COMMENT SE FAIT L^UNION DE L^AME AVEC LE CORPS
Toccasion des mouvements du corps, il est évident que toutes les pensées, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, ne peuvent en aucune manière être imputées à Tâme. Mais, si ni les actions intérieures de Tâme, ni les actions extérieures du corps ne sont imputables à Thomme, il n'existe aucune distinction entre le bien et le mal, et partant les lois morales, soit divines, soit humaines, doivent être tenues pour inutiles et même pour ridicules. De fait, à quoi bon ce précepte : Tu ne tueras points si, pour que je commette un meurtre, Dieu seul doit mouvoir ma volonté, et, prenant occasion de cette volition, pousser ensuite mon corps à l'accomplir ? Pourquoi me serait-il ordonné d'aimer Dieu de tout mon cœur^ si Dieu seul est capable de produire cet amour dans mon cœur, sans que l'âme y soit pour rien (i) ?
44. Après avoir réfuté l'opinion de Malebranche, il n'est pas nécessaire que nous discutions les raisons qui portèrent l'illustre Oratorien à la défendre, car nous les avons déjà réfutées en partie, et nous achèverons bientôt cette réfutation. En effet il objecte r que Dieu ne peut communiquer aucune activité aux créatures ; 2^ que l'esprit humain n'est pas la cause des mouvements corporels, puisqu'il ignore comment se meuvent les membres du corps ; 3° que nous ne percevons aucune connexion entre les volitions de l'esprit et les mouvements du corps et qu'il ne saurait en exister aucune entre les opérations de l'un et de l'autre. Or nous avons répondu à la première difficulté dans VOntologie (2), et à la seconde dans la Dfnamilogie (3). Quanta la troisième, onenrecon-
(i) Pour se tirer de cette difficulté, Malebranche essaya de divers moyens. Il commença par convenir que Vhomme vaut et se détermine lui-même \ ensuite, pour ne point paraître déserter son opinion, il ajouta que les volontés de l'homme sont inefficaces et partant qu'elles n'empêchent pas que Dieu h'agisse{Op, cit,. illust. ad lib. VI, Resp. ad arg. 6, t. II, pag. 325). Nous reconnaissons sans difficulté que l'homme n^ peut vouloir quoi que ce soit, à moins que Dieu ne coopère à ses volitions. Mais nous prions Malebranche de nous dire si l'homme, par là même qu'il veut et qu'il se détermine, agit réellement, ou n'agit pas. S'il répond que l'homme n'agit pas, la difficulté subsiste ; si sa réponse est affirmative, il abandonne son opinion. Rapportons seulement ces quelques mots de saint Thomas : « L'action de la cause première sur la volonté n'est pas telle qu'elle la détermine nécessairement...; par conséquent la détermination de l'acte est laissée au pouvoir de la raison et de la volonté»; Qq. dispp.. De Pot., q. III, a. 7 ad i3.
(2) Vol. II, Ontolog., ch. V, art. 4, pag. 217 et suiv.
(3) Vol. I, Dynamil.f ch. V,art. 2, pag. 544-543.
^O AxNTHROPOLOGlE
naîtra facilement la faiblesse, lorsque nous aurons exposé à fond le systcme aristotélico-scolastique ; car, si Tâme, comme les Scolastiques l'enseignent après Aristote, est avec le corps le principe de toutes les opérations que nous observons dans le corps humain, il faut avouer qu'il existe une trèsgrande connexité entre les volitions et autres opérations propres de rànie et les opérations du corps (i).
ARTICLE QUATRIÈME
Réfutation du système de rharmonie préétablie
45. Après avoir démontré que Pâme et k corps n'ont aucune action Tun sur l'autre (2) et que le système de l assistance imaginé par Malebranche est indigne de Dieu (3), Leibnitz prétendit qu'il ne restait plus qu'à dire que Dieu avait disposé rame et le corps dans chaque homme en particulier de telle sorte que, sans avoir aucune action Tun sur Tautre, il y aurait toujours une admirable correspondance entre leurs opérations. Il donna lui-même à sa théorie le nom de système de rharmonie préétablie^ parce qu'elle reconnaît qu'il existe une harmonie établie dès le principe entre les opérations de rame et les mouvements du corps (4). La possibilité et l'existence de ce système paraissaient démontrées à l'illustre philosophe par le fait seul que s'il était rejeté on ne voit pas quel autre on mettrait à sa place. Voici, suivant Leibnitz et d'après Wolf qui a développé son système, comment on peut conce- • voir que Dieu a établi dans chaque homme cette harmonie entre les opérations de Tàme et les mouvements corporels : Toute ùme, dans le temps même que le Schéma ou le type de tout l'univers se développe en elle (5), produit une série
(i) o Parce que le principe du mouvement dans l'homme, c'est la volonté et l'intellect, qui ne sont l'acte d'aucun organe, l'âme doit être considérée comme moteur par sa partie intellective. tandis que le corps est l'objet mu, en tant qu'il est constitué dans sa perfection propre et dans l'être corporel par Tàme elle-même » ; Q<?. ^ispp., q. un. De Spirit. créât., a. 3 ad 4.
(2) Cf. vol. II, Ontologf ch. V,.art. I, pag. 200-201.
(3) Cf. 2 4'. pag- 37-38.
(4) Système nouveau de la nature etc., g 14, pag. 127.
(3) Ouvr.cit., i 16, pag. 128. Cf. vol. I, DynamiL, ch. VII, art. 2, pag.
COMMENT SE FAIT l'uNION DE l'aME AVEC LE CORPS 4I
continue de perceptions et d'appétitions, en vertu d'une force qui lui est inhérente, de telle sorte que la dernière perception et la dernière appétition trouve toujours sa raison d'être dans celle qui la précède ; de même, chaque corps produit en soi, par lui seul, d'après les lois du mouvement, une série de modifications, dont la suivante a toujours sa raison d'être dans celle qui l'a précédée (i). Mais, comme les âmes possibles sont infinies et que les corps possibles le sont également, il est manifeste que les séries possibles soit de perceptions soit de changements sont pareillement infinies; par conséquent, quelque âme que Ton choisisse, on trouvera toujours un corps dans lequel la série des changements correspondra parfaitement avec la série des perceptions de cette âme. Ainsi, pour établir l'harmonie que nous admirons entre les opérations de l'âme et les mouvements du corps. Dieu n'a eu qu'a choisir, dans le nombre infini des corps possibles, celui dont les mouvements s'accordent exactement et constamment avec les perceptions de cette âme (2).
46. Ce système avait à peine vu le jour qu'il rencontra de puissants adversaires. Le premier fut Foucher, chanoine de Dijon, auquel Leibnitz l'avait d'abord communiqué (3), ensuite Bayle (4), Lamy (5), le P. Tournemine (6), Newton (7), Glarke (8) et Stahl (9). Le plan de cet ouvrage ne nous per-
(1) Voir Lettre à M. Arnaud, § 107 et loS et principalement la Monadologie, pag. 7o5 et suiv. C'est pourquoi Leibnitz affirme {Théod., 3' partie., g 36o, pag. 608) que Tune des règles de son système c'est que le présent est gros de l'avenir. En effet, si rien ni dans l'âme, ni dans le corps, ne peut arriver qui n'ait sa raison d'être dans l'état précédent de l'âme et du corps, il est manifeste que l'avenir doit être contenu en quelque manière dans le présent.
(2) Aux passages de Leibnitz déjà cités, il faut joindre les suivants : Considérations sur le principe de vie etc., pag. 43o, et Théodic., i" part., § 62- 67, pag. 520 et 521 ; Ibid., 2' part., § 188, pag. 562 ; Ibid., 3« part., g 291, pag. 5go. Voir aussi Wolf, Psychol. rationalisa sect. III, c. 4, § 612-645, éd. cit.
C3) Réponse à M. Leibnit:^ sur son nouveau système etc., dans le Journal des Savants, 12 sept. 1695, pag. 422 et suiv., ou dans les Œuvr. de Leibnitz, pag. 12g et suiv., éd. Frdm.
(4) Dictionn. historique et critique, art. Rorario.
(5) Lamy, De la connaissance de soi-même, Traité second, 2" part., 5* réflex., t. II, pag. 225-243, Paris 1701.
(6) Cf. Mémoires de Trévoux. 1703, mai, pag. 864; juin, pag. io63 ."sept., pag. i66r ; oct., pag. 1840 et suiv.
(7) Lettre à M. Vabbé Conti, Recueil de diverses pièces etc., t. II, pag. 18.
(8) Lettres entre Leibnit:^ et Clarke, 4» répliq., g 3i et suiv,, pag. 761, et 5" répliq., g 110-116, pag. 756 et suiv., éd. cit.
(9) Negotium otiosum, seu 2xio/4at;^;t'« adversuspositiones aliquas fundamen"
met pas de suivre dans toutes ses phases la longue controverse agitée entre Leibnitz et les Philosophes que nous venons de nommer; nous y puiserons seulement les observations qui sont conformes aux principes de la philosophie chrétienne. 47. 1" L'argumentation qui détermina Leibnitz à créer le svstème de Iharmome préétablie manque de solidité. Ce philosophe, comme on Ta vu, imagina cette théorie parce qu'il était d'avis que le système de V influx physique et le système de Vassistance étaient absurdes et que, ces deux systèmes étant rejetés, il fallait nécessairement avoir recours au système de l'harmonie préétablie. Mais d'abord il est faux qu'il n'y ait pas d'autres systèmes que les trois énumérés par Leibnitz; il existe en effet un système aristotélico-scolastique qui, à toutes les époques, a compté des défenseurs. Ensuite les raisons qu'il allègue contre les systèmes de l'influx physique et de l'assistance n'ont aucune portée. Car il rejette le premier par cette raison principalement que les substances créées ne peuvent rien les unes sur les autres; or cette assertion, comme nous Pavons montré (i), est en même temps fausse et pleine de péril. Pour ce qui est du système des causes occasionnelles, il le rejette parce qu'il le juge indigne de Dieu. Mais le système de l'harmonie préétablie mérite précisément le reproche que Leibnitz adresse, très-justement d'ailleurs, au système de Malebranche. En effet, puisque l'évolution des différentes modifications de l'âme et du corps s'accomplît d'après les lois établies par Dieu, ne faudrait-il pas attribuer à Dieu le€ troubles de Tâme et du corps ? Par exemple, si dans l'ivresse IMme et le corps tombent dans un grave désordre, « est-il vraissemblable, dit le P. Lamy, que cette perturbation vienne naturellement de la constitution même de Pâme, et que l'âme, en cette circonstance pe fasse que s'abandonner aux lois que Dieu lui a prescrites ? Cela recommande-t-il la sagesse du Créateur (2) ? »
talcs theoriae verx medicre a vira quodam celeberrimo intentata, sed armisconvcrsis encrvata, Halîe 1720. Nous aurons l'occasion de parler de ce livre un peu plus loin,
(0 Vol. Il, Ontolopr., ch. V, art. 1, pag. 2oi-2o3, et vol. I, Cosmolog., ch. V, art. 3, pag. 3oo-3o3.
{^) De la connaissance de soi-même^ Traité second, pag. 235, éd. cit., et dans Leibnitz, Réponse cKc, Œuvr., pag. 439, éd. cit.
COMMENT SE FAIT l'uNION DE l'aME AVEC LE CORPS 43
48. 2° Le système de Tharmonie préétablie est manifestement opposé au principe de raison suffisante si préconisé par Leibnitz. Car, suivant la sage remarque de Foucher,si les âmes étaient capables de produire en elles-mêmes, en vertu de leur énergie propre, toutes leurs perceptions et toutes leurs appétitions, en sorte que, quand mêmie les corps n'existeraient pas, elles les éprouveraient absolument dans le même ordre, la création des corps et leur union à des âmes n'auraient pas de raison d'être. En effet', de quoi servirait d'unir à des esprits des corps qu'ils ne pourraient ni mouvoir ni connaître ? Il serait certainement moins indigne de la sagesse de Dieu qu^il produisît toutes les pensées et toutes les modifications de l'âme par lui-même, ou que l'âme les produisît elle-même en vertu de sa propre constitution, que de créer des corps qui n'auraient absolument aucune influence sur leur production (i). En outre, puisque les perceptions et les appétitions qui se succèdent dans l'âme sont souvent opposées, il est évidemment impossible que la dernière perception et la dernière appétition aient toujours leur raison suffisante dans la perception ou dans l'appétion qui a précédé (2).
49. 3** Le système de l'harmonie préétablie détruit l'unité substantielle de l'homme, dont Leibnitz reconnaît lui-même qu'on doit admettre l'existence. En. effet Leibnitz enseigne sans détour et à plusieurs reprises « qu'il existe entre l'âme et le corps une vraie union, de laquelle résulte un suppôt (3), » et que « le moi jouit en nous d'une vraie unité et non d'uac unité collective comme celle que possède l'horloge (4). » Mais, dans le système de l'harmonie préétablie, l'unité substantielle de l'homme est manifestement supprimée, bien loin de s'y trouver plus affermie. Car cette unité, comme nous l'avons souvent dit, exige que Vêtre de l'âme et du corps soit unique. Or, d'après cette théorie, non-seulement l'âme et le corps n'ont pas Tunité d'e/re, ils n'ont même pas l'unité d'o-
(i) Réponse de M. Foucher à M. Leibnit:{, sur son nouveau système de la communication des substances, parmi les Œuvr. philos, de Leibnitz, pag. i3o, éd. cit.
(2) Cf. Galluppi, Le:[s[. etc., Icz. LXXVIII, voL II, pag. 177-178, éd. cit.
(3) Théodic, Discours sur la conformité de la foi avec la raison, | 55, pag. 494, éd. cit.
(4) Eclairciss. du nouveau système «te, pag. i3i.
pératioti, puisque Tâme éprouverait absolument toutes ses modifications, lors même que le corps n'existerait pas, et réciproquement (i). Donc Tunité substantielle de Thomme est manifestement détruite par le système de Tharmonie préétablie, au lieu d'ctrc consolidée par lui. Bien plus, avec la théorie de Lcibnitz, il ne subsiste pas même dans Thomme cette unité collective qui appartient à une horloge. En effet Tunité collective provient, dans Thorloge, de Faction mutuelle des parties les unes sur les autres, tellement que Thorloge est détruite dans le cas où cette action vient à être troublée. Mais Leibnitz, avec son harmonie préétablie, opère non-seulement une séparation obsolue entre Tame et le corps quant à rêtr^e, il ne reconnaît même aucune action de Fâme sur le corps, ni du corps sur Pâme.
5o. A ceux qui lui objectaient que Tunité substantielle de rhomme ne pouvait se concilier avec Tharmonie préétablie, Lcibnitz répondit à plusieurs reprises qu'il reconnaissait une véritable union entre Pâme et le corps, non toutefois cette union physique en vertu de laquelle l'âme et le corps agissent mutuellement Tun sur l'autre, mais Tunion métaphysique^ qui fait de Fâme et du corps un seul suppôt, ou une seule personne (2). Le Père Tournemine réplique avec beaucoup de raison qu'il faut admettre entre l'âme et le corps l'union p/rrsique et non l'union métaphysique \ car, dit-il, « le corps s'unit réellement et physiquement avec Pâme, plus que deux horloges absolument semblables ne s'unissent entre elles, et ce n'est que de cette union que peut naître la conformité des mouvements du corps avec les pensées et les sentiments de l'âme (3). » Nous ajoutons que Tunion de l'âme et du corps doit être appelée jt?/[r«y/'^?/e, non-seulement parce que l'âme et le corps sont unis, comnie le veut Tournemine, suivant Vopération^ mais encore parce qu'ils sont unis suivant Xetre, Car nous concevons l'âme et le corps unis entre eux de manière
(i) Theodic. Discours etc., g 55, pag. 494, et i" part.. § 59, pag 5 19 ; voir aussi Remarque sur un endroit des Mémoires de Trévoux du viois de mars / 704, pag. 452.
(2) Réponse à M. Leibnit^, parmi les Œuvr. de Lcibnitz, pag. 453, éd. cit.
(3) D'où ii suit, comme l'observe saint Thomas, que, dans l'homme, les opérations .appartiennent à tout le composé : « Les opérations appartiennent au composé qui est formé de plusieurs composants rJunis dans l'unité de nnture»; Qq. dispp., q. \it\. De unionc Verbi incarnat i, a. 5 ad 7.
COMMENT SE FAIT l'uNION DE l'aME AVEC LE CORPS ^.S
à former, comme le reconnaît Leibnitz lui-même, une substance individuelle et unique. Or il est impossible de concevoir comment Pâme et le corps forment une substance individuelle et unique, à moins de les concevoir unis sous le rapport de Vêtre^ comme sous le rapport de VopératioJi, parce que Vêtre de la substance qui est une et individuelle est nécessairement unique. Donc, d'après les principes de Leibnitz lui-même, Funion de 1 ame avec le corps ^^l physique et non inétaphfsiqiiey en d'autres termes cette union est telle que, de rame et du corps, il résulte un êtrett unQ opération unïqut (i). 5i. 4** Le système de Tharmonie préétablie détruit aussi la liberté de la volonté humaine. Ce vice grave, que Bayle (2), Lamy (3), Clarke (4), et beaucoup d'autres ont relevé dans la théorie de Leibnitz, nous pouvons en constater l'existence par cette simple argumentation : Soit qu'on les considère en elles-mêmes, soit qu'on les considère relativement au corps, les opérations de Tâme, dans le système Ôtq l'harmonie préétablie, sont toutes nécessaires. En effet, si on les considère en elles-mêmes, elles se développent dans l'âme, d'après cette loi que la dernière trouve toujours sa raison suffisante dans celle qui la précède ; si on les considère relativement au corps,- elles doivent exactement correspondre aux mouvements du corps auquel l'âme est associée. D'ailleurs les chargements corporels ne peuvent s'appeler libres, non-seulement parce que tous les mouvements corporels ont lieu d'après les lois de la mécanique et sont liés entre eux, de telle sorte que le dernier a toujours sa raison suffisante dans le précédent, mais encore parce qu'ils sont tellement en dehors de toute action et de tout concours de l'âme que, si nulle âme n'existait, ils s'accompliraient exactement de la même manière. Il ne reste par conséquent aucune liberté à l'âme humaine, tant dans les actions qu'elle exerce par elle-même, que dans celles qui, d'après l'opinion commune, sont produites dans le corps sous l'impulsion de l'âme (5).
(i) C'est ce que Saint Thomas exprime en ce peu de mots: « L'âme intellective s'unit au corps par son être comme sa forme Mais elle le gouverne et le meut par sa vertu et puissance » ; I, q. LXXVI, a. 6 ad 3.
(2) Dictionnaire historique et critique, in. Rorario.
(3) De la connaissance de soi-même, Traité second, t. II, pag. 234.
(4) Q}i<^trième écrit., l 'yi, pag. 761, et Cinquième écrit, g (jz, pag. 784.
(5) Leibnitz ne paraît pas le nier. En effet, Clarke lui ayant objecté que
52. 5° Enfin le système de Tharmonie préétablie ouvre une large voie à plusieurs théories impies et absurdes. Et d'abord, si l'on admettait ce système, il faudrait attribuer à Dieu tous les péchés intérieurs et extérieurs. La raison en est que toutes les perceptions et toutes les appétitions de Tâme sont la conséquence naturelle et nécessaire de l'évolution du Schéma, qui constituerait, comme on Ta vu, l'essence de Tâme ; et que tous les mouvements du corps se font suivant les lois de la mécanique, sans que l'âme y soit pour quelque chose. Or Dieu a créé les âmes, chacune avec le Schéma qui se déroule en elle, suivant les lois de la nécessité, et a établi les lois mécaniques d'après lesquelles les mouvements du corps s'exécutent. Partant tout ce que l'âme pense, tout ce qu'elle veut, tout ce que le corps exécute doit être attribué à Dieu, d'après les principes de l'harmonie préétablie. Si donc Tâme pense et veut quelque chose qui soit contraire à la loi naturelle ou à la loi positive, ou si le corps l'exécute, tout cela devrait être imputé à Dieu seul.
53. Le système de l'harmonie préétablie favorise en second lieu l'idéalisme. En effet, « si Vharmonie préétablie est vraie, dit Clarke, l'homme ne voit rien, il n'entend rien, il ne sent rien, il ne meut pas son corps ; il lui semble seulement qu'il voit, qu'il entend, qu'il sent, et qu'il meut son corps ( i ). » Mais, si l'on accorde à Berkeley et aux autres idéalistes, ce qu'ils soutiennent en effet, savoir que l'âme en realité ne sent pas les corps qu'il croit sentir, et que les corps ne sont pour rien dans les sensations que Tâme éprouve, ils sont en droit d'en conclure qu'il n'y a aucune raison d'admettre l'existence des corps, ou du moins qu'il nous est impossible de la constater (2). Par où l'on voit que Newton a pleinement raison d'objecter à Leib-
l'harmonie préétablie était mw perpétuel miracle {4" Réplique, g 3i, pag. 761), Leibnitz répondit que « l'harmonie préétablie n'était pas un miracle perpétuel, mais qu'il était l'effet et la conséquence d'un miracle primitif que Dieu opéra dans la création n (Cinquième écrit, ^ 89, pag. 744). Par conséquent tout ce qui se fait, soit dans l'âme, soit dans le corps de l'homme, est, d'après Leibnitz lui-même, la conséquence de l'harmonie que Dieu établit en créant l'homme. Leibnitz commet une autre erreur en donnant le nom de miracle à la création d'où il dérive l'harmonie qui existe entre l'âme et le corps ; parce que la création, comme nous l'avons montré ailleurs, ne doit pas être appelée un miracle.
(i) Cinquième Répliqne, ^ 110-116, pag. 787.
(2) Q. vol. I, Dynamilog,, ch. X,art. 2, pag. 720, not. 1.
COMMENT SE FAIT L^UNION DE l'aME AVEC LE CORPS 47
nitz que le système de Tharmonie préétablie « est contraire à Texpérience de tous les hommes, parce que chaque homme possède lui-même la vertu de voir de ses propres yeux et de mouvoir son corps à son gré (i). «
54. Le système en question est en outre favorable au matérialisme. Car, l'observation est encore de Clarke, car « si les hommes étaient persuadés que leur corps n'est autre chose qu une machine et que tous ses mouvements, qui nous paraissent volontaires^ s'exécutent conformément aux lois d'un mécanisme tout 7natériel^ Sans aucune action de Pâme sur le corps, ils en concluraient sur-le-champ que cqX\.^ machine tsxV homme tout entie?^^ et que Fâtîte harmonique^ suivant Fhypothèse de l'harmonie préétabUe, est une fiction pure et un vain fantôme de l'imagination (2). »
ARTICLE CINQUIEME
Oit sont discutés le système de Vinjlux physique et le système de Rosmini
55. Quoique le système de Vinjlux physique^ ou des causes efficientes, évite la plupart des erreurs que nous avons relevées dans les systèmes des causes occasionnelles et de l'harmonie préétablie, cependant il n'atteint pas encore à la vérité. Ce système, qui se trouve en germe dans la philosophie de Locke (3), fut ensuite développé par Newton (4), Clarke (5), et les autres Anglais, adversaires de Tharmonie préétablie ; outre les Pères Mak et Storchenau (6) et quelques autres jésuites, il compte un bon nombre de partisans. Voici l'exposé qu'en donne le Père Mak: « Les défenseurs de ce système enseignent que ces deux natures [Vâme et le corps)^ si dissemblables entre elles, sont liées ensemble de telle sorte que l'une influe véritablement et efficacement sur l'autre, sans que l'une
(i) Lettre à M. l'abbé Conti, Recueil de diverses pièces etc., t. II, p£tg. 22, éd. cit.
(2) Cinquième réplique, ibid.
(3) Essai etc., livr. II, ch. 23, § 28, t. II, pag. 33o-333, éd. cit.
(4) Lettre à M. l'abbé Conti. ibid,
(5) Lettres entre Leibnit:{ et Clarke, loc. cit.
(6) Op. cit., Psycholog,, pars II, secî. 2, c. 3, t. III, pag. 367 seqq.
transmette cependant quelque chose à Tautre par cette action; mais que, Timprcssion étant produite sur Torgane et transmise au cerveau par les nerfs, Fesprit se trouve déterminé à former les notions des choses ; et réciproquement que, la volonté de mouvoir un membre s'étant manifestée dans Tesprit, les nerfs sont aussitôt ébranlés, et les mouvements volontaires se produisent dans ce membre (i). »
56. Ce système fut attaqué par tous les partisans de Toccasionalisme et de l'harmonie préétablie ; Leibnitz surtout s'en montre Tardent adversaire dans ses lettrées à Glarke. Mais ces efforts sont impuissants, parce que les uns et les autres puisent leurs objections dans les principes de leurs propres systèmes, principes absurdes et pleins de dangers,' comme nous Tavonsdéjà vu. Nous aussi, nous repoussons le système des causes efficientes, mais nous pensons qu'il doit être combattu par d'autres arguments, qui doivent être puisés aux sources de la philosophie chrétienne.
57. Le système des causes efficientes ou de Tinffux physique détruit Tunion substantielle de Tameet du corps. Loin de nier qu'il existe une action mutuelle entre Tâme et le corps, nous le soutenons au contraire très-fortement, mais nous prétendons avec les Scolastiques qu'elle vient de ce que Pâme donne au corps et Vêtt^e et la vertu d'opéi^er (2). Les partisans de rinflux physique sont d'un avis tout contraire ; car ils soutiennent ouvertement que Tâme et le corps sont deux substances complètes qui ont un êtt^e distinct et qui exercent seulement Tune sur l'autre leip- vertu d'opérer (3). Or de l'ac-
(1) Compendiaria ynetaphysicœ institutio, PsychoL, c. II, g 43o, pag. 341 et 342, V^enetiis i7'S4. Le P. Tournemine, qui discuta sur ces questions avec Leibnitz, Leclerc et quelques autres de ses contemporains, avait adopté une sorte d'injluxyhysique, d'après lequel l'union de l'âme et du corps était dérivée, non de l'action mutuelle de l'un sur l'autre, mais de l'action seule de l'âme sur le corps. Voir Conjectures sur Vunion de l'âme et du cor;7S, dans les Mémoires de Trévoux^ ann. 1703, mai, art. XGl, pag. 8G4 et suiv. ; juin, art. CVI, pag. io63; sept., art. CLIX, pag. 1661 et suiv.; et Réponse à l'abbé Languet de Montigny, octobr., art. CLXXVl. pag. 1840 et suiv., et art. CLXXVII, pag. 1857 et suiv.
(2) « L'âme et le corps se réunissent en une seule personne et en une seule nature, c'est pourquoi nous disons que l'action humaine est une »; De unione Vcrbi incarnati. a. 5 ad 11.
(3) En effet les partisans de V influx physique , soutenant que l'âme s'unit avec le corps en ce que sa puissance s'exerce sur lui, c'est-à-dire en ce qu'elle le fait mouvoir, doivent soutenir par là mjmc quelle ne s'unit avec lui que par
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tion mutuelle de deux substances, si cette action n'a pas lieu suivant Vêtî^e, mais seulement suivant/*^ vertu active qu'elles exercent Tune sur Tautre, il ne peut sortir qu'une certaine union accidentelle. En effet tout ce qui s'ajoute à une chose, après que son être est constitué, est un pur accident (i) ; or Vactioii suit Vêtre déjà constitué. Donc l'union entre l'âme et le corps, telle que l'entendent les fauteurs de l'influx physique, n'est pas substantielle, mais simplement accidentelle.
58. On aboutit clairement à la même conclusion si l'on considère séparément l'âme et le corps. Pour ce qui regarde ce dernier, si l'on ne reconnaît qu'il constitue avec l'âme une substance complète unique, on ne peut lui attribuer aucune action sur l'âme. Car un corps ne peut agir hors de soi qu'en vertu d'un contact de quantité; parce que, toute action corporelle étant un mouvement, ou du moins s'accomplissant avec mouvement, il est manifeste qu'elle ne peut être reçue que par un sujet qui est étendu et qui occupe un certain lieu. Or l'âme humaine qui est immatérielle n'a pas de parties quantitatives ou étendues. Donc le corps ne peut agir sur elle (2). Saint Thomas dit à ce sujet : « L'incorporel ne peut être modifié par le corporel ; » et un peu plus loin : « Rien de corporel ne peut impressionner ce qui est incorporel (3). »
sa vertu ou sa puissance. « La substance spirituelle qui ne s'unit avec le corps qu'à la façon d'un moteur, s'unit avec lui, dit saint Thomas, par sa seule puissance et vertu» ; I, q. LXXVI, a. 6 ad 3.
(i) « Tout ce qui s'ajoute à une chose, après qu'elle a reçu son être complet, lui est seulement accidentel » ; In lib. II Sent., Dist. XXVI, q. I, a. 2 sol. Voici qui est encore plus clair : « Ce qui survient à une chose, après que celte chose a reçu son être complet, ne lui appartient qu'accidenteUement, à moins qu'il ne soit attiré par elle pourformer avec elle un être complet » ; 3, q. II, a. 6 ad 2.
(2) Ainsi Platon, comme l'observe très-bien saint Thomas, Platon reste conséquent avec lui-même, lorsque, après avoir dit que l'âme s'unit au corps de la même manière que le moteur s'unit au mobile, il enseigne que l'intellect ne peut être modifié par l'impression sensible et partant que la connaissance intellective atteint sa perfection sans que la sensation y contribue en rien. Vid. I, q. LXXXIV, a. 6 c.
(3) Ibid. Voir pag. 12. C'est ce qu'enseigne Epicure lui-même, au témoignage de Lucrèce : Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res ; De Natura rerum, lib. I, v. 3o5. Les partisans de l'occasionalisme et ceux de l'harmonie préétablie se servent avec raison de cet argument pour battre en brèche le système des causes efficientes. Mais ils n'ont pas le droit de s'en servir pour réfuter les philosophes qui enseignent que l'âme est la forme substantielle du corps ; parce que, si l'âme est la forme substantielle du corps, elle n'est point, comme nous le verrons plus bas, le terme des opérations de ce dernier, mais avec lui et simultanément elle esta la fois le principe et le sujet de toutes les opérations corporelles.
5o " ANTHROPOLOGIE
59. Pour ce qui regarde Tame, lors même que Ton supposeserait qu'elle ne constitue pas avec le corps une substance complète," il est certain quelle pourrait encore agir sur le corps, sinon par un contact de quantité^ puisqu'elle est immatérielle, du moins par un contact vii^tuel^ parce que Pâme est plus noble que le corps. Mais ce dernier contact, comme nous Tavons vu ci-devant, ne peut constituer par lui-même l'union substantielle. En effet Tunion substantielle ne peut exister qu'entre les choses dont Fe/re simplement dit est unique, puisque la substance c'est Vêtre même en tant qu'il est par soi, c'est-à-dire en tant qu'il subsiste. Or les choses qui s'unissent par un contact virtuel^ ne peuvent s'unir qu'au moyen de quelque action et de quelque passion, lesquelles ne sont pas Vct7^e simplement dit, mais diverses manières d'être qui accompagnent Vctre essentiel déjà constitué. Par conséquent l'union qui se produit entre deux choses, par le simple contact virtuel^ ne saurait être substantielle, parce qu'elle se fait suivant Vaccident qui s'ajoute à la substance et non suivant la substance même (i).
60. La théorie Rosminienne s'éloigne de la vérité plus encore que le système de l'influx physique. Rosmini crut que l'union de l'âme avec le corps se faisait de deux manières, et suivant qu'elle est sensitive, et suivant qu'elle est raisonnable. Car, premièrement, l'âme, comme être sensitif, s'unit avec le corps par le sens fondamental (2), de telle sorte, dit Pistalozza, son disciple, qu'elle lui communique la vie par cela seul qu'elle en a la sensation (3). Secondement, l'âme, entant que raisonnable, s'unit avec le corps au moyen de la perception du sens Jondamental ou animal; en d'autres termes, l'âme s'unit avec le corps en ce qu'elle en a la sensation fon-
(i) « Ainsi donc, la substance intellectuelle peut s'unir au corps par un contact virtuel. Mais les choses qui s'unissent par un contact pareil ne constiti'cnt point une chose qui soit une simpliciter \ car, si elles ont une certaine unité, ce n'est qu'une unité d'action ou de passion, et non celle qui fait qu'une chose csi une simpliciter ; car nous disons qu'une chose est une en tant qu'elle tsiétre. Or l'ctreactif nedoit pas être confondu avec Vessc simpliciter ; donc il ne doit pas l'être non plus avec Yesse simpliciter unum »: Contr. Gent., lib. Il, c. 3G.
(2) Nous avons expliqué, dans la Dynamilogie, ch. VIll, art. 11, pa^^. Syo- 571, ce qu'il fallait entendre sous le nom de sens fondamental.
(3) Elementi di filosojia, lib. l, Psicologia,SQz. 3, c. i et 2, t. l, pag. 394 •cqq., Milano iHby.
COMMENT SE FAIT lWiON DE l'aME AVEC LE CORPS 5l
' damentale, et elle s'unit avec le sens fondamental en ce qu'elle en a la connaissance intellectuelle. Pour expliquer encore plus clairement sa pensée, l'auteur observe que le terme de la perception sensible et de la perception intellectuelle est unique, bien qu'il soit considéré d'une autre manière. En effet, tout ce qui est l'objet propre de l'ame, en tant que sensitive, se trouve contenu dans la même âme considérée en tant que raisonnable ; toutefois c'est d'une manière plus parfaite, car ce que l'âme appréhende par le sens, comme une modification du sujet sensitif, par la raison elle l'appréhende absolument, c'està-dire comme une certaine entité. Mais si l'âme, au moyen de la raison, appréhende, quoique d'une autre manière, la chose même qu'elle connaît par le sens fondamental, il arrive naturellement que l'âme raisonnable est unie avec le corps (i).
6i. D'abord le système de Rosmini est atteint du même vice que le système des causes efficientes. En effet la sensation fondamentale du célèbre philosophe., ainsi que sa perception immanente sont des opérations ; c'est pourquoi, si Rosmini veut que l'âme s'unisse avec le corps, en tant qu'elle est sensitive, parla sensation fondamentale, et, en tant qu'elle est raisonnable, par la perception immanente du sens fondamental, on est contraint d'avouer que l'union qui existe entre l'âme et le corps est purement accidentelle. Mais l'union de l'âme et du corps, ainsi que nous l'avons longuement étabU (2), doit être substantielle. Donc le système de Rosmini pèche tout d'abord en ce qu'il supprime l'union substantielle de l'âme et du corps. En outre, l'union que Rosmini suppose exister entre le corps et l'âme est non-seulement accidentelle, elle est de plus idéale et non réelle ; car Rosmini ne prétend pas qu'elle existe entre l'âme et le corps en tant qu'ils sont certaines choses, mais il l'établit entre l'âme qui perçoit le corps et entre le corps qui est perçu par l'âme (3).
62. Gomme il serait trop long d'énumérer toutes les absurdités qui se trouvent dans le système de Rosmini, nous noterons
(i) Rosmini, Psicologia,Wh. III, c. i et 2, t. I, pag. 137 seqq., éd. cit.
(2) Pag. 1 1 et suiv.
(3) « Les intellections ne produisent pas les transformations naturelles » I, q. LXVII, a. 3 c.
seulement les principales, d'après le Père Liberatore (i). i' Rosmini enseigne que le corps a le pouvoir d'agir sur l'âme, en ce qu'il est senti par elle. Or, suivant Rosmini lui-même, le corps ne peut être senti par Tâme qu'autant qu'il exerce son action sur elle. Il faudrait dire par conséquent, d'après Topinion de Rosmini, que le corps a la vertu d'agir surTâme avant d'avoir reçu d'elle cette vertu. 2® Rosmini ne nie point que Pâme ne soit la forme du corps, il le reconnaît même explicitement. Or, si Tâme s'unissait avec le corps au moyen du sens fondamental et grâce à la perception intellectuelle de ce sens, il faudrait dire, non pas qu'elle est la forme du corps, mais qu'elle est la cause efficiente de la forme du corps. Car le sens fondamental et la perception intellective de ce sens sont des opérations produites par l'âmecomme par sa cause efficiente. Donc, suivant la théorie de Rosmini sur l'union de l'âme du corps, rame serait la cause efficiente de la forme du corps, mais elle n'en serait nullement la forme même (2). 3° Dans le système de Rosmini, le corps devrait être appelé la forme de l'âme, plutôt que l'âme la forme du corps; parce qu'on ne peut dire que la perception soit la forme de l'objet qui est perçu, tandis qu'on peut très-bien dire que l'objet perçu est la forme de la perception (3).
ARTICLE SIXIÈME
Démonstration de la doctî^ine aristotélico-scolastique
63. Les Scolastiques, à l'exemple d'Aristote, enseignent que l'action mutuelle de Tâme sur le corps et du corps sur l'âme doit être attribuée à ce que l'âme est pour le corps ce que la forme est pour la matière. Car, si l'âme est réellement
(0 Del composta umano,c. 7, art. 8, jJ 2 et 3, pag. 344 seqq., éd. cit., et Institut, philos, ad triennium. Psychologia, § 91, 3« éd., t. II, pag. 270 seqq.
(2) Ainsi, de ce que l'âme est la forme du corps, saint Thomas conclut avec raison que, par elle-même, l'âme s'unit avec lui: « L'âme, dit-il, est la forme du corps, lui donnant l'être par elle-même ; en conséquence elle s'unit à lui immédiatement et par soi » ; Qq. dispp., q. un. De ^«/m.,a. 10 ad 18.
(3) Rosmini lui-même en fait l'aveu, car il dit [Psicolog., part. 2a, lib. I, c. 11,2 849. vol. l, pag. 59, éd. cit.) : « (^ue le corps est pluiôt l'effet de l'âme et le terme intime de son opération, et par conséquent que l'âme n'est pas ellemême la forme substantielle du corps, m
COMMENT SE FAIT l'uNION DE l'aME AVEC LE CORPS 53
le principe formel du corps, ou le principe par lequel le corps est constitué dans son espèce, il S'ensuit que non-seulement rien ne s'oppose à ce que l'âme agisse sur le corps et à ce que les mouvements du corps aient leur contre-coup dans Tâme, c'est même nécessaire. La raison évidente de cela c'est que Vopération de chaque chose dérivant de son être^ si le corps reçoit son être de l'âme, il doit en recevoir aussi sa vertu d'opérer. Maintenant, si Tâme est le principe d'où le corps reçoit la vertu d'opérer, elle doit être, en même temps que le corps, le sujet des puissances pour lesquelles l'action du corps est requise (i). Or, si non-seulement le corps, indAstOMM le composé^ c'est-à-dire si le corps avec l'âme qui le constitue est le sujet de toutes les puissances du corps, il est .nécessaire que nonseulement l'âme puisse mouvoir les membres du corps pour opérer, mais encore que les opérations du corps refluent d'une certaine manière sur l'âme (2). Par conséquent, si l'on admet la théorie que les Scolastiques, à la suite d'Aristote, ont adoptée sur les principes constitutifs de l'homme, on est contraint d'admettre aussi que l'âme peut agir sur le corps et le corps sur l'âme. Il suit de là que toute la controverse que nous soutenons contre les détracteurs de la doctrine scolastique peut se ramener à ces termes : L'âme est-elle oui ou non la forme substantielle du corps humain ?
64. D'après ce que nous avons dit jusqu'ici sur cette union, il nous sera facile de démontrer Taffirmative contre un grand
(i) Cf. Vol. I, Dyyiam.^ c\i. I, art. 2, pag. 279.
(2) Écoutons S. Thomas: «Suivant l'ordre delà nature, grâce à l'enchaînement des puissances de l'àme dans une même essence, et à l'union de l'âme et du corps dans l'être unique du composé, les puissances supérieures et le corps lui-mjme se commjniquent mutUsillement ce qui surabonde en chacun ; de là vient que le corps, par suite des perceptions de l'âme, éprouve des impresr sions de chaud ou di froid, impressions telles quelquefois qu'elles peuvent lui donner la s^até, le rendre milaJe et même le conduire à la mort ; on a vu en ertet des hommes mourir de joie, de tristesse, ou d'amour... De même les divers états du corps induent sur l'àme. Car, par suite de son union avec le corps, l'âme s'accommode à sacomplexion, soit pour la folie, soit pour la douceur, soit pour les autres qualités. Il en est ainsi des facultés supérieures, elles influent sur les inférieures; par exemple, lorsque, par suite d'une forte volition, quelque passion se déclare dans l'appétit sensilif, ou que, par suite d'une profonde méditation, les facultés animales suspendent leurs propres opérations. Réciproquement les puissances inférieures influencent les puissances supérieures ; par exemple, la violence des passions qui s'élèvent dans l'appétit sensitif peut obscurcir la raison au point de lui faire juger absolument comme bonne la chose vers laquelle la passion porte l'homme ; » Qq- dispp., De Ver,, q. XXVI, a. 10 c.