‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 102 sur 106 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

connaissance des possibles, serait perfectionne par une chose qui lui serait extrinsèque : ce qui est impossible. Piig G35-65o.

§295. Les attributs relatifs sont ceux qui indiquent une certaine reLition des créatures avec Dieu ; nous allons les étudier, en traitant de la créatiorif delà conservation^ dw concours divin et de la Providence, Pag G5i.

ART. I. — Où sont réfutées les fausses opinions des philosophes modernes

sur la création

^l 296. Les opinions que nous allons discuter ont eu pour auteurs Cousin^ Giobertiy Gioîther. — 297. D'après Cousin, Dieu n'a pas tiré la création du néant, il l'a tirée de lui-même, comme nous tirons de nous-même l'action que nous allons produire. — 298. Cette tluSorie pèche sous plusieurs rapports : 1" Elle est fondée sur la maxime des anciens : Ex nihilo nihil ; or celte maxime signifie que le néant n'est ni cause efficiente, ni cause matérielle de rien, ce qui ne contredit pas le dogme de la création ex nihilo ; 20 Cousin s'exprime d'une manière très-inexacte lorsqu'il assimile l'action humaine de vouloir à l'acte créateur ; car l'homme tire réellement de lui-même et non du néant l'action de vouloir, tandis que la créature, comir.e dit S. Augustin, n'est point consubstanlielle et coétcrnelle à Dieu; 3" D'après la définition de la création, telle que la donne Cousin, il s'ensuivrait que tous les possibles auraient été créés par Dieu, ou même que rien ne pourrait être créé ; car, suivant lui, la pensée est une création ; or comme Dieu a pensé de toute éternité tous les possibles, ils existent de toute éternité ; donc la puissance créatrice de Dieu est épuisée. — 299. Giobeni n'est pas moins inexact ; d'après lui, les choses sont créées par Dieu en ce qu'elles ont en lui leur raison suffisante ," mais de simples modifications delà substance infinie auraient aussi leur raison suf' fisante en Dieu. — 3oo. Suivant le même philosophe, les choses sont créées en tant que Vidée générale^ qui ne se distingue pas de l'Absolu, ou de Dieu, est déterminée en elles ; ce qui renferme le panthéisme. — 3oi. Gûnther dit que la création complète la vie de la Trinité divine ; Dieu existe, dit-il, parce qu'il se révèle à lui-même ; or la création est l'acte définitif au moyen duquel Dieu achève de se révéler à lui-même ; d'où il conclut que la création était nécessaire pour donner à Dieu sa perfection absolue. — 3o2. Parmi les nombreuses difficultés que soulève un pareil système, nous signalons les suivantes : i' Il est fondé sur le rationalisme théologique, car Gûnther affirme que le moi est le principe et la source de toute vra/c théologie, comme de toute saine philosophie ; 2" Il renferme une notion hétérodoxe de la Trinité ; car il établit que les personnes se distinguent par la connaissance, et non par leur origincy ce qui est contraire à la théologie ; 3' Il suit également de son système que l'existence du monde est aussi nécessaire que l'existence de la Trinité. — 3o3. Gûnther et ses partisans accusent S. Anselme et S, Thomas d'avoir soutenu sur la création une doctrine panthéiste. — 304. Ils se fondent sur divers textes: S.Anselme dit quelque part que les créatures n'étaient pas un pur néant avant qu'elles fussent créées : S. Thomas affirme que la création est l'émanation de tout l'être dérivant de la cause universelle qui est Dieu. — 3o5. Ces accusations ne sont pas fondées: S. Anselme veut dire que les exemplaires des choses existent en Dieu de toute éternité. — 3o6. Si S. Thomas emploie le nom d'émanation^ ce nom doit être pris, non d'après l'interprétation moderne, mais dans un sens large, pour signifier que les choses reçoivent de Dieu leur origine. — 3oj. Les Gûnthériens détournent de son vrai sens la comparaison que S. Thomas établit entre la création et la génération de l'homme. Pag 65i-665.

Art. II. — Où sont discutées plusieurs questions relatives à la création

Il 3o8. La création est-elle quelque chose dans la créature elle-même ?

cette question est coiuroversée dans l'e'cole. — 309. Durand, Suarez, Vasquez etc. considèrent la création comme une action formellement transitive^ qui se distingue par conséquent de l'acte divin et qui existe dans les créatures. — 3 10. Au contraire, S. Thomas et tous les thomistes distinguent la création en active et en passive ; la création passive seule est quelque chose dans la création, elle consiste dans une relation réjlle de la créature à Dieu; quant à la création active, cWc ne se distingue pas de l'acte créateur. — 3ii. Cette seconde opinion nous paraît plus conforme à la vérité : i" la création ne suppose ni mouvement ni mutation aucune; mais, si de l'action créatrice nous enlevons tout mouvement, il ne reste plus, dans le concept de création, que l'idée de relation entre le créateur et la créature ; 2" La création active ne se distingue pas de l'essence divine, considérée en tant qu'elle a rapport aux créatures, parce que la création, considérée en Dieu, ne diffère pas de son essence.

— 3i2. On nepeut inférer que la création est quelque chose dans la créature de ce qu'elle est une action transitive : car elle est appcllée transitive parce qu'elle possède la vertu de produire des effets ad extra^ mais en réalité Dieu les produit immédiatement et sans transition. — 3i3. Quoique la création active ne se distingue pas de la volition divine, le monde n'est pas éternel pour cela. — 314. Dieu peut-il communiquer à une créature la vertu surnaturelle de créer quelque chose ? — 3i5. S. Thomas et presque tous les Scolastiques répondent négativement; voici leurs principales raisons: — 3i6. 1" Pour tirer quelque chose du néant, il faut une vertu infinie, or une telle vertu répugne à toute créature ; — 317. 2° L'effet de la création c'est Vêtre, sous sa raisan la plus universelle ; donc il remonte à la cause la plus universelle. — 317. La créature peut-elle du moins créer quelque chose comme cause instrumentale ? ^\\c ne le peut; parce que l'instrument doit concourir à l'effet de la cause principale par sa propre disposition : or l'action créatrice étant instantanée, n'admet ni instrument, ni disposition dans l'instrument. — 3 18. Cette preuve démontre que la créature ne peut pas être cause instrumentale, même à la faveur d'une vertu surnaturelle. Pag 665-673.

Art. III. — De la fin de la création

gg 319. Il nous reste à expliquer la fin pour laquelle Dieu a créé le monda.

— 320. D'abord Dieu a dû se proposer une fin dans la création du monde ; 1° L'être intelligent, avant d'agir, se propose toujours une fin ; 2" Si Dieu ne s'était pas proposé une fin dans la création du monde, il l'eût créé sans raison suffisante. — 32 1. Tandis que la créature agit poussée par le désir de sa fin. Dieu agit par amour de la fin. — 322. Quelle est la fn de la création ? Cette question a deux sens ; on peut se demander ou bien quelle a été la raison de l'action divine, ou hien à. quelle fin Dieu a destiné son œuvre. —323. Si la question est prise dans le premier sens, il est certain que la raison qui a porté Dieu à créer le monde n'est autre que sa divine bonté, car nous avons vu que cette divine bonté était l'unique raison de tout ce que Dieu veut hors de lui. — 324. L'acte par lequel Dieu communique ainsi sa bonté au dehors est un acte de pure libéralité. — 325. Si nous prenons la question dans le second sens, il est évident que Dieu est la fin dernière de toutes choses. — 326. Cependant les choses diverses tendent à cette fin conformément à la diversité de leur nature. — 327. Dieu n^aaucuyi besoin de la créature ; s'il désire être aime et obéi, c'est dans notre intérêt. - 328. Concluons par ces paroles de S. Thomas : Dieu a fait passer les choses du néant à l'être pour leur communiquer sa bonté et pour qu'elles la représentent ensuite. — 329. Observations : i" La recherche de la fin pour laquelle Dieu a créé le monde n'est point téméraire, comme l'affirme Jules Simon; 2" De ce qu'il répugne que Dieu soit déterminé par une cause étrangère, on ne doit pas conclure, comme le fait Clarke, qu'il a créé le monde sans aucune raison : la divine bonté doit être assignée comme la raison pour laquelle Dieu a voulu la création ; 3° Il est donc faux que Dieu ait créé l'homme pour Vhomme «t que toutes les autres choses aient été faites pour l'homme, comme l'enseignent A'a«t Arhens et quelques autres. Pag 673-682.

Art. IV. — De la Providence de Dieu

g^ 33o. L'objet de la Providence, dit S. Thomas, c'est de fournir à cliaque créature ce qui lui est nécessaire pour atteindre sa fin. — 33 1. La Providence embrasse un double objet: l'ordre des choses dans la pensée divine et la réalisation de cet ordre par des moyens assurés. — 332. Le dogme de la Providence fut nié par les Sadducéens peut être, mais certainement par les Epicuriens,qui attribuaient tout ce qui arrive en ce monde au concours fortuit des atomes. — 333. Malgré leur langage magnitiquc sur la Providence, les Stoïciens étaient fatalistes; pour eux, Dieu lui-même serait soumis aux lois indéclinables du destin. — 334. Aristotc limitait la Providence divine au monde lunaire: Platon attribuait la providence des choses humaines et terrestres à des Génies inférieurs, réservant à Dieu le gouvernement des esprits et celui des affaires maicurcs. — 333. Parmi les philosophes modernes, O/iwor/Zi restreint la providence aux genres et aux espèces; Jules Simon, Emile Saissct, lui assignent le gouvernement des loisgénérales du monde; entin les Déistes, les Panthéistes et les Matérialistes nient absolument le dogme de la Providence. — 336. 11 nous faut 4onc prouver qu'il existe une Providence et que cette providence s'étend à toutes les créatures. — 337. D'abord on deit admettre une Providence en tant que ce nom désigne la raison de Vordre qui existe dans l'intelligence divine. — 338. On doit aussi admettre une divine Providence en tant que ce nom signifie le gouvernement des choses; Dieu a fait toutes choses pour une fin qui est lui-même, il doit par conséquent diriger chaque chose vers sa fin. — 339. On peut donner une autre preuve a /^r/or/ de la Providence, tirée de m sagesse et de sa bonté : Dieu est bon et sage ; or, en tant qu'il est bon, il doit prendre soin de son œuvre, et en tant qu'il est sage il doit gouverner les choses le mieux possible. — 340. La preuve a posteriori de la divine Providence est fondée sur Vordre et sur Vharmonie qui régnent dans l'univers. — 341. Le consentement de tous les peuples prouve également qu'une Providence veillcau gouvernement du monde et de chaque chose en particulier. — 342. Nier la Providence c'est anéantir toute religion, toute vertu et partant toute société. — 343. S'il n'existait aucune Providence, on ne s'expliquerait pas Vidée de justice que Dieu a gravée dans le cœur de tous les hommes. — 344. Ces preuves établissent solidement que la Providence s'étend aux choses individuelles eller>-mêmes; mais nous voulons en donner quelques raisons spéciales: La coordination des choses relativement à leur fin est aussi étendue, dit S. Thomas, que la causalité du premier agent ; or la causalité du premier agent, ou de Dieu, s'étend à tout; donc toutes les choses doivent être coordonnées à quelque fin. — 345. Par un raisonnement semblable, on démontre la nécessité du gouvernement divin. — 346. Une qualité commune à toutes les causes productrices, dit oncore S. Thomas, c'est qu'elles prennent soin de leur progéniture ; Dieu par conséquent doit prendre soin des choses dont il est la cause. — 347. Pour nier l'action de la Providence sur les choses inférieures, on ne peut alléguer ni que Dieu ne les connaît pas, ni que son pouvoir ne s'étend pas jusquà elles, ni qu'une telle prévoyzince serait pour lui une source d'intolérables fatigues. — 348. Ajoutons que Dieu prend immédiatement soin par lui-même de chaque chose, même des plus infimes ; s'il n» le faisait, ce serait sans doute ou bien parce qu'il les méprise, ou bien parce que s2l dignité ne lui permettrait pas de s'abaisser jusqu'à elles; or ces motifs ne peuvent être raisonnablement invoqués. — 349. S. Thomas confirme cette preuve par une autre tirée de la divine Sagesse: S. Augustin l'éclaircil à son tour par la considération de Vadmirable structure que présentent les c\Tes> organisés. — 35o. La divine opération n'exclut pas les opérations des causes secondes: seulement ces causes secondes ne sont que les exécutrices de la divine Providence. — 33i. Lnfin, Dieu régit diversement les choses^ suivant la diversité de leur nature. — 352. nr Objection. Les méchants prospèrent en ce monde et les boi>s éprouvent les rigueurs de l'adversité ; donc nulle Providence ne veille sur les aflaircs humaines. — 333. Réponse: Loin que ce fait, en le supposant exact, sait une raison de nier la Providence, il prouve au

contraire que son action s'étend au-delà des limites de cette vie; puisqu'elle ne rend pas à chacun suivant ses œuvres en ce monde. — 354. Cette objection avait e'té réfutée par les Pores; au reste, nier la divine Providence sous prétexte que nous n'en connaissons pas tous les etîets serait une folie manifeste.

— 355. 2i' Objection. Il y a beaucoup d'événcmcrws fortuits dans le monde ; donc la providence ne s'étend pas à tout. — 356. Réponse: Certains événements sont appelés fortuits, relativement aux causes particulières en dehors desquelles ils arrivent; mais, relativement à la Providence divine, il n'y a rien de casuel ni de fortuit. — 357. 3^' Objection. Si la Providence s'étendait à tout, ce serait lui faire injure que d'intervenir par soi-même ou par les autres dans la conduite des affaires de ce monde. — 3 58. Réponse: Nous avons vu plus haut que la Providence divine n'excluait pas les opérations des causes secondes; car il appartient à la divine Bonté de pourvoir à tout, non point en faisant immédiatement chaque chose, mais en fournissant à chacune d'elles les moyens de produire leurs actes propres. — 359. D'autres nient la Providence sous prétexte que le succès est ordinairement la récompense de l'habileté et des efforts personnels; mais on peut répondre que Dieu l'a ainsi réglé pour engager l'homme à ne point passer sa vie dans l'oisiveté et l'inaction.

— 36o. 4<! Objection. Le dogme delà Providence, dont les décrets ne peuvent être vains, serait le tombeau de la liberté humaine. — 36i. Réponse: Le Docteur Angélique nous a montré précédemment comment l'action de la Providence n'excluait ni la contingence des choses, ni la liberté humaine. — 362. Avant de quitter ce sujet de la Providence divine nous dirons quelques mots du destin. — 363. Ce mot destin est susceptible d'une interprétation chrétienne ; par exemple, si l'on désigne sous ce nom cette disposition immuable des choses mobiles, d'après laquelle la Providence rapporte chaque chose à l'ordre qui lui convient. — 364. Mais ce n'est pas la signification qu'on lui donnait d'ordinaire ; on entendait sous ce nom soit une indéclinable et absolue nécessité qui aurait son origine dans la nature et non dans la volonté de Dieu ; soit le cours perpétuel des causes et des effets établis par Dieu sous Fempire de la nécessité; soit une certaine fatalité astrologique qui attachait la destinée de chaque homme à la position qu'affectaient /e5 cz^^re^ à sa naissance. — 365. En conséquence, quoique ce mot destin soit susceptible d'être interprété chrétiennement, il vaut mieux, dit S. Augustin, le remplacer par un autre dans le langage. Pag • 682-70S.

Art. V. — De la divine conservation des choses

Il 366. La divine conservation des choses est l'action par laquelle Dieu conserve les choses dans l'existence. — 367. Toutes les créatures ont besoin de la divine conservation pour persévérera exister ; car i" tout absolument doit dépendre de Dieu; 2" les êtres finis sont contingents et restent contingents pendant tout le cours de leur durée. — 368. Ce qui ajoute une grande force à ces arguments c'est que la conservation des choses, comme leur création, réclame une puissance infinie. — 369. Parmi les philosophes, les uns, et c'est le plus grand nombre, sont partisans d'une conservation positive et directe, quelques autres se bornent à défendre la nécessité d'une conservation indirecte et négative : d'après la première hypothèse, les choses retomberaient dans le néant si l'influence divine se retirait d'elles ; d'après la seconde, l'anéantissement demanderait un acte positif delà, volonté divine. — 370. Les arguments qui démontrent que les créatures ont besoin de la conservation divine pour continuer d'exister, prouvent qu'une conservation directe et positive leur est' nécessaire. — 371. Telle était d'ailleurs la doctrine des Pères ; S. Augustin, S. Cyrille d'Alexandrie , S. Anselme soutiennent la nécessité de la conservation positive et directe. — 372. Si les créatures persévéraient à exister par leur propre vertu, il faudrait un acte positif pour les anéantir, d'où il résulterait que le néant serait Veffct d'un acte positif de Dieu. — 373. Ajoutons encore ces deux observations: i" La conservation des choses n'est pas le résultat d'une action nouvelle de Dieu, elle n'est que la continuation de l'acte créa-

teur. — 374. 2" Cette célèbre maxime de l'école: La conservation n'est que la création continuée, a élé critiquée par quelques auteurs qui l'ont mal comprise ; Galluppi i'interprcte comme si les Scolastiques avaient voulu dire par là que les créatures retomberaient à chaque instant dans le néant et qu'une nouvelle création serait nécessaire pour les ramener à l'existence: cette interprétation est jMjwrjt'wse à la mémoire de ces grands hommes. — 373. irr Objection. Les causes créées produisent des œuvres qui continuent d'elles-mêmes à exister, pourquoi refuser ce mériie aux (ijuvres de Dieu r — 376. Réponse: Il y a une dirtérence capitale entre l'action divine et l'action des causes secondes ; car celles-ci produisent seulement certains viodes dans les créatures, tandis que Dieu les gratifie de Vétre lui-même. — 377, S. Bonaventure répond que si l'ouvrier créé produit certains objets qui continuent à exister sans lui, c'est que son action ne produit pas les principes intrinsèques par lesquels ils subsistent. — 378. !•'' Objection. Toutes les choses naturelles tendent d'ellesmêmes vers Vétre; donc elles peuvent naturellement se conserver. — 379. Cela est vrai, dit S. Bonaventure, des principes des choses, aussi longtemps qu'ils conservent l'être: mais, si la créature était abandonnée à elle-même, ces principes s'évanouiraient incontinent et leur inclination à l'être périrait avec eux. Pag 708-717.

Art. VI. — Du concours divin

'0, 38o. Le concours divin est l'acte par lequel la divine volonté influe d'une manière e/Jîciente sur toutes les actions des créatures qui regardent l'ordre naturel. — 38 1. On distingue deux espèces de concours, le concours médiat., qui consiste en ce que Dieu conserve aux créatures les forces doat elles ont besoin pour agir, et le concours immédiat ou simultané, en vertu duquel Dieu opère avec la créature et produit avec elle le même effet, — 382. Personne ne met en doute que le concours médiat ne soit nécessaire aux créatures. — 383. Mais les créatures ont également besoin du concours iinmédiat de Dieu dans chacune de leurs actions; i" Tout ce qui possède la raison d'être a Dieu pour auteur immédiat: or tout effet appartenant aux créatures possède une raison d'être; donc il dépend immédiatement de Dieu; 2" Si l'effet dépendait immédiatement de la créature et ne dépendait que médiatement de Dieu, il dépendrait plus de la cause seconde que de la cause première: ce qui est impossible ; 3" Si l'on rejette le concours immédiat divin, il s'ensuit que les créatures se suffisent à elles-mêmes pour exercer leur faculté d'agir; et partant elles se perfectionneraient sans le concours de Dieu: ce qui est absurde et impie. — 384. — Observations : i" L'effet prwcèaie tout entier de Dieu et de la créature, non comme de deux agents du même ordre., mais comme d'un premier agent et d'un agcyit secondaire ; 2" Si l'on considère le concours divin comme une action immavente de Dieu, il est en Dieu comme sa volition et sa substance; si on le considère comme une action ad extra, il est un effet de Dieu avec lequel l'action de la créature constitue une chose unique et indivisible; 3" Le concours immédiat est diversement explique par les philosophes: les uns disent qu'il est simplement simultané, tandis que d'autres veulent qu'il soit prévenant; sans traiter cette controverse, nous montrerons que, de quelque manière qu'on l'explique, le concours divin garantit notre liberté, bien loin delà détruire; 4" Bien que Dieu intiue par son action sur toutes les opérations de la créature, il ne suit nullement de là qu'il soit l'auteur dw péché; car le péché n'étant qu'une dc/aillance de la cause créée ne possède pas une entité propre qui puisse être ramenée à la cause première. — 385. Voici la réponse que les partisans de la prémotion physique (ont à cette difficulté: Dieu, disent-ils, prévient c{ pousse la volonté a l'action mauvaise, non point en tant qu'elle est mauvaise, mais entant qu'elle est une action. — 386. On objecte: Si quelqu'un aide sciemment le voleur à conimeilre un vol, l'action lui est justement imputée; de même si Dieu coopère à l'action mauvaise, la faute doit lui être attribuée. La parité n'existe pas, répond S. Bonaventure, i" parce qu'il convient que la divine libéralité fasse lever son soleil sur les justes et sur les mé-

TABLE ANALYTIQUE SgS

chants; 2° parce que la Providence gouverne les choses qu'il a créées de manière qu'elles puissent exercer leurs actes propres; 3" parce qu'il possède la puissance nécessaire pour tirer le bien du mal : ce dont la créature est incapable. Pag y 1 7-726.

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