CHAPITRE CLNQUIÈME. - DE L'UNITÉ DE DIEU
g 387. Dieu n'est pas seulement un, il est encore uyiiquc et très-unique^ comme s'exprime S. Bernard. Pag 727.
Art. I. — Des erreurs contre V unité de Dieu
\l 388. L'erreur très-grossière par laquelle on admet plusieurs Dieux se nomme Polythéisme. — 389. Il est hors de doute, quoi que Lamennais en pense, que les païens honovdàùni plusieurs dW\n\\.és. — 3qo. Les principales variétés du Polythéisme sont le Fétichisme, le Sabéisme^ la Zoolatrie, V Anthropolatrie., Vldolatric^ la Dcmoyiolatrie. — 39:. îl est certain que le polythéisme n'a régné ni partout ni toujours ; il est probable qu'il ne ht son apparition sur la terre que quelque temps après le déluge. — 392. S. Thomas assigne une double cause à l'introduction du Polythéisme dans le monde : une cause dispositive -du côté de l'homme et une cause consommatrice du côté du démon. — 3o3. Cette erreur ne fut jamais universelle ; i" Outre le peuple hébreux, le vrai Dieu eut toujours un certain nombre de vrais adorateurs sur la terre ; 2° Plusieurs philosophes reconnurent l'existence d'un Dieu unique ; 3" Même chez le peuple, l'idée d'un Dieu suprême et unique n'était pas complètement effacée. — 394. Le Diihéisme admettait l'existence de deux dieux, l'un principe du bien., et VsLUire principe du mal. — 395. Le Dithéisme était répandu dans presque tout l'Orient avant le commencement de l'ère chrétienne. — 396. Cette erreur dut sa grande célébrité à un hérésiarque persan, appelé Manès ou Manichée ; c'est sous le nom de Manichéisme qu'elle déchira le sein de l'Eglise pendant plusieurs siècles. — ^97- Dans le siècle dernier, Pierre Bayle entreprit de réhabiliter les doctrines monstrueuses du Manichéisme. Pag 727-734.
Art. II. — Réfutation du Polythéisme
g| 398. Quelques auteurs prétendent à tort que les Théologiens et les Philosophes admettent l'unité de Dieu sans l'appuyer sur des preuves suffisantes.
— Sqq. Dieu est tellement ini et unique qu'il répugne absolument qu'il y ait plusieurs Dieux; on le prouve i^par la suprême simplicité du premier être.
— 400. Richard de St-Victor présente ainsi cet argument : Une substaniialité singulière ne peut constituer qu'une substance ; or la divinité est identique sous tous les rapports avec la substance divine ; donc la divinité est incommunicable à plusieurs substances. — 401. Si la divinité pouvait être communiquée à deux êtres, il n'y a pas de raison, dit Tertullien, pour qu'elle ne le fût à un plus grand nombre. — 402. 2° L'unité de Dieu se prouve aussi par l'infinie perfection de l'être divin ; car l'être souverainement parfait est nécessairement unique. — 4o3. Tertullien développe magnifiquement cette preuve. — 404. La conclusion que l'on déduit de Vensemble des perfections divines, se déduit aussi de chacune d'elles, par exemple de la notion d'être nécessaire. — 4o5. Richard de St-Vicîor prouve l'unité de Dieu par son immensité. — 406. 3' , Un autre argument se lire de ce que Dieu est le créateur et le modérateur de toutes choses. — 407. L'ordre et l'harmonie qui régnent dans toutes les créatures et dans le gouvernement de l'univers prouvent l'unité de la cause suprême intelligente. Pag 734-742,
Art. m. — Réfutation particulière du Manichéisme
g§ 408. Les raisons qui prouvent Vunité de Dieu suffiraient à montrer l'ef-
reur des Manichéens ; cependant nous réfuterons le Manichéisme par des preuves spéciales. — 409. I. La dualité des principes, admise par les Manichéens est absurde en soi. En effet, sous le nom de principe mauvais, ou bien l'on entend un principe infiniment contraire au bon principe, ou bien l'on veut parler d'un y^nncx^c jouissant des mêmes perfections que le bon principe, sauf la bienveillance : or ce principe répugne, qu'on le prenne dans le premier sens, ou dans le second. — 410. Prouvons la irc partie de la mineure: 1" Le mal est la même chose que \e néant, si donc le souverain mal existait, le néant absolu existerait, ce qui est absurde ; 2' Le mal est toujours fondé sur un bien ; mais le souverain mal ne peut cire fondé sur un bien quelconque ; donc il renferme contradiction ; 3" Le souverain mal serait mauvais par essence : or il répugne qu'une chose soit mauvaise par essence. - 411. S. Bonaventure démontre aussi cette répugnance par divers arguments : 1° Toute puissance est une espèce de bien: donc le souverain mal, s'il existait, n'aurait awci<»J pouvoir ; 2" De même, la science est un certain bien : donc le souverain mal n'aurait aucune connaissance ; il ne pourrait par conséquent faire aucun mal ; 3 " s'il existait un souverain mal, il serait tout-puissant dans le mal, et pourrait en conséquence anéantir le souverain bien ; ce qui estabsurde.
— 412. S. Augustin reproche aux Manichéens d'enseigner sur la divinité une erreur plus absurde que celle des païens eux-mêmes. — 4i3. Voici la preuve de la 2<^ partie de la mineure : i» L'être infiniment parfait est nécessairement unique ; 2° Aucune nature ne peut se composer d'attributs o/7;705é5 ; 3" On ne conçoit pas comment un être souverainement parfait fOurr^/Y travailler à la réalisation du mal.— 41^. Il est donc démontré par des preuves à priori que le dualisme répugne ; Bayle avance par conséquent une absurdité, lorsqu'il soutient que le dualisme^qui est insoutenable à priori, peut être solidement démontré par des arguments a posteriori. — 415. IL Le système des Manichéens est incapable d'expliquer Vorigine des biens et des maux : x'^ Si le principe du mal est conçu comme une pure privation^ il ne peut absolument rien; s'il est conçu comme quelque chose de bon, il y aurait deux principes bons dans le monde au cas où il tiendrait son entité de lui-même ; et dans le cas où il tiendrait son entité du principe du bien, nous retombons dans le Monothéisme.
— 41G. 2° Les deux principes des Manichéens ont une vertu égale ou sont d'inégale vertu ; s'ils sont d'égale vertu, il n'y aura ni bien ni mal dans le monde ; si leur vertu est inégale, l'un des deux prévaudra et l'autre sera dé" fruit, — 417. Pour échapper à ce dilemme, Bjiyle suppose que les deux principes ont conclu un traité par lequel ils s'engagent à ne pas se contrarier dans la production de leurs elTets propres ; or l'existence d'un pareil traité répugne. — 418. III. Enfin l'exisjence des divers genres de maux n*est pas incompatible avec l'existence d'un Dieu unique: D'abord, la Révélation, en nous apprenant que le mal n'entrait pas dans le plan primitif de la création, jette un grand jour sur cette question de l'origine du ma!. — 419. Il y a deux genres de maux dans le monde : le mal physique et le mal moral ou le péché ; or ils ne sont incompatibles ni l'un ni l'autre avec l'existence d'un Dieu unique souverainement parfait. — 420. Prouvons la mineure ; i^ ]es tnaux physiques ne se rapportent pas à Dieu, comme à leur cause, directement et par soi : mais ils se rapportent à lui d'une manière indirecte ou par accident : s'il s'agit des maux de la nature qui consistent dans la corruption des choses, ou dans leur tendance à la corruption, le fait est évident ; car cette corruption contribue à l'ordre de l'univers. — 421. U en est de même des maux physiques qui sont la punition de la faute ; car l'ordre de la justice fait partie de l'ordre de l'univers, et Dieu doit être l'auteur du mal qui constitue la punition du péché. — 422. D'ailleurs les choses agissant les unes sur les autres, elles sont un principe de corruption les unes pour les autres, à raison même de l'opposition qui existe d'ordinaire entre leurs qualités. — 423. Donc demander la suppression de tous les maux physiques serait demander la suppression de l'ordre dans l'univers. — 424. Dieu aurait pu, dit-on, procurer l'ordre de l'univers sans le secours d'aucun raal ; sans doute, mais // n'y était pas tenu à raison de sa bonté. — 423. Ajoutons à cela que les maux physicjues ont été introduits dans h monde pour notre utilité. —426. Enfin les
maux de ce monde et la mort elle-même sont la conséquence de la chute de l'homme. — 427. Parlons maintenant du mal moral ; d'abord la cause du ynal moral doit être exclusivement placée dans la volonté humaine : en effet, la créature raisonnable est libre; or elle est défectible, parce qu'elle est finie; d'autre part Dieu ne veut pas le mal moral, puisqu'z/ le dé/end et le punit ; il le permet, en ce sens seulement qu'il ne Vempéche pas. — 428. Il nous reste à montrer que cette permission du mal ne répugne pas à la divine perfection : 10 Dieu permet le péché, mais non de telle sorte que la faute soit la conséquence nécessaire du but qu'il se propose ; car, en donnant le libre arbitre à l'homme, Dieu veut qu'il en fasse un bon usage; 20 Dieu a réglé l'administration de l'univers de telle façon qu'il laisse chaque chose agir de son propre mouvement; or, ayant créé l'homme libre, il devait lui laisser le pouvoir de disposer à son gré de ses actes ; 3° Dieu n'est tenu d'empêcher le mal ni par sa sainteté, ni par sa bonté-, ni par sa sagesse. — 429. Ainsi Dieu ne veut pas le mal moral, il le permet seulement et cette permission ne contredit pas les perfections divines. — 430. Mais, si l'existence des divers genres de maux n'est pas incompatible avec les attributs divins, il est inutile d'admettre, à côté du principe souverainement bon, un principe du mal. — 43 1. ire Objection. A des ej^ets opposés doivent correspondre des causes opposées; donc il doit y avoir un premier principe du ma/, comme il y a un premier principe du bien. — 432. Réponse : Des tffets opposés doivent avoir des causes immédiates opposées,mais ils peuvent très-bien se ramener à une même cause éloignée et universelle; ainsile bien et lemsil sont opposés, ce qui n'empêche pas qu'ils ne puissent être coordonnés à la même fin. — 433. Certaines choses sont mutuellement opposées,quant à leurs effets prochains, qui cependant s'accordent entre elles dans le but final auquel elles sont coordonnées ; telle est la réponse de S. Thomas.
— 434. S. Bonaventure répond à peu près de la même manière. — 435. 2e Objection. Si Dieu veut détruire le mal et qu'il le puisse, d'où vient qu'il existe différents maux dans le monde ? — 436. Réponse: Dieu pourrait sans contredit supprimer toute espèce de mal ; s'il ne le veut pas, c'est dans l'intérêt même de l'univers ; car sa puissance est capable de faire sortir du mal un bien qui lui est supérieur. — 437. 3e Objection. La cause d'une cause est aussi la cause de ses effets ; donc Dieu est la cause du péché, puisqu'il est la cause du libre arbitre. — 438. Réponse: Les effets de la cause seconde peuvent être imputés à la cause première, tant que la cause seconde reste soumise à l'ordre qui lui fut prescrit ; mais, si elle sort de cet ordre, elle est seule responsable de ses actes, comme le mandataire qui outrepasse les ordres de son supérieur.
— 439. 4e Objection. Dieu prévoyait l'abus que l'homme ferait de son libre arbitre, il devait donc l'empêcher^ comme fait le père de famille. — 440. Réponse : Dieu aurait pu sans doute empêcher que l'homme ne tombe dans le mal, mais, puisqu'il ne l'a pas voulu, loin que cette permission de faire le mal blesse la boyité infinie de Dieu, elle sert au contraire à la manifester., comme on l'a vu. — 441. S. Basile et S. Cyrille d'Alexandrie répondent que Dieu a fait une grande faveur à l'homme en lui accordant la liberté qui le place au dessus des autres êtres, et que l'homme ne doit s'en prendre qu'à lui seul s'il en fait un mauvais usage. — 442. L'exemple du père de famille n'a aucune valeur ici ; car la providence du père est limitée à son fils, tandis que la providence de Dieu s'étend à tout l'univers. Pag 742-767.
Art. IV. — Si le Polythéisme est plus favorable que h Monothéisme à la prospérité des États
§g 443. Quelques auteurs anciens et certains incrédules du dernier siècle ont prétendu que le Polythéisme était plus favorable que le Monothéisme à la prospérité et à la conservation des États. — 444. D'abord, le monothéisme étant conforme à la raison, et le polythéisme n'étant qu'un monstrueux assemblage d'erreurs, on peut conclure a priori en faveur du monothéisme; mais nous voulons prouver notre thèse par des arguments a posteriori. —445. i" La religion païenne était absurde dans sa théologie; car, sans parler de la multi-