'âme et du corps vient de ce que, l'âme étant présente à tout le corps, les forces de l'un et de l'autre se mêlent et se combinent de

90 et 91). Or, sous le nom de forme substantielle, qu'entendons-nous ? sinon ce qui donne à chaque chose X'étre simplement, esse simpîiciter, ce par quoi la substance de la chose est constituée, et enfin ce qui est l'acte de la puissance et de la matière première, en sorte que de l'acte et de la puissance naît le composé substantiel.

(i) a A chaque chose appartient un être substantiel unique; or c'est la forme substantielle qui donne l'être substantiel; donc il appartient à chaque chose de n'avoir qu'une forme substantielle. Mais l'âme est la forme substantielle de l'homme. 11 est donc impossible qu'il y ait dans l'homme une forme substantielle autre que l'âme intellective ; » I, q. LXXVl, a. 4 sed contra. Ailleurs voulant exposer la même doctrine, il dit : «... il est impossible qu'une même chose ait plusieurs formes substantielles, parce que la première lui donnerait I être simplement dit, en acte, et toutes les autres s'ajouteraient à un sujet qui déjà existerait en acte, elles lui surviendraient partant d'une manière accidentelle, car elles ne lui donneraient pas Vesse actu simpliciter^ mais seulement un être relatif, ou sccundum quid ; » In lib. II De Anim.^ lect. I, cf. 1, q. LXXVl, a. 4 c, et In lib. II Sent., Dist. XVUI, q. I, a. 2 sol. Voir la Cosmo^ log,^ ch. IV, art. 3, pag. 447 et 448, vol. II.

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telle sorte que les forces du composé humain deviennent différentes des forces de Pâme et de celles du corps.

80. Outre que cette manière d'expliquer l'union substantielle de rame et du corps est contraire à renseignement des Pères qui attribuent à Tâme elle-même tout l'organisme du corps (1), rillustre professeur nous le pardonnera, nous la croyons tout à fait absurde. En effet nous avons montré i" que la compénétration ne peut s'effectuer qu'entre les substances corporelles, parce que la compénétration se dit des choses qui occupent le même lieu, et l'occupation du lieu est Tefîet propre du corps; 2° que cette compénétration ne peut se faire naturellement, et que la puissance divine est seule capable de la réaliser, parce que tout corps repousse naturellement tout autre corps de la place qu'il occupe; 3^ que, si plusieurs corps se compénétraient naturellement, ils se confondraient nécessairement dans une même substance (2). Or le Père Tongiorgi nie ces trois propositions, car il enseigne: i** que l'âme et le corps se compénètrent ; 2^ que cette compénétration se fait naturellement ; S'' que l'âme et le corps se compénètrent sans cesser d'être des substances distinctes.

81. En outre, le Père Tongiorgi est loin de conserver intacte l'union substantielle de l'âme et du corps, qu'il prétend sauvegarder et défendre. Car si, tandis qu'ils se compénètrent naturellement, l'âme et le corps restent toujours dans rhomme des substances distinctes, chacune d'elles conserve sans doute son être propre. Or, entre deux choses dont chacune conserve son être propre, il n'y a d'union possible que l'union accidentelle, parce que l'union substantielle se fait suivant Y être substantiel des choses qui participent à l'union. Par conséquent Funion de l'âme et du corps dans l'homme, expliquée comme le fait le Père Tongiorgi, est accidentelle et non substantielle.

82. L'union substantielle de Tâme et du corps ne peut naître non plus de ce que, la substance de l'âme venant à se répandre dans la substance du corps, elle combine ses propres forces avec les siennes. Car la combinaison des forces de Tâme

(i) Nous reviendrons plus bas là-dessus.

(2) Cf. vol. II, Cosmo/og-., ch. II, art. 2, pag. 378 et 379.

et du corps, telle que l'expose le Père Tongiorgi est parfaitement absurde. En elïet, comme en chaque chose les forces découlent de la substance, il n'est pas possible que, des diverses forces de Tame et du corps combinées entre elles, il résulte des forces nouvelles qui diffèrent des unes et des autres, à moins que les diverses substances d'où proviennent ces forces ne se réunissent en une substance complète unique. Or Tunion, que le Père Tongiorgi suppose exister entre Tâme et le corps, est d'une nature telle que Tâme et le corps ne se réunissent point dans une substance unique. Donc les forces de l ame et du corps sont incapables de se combiner entre elles de manière qu'il en naisse de nouvelles forces qui diffèrent des unes et des autres.

83. Si nous accordions au Père Tongiorgi que les diverses forces de Famé et du corps se combinent entre elles de la manière qu'il dit, il devrait nous expliquer si les forces qui résultent de cette combinaison sont adhérentes à râme,ou au corps, ou bien à l'une et à l'autre, comme à leur sujet ; car, ces forces étant de simples accidents, elles ne peuvent se montrer que dans quelque substance qui soit leur sujet propre. Or il nous paraît évident que ni la seule substance du corps, ni la substance seule de l'âme, ni Tune et l'autre réunies ne peuvent être cette substance. Et d'abord il répugne d'attribuer ce rôle à la substance seule de Pâme, ou à celle du corps. Car on ne peut attribuer à chaque substance que les forces qui sont conformes à sa nature, parce que les forces de la substance émanent de la substance elle-même. Or les forces nouvelles qui résultent, dans l'homme, de la combinaison des forces de l'âme et du corps, différent, d'après Tongiorgi, des forces de rame et du corps qui entrent dans la combinaison. Partant ni la substance seule de l'âme, ni la seule substance du corps ne peuvent en être le ^ujet. Il n'est pas possible non plus de placer leur sujet dans Tune et l'autre substance. En effet on ne pourrait dire que les substances de l'âme et du corps sont le sujet de forces naissant de la combinaison des forces de l'une et de l'autre que dans le cas où ces deux substances se réuniraient de manière à ne former qu'une substance unique. Or le Père Tongiorgi enseigne ouvertement que l ame et le corps, malgré leur compénétration, restent toujours distincts comme substances, et que leur union ne va point jusqu'à ne

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'faire qu'une substance unique (i). Par conséquent le sujet des forces qui, d'après Fauteur, naissent dans Thomme de la combinaison des forces de Fâme et du corps ne peut être placé dans ces deux substances réunies. Mais, si Ton ne trouve rien dans rhorpme qui puisse être le sujet de ces forces, leur existence même doit être niée, parce qu'il répugne, comme nous Tavons dit plus haut, que des forces existent sans un sujet auquel elles soient adhérentes.

84. On voit par là qu'on ne saurait admettre cette combinaison des forces de Tame et du corps dans Thomme, sans admettre en même temps la combinaison de Tune et de l'autre substance. Mais, comme l'observe saint Thomas, une combinaison de cette nature entre Tâme et le corps est absolument impossible. Car les choses qui se combinent entre elles s'altèrent mutuellement. Or l'âme, qui est immatérielle, n'est pas susceptible d'altération ; ainsi donc Tâme et le corps ne peuvent se combiner de manière à former l'unité de l'homme (2). C'est pourquoi Tancien auteur de la Dispiitatîo de Anima, que l'on a faussement attribuée à saint Grégoire Thaumaturge, observe avec beaucoup de sagesse que la théorie de la combinaison de l'âme et du corps ne peut se concilier qu'avec le matérialisme ; parce que, si l'âme « se mêle et se combine avec le corps, elle déchoit de sa propre essence, devient composée de parties, et sa simplicité disparaît (3). »

85. Pour éclaircir sa théorie de la combinaison des forces de rame et du corps par quelque exemple, le Père Tongiorgi s'adresse aux combinaisons chimiques. Il est en effet reconnu que si les propriétés des substances simples se combinent entre elles pour former un composé chimique, de leur combinaison résultent des propriétés qui diffèrent totalement de celles des substances simples. Ainsi, par exemple, les propriétés du chlorure d'or diffèrent soit des propriétés du chlore^ soit des propriétés de Vor, de la combinaison desquelles il résulte. Mais, par cet exemple, le savant jésuite com-

(i) PsychoL, lib. II, c. 3, art. 3, § i6i, pag . 80.

(2) Contr. Gent., lib. II, c, 56, n. i et 2.

(3) Dispiit. de Anima, § 4, inter Opp. S. Gregorii Thaumat.-, pag. 44, éd. Vossius, Parisiis 1G22. Les érudils modernes conviennent généralement que ce livre est supposé; il nous suffira de citer Galland, t. III, Prolegom.^ n. 6, et Lumper, Pars XIII, sect. V, pag. 3o6, Augustae Vindelic. 1709.

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