‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 13 sur 106 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

cune leur organe particulier (i). Pour ce qui est des néoplatoniciens, Plotin, après Ammonius Saccas (2), affirme ouvertement et répète en plusieurs endroits que Pâme humaine, qui est la même que VAme îinivej^selle^ et qui, par V Intelligence émane de V Unité, principe de toute chose, est Tunique principe d'où le corps tire Texistence et la vie. Car l'âme, dit-il, étant comme déchue àtVIntelligoice par qui elle émane de V Unités et s'étant abaissée jusqu'à la matière, s'est formé un corps auquel elle communique la vie et toutes les opérations vitales (3). Porphyre (4), Jamblique (5) et les autres disciples de Plotin restèrent fidèles à sa doctrine jusqu'à l'arrivée de Proclus (6).

108. Quant à l'opinion qui admet dans l'homme un triple principe ou trois âmes, elle eut pour principal défenseur dans l'antiquité, outre Philon (7), Plutarque(8) et un petit nombre d'autres, le médecin Galien. En effet, comme Galien croyait que Platon avait reconnu trois âmes dans Thomme et qu'Aristote regardait comme corporelle l'âme unique qu'il admettait en lui (9), il soutint qu'il y a trois âmes dans l'homme, suivant Platon, et que ces trois âmes sont corporelles, suivant qu'Aristote l'enseigne (10).

109. Parlons maintenant des écrivains ecclésiastiques auxquels cette controverse devait paraître d'une grande impor-

(i) Voir un fragment du traité de Chrysippe, De Anima, que Galien nous a conserve dans ses Comparatis de Platonis et Hippocratis decretis{lib. III, c. I, Opp.^ t. 1, pag. 241, Venetiis 162 5), et que Chauvet a récemment éclairci et commenté {La psychologie de Galien^ Cd^tn 1861). Voir également Laërce, livr. VII, au mot Zenon ; Sextus l'Empirique, Advers. Mathem.,\\h. IX, sect. loi ; Plutarque, De placit. philos., lib. III, c. 21.

(2) Némésius, De natura hominis, c. 2, pag. 2g et 3o, éd. Mathaei.

(3) Ennead. IV, lib. III, c. 17, lib. VII, c. 3-5 ; Ennead. V, lib. I, c. 4, 6 et 7, lib. III, c. 5 et 7, lib. V, c. 2, et lib. IX, c. 5; Ennead. VI, lib. 7, c. 12 et i3, et lib. VIII, c. 16.

(4) De facult. û;i/w., dans Stobée, Ecl. phys., lib. I, pag. 100, éd. Ganter. (3) Voir son traité De anima, dans Stobée, Ouvr. cit., pag. 107.

(6) Institut, theoloff., g CXXX, GLXXXVIII, éd. Greuzer. Gf. Berger, Exposition de la doctrine de Proclus, pag. (Si et suiv., Paris 1840.

(7) Voir De lcguvialleg.,Ub. 111, vol. I, pag. iio, et De spec. legibus, vol. II, pag. 35o, cd. Mangey, Londini 1742.

(8) De virtutc morali, 0pp., t. II, pag. 441, éd. Xilander.

((j) Voir l'opuscule: Quod animi vires corporis tempcraturas sequantur, c. 3, Opp.,X' I, pag. 3i7 verso, éd. cit.

(10) De decrctis Plat, et Hippocr., lib V, c. 7, et lib. VI, c. 2, Opp., t. I, pag. 258 verso, 259, 260, 261, éd. cit. ; consulter aussi les observations de Chauvet, dans l'analyse de cet ouvrage qu'il a insérée dans les Comptes-rendus de VAcadcmie des sciences morales et politiques, septembre 1857.

tance pour la défense du dogme chrétien. La plus grande partie des érudits protestants et rationalistes (i) soutient que tous les anciens Pères de TÉglise, ou du moins la plupart, étaient partisans de la trichotomie de la nature humaine, ou du système qui, outre le corps et Pâme, admet encore dans Thomme un esprit (2). Mais cette assertion est complètement erronée. Car, à l'exception d'un très-petit nombre, la dichotomie^ ou système qui ne reconnaît dans Thomme que Pâme et le corps, fut enseignée et défendue même par les plus anciens Pères (3).

(i) Par exemple, Olshausen {Comm. de naturœ humanœ trichotomia Nov. Testam. scriptoribus recepta, Opiisc. theolog., Opusc. VI, pag. i5o, Berolini 1834), Vegscheider {Inst. theol. christ, dogmat., Pars II, c. 4, § 98, not. f.), Keil {De doctoribus veteris Ecclesiœ culpa corniptœ per pîatonicas sententias theologiœ liberandis, Comm. XXII, c. IV, sect. X, pag. 618, Opusc. Acad., éd. Goldhorn, Lipsiae 1827). A ces auteurs et à d'autres que citent Mûnter [Histoire des dogmes, en allem., vol, II, pag. i44etsuiv., Gœttingue 1804) et Munscher [Dogmatique^ en allem., vol. II, pag. 84 et suiv., 3° édit., Marbourg 1818), on peut ajouter les médecins de l'école de Montpellier et principalement horddLi^ Accord de la doctrine anthropologique de Montpellier avec les enseignements religieux, Montpellier i852, et Réponse à des objections contre la dualité du dynamisme humain, Montpellier 1854.

(2) Les protestants et les rationalistes croient que les SS. Pères avaient soutenu cette doctrine parce qu'ils supposèrent, avec Manès qui admit deux âmes, comme nous le dirons bientôt, qu'elle est clairement enseignée dans les Saintes-Écritures, en particulier dans le Nouveau Testament (voir de préférence, Olshausen, Botertag, et Vegscheider, dans les endroits indiqués ci-dessus); les médecins de l'école de Montpellier sont du même avis. Mais, outre Paulus qui répondit à Olshausen (Paulus, Annal. Heidelberg., 1826, N. XI, pag. 1041 seqq.), et Keil {De doctoribus veteris Ecclesiœ etc., Comm. XXII^ c. 4, sect. 2, pag. 643), le Baron de Berlepsch les a très-bien véï\ilés{Anthropologiœ chrisfiance dogmata, lib. I, c. 3, pag. i3 seqq., Vindobonoe 1842). Plusieurs écrivains antérieurs avaient déjà vengé les écrivains s?.crés du reproche de trichotomie, cntreautres Klausing, o\ox\«/iov etc. ex lad Thcssalon. v. 23 explicatum., et adversus philosophos quosdam très hominis essentiales partes exinde deducentes vindicatum^ Lipsiae 1724, et Woll, Dissertatio philos.. De abusu platonico trium hominis partium in explanatione Nov. Testam., Lipsiae 1732. On peut consulter aussi Teubern, dans le jugement qu'il porte sur cette question : An dentur très hominis partes essentiales etc., Magdeburgi 1708. •

(3) La trichotomie est attribuée par la plupart des auteurs à Clément d'Alexandrie, à Origène, et à Tatien surtout (voir Keil, com7n. cit.., Olshausen, Comm. cit., pag. 1 5o, not. 11.; Guéri ke, De schola quœ A lexayidriœ fioruit catechetica, Pars posterior, Halis Saxon. 1825 et plusieurs autres). Sans doute Clément d'Alexandrie attribue quelquefois deux âmes à l'homme, savoir une âme raisonnable, ou une intelligence, mens-, et une âme corporelle ou un esprit irraisonnable et charnel {Strom.., lib. V, c. 14, lib. VI, c. 8, et 16, lib. VII, c. 12 etc.): mais il existe aussi de nombreux passages, dans lesquels, de l'aveu de Guérike lui-même [Op. cit.^ Pars cit., pag. 139) il ne reconnaît d'autres parties dans l'homme que l'âme et le corps; il dira par exemple, en parlant de l'homme, « il est composé d'une partie douée de raison et d'une autre privée de raison, l'âme et le corps, » et un peu plus loin: « Le corps est tourné vers la terre par ses opérations et tend vers la terre ; mais l'âme s'élève vers Dieu » (Strom., lib. IV, c. 3; cf. ibid., n. 25 et 26, et lib. V, c. i). Origène, il est vrai, paraît plus ouvertement favorable à la trichotomie (Comm. in Mathœum,

88 ANTHROPOLOGFE

Il nous suffira de nommer parmi eux saint Justin (i), Athénagore (2), Tcrtullien (3) et saint Irénée (4). Mais, après que

lom. XII, n. H, tom. XIV, n. 3, tom. XXI, n, 9 ; Comm. in Joann., tom. VI, n. 7, cl tom. XXVII, n. 1 1 etc.). Néanmoins, se proposant ailleurs cette question, cxistc-t-il deux dmcs dans Vliomme ou n'en existc-t-il qu'une, il expose les arguments de l'une et de l'autre opinion et les fait valoir tour à tour {De princip.. Hb. III, c. 4, n. 1-51. On voit même qu'il penche parfois vers l'opinion de ceux qui veulent que X'dme et Vesprit soit une seule et même partie de l'homme. « Par toutes ces choses, dit-il, il paraît démontre que l'intelligence déchue de son état et de sa dignité devient une âme et en reçoit le nom ; si elle répare ses fautes et se corrige, elle redevient intelligence » {De princip., lib. II, c. 10, n. 3 ; cf. Comm. in Matli.^ tom. XVII, n. 27; Comm. in Joann. ^ tom, XXXII, a. II ; Comm. in Epist. I ad Romanos, c. VI, n. 6). Pour ce qui regarde Taticn, indépendamment de l'àrae. il admet sans doute dans l'homme un esprit, mais, sous le nom d'esprit, il ne désigne pas quelque principe constitutif de la nature humaine, il parle de l'Esprit de Dieu qui habite dans l'homme de bien et l'élève à la condition d'homme parfait, comme nous le dirons bientôt en citant S. Irénée (vid. Oratio contra Grœcos., c. 12 et i3). Balepsch est dans le vrai lorsqu'il dit: « On ne trouve parmi les Pères aucun trichotomisie qui, dans d'autres passages, ne se montre également dichotomiste » {Ouvr. cit., ibid.). C'est pourquoi, à moins de soutenir que ces Pères se sont contredits eux-mêmes, il faut convenir qu'ils ont entendu par ces deux âmes deux fonctions ou deux puissances d'une même âme, ou bien qu'ils ont voulu, sous le nom d'esprit, désigner l'Esprit-Saint qui habite dans l'âme des justes.

(i) Olshausen {Ouvr. cit.., ibid.) déclare à tort que S. Justin fut partisan de la trichototnie. Car, si le S. Martyr, dans un Fragment De resurrectione carnis{n. 10), paraît admettre trois principes dans l'homme, lorsqu'il dit: « Le corps est la demeure de l'âme et l'âme la demeure de l'esprit ; » dans un autre endroit du même Fragment, que nous avons reproduit plus haut (pag. 8, not. 5), dans sa première Apologie (I, n. 8 et 20) et dans son Dialogus cum tryphone, n. 4 et i 5), il se montre ouvertement partisan de la dichotomie. Ainsi, bien que dans l'exposé de la doctrine de S. Justin et des autres apologistes, Duncker et Ehlers commettent beaucoup d'erreurs, ils écartent euxmêmes de S. Justin l'accusation d'avoir soutenu la trichotomie platonicienne que plusieurs modernes lui ont reproché. Voir Duncker, Apologetarum sœcul. II de essentialibus naturœ humanœ partibus placi^a, Particula I, pag. 6, Gottinga; i85o, et Ehlers, Vim atque potestatem, quam philosophia antiqua, imprimis platonica et stoica. in doctrina Apologetarum sœculi II habuerit, cxposuit Rodolphus Ehlers, pag. 5o et 5i, Gottingœ i858.

(2) Voir les passages cités, pag. 9, not. i. Que tel ait été le sentiment d'Athéganore, c'est l'opinion entre autres de Guérike {Op. cit., n. 104) et de Rodolphe Ehlers, Dissert, cit., pag. 66.

(3) Aux passages cités pag. 9, not. 3, on peut ajouter les suivants: De Anima, c. 10, 12, et i3.

(4) Advers. Hœres., lib. H, c. 16, 52, 62, lib. III, c. 32, lib. IV, Prcef., et lib. V, c. 8. L'Annotateur du traité de Némésius, De natura hominis (Oxonii 1671), que Fabricius {Biblioth. grœc, vol. VII, pag. 549 seqq.) croit être Jean Fcll, évêque d'Oxfort, attribue la trichotomie à S. Irénée, parce que dans certains passages (par exemple liv. V, ch. 6) le S. Martyr énumère l'esprit, l'âme et le corps, comme trois parties distinctes de l'homme; mais l'accusation n'est pas fondée. En effet, comme l'ont observé non-seulement Massuet {Dissert. JII in Ireneum. art. IX, ^ 119, Opp., t, II, pag. 148, Parisiis i7io),mais encore Moshcm {Not. ad Cudvvort. System, intellect., c. V, sect. 3, § 27, pag. 1071 seqq., éd. cit.) et Keil {Comm. c/^, pag. 622 et 623), S. Irénée parle toujours de l'esprit, pour nous servir des termes de ce dernier, « comme de quelque

les apollinaristes et les manichéens se furent emparés de la trichotomie pour appuyer et confirmer leurs hérésies (i), la dichotomie rencontra des défenseurs déclarés et vigoureux en saint Athanase (2), saint Grégoire de Nysse (3), saint Ba-

chose qoe l'âme de l'homme reçoit et conserve et dans laquelle il habite, voulant désigner par là l'Esprit-Saint que Jésus-Christ envoie aux hommes justes » [ibid.). Par conséquent l'esprit dont parle S. Irénée n'est pas un des principes qui constituent la nature de l'homme, mais le principe qui perfectionne V homme naturel: Op. cit., lib. V, c. 8 ; cf. c. i6, et lib. I, c. i8, et lib.

III, c. 32.

(i) Les Manichéens professant qu'il existe deux principes suprêmes des choses, l'un bon et l'autre mauvais, crurent qu'il y a deux âmes dans l'homme : l'une privée de raison, et issue du principe mauvais, est le siège de tous les désirs, l'autre dérivant du principe du bien est de même nature que lui (cf. S. August., Opus imperf. contr., Julian., lib. III, n. CLXXII et GLXXXVl, et lib.

IV, n. VI; De hœres., c, 46 ; Retract., lib. 1, c. i5 etc.). Quant aux Apollinaristes, comme ils étaient persuadés qu'il y a trois parties dans l'homme, le corps, Vdme et l'intelligence, ils nièrent que Jésus-Christ fût un homme parfait ; parce que s'il est vrai qu'il a un corps et une âme, le Verbe lui tient lieu d'intelligence, ou d'âme raisonnable. Voir les passages d'Apollinaire que nous a conservés S. Grégoire de Nysse dans son Antirrheticum adversiis Apollinarem, c. 36, éd. Migne; ainsi que S. Alh.a.na.se, A dversus Apollinarem^ lib. 1, c. i3; Théodoret, Dialog. II, 0pp., t. IV, pag. 48, Lutetiae Parisiorum 1642 ; et Némésius, Op. cit., c. i, éd. cit.

(2) Contra Apollin.., lib. II, c. r. Dans cet ouvrage, la forme de l'esclave, ou de l'homme, en Jésus-Christ, est appelée « la nature intelligente de la substance humaine unie à un composé organique. » Plus loin (c. 17), faisant allusion à ces parolesde Jésus-Christ : Je donne ma vie pour mes brebis {Joann. c. X, V. I 5), il dit: «...que cette âme soit la même chose que l'esprit, les Saintes-Ecritures l'enseignent ouvertement ; le Seigneur ne dit-il pas luimême : les hommes peuvent bien tuer le corps, mais ils ne peuvent tuer l'âme. » Telle est aussi la doctrine du Symbole qui porte son nom et que l'Eglise a inséré dans sa liturgie; on y lit ces paroles: « La foi catholique est celle-ci :... L'homme parfait subsiste par l'âme raisonnable et la chair humaine... De même que l'âme raisonnable et la chair constituent un seul homme ; de même Dieu et l'homme forment un seul Christ. »

(3) Lordat {Réponses à des objections etc., pag. 37), à l'exemple de Keil {Comm. cit., pag. 632, not. 68) et de quelques autres, place à tort S. Grégoire de Nysse parmi les défenseurs de la trichotomie. Car si, dans l'endroit cité par Keil (£)e opifîc. hom., c. 8), S. Grégoire de Nysse énumère trois parties dans l'homme, un peu plus loin Ce. 14) il déclare ouvertement que ces trois parties sont trois facultés diverses dont l'âme de l'homme se trouve douée. Voici cet éloquent passage : « Au reste, quoique nous ayons dit plus haut que, dans la faculté de vivre, il y a trois degrés différents, savoir la vie nutritive privée de sentiment, la vie à la fois nutritive et sensitive mais privée de raison, et enfin la vie raisonnable et parfaite, qui, s'étendant sur toutes les autres facultés, existe en elles et possède le don supérieur de l'intelligence, personne cependantnedoil s'imaginer que, dansle chef-d'œuvre humain, il existe trois âmes, ayant chacune leurs limites propres, et que la nature de l'homme est composée de plusieurs âmes. » Bien plus le S. Docteur affirme plus loin (c. 2g) que l'homme est composé d'une âme et d'un corps unis ensemble de manière à former un tout par soi. Il enseigne ces deux points dans son Dialogus de Anim, et resurrectione, pag. 19 et passim, éd. 1. Georg. Klabingerus, Lipsi» 1837. Voir l'abbé Boëdron, Sur les doctrines philosophiques de S. Grégoire de Nysse, Nantes 1861.

QO ANTHROPOLOGIE

sile (i), Némésius (2), Théodoret (3), saint Jérôme (4), saint Ambroise(5), saint Augustin (f)), saint Jean Chrysostôme (7), et, sans en citer d'autres, dans Gennadius, qui donne cette théorie comme une doctrine communément reçue dans TEglise (8). Et le quatrième concile général de Constantinople, sans parler du second et du troisième, ainsi que de celui d' Éphèse (9), frappe

(i) Ce s. Docteur affirme nettement que l'âme qui donne la vie au corps et qui jouit en nous de rintelligence n'est qu'une seule et même âme. « Je suis d'avis, dit-il, que notre âme jouit d'une double puissance, quoiqu'elle ne soit qu'une seule etmcmeâme: par l'une elle anime le corps et par l'autre elle contemple les choses, c'est la puissance raisonnable, comme on l'appelle encore. Mais, parce que l'âme est unie au corps, elle lui communique naturellement la puissance vitale, par son union seule et sans le concours de la volonté. Car, de même que le soleil ne peut s'empêcher d'éclairer les corps vers lesquels se portent ses rayons, de même l'esprit ne peut pas ne point communiquer la vie au corps dans lequel il réside; » Constitutiones Monasticœ, c. 2, n. 2. Dans le même passage (n. r), il enseigne aussi que l'âme ne doit pas être distinguée de l'intelligence. Voir aussi son Homélie sur cette maxime: Attende tibi ipsi, passim.

(2) De natura hominis, c. i. Dans cet endroit, non-seulement il enseigne la dichotomie, mais encore il nous apprend qu'il ne s'écarte pas en cela de l'opinion commune: ((...L'opinion communément reçue nous dit que l'homme est composé d'un corps et d'une âme. »

(3) Cet auteur affirme, dans le Dialogue cité, que chaque homme n'a qu'une seule dme (pag. 48), que l'homme est composé d'un corps et d'une dme (pag. 49 et 5o), que le corps reçoit de l'âme la puissance vitale, Tii^ J dioi/j.iy ^»rtx»v, pag. 71.

{4) Epist. ad Hedib., q. XII; Comm. in Daniel., c. III; Comm. in Galat. c. V; et Contr. Pelag., lib. III.

(5) (( Des trois facultés de l'âme qui existent dans le corps, l'une est raisonnable, la seconde concupiscible et la troisième irascible, ^oyia-riKov, ûpsxnxo'v, o/;>isrrtxdv m; Exposit. Evang. Secund. Lucam, lib. VII, n. iSg. Cf. De Noe et arca, liber unus, c. 2 5, n. 92 etc.

(6) De Civit. X>ei., lib. XIII, c. 24, n. 2, et lib XXI, c. 3, n. 2 ; De quantitate animœ, c. i3, n. 22 ; De Trinit., lib. X, c. 9, n. i3.

(7) Ce Père enseigne sans détour [Homil. XIII in Gènes.) que l'essence dç l'âme est elle-même le principe vital du corps. Keil commet donc une erreur lorsque, dans l'Ouvrage cité, pag. 632, not. 68, il le place parmi les Trichotomistes.

(8) a Nous ne dirons pas non plus qu'il y a deux âmes dans chaque homme., l'une animale par laquelle le corps est animé et qui se mêle au sang, et l'autre spirituelle qui fournità l'homme la raison; mais nous sommes d'avis qu'il n'y a dans l'homme qu'une seule âme, laquelle vivifie le corps en s'associant avec lui et se gouverne elle-même par la raison, jouissant du libre arbitre en sorte qu'elle choisit ce qu'elle veut au moyen de l'opération de sa substance que nous appelons pensée ; n De Dogm. eccL, c. i 5). Et peu après {ibid., c. 20): « L'esprit ne constitue pas, dans la substance de l'homme, un troisième élément; l'esprit c'est l'âme même. Sa nature spirituelle et la spiration dont elle jouit dans le corps lui ont valu le nom d'esprit ; mais nous l'appelons âme parce qu'elle anime le corps, le fait vivre, et le vivifie. »

(9) Ces trois conciles ont défini contre les Apollinaristes que la nature humaine de Jésus-Christ est composée du corps, ou de la chair, et de l'esprit qui anime la chair ; et non point de l'âme et de la chair, et que le Verbe rem-

d'anathème ceux qui admettent deux âmes dans Thomme (i). 1 10. La doctrine de Funité du principe vital, ou de Tâme, passa des saints Pères qui l'avaient défendue, soit isolément, soit réunis en conciles, aux Scolastiques eux-mêmes. Presque tous, Albert le Grand et saint Thomas à leur tête, dont nous rapporterons divers passages un peu plus loin, Fexpliquèrent et la développèrent suivant les principes de la philosophie d'Aristote. Nous avons dit presque tous, parce que Guillaume Ockam attaqua ce point de la philosophie scolastique, comme il a fait pour beaucoup d'autres, et admit dans rhomme deux âmes (2). Mais, comme ensuite, pendant les XIV® et XVP siècles, parurent divers auteurs qui obscurcissaient la dichotomie de la nature humaine par leurs opinions absur-

plit, dans la chair, le rôle de l'esprit que les Apollinaristes plaçaient dans l'homme à côté de l'âme et du corps. S. Cyrille marchant sur les traces de S. Athanase, qui avait solidement réfuté l'erreur d'Apollinaire [Contr. Appollin., lib. I, c. I 5, et lib. II, c. i, et 17), enseigna clairement dans le Concile d'Ephèse, aux applaudissements des autres Pères, que le Verbe s'était uni une chair animée par une âme raisonnable {Concîl. Ephes., Act. I, apud Colet., t. III, col. 869). S. Léon le Grand, qui vient après eux, dit dans sa Lettre à Flavien : « Dans cette chair que le Verbe a prise de l'homme et que l'esprit anime de la vie raisonnable » (c. 2 ; voir son Sermon XVIII De Jejunio decim. mens., c. i). Le second concile de Constantinople (canon IV) énonce la même doctrine, et le troisième l'explique plus longuement en core, car c'est lui qui a décrété que le Fils unique de Dieu « s'était uni et formé une chair par l'intermédiaire d'une âme raisonnable et intellectuelle. » Vid. Edict. Constant. Imperat.^ apud Colet., t. VII, col. 1126.

(i) «Quoique l'ancien et le nouveau Testament enseignent que l'homme n'a qu'une seule âme, à la fois raisonnable et intelligente, et que tous les Pères et les Docteurs, dans leur sublime langage, soutiennent la même opinion; cependant certains auteurs, appliquant leur esprit à des inventions coupables, en sont venus à un tel point d'impiété qu'ils enseignent impudemment l'existence dans l'homme de deux âmes et tentent les derniers efforts pour confirmer leur hérésie par une sagesse devenue folie. C'est pourquoi ce saint et universel Concile, s'empressant d'arracher cette détestable opinion qui germe maintenant à l'instar d'une très-pernicieuse zizanie... élève la voixet anathématiseles inventeurs de cette impiété, ses fauteurs et tous ceux qui partagent leur manière de voir; » Act. VIII, can. Il, apud Collet., vol. X, col. 638 etôSg.

(2) Qiiodlib.II, q. 10 et 11. Dès le XIII'' siècle, Kilwardeby, archevêque de Cantorbery, dans une assemblée des Théologiens d'Oxford qu'il tint en 1276, ainsi que son successeur, condamnèrent l'opinion de ceux qui admettaient l'unité de la forme substantielle dans l'homme (Duplessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, t. I, pag. i85 seqq.,et 201 seqq., Paris 1728) ; et Guillaume de Lamar, Professeur d'Oxford, sur la fin du même siècle, avait également attaqué cette doctrine, comme on peut le voir dans l'ouvrage qui a pour titre : Defensorium seii correctorhim Doctoris Angelici Thomœ Aquinatis in Guilhelmi Lamarensis corruptorium^ pag. i33 seqq., Coloniae aggijipin. 1624, et qu'on attribue à Egidio Romano. L'ouvrage que publia Guillaume Lamar en 1284, n'a jamais été imprimé, il a pour titre: Correctorium operum fratris Thomœ.

des, clic fut confirmée à deux reprises, comme on Ta vu, par les conciles œcuméniques de ^'ienne et de Latran.

111. Au commencement de Tère moderne, la doctrine aristotélico-scolastique était communément reçue par les philosophes, et elle resta en vigueur dans TEcole, à peu d^exceptions près, jusqu'à Descartes. Parmi ses adversaires nous citerons Cardan, dont Jul. César Scaliger exposa et réfuta vigoureusement la doctrine (i), et deux contemporains de Descartes, Bacon (2) et Gassendi (3). Mais, après Descartes, cette controverse prit des formes nouvelles qu'il importe d'exposer maintenant.

112. Descartes enseigne qu'il n'y a dans l'homme qu'une seule ame, l'âme raisonnable ; mais il nie qu'elle soit le principe par lequel le corps vit et opère. Voici comment il argumente : On ne peut attribuer à l'âme que ce dont elle a conscience ; parce que, comme toute l'essence de l'âme consiste dans la pensée et que le propre de la substance pensante c'est de se replier sur elle-même par la réflexion, elle doit avoir conscience de toutes ses manières d'être ; or l'âme n'a pas conscience des modifications qui s'accomplissent dans le corps; donc elle n'est pas le principe par lequel le corps vit et opère (4). En conséquence il soutient constamment que tout ce qui s'accomplit dans le corps se fait d'après les seules lois de la mécanique ou du mouvement (5).

1 13. La théorie mécanique de Descartes fut adoptée nonseulement par un grand nombre de philosophes, mais par plu-

(i) Exoticarum exercitationum liber de subtilitatc ad Hieron. Cardanum, Exercit. Soy, n. 3, Francofurti iSyG.

(2) De augtnentis scientiarum, lib. IV, c. 3, Opp., t. VIII. pag. 234 seqq., Londini 1809.

(3) Physic, sect. III, Membr. poster., lib. III, c. 4, éd. cit.

{4) Discours de la méthode, 5« part,, § 4, Œuvr. philos., t. I, pag. 42, cdit. cit., et Traité de l'homme,'^, 38, t. II, pag. 44, etc. Louis de la Forge expose en peu de mots et très-clairement cette doctrine de Descartes dont il se montre le partisan convaincu : « La substance pensante, dit-il, n'est rien autre qu'une chose qui a conscience de tout ce qui se fait en elle-m«2me, qu'elle en soit la cause elle-même, ou que d'autres agissent sur elle, et cela au moment même où l'action s'accomplit; d'où l'on peut déduire cette importante vérité: c'est que l'esprit n'est point la cause de ce qui se fait en nous sans que nous en ayons conscience ; n Tract. De mente humana, c. 6, p, pag. 29, Amstelodami 170S. Voir ce que nous avons dit pag. g et 10.

(5) Descartes crut i' que le principe de tous les mouvements vitaux du corps se trouvait dans le cœur, et que ce principe était une espèce de feu sans flamme, lequel, lorsque le sang afflue au cœur, le transforme en vapeurs qu'on appelle

IDENTITÉ DU PRINCIPE VITAL ET DU PRINCIPE FORMEL gS

sieurs médecins illustres qui s'en déclarèrent les partisans. Parmi eux, Harvey, Borelli, Hoffmann, Boerheave et Silvius, dont les uns expliquèrent la vie d'après les lois de la physique et les autres d'après les lois delà chimie, doivent être particulièrement cités. Cependant les philosophes et les médecins qui entreprirent de réfuter le système mécanique de la vie ne firent point défaut. Sans parler de Gudworth (i), de Leibnitz (2) et d'autres philosophes, dont nous avons parlé ailleurs, le célèbre médecin allemand Stahl, se montra Tardent adver-

esprits animaux; 2° que les esprits animaux, chassés par les mouvements du cœur, pénètrent dans le cerveau et se répandent ensuite dans tout le corps par le moyen des nerfs, qui en sont comme les canaux et font mouvoir les muscles. Il compare les nerfs à des ruisseaux, les muscles à des machines, les esprits animaux à une eau qui fait mouvoir ces machines, le cœur à la source d'où ils sortent et les cavités du cerveau à une citadelle où l'âme qui préside a tout a fixé sa résidence et d'où elle surveille tout l'ouvrage. Ce qui lui fait écrire ça et là que la sensation résulte des nerfs en vibrations, comme le son vient de la corde pincée par les doigts, et que la faim et la soif ne sont autre chose qu'un certain chatouillement des nerfs de l'estomac, et même que la joie et le chagrin sont produits parle sang, suivant qu'il est plus ou moins pur et plus ou moins subtil, et au moyen d'un petit nerf bien ou mal placé {Traite des passions, V part., art. 7, pag, 347, et art. 10, pag. 348 et 349, Œiivr., t. Il, édiî. cit.. Traité de l'homme,^ 3i, t. II, pag. 38; Traité de la formation du fœtus, § 8, ibid., pag. 5o et 5i). Foucher de Careil fait par conséquent d'inutiles efforts pour démontrer que Descartes reconnaît l'existence, dans le corps, d'un principe vital qu'il appelle une dme corporelle {Œuvres inédites de Descartes, i" part., Introd., pag. XCVIII, Paris 1859). Car, si Descartes, dans son Épître à Morus {Œuvr., éd. Cousin, t. X, pag. 161) que cite Foucher, admet en effet un principe de vie, ou U7ie dme corporelle, il déclare ouvertement que ce principe est tout à fait mécanique, parce qu'il dépend de la vertu seule des esprits animaux et de la figure des parties, (i) Voir pag. 28, g 29.

(2) Voir pag. 40 et4i, g 45. Les philosophes ne sont pas d'accord sur le véritable sentiment de Leibnitz. Bouillier prétend que Leibnitz regardait l'âme raisonnable comme le principe et la source de toutes les opérations corporelles (voir son opuscule: Unité de Vdme pensante et du principe vital, Paris i858); mais il a rencontré plusieurs contradicteurs, entre autres Tissot {De la vie dans Vhomme, pag. 574, Paris i863) et Jaumes(Dc Vdme et du principe vital, MontpQllier i858). Bouillier a répliqué et longuement motivé son jugement sur Leibnitz (Z)« principe vital et de l' dme pensante, ch. i3, pag. 198 et suiv., Paris 1862). Nous accordons à Bouillier que Leibnitz parle, en divers endroits, de l'union de l'âme avec le corps de manière à faire entendre clairement qu'il regarde l'âme comme le principe des opérations corporelles. Car, sans rappeler son opinion sur la transformation de l'âme sensitive en âme raisonnable que nous examinerons plus loin, les paroles suivantes nous paraissent assez explicites : « L'opération essentielle de l'âme humaine c'est d'exercer la raison et la volonté, mais elle exerce encore d'autres opérations à l'exemple de l'âme des bêtes » [Responsa ad Sthalianas observationes, Opp., éd. Dutens, t. II, Pars II, pag. r3i, Genevae). Cependant on ne peut nier que l'harmonie préétablie et les principes sur lesquels il la fait reposer ne soient d'une nature telle qu'il est absolument impossible de les concilier avec la théorie de l'unité de principe dans l'homme.

saire des défenseurs et du système mécanique de la vie (i) et du système chimique (2) ; il soutint avec tant de force la théorie de Funité du principe vivant dans Thomme (3), qu'il a mérite de lui donner son nom (stahlianisme).

1 14. C'est pourquoi Stahl combat vivement les diverses théories de ceux qui placent dans l'homme, outre l'âme intelligente, deux autres âmes, savoir une âme végétative et une âme sensitive, et de ceux qui supposent qu'il existe en lui un archée^ ou un médiateur, ou bien des esprits animaux auxquels ils attribuent tous les mouvements corporels. La raison principale sur laquelle il s'appuie pour rejeter ces différents systèmes, ou tout autre pareil, peut se ramener à ces termes : Puisque les âmes végétative et sensitive, ou bien Varchée^ et les autres médiateurs que Ton place dans Thomme, en outre de l'esprit et du corps, sont privés de connaissance, il est certain qu'ils ne peuvent ni diriger les mouvements du corps, ni produire quoi que ce soit, qui ne puisse être fait par la matière (4). Par conséquent, l'âme intellective doit être elle-même le principe d'où émanent, dans Thomme, toutes les opérations végétatives, sensitives et locomotrices ; il est nécessaire aussi qu''elle forme elle-même son corps (5). En cela Stahl se montre presque entièrement d'accord avec Aristote et les Scolastiques ; mais, pour ne pas contredire Descartes qui avait affirmé que l'âme, comme substance essentiellement intelligente, n'est le principe que des opérations qui lui sont connues, il enseigna, à l'exemple de Scaliger (6) et de Perrault (7)^ que

(i) Stahl les a combattus principalement dans l'ouvrage qui a pour titre : Disquisitio de mcchanismi et organismi vera diversitate, Halae lySy.

{2) Les chimistes sont réfutés particulièrement dans sa Demonstratio de mixti et vivi corporis vera diversitate^ Halœ lySy.

(3) C'est à torique plusieurs docteurs de Montpellier (par exemple Jaumes, Ouvr. cit.., paii. 23) le donnent comme le premier défenseur de cette doctrine.

(4) Theoria medica vera, Physic, sect. I, membr. I, g 10, pag. 2o5 seqq., Halae 1737 ; Ars sanandi, pag. 38, OfFenbaci 1730 etc.

(3) Vid. Theoria medica vera, Phys., passim, pag. 424, éd. cit. ; Disquisitio de mixti et vivi corporis etc., jJ 49, pag. 87 ; Parœnesis ad aliéna a re medica arcendum, g 36, pag. 60, Haiae 1737 ; Disquisitio demcchan. et organ. etc., l 69 seqq., pag. 29 seqq.

(6) Op. cit.. Excrcit. 107, pag. 29 seqq.

(7) Perrault, Essais de physique. Des sens extérieurs, vol. IV, pag. 3i, et passim, Paris 1680. Nous avons cité cet auteur parce qu'il est l'un des rares cartésiens adversaires du système mécanique et parce qu'il fut le précurseur de l'animisme de Stahl, comme on le verra plus loin.

'rame connaît non-seulement toutes les opérations qu'elle produit dans le corps, mais même tous les organes du corps et la manière dont ces différents organes sont reliés entre eux (i). Cependant il ajoute qu'elle ne possède pas, de toutes ces choses, une connaissance aussi claire que de celles dont elle a conscience, mais qu'il en est plusieurs dont elle n'a qu'une connaissance obscure^ ou purement instinctive et sans conscience ; personne ne doit s'étonner décela, dit-il, parce que l'âme n'a pas conscience de toutes les choses qu'elle connaît (2).

II 5. Pendant tout le XVIP siècle, sauf les auteurs que nous avons nommés et un très-petit nombre d'autres, la théorie de Descartes fut généralement adoptée par les philosophes et les médecins. Cette controverse s'apaise dans le siècle suivant ; nous ne rencontrons en effet d'autre théorie que celle de Vho7nme double de Buffon. Ce célèbre zoologiste ayant décrit, en l'exagérant, la lutte continuelle et ardente qui existe dans l'homme entre les appétits sensitifs et la raison, lutte dont les trichotomistes avaient déjà parlé, il conclut qu'elle ne pouvait s'expliquer qu'en admettant deux âmes dans rhomme. Tune toute spirituelle, qui est le principe des opérations raisonnables, et l'autre matérielle qui est le principe des opérations sensitives. Car, les choses qui sont opposées ne pouvant constituer un seul et même être, il est nécessaire d'admettre dans chaque individu comme un ho??îme double (3). La

(i) Theoria medica etc., Phys., sect. I, membr. III, § 3, pag. 21 5, et § i3, pag. 218, ed, cit. ; Disquisitio de mechan. et organ., § 90, pag. 38 etc.

(2) C'est pour cela qu'il admet dans l'âme deux faculte's intellectuelles ; le KÔyoç par lequel elle acquiert la connaissance instinctive et le xo>i<r/xaç au moyen duquel elle arrive à la connaissance réflexe {Theoria medica vera, Physic.^ sect. 1, membr. I, § 21, pag. 208 seqq., et sect. VI, ^ 11, pag. 417 seqq. ; cf. Lemoine, Le Vitalisme et l'Animisme de Stahî, ch. 4, pag. 5r etsuiv., Paris 1864). En cela Stahl ne fait que copier Scaliger qui, distinguant, lui aussi, la raison du raisonnement, établit que l'âme, comme principe vital, agit « sans raisonnement il estvrai, c'est-à-dire sans déduction d'arguments, mais nullement sans raison » {Op. cit., Exercit. 307, n. 5). La théorie de Stahl tut embrassée et même exagérée par Junker, Nanter et quelques autres sur lesquels on peut lire Bordeu, Recherches anatomiques sur les différentes positions des glandes et leurs actions, g i3i, Paris 1742.

(3) Discours sur la nature des animaux, Œuvr. compl., 4* édit. de Flourens, t. II, pag. 346 et suiv, Buffon emprunte à Plutarque sa dénomination d'homme double. Dans la réfutation qu'il adresse aux anciens défenseurs de la Dichotomie, ou, comme on dirait aujourd'hui, des animistes de son temps, Plutarque s'exprime en ces termes : « Au reste ils paraissent tous avoir ou-

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raison qui porte Buffon à imaginer ce système, est la même qui détermina Gassendi à distinguer de Tâme raisonnable le principe vital ; elle consiste en effet en ce que, les sens et la raison se trouvant en lutte entre eux, ils ne peuvent avoir un principe unique, ni appartenir à un même sujet, parce que « rien ne peut être opposé à soi-même (i). » Gondillac a donné de la théorie de Buffon une réfutation qui n'est pas sans mérite (2).

iiô. Mais, vers la fin du XVIIP siècle et au commencement du XIX% la controverse sur la nature du principe vital fut reprise avec une nouvelle ardeur et a continué d'être agitée jusqu'à nos jours entre les philosophes, les médecins et les théologiens eux-mêmes. Le renouvellement de cette controverse doit être attribuée à l'école de Montpellier. Cette école célèbre avait embrassé la théorie de Stahl au commencement du XVIIP siècle (3) ; mais elle s'en écarta peu à peu, et en vint même, avant la fin de ce siècle, à la combattre ouvertement. Ce fut Barthez qui commença la lutte (4). Car il prétendit que, si les phénomènes du corps humain ne peuvent s'expliquer, ni par les lois mécaniques, ni par les forces chimiques, comme le veulent Descartes et ses disciples ; ils ne peuvent pas davantage être rapportés à la seule vertu de l'âme raisonnable ; parce que, l'essence de l'âme consistant dans la pensée, il n'y a que les opérations de la pensée qui puissent en provenir. C'est pourquoi, à l'exemple de Bordeu qui l'avait précédé dans la même Faculté de médecine, il enseigna que tous les phénomènes du corps humain sont produits par un principe qui diffère, soit de l'âme raisonnable, soit des lois mécaniques du corps, soit de ses forces chimiques, et qu'il

blié de quelle manière chacun de nous est réellement double et composé. Car ils n'ont pas remarqué notre double ^Mjp//c'/7é, ils n'ont vu que la plus évidente des deux, la composition de l'âme et du corps»; De virtute morali, Opp., t. II, pag. 441, cd. cit.

(i) Gassendi, Physic, sect. III, membr. poster., iib. III, c. 4, éd. cit.

(2) Traité des animaux, r» part., ch. 3, Œuvr., t. III, pag. 445-463, Paris 1798.

(3) Sauvage fut le premier qui en prit la défense, Grimaud, Roussel et d'autres, sur lesquels on peut consulter Peissc {La médecine et les médecins, Philosophie médicale de Montpellier, t. I, pag. 282, Paris 1857) embrassèrent aussi l'animisme de Stahl.

(4) Barthez, Nouveaux éléments de la science de l'homme, Montpellier 1778, ei2« edit., Paris 1806.

appelle principe vital. Mais, au lieu de soutenir avec Bordeu (i) qu'il existe dans chaque organe un principe particulier de ses opérations vitales, il admit un principe unique de tous les phénomènes de la vie; Flourens, après plusieurs autres, lui fait un très-grand mérite (2) d'avoir le premier enseigné Viniité du principe vital (3). Ainsi, d'après Barthez, outre Fiime qui est le principe de toutes ses pensées, il faut reconnaître dans rhomme un principe vital, c'est-à-dire un principe de tous les phénomènes delà vie que présente le corps (4). Quant à la question de savoir si ce principe vital unique se distingue réellement du corps, ou s'il est seulement l'une de ses propriétés, ou l'un de ses états, il lui semble, après mûr examen, que la première supposition est sinon certaine au moins très-probable (5).

117. Ce que Barthez avait jugé très-probable, ses disciples le regardèrent comme entièrement démontré et certain. C'est pourquoi, à partir de Barthez, les médecins et les philosophes qui ont traité de cette question se divisèrent tnAni- 7nistes et en Vitalistes. On appelle animistes tous ceux qui soutiennent, avec Aristote parmi les anciens et avec Stahl parmi les modernes, en ne tenant pas compte de certaines différences, que l'âme raisonnable est le principe de tous les phénomènes de la vie, en sorte qu'on ne doit reconnaître dans l'homme d'autre principe de vie que l'âme elle-même. Les vitalistes, ayant à leur tête Barthez, soutiennent de leur côté qu'il existe dans Thomme, outre l'âme raisonnable et le corps, un principe de vie, qui en est distinct et qui est le principe de tous les phénomènes vitaux du corps humain.

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