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noble et que ces organes n'ont pas tous les mêmes fonctions, il s'ensuit évidemment que Tâme agit de diverses manières par le moyen de ces organes, et, si nous disons qu'elle est plus particulièrement dans cette partie-ci, ou dans cette partie-là que dans les autres, cela tient uniquement à ce que cette partie est l'instrument d'une faculté à la fois plus noble et plus importante (i).
229. Comme déjà nous avons parlé ailleurs de l'opinion des Stoïciens sur la nature de l'âme et de ses facultés, nous expliquerons seulement ici pourquoi ils ont placé l'âme dans le cœur et ce qu'ils reprochent à l'opinion de Platon. Zenon le Citique, contrairement à ce que Platon avait enseigné, niait que la tête fût le siège de l'âme : (t La voix, dit-il, est émise par le gosier. Mais, si elle provenait de l'encéphale, cela n'aurait pas lieu. La voix et la parole ont la même origine ; or la parole vient de Tâme raisonnable ; donc l'âme raisonnable n'exista jamais dans l'encéphale (2). m Ghrysippe prétend que la nature elle-même nous fait connaître que Pâme se trouve dans le cœur; attendu que les hommes, lorsqu'ils parlent d'eux-mêmes et qu'ils disent moi^ portent la main au cœur et abaissent les Jèvres inférieures vers la poitrine. Quoi qu'il en soit de ces raisonnements de quelques anciens, où l'on rencontre quelque chose de puéril, il est trèscertain que les Stoïciens plaçaient Tâme raisonnable (3) dans le cœur (4), afin que ranimée, par la chaleur, elle pût facilement s'étendre dans toutes les parties du corps, comme le polype étend ses bras de tout côté (5).
(i) Outre Aristote {De somn. et vigiL, c. 3 et 4), S. Thomas peut nous servir de garant sur ce point, Contr. Gent., lib. II, c. 72 ; I, q. LXXVI, a. 8 ad 5. Cf. pag. 112, not. 4.
(2) Voir Galien, De Hippocr. et Plat, placit.^ lib. II, c. 5.
(3) Galien, ibid., lib. II, c. 2.
(4) Diogène Laërce, lib. VII, segm. iSg; quoique plus d'un eût préféré qu'elle fût dans la tête. Cf. Plutarque, £)e /j/ûczY. philos., lib. IV, c. 21, et lib. V, c. 24. Empédocle paraît avoir partagé cette doctrine des Stoïciens, d'après un vers de lui que cite Porphyre: ATy.et yup «v9/:aVoi{ 'Tnpi-KupJioi iarC l't^fjia., c'est-à-dire, comme traduit Chalcidius, sanguine enim noster viget intellectus, ou plus littéralement, cAe^ les hommes, la pensée et le sang habitent dans le cœur. Voir Rigalt, in Tertullian., De Anim., c. XV, et Slobée, Ed. Phys., t. h P^S- 1026, éd. Heeren. Pour savoir comment il est possible de faire concorder ce que rapporte Cicéron au sujet d'Empédocle avec l'interprétation que nous donnons ici, on peut lire Kûhner sur ce passage, pag. 68, lena i835.
(d) Ce sont les paroles de Plutarque : Kaôa^Trtp aC ÙTri toJ" ■yraxJTroJoç rrhtxTeî''
l8o ANTHROPOLOGIE
2 3o. Personne n'ignore qu'Épicure plaçait l'âme dans la poitrine, ou, comme dit Tertullien, dans toute la capacité thoracique, iji tota lorica pectoris. Car, bien que Pâme entière fut composée, d'après lui, de quatre éléments (i), il la divisait cependant en deux parties, l'une irraisonnable, aXoyov, qui est répandue dans tout le corps, et l'autre raisonnable, Xoyixov, qui siège dans la poitrine. Ce qui se passe en nous dans la crainte et la joie lui paraissent une preuve manifeste de son sentiment (2).
23 1. Pour ce qui concerne les Pères de l'Église, ils adoptèrent presque tous l'opinion d'Aristote,et, en embrassant son
mi^ De placit, phil., lib. IV, c. 21. On lit à peu près la même chose dans Stobée, Ed. Pliys., pag. 876, t. I, éd. cit. Ce qui ne doit point paraître étonnant, puisque l'âme, suivant eux, est un esprit doué de chaleur, 9«/i/ao'v ^VÉtT/za, ou qui se confond avec le corps, o-t/>xtx/:«^.îvov rttc c-eôy-aa-i. Cf. Stobée, Ed. Phys., pag. 796, 870, éd. cit. Puisque nous parlons de l'opinion des Stoïciens, il n'est pas inutile de remarquer ici que Rigalt, à propos de Tertullien, Ménage, à propos de Diogène Lacrce, et Fabricius, à propos de Sextus l'Empirique, abusent étrangement des témoignages de la Sainte Écriture et des Pères, pour établir que l'opinion des chrétiens ressemblait à celle de l'École stoïcienne. Quant à Fabricius, qui cite les témoignages des anciens Juifs, s'appuyant sur l'autorité du juif Philon, il en vient à un tel point de démence qu'il n'hésite pas à déclarer que Dieu avait défendu aux Juifs de lui immoler les cœurs des animaux, parce que le cœur étant le siège de l'âme se trouve par là-même le siège des vertus et des vices, tandis qu'on ne doit offrir à Dieu que des victimes pures. Sans rien dire ici de l'opinion des S. Pères que nous allons exposer ci-après, il faut avoir une singulière audace, pour ne pasdire une rare impudence, pour détourner ainsi à son gré les Saintes Écritures de leur vrai sens et rapporter au siège de l'âme ce qu'elles disent du cœur de l'homme, considéré comme siège et principe des affections du cœur. Qu'ont-elles en effet de commun avec le siège de l'âme, soit les paroles de VEpître aux Romains (ch. 10, V. 10) : a Corde creditur ad justitiam, w soit les paroles que nous lisons dans les Actes des Apôtres (ch. I, v. 2 5 et ch. XV, v. 8), où il est dit que Dieu scrute les cœurs? \\icun interprète n'y a jamais vu et ne pouvait y voir un pareil sens ; car ces paroles et d'autres pareilles que l'on rencontre ça et là dans les Écritures marquent simplement, pour tout lecteur de bonne foi, les sentiments et les affections de l'âme. Ce qui apparaîtra plus clairement encore par ce que nous dirons plus bas, dans une note, pour expliquer l'opinion des SS. Pères. L'autorité du juif Philon n'est pas tellement grande qu'elle soit capable de déterminer qui que ce soit à prendre au sérieux dépareilles niaiseries et de pareilles futilités ; car quiconque est tant soit peu au courant de l'archéologie sacrée constate sans peine que Philon mêle souvent aux principes du Judaïsme les idées de Platon et du Stoïcisme. Cf. Moshen, Ad Cudwortii syst. intellect.^ t. I, pag. 641, éd. cit., et Bruckcr, Histor. philos., t. II, pag. 801 et suiv.
(i) Stobée, EcL phys., t. I, pag. 799, éd. cit.
(2) Diogène Laërcc, lib. X, segm. 66 ; Lucrèce, De rerum natura, lib. III, v. i37 ; voir les notes de Thomas Crech sur ce passage. Il est certain, d'après ce que Plutarque raconte de Dèmocrite (lib. IV, c. 4), qu'Épicure n'a fait que copier ce dernier philosophe dans ce qu'il dit sur cette question.
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opinion, ils reproduisent mot pour mot ses paroles. Voyons de préférence saint Augustin : « L'àme, dit-il, est non-seulement présente à toute la masse du corps de Thomme, elle est même présente toute entière et simultanément à chacune de ses moindres parties (i). » Et ailleurs : « Elle n'est pas répandue dans l'espace à la manière d'une masse corporelle, mais elle se trouve toute entière dans chaque corps, dans le corps tout entier, et dans chacune de ses parties (2). » Némésius reproduisant ces mêmes paroles^ après saint Augustin, ajoute : « Quant à Tâme, comme elle est privée de corps, elle n'est pas délimitée par le lieu ; toute entière par tout le corps, elle le pénètre de sa lumière, et il n'est pas une partie éclairée par elle, oii elle ne soit présente toute entière (3). » 2 32. Personne n'ignore que les Docteurs scolastiques ont
(i) De immort, anim., c. i6, n. 25.
(2) De Trinit., lib. VI, c. 6, n. 8. « L'âme, dit-il encore, s'étend par tout le corps qu'elle anime, non d'une diffusion locale, mais en vertu d'une certaine intention vitale. Car elle est présente simultanément toute entière jusque dans les moindres parties du corps; elle n'est ni plus petite dans les petites, ni plus grande dans les grandes ; cependant son action est plus intense ici et plus faible ailleurs, mais elle existe toute entière dans toutes et dans chacune des parties; » Epist. CLXVI^ c. 1 1 , n. 4.
(3)Z)i? 7iaturahominis,c. III, pag. 35, text. latin., et pag. 134, text. grec, ed, Frid. Matthaei, Halae Magd. 1802. Ajoutons à ces deux témoignages celui de S. Ambroise : « L'âme se montre toute entière partout dans son corps, elle n'apparaît ni plus grande dans les parties plus grandes de son corps, ni plus petite dans les parties moindres; w De dignit. condit. human., c. 2. Nous savons très-bien que Clément d'Alexandrie (Stromat., lib. V, pag. 7o3, Venetiis 1757), Tertullien {De anim., c. i 5) et Lactance {De Opific. Dei-, c. i5) ont enseigné que le siège de l'âme est dans la tête ou dans le cœur, et que les historiens leur attribuent cette opinion ainsi qu'à plusieurs autres. Mais nous n'avons pas à nous préoccuper beaucoup de ce que ces écrivains et quelques autres Apologistes chrétiens ont écrit sur ce sujet, parce que nous savons qu'ils ont reproduit l'opinion d'autrui plutôt qu'ils n'ont exprimé la leur; ils ont proposé leurs doutes plutôt qu'ils n'ont émis une opinion personnelle. Voir en particulier Tertullien, De resurrect. carnis, c. i5, et Lactance, Z)e Opific. Dei, c. i5. Au reste, nous ferons observer que si les Pères de l'Église paraissent se ranger plus ordinairement à l'opinion des Stoïciens, c'est moins pour soutenir que le cœur est le siège de l'âme que pour contredire Platon, qui avait enseigné que toutes les affections de l'âme viennent du cerveau ; c'était aussi pour soutenir une opinion qui leur paraissait plus conforme aux témoignages précis de la Sainte Écriture. Q.ue tel ait été le sens des paroles dont se servent les saints Pères et qu'ils aient entendu parler non du siège de l'âme, mais du principe de ses affec-, tion, nous pouvons le conclure et de la définition du mot >)>tjaov»xû'v donnée par Suidas (t. II, pag. 42, éd. cit.) et des paroles dont se sert S. Jérôme : « Le principal n'est pas dans la tête, comme l'enseigne Platon, mais dans le cœur, suivant la doctrine du Christ » {Comm. in Evang. Matthcci, lib. II. c. i 5, v.
17, 20). Tout nous porte à croire qu'il faut expliquer de la sorte divers passages d'Origène {Homilia IX in Exod.\ de S, Grégoire de Njsse {Orat. I De Resurrect. Christi) et de Théodoret, Senn. III De Provid,