‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 31 sur 106 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

324. Nous avons déjà montré que l'âme n'est pas la même chose que le corps et qu'elle en est substantiellement distincte. Nous ajoutons : bien qu'elle soit unie au corps, non-seulement elle s'en distingue, mais encore elle n'est rien de corporel, c'est-à-dire rien d'étendu, ni de divisible, et son être ne dépend nullement du corps. C'est pour cela qu'elle

(i) I, q. LIV, a. I ad I.

(2) Ibid., q. XVIII, a. 2 ad i.

(3) Ibid., q. XVIII, a. 2 c.

(4) In lib. IV Sent., Dist. XLIX, q. l, a. 2, solut. 3 c.

DE l'immatérialité DE l'aME HUMAINE 246

est appelée immatérielle, et sous ce nom Ton a voulu indiquer i"" qu'elle est quelque chose de simple et d'indivisible; et 2" qu'elle est une forme immatérielle, c'est-à-dire une forme spirituelle, ou qui subsiste en soi-même (i).

ARTICLE PREMIER

Simplicité de Vâme humaine

32 5. Plusieurs anciens ont enseigné un genre de matérialisme qui consiste à dire que l'âme humaine se distingue de notre corps, mais qu'elle est pourtant quelque chose de corporel. Parmi eux nous devons principalement citer : i° Les philosophes d'Ionie qui, se fondant sur cette maxime que le semblable est connu par le semblable^ qu'ils entendaient de travers, en concluaient que l'âme est matérielle (2) ; 2° les disciples de Démocrite et ceux d'Epicure ; comme, d'après ces philosophes, il n'existe rien qui ne soit produit par la multitude des atomes fJJ, ils se figuraient que l'âme de l'homme était formée par l'agrégation de particules petites et rondes, formées d'eau, de feu et d'air, auxquelles ils en ajoutaient une quatrième innommée, encore plus légère et plus mobile que les autres et dont le rôle était de produire les sensations (4) ;

(i) Cf. Vol. II, Cosmolog.^ ch. IV, art. 3, pag. 451-452,

(2) On peut voir, sur les opinions de ces philosophes, Aristote, De Anim., lib. I, c. 2; Macrobe, In somnium Scipionis-, lib. I^ c. 14 ; Plutarque, De pla~ citis philosoph., lib. I, c. 3, et lib. IV, c. 3; Scipion d'Aquilée, De placit. philosoph., etc., lib. I, c. 2, et les observations que fait Brucker sur ce même passage, Leipzig ijd6. Écoutons ce qu'en dit S. Thomas: a Les philosophes physiciens antérieurs, faisant réflexion que les choses connues sont corporelles et matérielles, en concluaient qu'elles doivent exister matériellement dans l'âme qui les connaît. Voilà pourquoi, afin d'attribuer à l'âme la connaissance de toutes les choses, ils supposèrent que l'âme possède une nature commune avec toutes les choses de l'univers. Et, comme la nature des composés résulte delà nature des principes composants, ils donnèrent à l'âme la nature du principe qu'ils admettaient. Ainsi les philosophes qui regardaient le feu comme le principe de toutes choses, attribuèrent à l'âme la nature du feu, ceux qui donnaient la préférence à l'air ou à l'eau firent de même. Empédocle, qui. admettait quatre éléments matériels et deux éléments moteurs, disait aussi que l'âme est composée de ces divers éléments» ; 1, q. LXXXIV, a. 2 c. ; cf. I, q. LXXXV, a. 3 c, et In lib. I De A7îim., leci. IV.

(3) Voir Cicéron, Qq. TuscuL, lib. I, c. XL

(4) Lucrèce expose ce système impie avec l'élégance qui lui est habituelle, De rerum natura^ lib. III, v. 178 seqq., éd. Greech :

Is tibi nunc animus quali sit corpore, et unde Constiterit, pergam rationem reddere dictis. Principio esse aio pcrsubtilem, atque minutis Perquam corporibus factum constare, etc.

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