TOME III I I
l66 ANIHROPOLOGIE
elle doit contenir virtiiellemcJit en soi les perfections de l'âme sensitive et de rame végétative, parce que la série des choses qui composent le monde doit être ordonnée de telle sorte, comme on l'a vu en Cosmologie (i), que la nature inférieure soit contenue vii^lnellement^ ou en puissance^ dans la nature supérieure. Par conséquent, puisque Tâme raisonnable contient virtuellement en soi les perfections des bêtes et des plantes, il en résulte naturellement que, lorsqu'elle informe la matière, elle lui communique Vetre sensitif et Vêtr^e végétatif, dont le premier donne à la matière la forme de la bête et le second la forme de la plante. Mais cela ne fait nullement que l'essence et les opérations de l'homme lui soient communes avec les plantes et les bêtes, parce que l'homme, outre la sensibilité et la vie, possède la raison qui le place bien audessus des unes et des autres (2). Voilà pourquoi les saints Pères font consister la dignité de la nature humaine, comme nous l'avons dit ailleurs^ en ce que l'homme est un petit mo7ide^ (i.ixpo)toG[;.oç, c'est-à-dire en ce qu'il renferme toutes les perfections des choses visibles (3).
ARTICLE SEPTIEME
Réfutation des arguments indirects des Vitalistes cojitre VuJiité du principe vital
211. ire Objection. A l'exemple d'Ockam (4), Leibnitz (5) et les autres vitalistes disent: Si l'âme raisonnable
(i) Cosmolog., ch. IV, art. 3, pag. 449 et 460, not. 4, et ch. V, art. i, pag. 470 et suiv. .
(2) De ce que l'âme raisonnable donne au corps Vêtrc sensitif. il s'ensuit, d'après S. Thomas, que Vctre sensitif ne peut se rapporter, dans l'homme, à l'espèce des bctes. « Quoique l'homme et le cheval soient semblables pour ce qui est sensitif, il ne suit nullement de là que l'âme sensitive ait la même essence dans l'homme et dans le cheval, parce que l'homme et le cheval ne sont pas un nicme animal sous le rapport de l'espèce; » In lit. II Sent., Dist. XVIII, q. II, a. 3 ad 4.
(3) Cf. pag. I, not. 2.
(4) Quodlibet II, q. 10 et 11.
(3) I.eibnitz accusa de matérialisme la théorie de Stahl, d'abord dans ses Attimadvers. contra theorias etc., Animadv. XXI, Opp., éd. Dutens, t. II, pag. 141, ensuite dans ses Responsa ad Stahlii Observationes. Respons. XXIV, ibid., pn-. T43 et 14-,'. Stahl réfuta les Remarques et les Réponses de Leibnitz ; et pour marquer le peu d'importance qu'il leur attribuait, il publia, sur '
était la forme substantielle du corps, ou le principe qui le constitue, elle serait comme le corps étendue et divisible. Mais tout ce qui est étendu et divisible est en même temps matériel. Donc Tanimisme, qui enseigne que Tâme est la forme substantielle du corps, fait Fâme matérielle (i).
212. Réponse : Neg. rnaj. ; cojic. ?nîn. ; neg. conseq. La majeure est fausse ; nous avons déjà montré, en effet, que toute forme substantielle était, par soi-même, quelque chose desimpie et d'indivisible, bien qu^elle soit étendue dans les corps inanimés et qu'elle se trouve divisible dans les plantes et dans les animaux imparfaits ; parce qu'elle n'est pas étendue et divisible par soi dans les premiers, mais seulement en tant qu'elle est concrétée dans la matière, et qu'elle n'est divisible dans les seconds que par accident (2). Mais, si cela est vrai pour les formes des choses qui sont inférieures à la forme de l'homme, c'est-à-dire à l'âme humaine, à plus forte raison ce doit être vrai pour cette dernière, qui non-seulement n'est pas une forme concrétée dans la matière, mais qui par sa raison surpasse de beaucoup la nature de la matière et possède des opérations qu'elle exerce sans le secours de cette même matière (3).
2x3. Instmice. Probo majorem : L'âme ne peut déterminer le corps à digérer les aliments et à produire dans le corps les autres opérations végétatives, à moins qu'elle ne se combine avec le corps, qu'elle ne s'étende et ne se divise comme lui et qu'elle ne devienne par conséquent une seule et même
la demande de ses amis, les observations de Leibnitz avec les siennes et donna pour titre à l'ouvrage : Negotium otiosum ou 2xJ0^«t;^Jl'a, Combat contre des ombres: voir pag. 41, not. 9.
(i) Les Vitalistes modernes, sur l'autorité de Leibnitz, ont tous accusé de matérialisme la théorie des animistes, quoiqu'ils n'appuient pas tous cette accusation sur les mêmes motifs que Leibnitz. Voir particulièrement Madin, Dictionnaire des sciences médicales, art. Stahlianisme \ Lesègue, De Stahl et de l'animisme, pag. 22 ; Lordat, Rappel des principes doctrinaux tic, pag. 473 etsuiv.; 'Ltvn.oxnQy Le vitalisme et l'animisme de Stahl, ch. 9, pag. 174; Jaumes, Introduction à la philosophie médicale, dans la Revue de Montpellier médical, ]\i\\\Qi 1860 ; Barthélémy Saint-Hilaire, Traité de l'ame d'Aristote etc., Préface, pag. XCI et suiv., édit. cit.
(2) Cf. Vol. II, Cosmolog., ch. L art. 6, pag. 336-338, etch. IV, art. 3, pag. 451-462, et pag. 457-458.
(3) « L'âme, dit Albert le Grand, n'est pas une forme corporelle qui s'étende avec la quantité du corps-, » De Anim., lib. II, tract. 11, c. 16. Cf. pag. i3, not. 2.
chose avec lui. Si donc vous faites de Tâme la forme substantielle du corps, ou le principe par lequel le corps accomplit ses opérations végétatives, il vous faut avouer par là même qu'elle est étendue et divisible.
214. Réponse: Nes^. antcc. et conseq. L'ame humaine, comme nous Favons dit plusieurs fois, est la forme du corps siiivajit son essence et non suivant la raison [i), parce qu'elle ne produit pas Torganisme de son corps au moyen de la raison, mais par instinct (2) ; pour la même cause, elle exerce les opérations végétatives par instinct aussi et nullement par raison. En effet Tâme humaine ne peut infoy^ner le corps, en tant qu'elle est raisonnable, parce que Pâme considérée sous ce rapport surpasse de beaucoup la nature de la matière; mais, comme elle est une forme plus parfaite que les formes sensitiveet végétative, elle peut communiquer au corps, qu'elle est naturellement destinée à informer^ les forces végétatives et sensitives: car toute forme contient en soi les perfections des formes qui lui sont inférieures. On voit dès lors très-clairement que l'âme peut être la forme du corps sans pour cela se mêler avec lui de manière à devenir étendue et divisible. Pour que deux substances engendrent un vrai composé par leur mélange, il est nécessaire qu'elles subissent une certaine altération^ en sorte qu'il résulte de leur union une substance unique qui diffère de chacune des substances composantes (3). Or l'âme, d'après les principes de l'animisme aristotélico-scolastique, qui est le nôtre, n'informe pas une subs-
(i) a Quoique l'âme soit la forme du corps, suivant son essence d'âme intellectuelle, ce n'est pas cependant suivant l'opération intellectuelle; nQq.dispp., q.un.De Anim.tQ.. y âd 1 1 . Ct". pag. 14, not. i.pag.iSg, 140, et pag. lOÔ-iSy.
(2) Cf. pag. 139 et suiv. Comment l'âme est-elle la cause efficiente de son corps r Le S. Docteur l'explique ainsi : « L'âme se rapporte au corps nonseulement pour ce qui regarde la forme et la fin, mais encore pour ce qui regarde la disposition de la cause efficiente ; l'âme est en effet relativement au corps, ce qu'est l'intelligence de l'artiste relatfvement à l'œuvre d'art. Tout ce qui est explicitement reproduit dans le chef-d'œuvre doit se trouver implicitement et originairemantdans l'intelligence de l'artiste. De même tout ce qui apparaît dans les diverses parties du corps se trouve originairement et comme implicitement contenu dans l'âme. Ainsi donc, de même qu'une œuvre d'art ne serait point parfaite s'il y manquait quelqu'une des qualités que réclament les règles de l'art, de même l'homme ne serait point parfait si tout ce qui est contenu implicitement dans son âme ne se développait extérieurement; et le corps ne répondrait pas pleinement à l'âme et dans la proportion voulue; » In lib. IV Sent.. Dist. XLIV, q. i, a. 2, so/. i c.
(o) Cf. S. Thom., Contr. Cent., lib. II, c. 56, n. i.
tance corporelle ou un corps déjà constitué, elle informe une matière privée de toute forme et c'est en informant telle matière qu'elle se construit un corps ; tandis qu'une vraie composition substantielle ne peut se faire, comme il a été dit, qu'entre des substances déjà constituées en acte, qui par leur union produisent une substance nouvelle. Donc, de ce que Pâme informe le corps, il n'y a pas lieu de conclure qu'elle se mêle avec lui. En outre, l'âme se confondrait avec le corps et deviendrait étendue, si en devenant la forme du corps elle perdait son être propre, pour acquérir l'être du corps. Mais, ainsi que nous l'avons répété plusieurs fois, l'âme en informant la matière ne reçoit pas Yêtj^e du corps, c'est elle au contraire qui, en tant qu'elle contient en soi-même la force végétative et la force sensitive (i), communique le sien à la matière, et rend le corps capable de sentir et de végéter, par là même qu'elle le fait participer à son être. Concluons de nouveau que l'âme raisonnable ne doit pas être appelée étendue et divisible sous prétexte qu'elle /^z/br?we le corps, suivant la doctrine d' Aristote et des Scolastiques.
2x5. Personne ne doit se laisser émouvoir par ce que disent Leibnitz et les vitalistes venus après lui, que Tâme ne peut communiquer son être au corps sans devenir une seule et même chose avec lui. Car l'âme humaine peut être considérée en soi, ou en tant qu'elle est raisonnable, et suivant qu'elle informe le corps, ou en tant qu'elle est le principe qui fait vivre celui-ci (2), parce qu'elle n'est pas, comme l'Ange, une forme purement intellectuelle, mais elle est une forme intellectuelle qui est destinée par sa nature à informer un corps. Maintenant, si on la considère de la première façon, tout en informant le corps, elle reste séparée de la matière du corps, parce qu'elle ne communique pas à ce dernier son être intellectif(3). La preuve manifeste de cela c'est qu'elle exerce ses
(i) Cf. pag. 57, not. 3.
(2) « En tant que l'âme est unie au corps, elle en est la forme, mais en tant qu'elle surpasse la proportion du corps, elle se nomme esprit, ou spirituelle; » Qq. dispp., q. un. De Spirit. créât., a. 2 ad 4.
(3) Albert le Grand dit à ce sujet: « L'homme possède une propriété spéciale en ce que son âme, pour ce qui lui appartient en propre, est une substance séparée, ne communiquant point par elle-même avec le corps ; si elle communique avec lui c'est par une autre puissance. Voilà pourquoi l'âme de l'homme ne se divise point alors qu'elle se sépare du corps, elle se retire faute d'un objet sur lequel elle puisse agir; » DelAnima, loc. cit.
lyo ANTHROPOLOGIE
opérations intellectuelles sans organe corporel (i). Si au contraire nous considérons Tàme de la seconde manière, elle s'identifie avec le corps, non en tant qu'il est un corps, c'està-dire quelque chose de matériel, mais en tant qu'il est un corps animée c'est-à-dire ce principe par lequel la matière devient un corps vivant. Mais ITime, même considérée de cette seconde façon, d'après laquelle nous avons dit qu'elle s'identifiait avec le corps, ne doit pas être regardée comnie étendue et divisible, par la raison que si la matière du corps vivant est étendue et divisible, le principe qui en fait un corps vivant ne peut être, comme nous l'avons dit, que quelque chose de simple et d'indivisible.
216. 2^ Objection. Si l'âme, suivant la doctrine d'Aristote et des Scolastiques, est dite le principe qui constitue le corps, ou sa forme substantielle, on doit dire aussi que l'âme est de la même nature que le corps, puisque de son union avec le corps résulte un tout par soi. Mais le corps est étendu et divisible. Donc, etc.
217. Réponse: Neg. rnaj. ; conc. min. ; neg. conseq. Nous ferons observer d'abord, avec saint Thomas, qu'il peut y avoir entre les choses une double convenance, une convenance de nature, laquelle existe entre les choses de la même nature, et une convenance de proportion qui existe entre la puissance et son acte. Cette dernière espèce de convenance diffère de la première. En effet, puisque la puissance et Tacte ne sont pas des natures complètes, mais ne sont que les parties et les principes d'une même nature (2), il ne répugne nullement que la puissance et l'acte, bien qu'ils appartiennent à une nature diverse, concourent comme principes et parties à former une nature complète (3). Or, s'il en est ainsi, il est évident que les Sco-
(i) « L'âme est réellement une substance séparée suivant sa puissance intelleciive, parce que la puissance inteliective n'est pas la vertu d'un organe corporel, comme la vision est l'acte propre de l'œil. Car l'intcUection esi un acte qui ne peut s'exercer par un organe corporel, comme la vision. Cependant l'intelligence est dans la matière en tant que l'âme, dont elle est une puissance, est la forme du corps; » 1, q. LXXVI, a. i ad i.
(2) Cf. Pag. 14, not. 2.
(3) « 11 faut savoir, dit S. Thomas, que la convenance entre les choses peut être considérée à un double point de vue, ou bien suivant les propriétés de la nature, et de la sorte l'âme et le corps différent beaucoup l'un de l'autre ; ou bien suivant la proportion de la puissance à l'acte, et de cette manière l'âme et le corps ont l'un pour l'autre une très-grande convenance. Cette dernière
lastiques ne font pas Tâme matérielle, en enseignant qu'elle est la forme substantielle du corps, parce que la forme substantielle ayant rapport à la matière comme Pacte à la puissance, il doit exister entre l'âme et le corps une convenance de proportion et non une convenance de nature. Cette convenance de rame avec le corps est plus grande, d'après saint Thomas, que la convenance de nature qui existe entre deux âmes, parce que deux âmes, ou deux esprits, sont deux formes ou deux actes, et par conséquent deux choses dont Tune ne se rapporte pas à Tautre; au contraire, Tâme avec le corps qu'elle est destinée à informer compose un seul tout, comme Tacte et la puissance forment un seul être après leur union (i).
218. 3^ Objection. L'âme humaine, suivant les animistes, produit les opérations matérielles du corps. Mais tout effet matériel suppose une cause matérielle. Donc Tâme, d'après les principes de l'animisme, doit être appelée matérielle.
219. Réponse : Dist. maj.; en tant que l'âme est raisonnable, neg. maj.; en tant qu'elle est le principe vital du corps et qu'elle opère par le moyen des organes corporels, siibdist. maj. ; l'âme produit les opérations du corps suivant qu'elles sont purement matérielles et corporelles, neg. maj.; suivant qu'elles sont vitales, conc. maj. ; conc. min. ; neg. cojiseq. Ces distinctions ont un tel caractère d'évidence, après ce que nous avons dit, qu'il est presque superflu de les expliquer. Car 1° l'âme doit concourir aux opérations du corps en ce qu'elle en est la forme ; or l'âme humaine n'est pas la forme
convenance est nécessaire pour qu'une chose s'unisse immédiatement à une autre comme sa forme ; sans cela, ni l'accident ne s'unirait à un sujet, ni une forme à la matière; attendu que l'accident et le sujet appartiennent à divers genres et que la matière est une puissance et la forme un acte; » In lib. II Sent., Dist. I, q. II, a. 4 ad 3. Cf. Q(j. dispp.. De Verit., q. XXV, a. i ad 7. Voir pag. 73, not. 3, et pag. 74, not. i. « Ainsi donc, dit S. Thomas, la substance intellectuelle et le corps qui seraient de divers genres, s'ils existaient séparément, deviennent un même genre en s'unissant, comme principes d'un même individu; » Contr. Gent., lib. II, c. 66.
(i) « L'esprit, il est vrai, a pour un autre esprit une plus grande convenance que pour le corps, s'il s'agit d'une convenance de nature ; mais d'après la convenance de proportion, qui est requise entre la forme et la matière, l'esprit convient plus avec le corps qu'un esprit avec un autre esprit, puisque deux esprits sont deux actes, tandis que le corps se rapporte à l'âme comme la puissance à l'acte; n Qq. dispp., q. un. De Spirit. créât.., a. 2 ad 10. S. Bonaventure dit de son côté : «L'âme a plus d'aptitude pour s'unir au corps, que pour s'unir à une autre âme-, » In lib. III Sent.^ Dist. I, a. i, q. i ad ar^.
du corps en tant qu'elle est raisonnable, mais en tant qu'elle lui communique Vêtre végétatif dont elle est le principe ; par conséquent Pâme ne concourt pas aux opérations du corps en tant qu'elle est raisonnable (i). 2° L'âme concourt aux opérations corporelles en ce qu'elle rend le corps capable d'accomplir les opérations vitales par cela même qu'elle lui octroie la vie ; mais le principe vital, comme nous l'avons montré, est quelque chose de simple et d'incorporel ; donc l'àme doit être simple aussi en tant qu'elle concourt aux opérations vitales.
220. Pour éclaircir de plus en plus cette doctrine, nous expliquerons encore deux points que nous avons souvent indiqués: i*' comment l'âme, qui est la forme du corps, produit-elle des opérations intellectuelles; 2° comment cette même âme, qui de sa nature est intelligente, produit-elle cependant des opérations corporelles.
221. Éclaircissons d'abord le premier point: l'âme, disonsnous, est le principe par lequel le corps vit, en même temps qu'elle possède la raison qui l'élève au-dessus de toute espèce de matière. Elle s'unit donc avec le corps, de manière qu'elle en surpasse les forces et les domine. Ecoutons saint Thomas : a Tout ce qui s'unit à une chose, comme son vainqueur et son maître, se trouve capable, outre les effets qu'il produit à raison de son union avec elle, d'en produire d'autres en tant qu'il est indépendant de la chose à laquelle il est uni... Par conséquent certaines forces peuvent provenir de l'âme comme actes du corps et d'autres peuvent en dériver parce qu'elle est indépendante de tout organe corporel (2). » Voici comment le saint Docteur établit cette doctrine ; parmi les nombreux passages que nous pourrions citer, nous choisissons le suivant qui est particulièrement remarquable; « Puisque rame est la forme du corps suivant sa substance, il n'est pas nécessaire que toutes les opérations se fassent par l'intermédiaire du corps... ; car déjà nous avons montré que Tâme humaine n'est pas une forme totalement submergée par la matière; et que, entre toutes les formes, elle est celle qui sur-
(i) Voici comment s'exprime S. Thomas: L'âme intellectuelle, « il est vrai, donne l'ctre au corps par son essence, mais suivant sa puissance elle produit des opérations qui lui sont propres : » Contr. Gentes, lib. II, c. 6q.
(2) In lib, II Sent., Dist. I, q. II, a. 4 ad 4.
nasse le plus la matière; elle peut donc produire certaines ^ Silon's sans le corps, c'est-à-dire sans dépendre du corps dans ses opérations, parce qu'elle n'en dépend pas non plus oour ce qui est de son être (i). »
^TJ En ce qui regarde le second point, nous disons que l'âme humaine,V cela même qu'elle est plus parfaite que toules les autres naîuresdu monde visible (.), PO-^e en ,o tre l'intelligence qui lui est propre et par ou elle surpasse les autres choses, toutes les perfections decesdermeres. A ns^en tant qu'elle informe la matière, elle lui communique et ie/re qui convient à tout corps inanimé, et la puissance .gétaU^e qui élève la plante au-dessus du corps inanimé, ^ Ja PU^ sance sensitive par laquelle l'animal l'emporte sur la plante ne retenam en propre que la puissance intellecttve, qui ne peut tre communiq'uée à la matière (3). En -tre, -m^^^^ Pâme humaine contient dans un seul principe 'es perfe non réunies de toutes les autres choses du monde visible, elle est capable par elle-même toute seule de fournir tout ce que peuvent donner et la formedu corps inanimé, e lame végéta tive de la plante, et l'âme sensitive de l'animal ; d ou 1 on voit que l'homme n'a besoin que d'une seule âme, puisque cette âme est à la fois principe intellectif, sensitif «végétatif (4 223 Afin d'éclaircir cette doctrine, on cite a bon droit l'exemple des nombres et des figures. En effet, les nombres varient par l'addition ou la soustraction de 1 unité, en sor e que le nombre supérieur contient le nombre inférieur et le
autres créatures;» Monolog., c. LXX, Opp., pag. -o, ea. oci
^ nTrLTforme qui est plus parfaite donne à la matière tout ce que lui donniit\ forme'nflrieure^ et 'quelque chose en sus^ ^^-^['^^l^l^^^^^ donne au corps humain tout ce que l'âme sensmve donne ^^^^ ^^^^^^^7,^.;., gétative aux plantes, plus quelque chose; » Qq. dispp.. q. un. De Anim
^'(4) c^La forme supérieure fait par un seul principe tout ce que 1" formes inférieures exécutent à l'aide de plusieurs, et au-delà Par exemple s la forme du corps inanimé donne l'e>c à la matière, la forme de la V^X^l^^'f^^^^ Vêtre ot\^ vie- l'âme sensitive lui donne ces deux choses et ^^''/''f^^^^^ sus ; enfin l'âme raisonnable lui donne tout cela et y ajoute encore la rai son ; » Qq. dispp.,q. un. De Spirit. créât., a. 3 c.
dépasse d'une unité. De même, les diverses espèces de figures sont disposées entre elles de manière que Tune contient Tautre ; ainsi le pentagone contient le quadrilatère et le quadrilatère contient le triangle. Or de même que le nombre supérieur, le nombre dix par exemple, n'est pas le nombre neuf ou le nombre huit par une certaine partie et le nombre dix par une autre, et que le pentagone n'est pas le quadrilatère par une figure, le triangle par une autre et le pentagone par une troisième ; de même rhomme n'obtient pas Vêtre raisonnable par une âme, Votre sensitif par une autre âme et Vêtî^e végétatif par une troisième, mais elle jouit de tout cela par le moyen d'une seule et même âme (i).
224. 4^ Objection. Si l'âme était la forme substantielle du corps elle existerait aussi longtemps que son union avec le corps persévère, mais pas au-delà. Or cette doctrine détruit rimmortalité de l'âme. Donc, etc.
22 5. Réponse: Neg. maj.; conc. min.; neg. conseq. En effet l'âme, comme nous l'avons dit (2), et comme nous le montrerons bientôt plus longuement, Tâme est la forme substantielle du corps, mais de manière à n'en point dépendre absolument. Or la nature d'une forme de ce caractère exige sans doute que cette forme conserve toujours une certaine inclination à s'unir avec son corps, mais elle ne fait point qu'elle ne puisse persévérer dans son être en dehors de cette union. Saint Thomas répond ainsi à une objection à peu près sem-
(i) Nous citerons encore S. Thomas sur ce sujet : « Voilà pourquoi les espèces peuvent être comparées, comme il est dit dans Aristote [In S Metaph.), aux nombres, dont les espèces varient par l'addition et par la soustraction de l'unité. Ce qui fait dire au même philosophe (/« :; De Anim.) que la vie végétative se trouve contenue dans la vie sensitive, comme le triangle dans le quadrilatère et le quadrilatère dans le pentagone ; le pentagone en effet contient virtuellement le quadrilatère, car il embrasse celui-ci et un certain espace en SUS; ce n'est pas cependant que dans le pentagone ce qui appartient au quadrilatère soit distinct Je ce qui forme le pentagone, comme seraient deux figures. Ainsi en est-il de l'âme intellective, elle contient par sa vertu Tâme sensitive, car elle embrasse celle-ci et quelque chose en sus, mais elle ne forme pas deux âmes pour cela ; » Qq. ...o^-;?., q. un. De Spirit. créât., a. 3 c. Ailleurs, après avoir exposé la même doctrine, il conclut en ces termes ; « Ainsi donc, de même que la surface qui a la figure d'un pentagone n'est pas tétragonc par une figure et pentagone par une autre, parce que le tétragone n'est pas limité du côté par où le pentagone le dépasse ; de même Socrate n'est pas homme par une âme et animal par une autre, mais tout cela lui vient d'une seule et même âme; m I, q. LXXVI, a. 3 c.
(2) Pag. 57-58.
DU SIEGE DE l'AME l'jS
blable : « Il convient par soi à Tâme d'être unie à un corps, comme il convient par soi au corps léger de s'élever en haut. Et de même que le corps léger reste toujours léger encore qu'il soit retenu loin de sa place naturelle, et conserve toujours la même tendance et la même aptitude à prendre cette place; ainsi Tâmc humaine persévère dans son être après qu'elle a été séparée du corps, gardant toujours la même aptitude et la même inclination naturelle à s'unir avec lui (i). m