Et d'abord, ceux qui, tout en défendant l'existence du
(i) Physica, sect. III, Membr. poster., lib. III, c. 4, ed, cit.
(2) Discours sur la nature des animaux, Œuvr, compl. ,édit. Flourens, t. II, pag. 346 et suiv.
(3) Philosophie spiritualiste, 2^ part., ch. 29, pag. 246.
(4) Arhens accorde non-seulement la sensibilité au principe vital, il lui accorde mcme une certaine conscience de ses opérations : Cours de psychologie , Paris i85ô,
(5) Précis d'anthropologie. Notions préliminaires, § 4, n. 106, pag. 32, Louvain 1843.
(6) Cet auteur suit généralement Arhens; OMvr. cit., ibid.
(7) y o\r l'Ouvrage cité. Discours préliminaire, ch. 3, lequel a pour titre: Cotisidérations sceptiques sur la nature du principe vital de Vhomme, vol. I, pag. 82 et suiv., et not. 2, éd. cit.
(8) Lordal crut d'abord que le principe vital était immatériel [Rappel des principes doctrinaux, pag. 514, édit. cit.); dans la suite, pressé par les objections du P. Ventura, il avoua ingénument {Réponse à des object.. pag. 28 «42, éd. cit.) qu'il en ignorait la nature. Jaumes son disciple (voir Montpel^ lier médical, juillet 1860) montre la même hésitation. Lemoine (Owir. cit., ch. 9. pag- ijOespcre qu'un jour la nature du principe vital sera découverte.
(9) Naville, Œuvres inédites de Maine de Biran, Introduct., t. I, éd. cit.
(10) De la légit. etc., pag. 178, éd. cit.
{il) Bulletin de l'Académie de médecine, ^^ juillet 1860.
roENTITÉ DU PRINCIPE VITAL ET DU PRINCIPE FORMEL l3§
principe vital dans l'homme, avouent n'en point connaître la nature, nous paraissent se contredire eux-mêmes. En effet ils tiennent pour certain qu'il y a dans l'homme un principe vital, parce qu'il leur semble observer en lui des phénomènes qui ne peuvent provenir ni de l'âme raisonnable, ni du corps. Mais, s'ils admettent dans l'homme des phénomènes qu'un principe vital distinct et de l'âme raisonnable et du corps est seul capable de produire, il est impossible que la nature de ce principe leur soit totalement inconnue ; car, comme il doit exister une certaine proportion entre la cause et l'effet, il est facile de découvrir la nature de la cause qui produit les effets, dès que ceux-ci sont connus. En outre, les Physiologistes et les Philosophes avec lesquels nous discutons ici présentent non-seulement les raisons qui les ont induits à reconnaître l'existence d'un principe vital dans Thomme, ils exposent même de quelle manière le principe vital s'unit avec Tâme raisonnable et avec le corps pour constituer l'homme de concert avec eux. Or il est visible à tous les yeux qu'ils ne peuvent nous dévoiler toutes ces choses sans connaître ce qu'est le principe vital. Par conséquent ceux qui reconnaissent l'existence du principe vital dans l'homme et qui avouent néanmoins qu'ils en ignorent la nature se contredisent eux-mêmes. 162. D'ailleurs il n'est pas plus facile de se tirer d'embarras, soit que l'on dise que le principe vital est matériel, soit qu'on en fasse un principe immatériel. Car ceux qui tiennent que ce principe est corporel, sans mentionner d'autres inconvénients, rencontrent aussitôt deux écueils. Le premier c'est que la matière étant privée de vie se trouve par làmême incapable de donner la vie au corps dans l'homme. Le second c'est que, pour ne pas détruire l'unité du composé humain, ils sont obligés de convenir que le principe vital et l'âme raisonnable s'associent entre eux par l'action mutuelle qu'ils ont l'un sur l'autre, de manière à former un homme unique ; or ce résultat est impossible ; car, outre que l'unité vraie ou substantielle (i) ne peut résulter de l'action ' mutuelle de deux choses l'une sur l'autre, on sait que ce qui est corporel ne peut rien sur les choses incorpo-
(I) Cf. § 58, pag. 49.
relies (i). Quant à ceux qui admettent que le principe vital est immatériel, ils sont contraints de reconnaître que le principe vital reste après la dissolution du corps, et qu'il n'est point sujet à la corruption. En efï'et, quoique Fâme des bêtes ne soit pas quelque chose de corporel, elle périt néanmoins en même temps que le corps, parce qu'elle est un principe intérieur, ou une forme substantielle, qui ne surpasse pas la vertu du corps qu'elle informe. Mais, si Ton dit avec les vitalistes que le principe vital est divers du principe par lequel le corps de Fhomme, ou le corps d'un animal quelconque, est constitué dans son espèce corporelle, il s'ensuit que le corps de Thomme ou de tout autre animal peut se dissoudre sans que le principe vital soit lui-même dissous; bien plus, le principe vital ne peut pas même se dissoudre lorsque le corps se dissout, parce que Vêtre du principe vital ne dépend pas de Vctre du corps, et parce que les opérations de ce principe ne conviennent pas au corps considéré comme substance corporelle.
ARTICLE CINQUIÈME
De quelle manière V âvie est le principe des opérations vitales
162. Nous venons d'établir que Tâme raisonnable est le principe unique de toutes les actions vitales de l'homme ; il nous reste à examiner si l'homme produit les opérations vitales du corps par la raison et s'il en a conscience, parce qu'il y a plusieurs défenseurs de l'Animisme qui ont prétendu que l'âme raisonnable produit, par la raison, et l'organisme du corps et ses actions vitales.
i63. L'origine de cette opinion raconte aux principes de la philosophie cartésienne. En effet Descartes, comme nous l'avons vu quelques pages plus haut (2), ayant enseigné que toute action se ramenait à la pensée, conclut de là que l'âme n'est point la cause des opérations qui s'accomplissent dans le corps (3), parce que ces opérations ne sont point des pen-
(i) Voir pag. 49, et pag. 12 et i3.
(2) Voir pag. 10, not. 2.
(3) Traité des passions, art. 4, Œuvr., t. I, pag. 344 et 345, éd. Garaier.
sées (i). Les Vitalistes purent facilement tirer de cette doctrine de Descartes l'argument que voici : L'âme, disent-ils, ne peut être la cause des opérations dont elle n'a pas conscience, parce que toute opération de Tâme se ramène à la pensée, et toute pensée peut devenir réflexe. Or tout le monde sait que Pâme n'a pas conscience des opérations vitales de son corps. L'âme n'est donc pas le principe en vertu duquel l'homme exerce ses opérations vitales.
164. Les Animistes ont eu recours à divers moyens pour résoudre cette difficulté. Perrault et Stahl admirent la maxime de Descartes qui, dans l'argumentation des vitalistes, figure comme principe universel ou comme ynajeure^ mais ils nièrent le fait énoncé dans la mineure; et, revenant à la doctrine de Scaliger, ils soutinrent que non-seulement l'âme produisait toutes les actions vitales du corps, mais qu'elle formait le corps lui-même et qu'elle adaptait les divers organes aux fonctions qui leur sont propres (2). Scaliger avait enseigné que rame gouvernait le corps « sans le secours du raisonnement il est vrai, c''est-à-dire sans recourir aux arguments et à la déduction, mais non pas sans la raison (3). » Perrault n'admettait pas qu'une faculté spéciale de l'intelligence fût nécessaire pour produire les opérations vitales du corps, il était d'avis seulement que la connaissance des opérations vitales qui s'accomplissent dans le corps même diffère de la connaissance des choses extérieures en ce que celle-ci est claire et distincte, tandis que l'autre est confuse et obscure (4). Stahl, de son côté, renouvelant, comme on Ta vu plus haut (5), la distinction de Scaliger entre le raisonnement et la raisony enseigna que la faculté au moyen de laquelle Tâme produit et connaît les opérations vitales, c'était, non pas /a raison déductive qui passe d'une vérité à une autre, mais la raison intuitive par laquelle l'âme connaît en elles-mêmes les choses simples et instantanées placées hors du mouvement et de l'espace (6).
(O Cf. § 112, pag. 92.
(2) Cf. l 114, pag. 94.
(3) Exoticanum exercitationum liber de subtilitate ad Hieron, Cardanum, Exercit. 307, n. 3, Francofurti lôyô.
(4) Essais de physique. Des sens extérieurs, vol. IV, pag. 3i, Paris 1680.
(5) Page 95, not. 2.
(6) De scopo et fine corporis, pag. 2 38 ; Tlieoria medica vera^ Physiolog., sect. VI, De motu locali ; Negot. otios., pag. 2o5, edit. cit.
l38 ANTHROPOLOGIE
Stahl et Perrault essayèrent aussi d'expliquer pourquoi l'âme, bien qu'elle produise par la raison les opérations vitales, n'en possède pourtant pas la conscience. Perrault crut que cela venait de V habitude; car l'habitude est cause, dit-il, que les opérations vitales qui s'accomplissaient d'abord avec intelligence et volonté sont devenues comme instinctives (i). Stahl, pour l'expliquer, s'adresse à la nature même de la raison intuitive : L'âme, dit-il, a concience de ses opérations vitales au moment même où elle les exerce; mais comme ces opérations, de même que toutes celles de la raison piire^ se font en dehors de l'espace et du temps, et ne sont accompagnées d'aucune représentation sensible, l'imagination ne peut les saisir, ce qui explique pourquoi l'esprit les oublie si facilement (2). i65. D'autres Animistes nient absolument que l'âme, en tant qu'elle est raisonnable et qu'elle opère au moyen de la raison, soit la cause de son organisme et des opérations organiques; ils enseignent que l'âme construit l'organisme de son corps et produit les opérations que les organes accomplissent, par instinct et non par raison. Mais ils soutiennent que l'âme raisonnable, bien qu'elle n'exerce pas ses opérations vitales au moyen de la raison, en prend néanmoins connaissance à l'aide d'un sens intérieur qu'ils nonwntnx sentiment de la vie, Bouillier, qui défend cette opinion avec beaucoup d'ardeur, essaie de démontrer deux choses contre Maine de Biran et quelques autres modernes. Il établit d'abord que, lors même qu'il serait reconnu que l'âme n'a pas conscience des opérations vitales, on ne serait pas en droit d'en conclure qu'elle ne les perçoit point (3), soit parce qu'elles sont ordinairement confuses, à raison même de leur multitude, soit parce qu'elles impressionnent de moins en moins, à cause de l'habitude engendrée par leur continuelle répétition, soit enfin parce qu'elles échappent généralement à l'attention de l'esprit, vu qu'elles s'accomplissent par instinct (4). Il prétend prouver en second
(i) Essais de physique, Traité du toucher, vol. IV, pag. 104, édit. cit.
(2) Disquisitio de mecanismi et organismi vera diversitate^ 'i 90, éd. cit.
(3) Lcibnit! est du mcme avis, car il écrivait au célèbre médecin : ce Je pense de même que tout ce qui se fait dans le corps est perçu par l'âme, quoique nous ne le remarquions point par suite de l'habitude et de l'uniformité ; » Animadversiofies contra thcorias aliquas Theoriœ mcdicœ verœ cl. Stahl ii, Animadv. V, Opp., t. II, pag. 137. cd. Dutens, Genevx 1768.
(4) Op. ciu, c. 22, pag. 541 seqq.
IDENTITÉ DU PRINCIPE VITAL ET DU PRINCIPE FORMEL iS^
lien que Fâme n'est nullement privée de la conscience des opérations vitales du corps, parce qu'elle possède un sens intérieur qui lui permet, non-seulement d'appréhender son corps et ses opérations vitales, mais encore de se connaître comme la cause de ces opérations. Il soutient que ce sentiment intime de la vie est très-faible et très-confus, lorsque le corps est dans son état normal, mais qu'il devient très-vif et distinct lorsque le corps éprouve quelque trouble, pour une raison ou pour l'autre (i). Il est bon d'observer que Bouillier emprunte cette doctrine à Peisse (2), à Lemoine (3) et aux autres vitalistes, et qu'il est seulement en désaccord avec eux en ce que les vitalistes attribuent le sentiment de la vie au principe vital, tandis qu'il l'attribue au contraire à l'âme raisonnable qu'il regarde comme Punique principe de la vie entière de l'homme.
166. L'opinion de saint Thomas et des autres Scolastiques sur cette question particulière est tout autre que celles des Animistes modernes. Gomme nous la partageons de tout point, nous l'exposerons avec toute la clarté désirable et nous essayerons ensuite de la défendre.
167. Pour atteindre plus facilement notre but, nous devons prévenir tout d'abord que les opérations vitales ne sont pas des opérations rationnelles, ce sont des opérations purement 7iatiirelles^ c'est-à-dire qui ressemblent aux opérations de la nature, ou des choses privées de toute connaissance, que l'on désigne sous le nom de nature. En effet, les opérations que l'âme produit dans le corps doivent être conformes à la nature de l'être que l'âme lui communique ; mais l'âme ne donne point au corps son être de substance raisonnable, elle lui communique seulement Vêtre dhine forme inférieure^ savoir de la nature végétante qu'elle contient en soi, comme nous le dirons plus loin. Par conséquent les opérations vitales que Tâme exerce dans le corps doivent être semblables aux opérations
(i) Ibid., ch. 23, pag. 36o et suivantes. Bouillier observe avec raison que la plupart des Physiologistes modernes s'accordent généralement à reconnaître, dans l'homme un certain sentiment confus de la vie. Cf. ibid., pag. 365-373.
(2) Peisse, Rapport du physique et du moral, dans La liberté de penser, 1 5 mai 1848.
(3) Lemoine, Apologie des sens, par un spiritualiste, dans la Revue Eïtro^ péenne, i5 novembre^ 1859. Plus récemment Lévêque approuvait en grande partie cette théorie. Études de philosophie grecque et latine. Étude i", n. 2, pag. 3o et suiv., Paris 1864.
des végétaux, en un mot, naturelles (i). C'est sans doute ce qu'a voulu signifier saint Basile, lorsqu'il dit que Tâme vivifie le corps par sa propre 7iatnre et non par sa polofité (2) ; c'est aussi la pensée de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris lorsqu'il enseigne que Vépanchement ou Vexpansioii de la vie, qui se fait de Tâme dans le corps n'est point Pœuvre de la volonté (3),
168. i" On comprend très-bien, d'après cela, que l'âme n'est point la cause de Torganisme de son corps et des opérations vitales par sa propre raiso7i, ou en tant qu'elle est raisonnable, comme Stahl et Perrault l'ont cru. En effet, comme Tâme n infuse point dans le corps un être raisonnable, mais un être purement naturel, tel que Vetre végétatif, et que la pensée répugne à Vêtre purement Jiaturel, il est manifeste que rame ne produit pas rorgan:sme de son corps par la raison et que la raison est également étrangère aux opérations que l'âme exerce au moyen des organes de la vie corporelle (4). C'est pourquoi, bien que l'âme qui ijiforme le corps soit raisonnable suivant son essence, cependant les opérations qu'elle produit dans le corps ne sont point raisonnables, parce qu'elle ne communique point au corps sa puissance intellectuelle (5).
mentœa'îiTîlfiL'^^^'""'^ «...Gomme l'âme donne à l'animal non -seulement ce qui lui est propre à elle-même, mais encore ce qui appartient aux for-
mfme nme en e^ T^^'P'' ^^ mouvement naturel dans les corps naturels, de TpéTationTde 1'.'^ ^T^-^^ ^'"'^" ^°"P^ ^^ l'^"^"^^l- C'est pourquoi... les ZTd^rJZl -^ distinguent en animales et en naturelles; en lorte que
produit^ qud^^^^^^^ ^'' opérations qui viennent de l'âme en tant qu'elle
partie du "or^A'. """"^^ naturelles. D'après cela il faut dire que... la pré dfd'unTo. •' '''"' ^''^'''^^' '' ^^«^^'^ ^" mouvement qui n'a pas été son union aver 1 -'P''°"\P^''^''^' naturellement ce mouvement par suite de d'autrrexpllcat '""'j " ^^- .^'^^^•' '^' ""• ^^ ^^">"-. a. 9 ad 6. On peut voir tdTft otdTsvv ni V 'T ''"' '' "^^"^^ ^- Thomas, I, q. LXXVIII, a. 2
(2) Voirie passage cité, pag. 90, not. i.
(3) « La surabondance et \p trr.r. ,,1^- j
dans le corps qu'il vivifie n'es 1/1 ' Propre v,e que l'âme répand
Opp., t. Il, pag. i52 Parisiis rf- ^'^^^"'"''^ ' >^ De Anima, c. V, Pars XXV, du même Doae'ur paVce qu' s on^^,,^^^^^^ plusieurs autres passages
lielmi Fvhr pJiL„V ^ , ,^ . publies récemment par Javary : Guir.TlCf , u ' P'Xchohvca doctrina, Aurélia i85i.
(4) « ^1 quelque substance intellectuelle s'unît i .,„
qu'e,,e es, in.c.ligen.e. .ais sous uTau!" rTppor.T„ d7J„W." Z'J' T. Te'
(5) Vo.c, les parole, de S. Thomas sur ce suie.': « Quo^ue l'âme' soi. la
roENTITÉ DU PRINCIPE VITAL ET DU PRINCIPE FORMEL I4I
169. Objection. Perrault et Stahl, pour démontrer leur théorie, argumentent à peu près en ces termes : L'organisme que Pâme produit dans le corps est tel que chaque organe possède une fin particulière et qu'un ordre admirable règne entre les fins spéciales de toutes les parties de l'organisme. Or sans intelligence il ne peut exister ni fin particulière, ni ordre entre plusieurs fins. Donc l'âme humaine ne peut produire l'organisme de son corps sans l'intermédiaire de la raison.
170. Réponse: Conc. maj ; dist. min. : sans l'intelligence d'une csiusQ prochaine et immédiate, ou d'une cause éloignée et médiate., conc. miji. ; sans l'intelligence d'une cause immédiate Qtprochaine, neg. min. ; neg. conseq. La raison de cette distinction, qui détruit complètement l'argumentation des deux savants physiologistes, est fondée sur la doctrine que nous avons exposée dans la Cosmologie. Car les causes naturelles, ainsi qu'on l'a vu dans cette partie de la philosophie (i), opèrent pour une fin spéciale, mais, comme elles sont privées de toute connaissance, elles ne connaissent pas pour quelles fins elles opèrent ; ce qui n'empêche pas qu'elles n'atteignent les fins que Dieu leur a prescrites et qu'elles ne constituent par leur union Tordre que Dieu s'est proposé d'obtenir. Or l'âme raisonnable produit l'organisme, non point comme raisonnable, mais en tant qu'elle est une cause naturelle, c'est-àdire en tant qu'elle opère par l'instinct même de la nature. L'âme peut donc produire l'organisme du corps sans se proposer par avance les fins et les raisons de chacun des organes. Ajoutez à cela que le principe de la philosophie cartésienne qui a poussé Stahl et Perrault à faire intervenir la raison dans les opérations vitales est futile et absurde. S'étant persuadé, suivant la doctrine de Descartes, que toutes les opérations de l'âme sont des pensées, ils ont conclu de là que les opérations vitales ne pouvaient être attribuées à l'âme, sans admettre en même temps que ce sont des pensées, c'est-à-dire qu'elles sont l'œuvre de la raison ; par conséquent, si l'âme est la cause des opérations vitales, il faut avouer qu'elle les produit par sa propre raison. Mais sous le nom de pensée, quelle que soit
forme du corps suivant son essence d'âme intelligente, ce n'est point cependant suivant son opération intellectuelle; » De Anim., a. 9 ad 1 1. Cf. I, q. LXXVII, a. I ad 3.
(I) Cosmolog., ch. V, art. 3, pag. SiS-ôig.
Textention donnée à ce mot, on ne peut signifier d'autres opérations de rame, suivant l'observation de saint Thomas, que les opérations qui concernent la connaissance (i), et la raison qui porta Descartes à établir que toutes les opérations de Tâme sont des pensées, ce fut qu'il n'attribuait à l'âme d'autres opérations que les opérations de connaître. Or les opérations vitales de l'homme, comme on l'a vu, ne se rapportent nullement à la connaissance. Conséquemment du principe de la philosophie cartésienne mentionné ci-dessus, il suit, comme l'ont enseigné Descartes et les vitalistes, que Tâme n'est pas la cause des opérations vitales du corps et non qu'elle en est la cause par sa raison, ou en tant qu'elle est raisonnable, comme le veulent Stahl et Perrault. D'où l'on voit que Tanimisme est incompatible avec cette maxime cartésienne que toutes les opérations de l'âme sont des pensées ; par conséquent, ou bien il faut nier que toutes les opérations de l'âme soient des pensées, ou embrasser le vitahsme.
171. 2" Les réflexions précédentes nous serviront également pour établir, contre Bouillier et quelques autres modernes, que l'âme ne jouit pas de la conscience proprement dite de ses opérations vitales. En effet l'homme, tout le monde en convient, ne peut avoir la conscience d'autres opérations que de celles qui sont cognitives par elles-mêmes, ou qui partent de la connaissance; car on dit que l'âme a conscience d'une chose lorsqu'elle sait qu'elle la connaît. Or les opérations vitales n'appartiennent à aucun de ces deux genres, parce qu'elles sont semblables, ainsi que nous l'avons montré, aux opérations de la nature, c'est-à-dire aux opérations des choses qui sont privées de toute espèce de connaissance (2). Donc l'âme humaine ne peut avoir la conscience
(i) Dans le sens rigoureux, la pensée, comme l'observe S. Augustin, ne peut signifier qu'une connaissance intellectuelle; cependant, suivant la remarque de S. Thomas, on peut aussi, dans un sens moins rigoureux, étendre ce mot à toute espèce de connaissance, à celle qui appartient à l'intellect et à celle qui nous vient des sens. Voici les propres termes du Docteur Angélique: « ...sous le nom dépensée, on peut comprendre et les perceptions des sens qui nous font connaître certains effets et les imaginations et les déductions rationnelles opérées d'après les signes du langage ou de toute autre manière pouvant conduire à la connaissance de la vérité que l'on cherche. Q.uoique, d'après S. Augustin [XIV De Trinit., c. 7), l'on doive entendre sous le nom de pensée toute opération intellectuelle; n 2* 2», q. CLXXa, a. 3 ad i.
(2) u Pour ces sortes d'opérations, dit S. Thomas, aucune attention n'est requise » (0;^. dispp.f De Verit., q. XllI, a. 4 c). C'est pour cela que le S
proprement dite des opérations vitales. Nous allons confirmer cela par un second argument: Si Tâme connaissait en soimême ses opérations vitales, elle arriverait à cette connaissance par le sens commun ou bien par Tintelligence ; car ainsi qu'on l'a vu, Thomme n'a que ces deux moyens pour se connaître lui-même et pour connaître ses propres opérations. Or rhomme ne peut connaître les opérations vitales en elles-mêmes ni par le sens commun, ni par l'intellect, parce que les opérations vitales étant produites parPinstinct de la nature ne sont Tobjet ni des sens ni de Tintellect. Par conséquent nous pouvons affirmer de nouveau que les opérations vitales ne sont pas d'une nature telle que l'âme puisse, à proprement parler, en avoir conscience.
172. 3** Les raisonnements au moyen desquels Stahl et Perrault veulent expliquer comment l'âme est privée de la conscience de ses opérations vitales, quoiqu'elle les produise par la raison, nous paraissent avoir aussi tous les caractères de l'absurdité. Pour ce qui regarde l'explication de Perrault;, nous répondons que l'habitude ne peut faire que nous soyons privés de la conscience de nos opérations vitales. En effet l'habitude, comme on l'a vu dans la D/namilogie^ est cause que les opérations s'accomplissent d'une manière uniforme et constante, elle ne peut faire qu'elles changent de nature. Mais, suivant Perrault, l'habitude change la nature des opérations vitales, parce qu'elle rend instinctives des opérations d'abord rationnelles et volontaires, bien que celles-ci diffèrent par nature des opérations instinctives. Au reste, d'après les principes que nous avons établis, soit dans la DjJiamilogie, soit dans le présent chapitre, on voit clairement que Fhabitude ne peut convenir aux opérations vitales ; nous avons en effet montré dans la Djnamilogie (i)que l'habitude est propre aux facultés intellectuelles, et nous venons de voir ci-dessus que les opéra-
Docteur enseigne qu'il se trouve dans rhomme, outre l'appétit raisonnable et l'appétit sensitif, un certain appétit naturel ; parce que la puissance appétitive de l'âme humaine ne réside pas seulement dans l'intellect et dans les sens, elle s'étend même aux puissances végétatives. « Il existe dans l'homme, dit-il, un appétit... naturel, ce qui fait que la puissance appétitive appartient à la vie végétale, comme aussi la vertu digestive, la vertu secrétoire et la vertu assimilatrice; n Quodlib. /F, a. 21 c.
(1) Dynamilog., ch. VI, art. 2, t. I, pag. 552-553.
tions vitales de T homme sont privées de toute connaissance (i). Quant à l'explication de Stahl, si elle avait quelque valeur, elle irait à prouver que Tâme ne peut pas même avoir conscience de ses intellections; parce que, les opérations intellectives ayant pour objet les choses qui se trouvent séparées des conditions de la matière, elles se trouvent placées hors du mouvement et de l'espace et n'admettent aucune figure.
173.4° Enfin nous tenons à faire observer que, si Ton attribue quelque autorité au principe de Descartes, qui a trompé nonseulement les vitalistcs, mais encore un certain nombre d'animistes, on est contraint de nier Texistence, dans Pâme humaine, de plusieurs opérations intellectives, parce que l'intellect produit ces opérations spontanément et par nature et non point volontairement et par choix. En effet, comme il existe entre chaque faculté de l'âme et son objet une relation nécessaire, il s'ensuit que les opérations par lesquelles chaque faculté se porte vers son objet propre doivent lui être naturelles, parce qu'elles suivent nécessairement et immédiatement sa nature. Ainsi, comme il est facile de le percevoir d'après les principes que nous avons exposés dans la Dynamilogie^ l'action par laquelle l'intellect agent illumine les fantômes et en dégage les espèces intelligibles est naturelle à l'intellect ; il en est de même de l'action par laquelle l'intellect possible 1 w- /brwe par l'espèce intelligible appréhende l'essence que représente l'espèce ; on peut dire la même chose de l'action par laquelle la volonté se porte vers le bien universel. Ajoutons à cela que la réflexion, qui est une opération libre de Tâme, n'a pas une liaison nécessaire avec ses autres actions volontaires et libres ; d'où il arrive que non-seulement les opérations naturelles de l'intellect, mais parfois même les opérations volontaires sont produites par l'âme sans aucune conscience. Mais, puisque les vitalistes et les animistes que nous combattons ici, loin de le nier, soutiennent que l'âme est la cause de toutes les opérations intellectives, ils ne peuvent légitimement nier que l'âme ne soit la cause des opérations vitales sous prétexte qu'elle n'en possède pas la conscience.
(i) s. Thomas s'exprime ainsi: « Les forces de la faculté nutritive ne sont pas soumises à l'empire de la raison, c'est pour cela qu'elles ne sont point susceptible» d'habitudes; » i» a», q. L, a. 3 ad i .
roENTITÉ DU' PRINCIPE VITAL ET DU PRINCIPE FORMEL 146
Î74, Quoique Tâme ne produise point par la raison les opérations vitales de son corps, et que par conséquent elle n'ait pas la conscience proprement dite de ces opérations, elle doit néanmoins les connaître d'une certaine manière, parce qu'elle est capable de connaissance, suivant son essence même. En effet, quiconque a étudié quelque peu son esprit ne peut s'empêcher de reconnaître avec saint Thomas que notre âme possède une certaine connaissance expérimentale d'elle-même et de ses opérations. « Chacun sait par expérience, dit-il, qu'il a une âme et qu'il est le théâtre des opérations de cette âme (i). » Parmi les opérations dont l'âme acquiert en elle-même la connaissance, le saint Docteur énumère manifestement les opérations vitales, et c'est avec beaucoup de raison; parce que, l'âme étant le principe des opérations qui concernent la vie, il est impossible qu'elle ne connaisse point par leur moyen qu'elle vit, et qu'elle est conséquemment la cause de toutes les opérations qu'elle produit comme être vivant. Voici un passage de saint Thomas où le saint Docteur exprime cette doctrine en peu de mots : « Les choses qui sont dans Pâme en vertu de son essence lui sont connues d'une connaissance expérimentale, en ce que l'homme connaît expérimentalement la vie par les œuvres mêmes de la vie (2). »
174. Mais, s'il est indubitable et manifeste que notre âme jouit de la connaissance expérimentale de ses opérations, il n'est pas facile de définir comment elle acquiert cette connaissance et jusqu'où elle s'étend. Pour résoudre cette question très-difficile et que les Scolastiques modernes ont négligée, autant qu'il nous en souvient, nous ferons appel aux lumières de saint Thomas, dont plusieurs passages ont trait à cette question. Pour bien comprendre ces passages, nous ferons tout d'abord observer que la manière dont l'âme connaît ses opérations vitales doit dépendre de la manière dont elle connaît son corps. En effet, comme c'est à raison de son corps, ainsi que le remarque le même saint Thomas, que les opérations vitales appartiennent à l'homme (3), il est évident que, si l'on
(i) Qq.dispp., De Verit., q. X, a. 8 ad 8.
(2) 2a 2œ, q. CXII, a, 5 ad I .
(3) S. Thomas en donne cette raison: « Parmi les propriétés qui appartiennent au composé humain, les unes lui conviennent à raison de l'âme, par exemple la propriété de sentir et autres semblables ; ces propriétés sont attribuées' à
découvre la manière dont l'ame jouit de la sensation de son corps, on pourra facilement percevoir aussi comment elle produit les opérations qui lui cpnvicnnent à raison de ce même corps.
176. Nous disons, premièrement, que Pâme nous paraît acquérir la connaissance habituelle de ses opérations, parce qu'elle est présente à son corps d'une manière permanente. En effet, on ne peut douter que Tâme n'ait de son corps une connaissance habituelle, parce que Tâme étant continuellement présente à elle-même, elle doit avoir d'elle-même une continuelle connaissance. Mais, si l'ame se connaît, elle ne doit pas se connaître autrement qu'elle ne se trouve en elle même. Or l'âme est unie à un certain corps auquel elle communique son être ; donc l'âme doit se connaître comme unie perpétuellement à un corps. Et comme cette connaissance est celle-là même que l'on appelle habituelle^ nous en coucluons que l'âme jouit de la connaissance habituelle de son corps. Cette connaissance habituelle acquiert une netteté et une vivacité particulière au moyen du tact passif dont l'âme est pourvue. Car, le tact passif étant répandu par tout le corps (i), l'âme doit connaître par son moyen tous les principes dont le corps se compose. Ortie tact passif n'est jamais totalement privé de modifications (2). Par conséquent l'âme doit posséder une connaissance perpétuelle de son corps par l'exercice du tact passif. Nous avons dit que la connaissance que l'âme acquiert de son corps de cette seconde manière est plus claire que celle qu'elle en reçoit de la première, parce que l'âme connaît son corps de la première manière en vertu de sa seule union
l'âme, comme l'élévation de la température est attribuée à la chaleur parce que celle-ci en est le principe. D'autres au contraire conviennent au composé à raison du corps, commeTaction de dormir et autres semblables : celles-ci sont par là même attribuées au corps et non à l'âme; » In lib . III Sent., Dist. XV, Expost. tcxt.
(i) Dynamilog., ch. Il, not. 2, pag. 291, t. I.
(2) a Le tact, dit le S. Docteur, connaît tout ce dont le corps de Tanimal se compose... il est par consc.]ucnt impossible que l'organe du tact soit totalement privé de sensibilité; » Q.7. dispp., De Anim., a. 8 c. CL Qg. dispp., De Verit., q. XXVI, a. 3 c, et 2« 2«!, q. GXLI,a. 5 ad i. Conformément à cette théorie, il affirme, dans un autre endroit, que l'homme, par le toucher, possède la connaissance expérimentale de toutes les défectuosités dont son corps est atteint. « La perception expérimentale des lésions corporelles appartient, dit-il, au sens du toucher; » Qq. dispp.. De Verit., q. XXVI, a. 9 c»
avec lui, tandis qu'elle le connaît de la seconde manière par le moyen des modifications qu'elle éprouve continuellement dans le corps même.
177. D'après les mêmes causes pour lesquels Pâme possède la connaissance habituelle de son corps, elle nous paraît avoir aussi une certaine connaissance habituelle de ses opérations vitales. En effet, i'' puisque Famé jouit de la connaissance habituelle de son corps parce qu'elle lui est constamment présente, elle doit, pour la même raison, avoir la connaissance perpétuelle des opérations qu'elle exerce par les organes corporels. 2** Comme Tàme jouit de la sensation perpétuelle de son corps par le moyen du tact passif, elle doit également sentir tout ce qui modifie le corps d'une manière continue. Or les opérations vitales modifient le corps aussi longtemps que l'âme reste unie avec lui, parce que le corps devient un cadavre^ ou un corps privé de vie, aussitôt que les opérations vitales cessent en lui. Donc l'âme doit jouir de la sensation perpétuelle de ses opérations vitales par l'intermédiaire du tact passif.
178. Nous ajouterons que l'âme, au moyen de ce même sens, a aussi, croyons-nous, une certaine connaissance actuelle de ses opérations vitales. Il est certain en effet que l'âme connaît son corps d'une connaissance actuelle^ toutes les fois que les choses extérieures ou les affections intérieures la modifient à l'aide du tact passif. Or, si l'âme connaît son corps d'une connaissance <7C///e//e au moyen de ce sens, il doit de la même manière connaître ses opérations vitales ; car il ne peut se faire que l'âme ne connaisse pas actu les opérations par lesquelles le tact est modifié, tandis qu'il a de son corps une connaissance actuelle. Par conséquent l'âme doit posséder actu un certain sentiment actuel de ses opérations vitales par le moyen du tact passif.
179. Il est vrai que l'âme n'en connaît pas le mode, en d'autres termes elle ne connaît pas les actes spéciaux par lesquelles elle exerce chacune de ses opérations vitales ; mais cette considération ne doit pas nous arrêter. Car, pour connaître l'existence de quelqu'une de ses opérations, il n'est pas nécessaire, comme on l'a vu, de savoir comment cette opération s'accomplit; parce que, la connaissance de l'existence
des choses étant une connaissance directe^ elle peut convenir à la sensibilité aussi bien qu'à Tintcllect; tandis que, la connaissance du mode d'après lequel elle se produit étant une connaissance réflexe^ elle est uniquement du ressort de Tintellect. Il ne répugne donc nullement que Pâme possède une certaine connaissance de quelqu'une de ses opérations vitales, par exemple de la nutrition, sans qu'il soit nécessaire pour cela qu'elle connaisse les actes spéciaux par lesquels l'opération est produite.
180. Mais, si l'âme acquiert, au moyen du tact passif, une certaine connaissance de ses opérations vitales, Peisse et quelques autres après lui n'étaient pas fondés à imaginer, pour les percevoir, une faculté particulière différente des cinq sens, à laquelle ils donnent le nom de sens vital : parce qu^il ne faut pas, comme nous l'avons montré dans la DynajJiilogie génét^ale^ créer de nouvelles facultés pour des opérations qui se ramènent très-bien à l'une des facultés déjà reconnues (i). Car si l'âme connaît les opérations vitales du corps au moyen d'un sens vital^ ce sens doit appartenir à l'âme en tant qu'elle est douée de la faculté de connaître. Or si le sens vital appartient à l'âme en tant qu'elle jouit de facultés cognitives, il ne peut pas être une faculté diverse des facultés de connaître que nous avons énumérées dans la Dynamilogie^ mais il doit être rapporté à Tune d'entre elles. Il n'est donc nul besoin que nous admettions un sens vital, comme faculté particulière, ayant pour objet de percevoir les opérations vitales.
ARTICLE SIXIÈME
Réfutation des argnmejits directs des Vitalistes contre V unité de la forme substantielle ou du prifîcipe vital
181. Après avoir démontré que l'âme raisonnable est l'unique forme substantielle de l'homme et partant qu'elle est dans l'homme non-seulement le principe des opérations intellectuelles, mais encore le principe des opérations sensitives et des opérations végétatives, il est nécessaire que nous réfu-
(i) Dynamilog ., ch.I, art. 3, pag. ^83-284.
tio'hs avec soin les arguments des adversaires de cette doctrine, comme nous Pavons annoncé dès le début de cette dissertation. Dans cette partie de notre travail, voici l'ordre que nous suivrons : Nous résoudrons d'abord les arguments directs des Vitalistes, c'est-à-dire les arguments que les Vitalistesont tirés des principes même de l'animisme, nous donnerons ensuite la solution de leurs arguments indirects^ ou des arguments par lesquels ils prétendent prouver que Tanimisme conduit à des conclusions absurdes.
182. i^^ Objection. A l'exemple d'Ockam (i), Gassendi (2) et les autres adversaires de l'animisme proposent cette difficulté : Un seul et même principe ne peut produire des effets d'une nature tout à fait diverse. Or les opérations végétatives, sensitives et intellectives diffèrent entre elles par nature. Il est donc impossible que le principe qui produit dans Thomme ces diverses opérations soit un seul et même principe (3).
i83. Réponse: Distiiig. maj. : si ce principe nej)ossède pas plusieurs puissances opératives, et qu'il opère immédiatement et -par soi^ conc. maj. ; mais s'il opère par le moyen de diverses puissances opératives, neg. maj. ; conc. min. ; neg. conseq. Pour Tintelligence de cette distinction, rappelons-nous, comme l'enseigne saint Thomas, 1° qu'il y a deux choses à considérer dans chaque action, savoir le sujet qui produit l'effet et la puissance ou faculté au moyen de laquelle le sujet produit l'effet en question (4) ; 2" que le sujet en est le principe éloigné et la faculté le ^vmci^o, prochain [b). Si donc le suppôt ne possède qu'une vertu ou puissance unique, il ne peut produire que des effets d'une même nature ; mais s'il jouit de plusieurs puissances ou facultés d'opérer, rien n'empêche qu'il ne produise des effets de nature diverse. La raison de cette différence vient de ce que l'espèce ou la nature de chaque chose dérive de ses causes prochaines et
(i) Quodlib. //, q. 10 et 1 1.
(2) Physic, sect. III, Membr. poster., lib. III, c. 4, éd. cit.
(3) Jouffroy, quoique vitaliste, avouait lui-même que cetargument n'a aucune portée, parce qu'il voyait bien qu'une seule et même ciiose peut produire des effets divers. Voir le J/emo/re ci7é?, pag. 187.
(4) « En toute action, dit notre S. Docteur, on doit considérer deux choses, savoir le suppôt qui agit et la vertu par laquelle il agit ; » I, q. XXXVi, a, 3 ad I.
(5) Voir la Dynamilofçic^ ch. I, art. i, vol. I, pag. 27.1-275.