‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 34 sur 106 · TOME in · texte numérisé non relu

TOME in

202 ANTHROFOLOGIE

le plan d'un édifice sans concevoir en même temps la raison propre de chacune de ses parties (i). »

3" Si la conscience, ou la perception de nos perceptions, consistait dans le mouvement, ce ne serait pas une motion unique, mais elle serait le résultat de deux motions dont Tune se rapporterait à l'autre ; car Tacte par lequel Tintellcct se connaît lui-même et connaît son acte diffère, comme nous Pavons démontré (2), de celui par lequel il connaît Tobjet de son intcllection. Or il répwgne qu'une motion se rapporte à une autre motion : car « L'acte du corps ne peut se terminer à une action, pas plus qu'un mouvement à un autre mouvement. Au contraire Pacte de la substance intelligente peut se terminer à une action; en^ffet, de même que l'intellect peut concevoir une chose, de même peut-il concevoir qu'il la conçoit (3). »

4" Enfin, pour se rappeler une chose passée, l'âme doit savoir que la chose qu'elle connaît maintenant est celle-là même qu'elle a connue auparavant, en d'autres termes elle doit r^- C07i7iaître la chose précédemment connue. Or cette reconnaissance est impossible à expliquer dans l'hypothèse des Matérialistes. D'abord il est absurde de dire qu'elle résulte de la répétion des mêmes commotions dans le cerveau. En effet, comme, dans le cerveau, la nouvelle motion est en tout semblable à celle qu'il a reçue dans une circonstance antérieure, la chose d'où part cette motion sera perçue de nouveau, mais rien, dans cette nouvelle motion, n'indique qu'elle est la répétition d'une autre plus ancienne, identique à celle-ci. Car il serait nécessaire pour cela que, par le moyen de la motion cérébrale renouvelée, et nous percevions la chose présente et nous reconnaissions qu'elle a été déjà perçue auparavant. Mais ce résultat est absolument impossible. Premièrement, parce que la connaissance et la reconnaissance d'une chose sont deux actions distinctes, et qu'il répugne, comme nous l'avons dit, que deux actions distinctes soient produites par un moyen unique. Secondement, parce que ce sont non-seulement deux aaions distinctes, mais encore des actions de divers genres ;

(i)I,q. XV, a. 2C.

(2) Vol. I, Dynamilog.^ ch. III, art, 7, pag. 411-412.

(3) Contr. Cent. lib. Il, c.4i(, n. 8,

ÎDuisque Tobjet de Tune est présent, tandis que l'objet de Tautre est passé. Or des actions de divers genres réclament nonseulement plusieurs moyens, elles réclament des moyens divers, attendu qu'il doit exister une certaine proportion entre Faction et le moyen par lequel elle est produite. Troisièmement, parce que la reconnaissance devrait se faire ou bien par le moyen de la même commotion du cerveau réitérée, ou par une autre qui lui succéderait. Or ni Tune ni Fautre hypothèse n'est admissible. Et d'abord la première, car il est absurde, nous l'avons vu, que des actions de divers genres résultent d'un même moyen. La seconde est également absurde, car il n^est pas possible de reconnaître une chose connue auparavant, si cette reconnaissance n'est pas actuelle. Mais, si l'une des commotions succède à l'autre, elles ne peuvent exister en même temps. On pourrait bien moins encore alléguer que la reconnaissance de la chose est l'œuvre de la motion même qui nous la fit percevoir la première fois. Personne n'ignore en effet que les mouvements corporels qui se succèdent se contrarient mutuellement, en sorte que le second détruit le premier. Par conséquent, si l'on suppose que cette première motion, qui nous fit percevoir la chose, subsiste pour que nous puissions nous la rappeler, il s'ensuit que nous serions dans l'impossibilité de percevoir autre chose ; puisque, la première impression persévérant, aucune autre ne pourrait se produire. Mais, si l'on suppose que d'autres perceptions succèdent à la première, celle-ci sera détruite par celles-là, et partant il nous est impossible de nous rappeler la chose que nous avions perçue. 347. Nous avons emprunté cet argument à Eusèbe : « Si le corps, dit-il, est ce qui sent en nous, l'action de sentir ressemblera aux empreintes que laissent sur la cire les figures gravées sur un sceau et qui, formées avec du sang, ou imprimées en creux, sont Tobjet d'une perception sensible. Si l'impression sensible, ainsi qu'il est vraisemblable, se produit sur un corps fluide comme l'eau, la mémoire sera troublée et le souvenir n'aura pas lieu. Si les images restent imprimées dans cette âme corporelle, tant que la place sera occupée par les premières images, aucune autre ne pourra les remplacer et les opérations des autres sens seront impossibles. Si au contraire d'autres images succèdent aux premières, celles-ci seront effacées et il n'en restera nui souvenir. Mais, si nous

sommes capables de nous souvenir et d'éprouver diverses sensations, Tune après l'autre, si les premières ne font point obstacle aux secondes, il est manifeste que Fesprit ne saurait d'aucune manière être un corps (i), »

348. Il y a bien d'autres arguments par lesquels nous pourrions montrer que les pensées diffèrent immensément des mouvements corporels. Pour ne pas prolonger cette discussion au-delà des bornes, nous nous contenterons d'indiquer les suivants: 1° Les corps « ne se meuvent pas eux-mêmes; quoiqu'ils conservent en eux-même le principe de leur mouvement (2) : )) c'est pourquoi, si on les soustrait à toute cause extérieure déterminante, ils ne peuvent ni se mouvoir ou se déterminer au mouvement, en supposant qu'ils sont en repos; ni cesser de se mouvoir et rester immobiles au même lieu, lorsqu'ils sont en mouvement. Mais, comme dit Lactance, « l'esprit pense spontanément et se meut de même (3). » 2° Les pensées, ainsi que nous l'avons dit souvent, sont des actions immanentes ; le mouvement corporel appartient, au contraire, au genre des opérations transitives : « L'action de l'intellect n'est pas d'une nature pareille à l'action que l'on rencontre dans les corps, laquelle passe d^une matière dans une autre (4). » 3" La force motrice des substances corporelles va s'affaiblissant d'une matière continue et finit par s'éteindre; tout au contraire, l'intelligence de l'homme, loin de s'alfaiblir par l'exercice, augmente encore et en acquiert plus de force: « Les puissances et les forces de l'âme, dit l'auteur du livre De spiritu et anwiay augmentent par un long exercice

{\)Prœparat. Evang., lib.XV, n. 83o, pag. i363, éd. Migne.

(2) Q q. dispp., De Ver., q. XXIV, a. i c.

(3) De Opificio Dci, c. 16. De ce principe, que nul corps ne se meut luimême: Aucun corps ne se meut s'il n'est mû {In lib. II Sent., Dist. Il, q. II, a. 3 sol.), il résulte encore que si ce qui pense en nous est un moteur corporel, il doit à son tour ctre mû par un autre ; et si ce moteur est aussi un corps, il a besoin également d'un autre moteur, ainsi de suite, jusqu'à ce que nous arrivions à un moteur qui ne soit pas un corps. Mais, si ce moteur incorporel n'existe pas dans la nature, une série infinie de moteurs serait nécessaire jour obtenir une pensée, et, comme une série infinie de moteurs ne peut être franchie, l'existence d'une pensée ne serait pas même possible.

(4) I, q. LVl, a. I ad 3. Ce n'est qu'improprement que l'on peut attribuer le mouvement aux opérations de l'âme :« Les opérations de l'âme, dit S. Thomas, telles que l'intellection et la sensation, reçoivent aussi quelquefois le nom de mouvement, mais ce n'est que d'une manière impropre » ; In lib. I Sent., Dist. XXXVII, q. IV, a. i ad i. Cf. Dynamilog., ch. V, art. i, pag. 339 et 540.

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et "par la succession du temps (i). « 4** Enfin la rapidité de la pensée est telle que les mouvements corporels ne sauraient en approcher : « On ne peut s'empêcher de Fadmirer, dit Lactance, cette pensée vive et céleste que nous appelons intelligence, ou esprit, est d'une telle mobililité qu'on ne la trouve jamais en repos, même pendant le sommeil ; sa rapidité est telle qu'elle fait en un seul instant le tour du ciel ; elle franchit les mers, elle parcourt les terres et les villes ; elle place devant elle tout ce qu'il lui plaît, quelque éloigné qu'il soit (2). »

349. Les arguments que Ton a produits pour démontrer la simplicité de Tâme ont tant de force que Lucrèce luimême, comprenant très-bien que les pensées ne pouvaient s'expliquer par le mouvement des corps qui étaient connus de son temps, en imagine un quatrième qui est sa?is nom connu ^ d'où il prétend que les pensées tirent leur origine (3). De son côté, Hobbes, sans s'apercevoir qu'il se contredit lui-même, s'écrie quelque part: « Qui donc pourrait se persuader que non-seulement le mouvement, mais la perception elle-même est produite par l'impression des objets extérieurs (4) ? »

ARTICLE DEUXIÈME

Réponse aux objections des Matérialistes

11 nous reste à examiner les principales objections que les Matérialistes font valoir contre la simplicité de l'âme; nous verrons qu'elles ne résistent pas à un sérieux examen.

35o. ire Objection. Quoique les parties de la matière, chacune prise à part, soient incapables de pens^, elles peuvent cependant se combiner de telle sorte que la faculté de penser naisse de leur combinaison ; de même que, dans Thorloge, la puissance de désigner les heures résulte de l'arrangement et de la disposition de toutes les parties, bien que nulle d'entre elles n'ait ce pouvoir. Il peut donc exister un être pensant composé, bien que chaque partie du composé, prise à part, soit dépourvue de la faculté de penser.

(i) De spiritu et anima, c. 3o.

{2) De opifîcio Dei, c. i6.

(3) Cf. Pag. 243.

(4) Leviathan, sive de Civit, Christ.^ Jbid., psig. 3, cd. cit.

35 1. Réponse: Neg. anteced. et paritatetn. Il ne faut pas oublier que « les parties composantes causent l'être du tout (i), » et que leur nature n'est pas changée par leur connexion ou par la disposition qu'elles reçoivent dans le tout ; car tt la disposition matérielle peut bien être cause accidentelle, mais non cause absolue (2). » Ainsi, le tout résultant de plusieurs parties liées entre elles peut être capable de produire certain effet que les parties séparées seraient incapables de produire, lorsque ces parties sont naturellement ordonnées pour cela. Par conséquent la vertu qui se trouve dans un tel composé ne résulte jamais de la combinaison de plusieurs puissances d'espèce différente, elle est toujours le résultat de plusieurs forces qui appartiennent à la même espèce. Par exemple, la propriété d'indiquer les heures ne vient pas et ne peut venir de la combinaison de forces partielles d'espèce diverse, mais elle résulte de plusieurs forces de la même espèce, telles que le mouvement et la figurs dont la combinaison produit tout l'artifice de l'horloge. D'où l'on peut conclure que, si la pensée existait dans un être composé, c'est-àdire dans une certaine portion de matière, elle devrait être formée de qualités de la même espèce. Mais, comme les parties de la matière sont étendues, elles comprennent des qualités, telles que le mouvement, la figure et autres, qui n'ont rien de commun avec les qualités de la pensée. Donc, quelque disposition que Ton donne à des parties matérielles, il n'en sortira jamais un tout capable de penser (3).

352. 2^ Objection. La substance corporelle est douée de qualités qui ne sont point divisibles, telles sont la gravité, la force motrice, et d'autres qu'on pourrait citer. Par conséquent, de ce que la pensée est indivisible, on ne peut conclure qu'elle ne saurait convenir à la substance corporelle.

353. Réponse: Distiiig. mitec; ces qualités sont indivisibles considérées en elles-mêmes, conc. ant. ; elles sont indivisibles considérées dans le corps qu'elles modifient, 7ieg. antec. ; neg. conseq. En effet, de même que les formes du corps sont appelées simples ou inétendues, si on les considère

(i) In lib. m Sent., Dist. VI, q. Il, a. 3 sol.

(2) i» 2«, q. XXVII, a. 2 c.

(3) « Les parties étendues sont des portions de matière » ; In lib. III Sent.. Dist. VI, q. I, a. 2 sol.

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comme abstraites de la matière (i), de même les qualités telles que la gravité ou la pesanteur, la force motrice et autres semblables, ne présentent rien que de simple et d'indivisible, si nous les considérons en elles-mêmes, abstraction faite du corps qu'elles affectent. Mais elles ne sont plus indivisibles si nous les considérons en tant qu^elles modifient quelque substance corporelle ; ainsi la pesanteur est proportionnelle à la masse du corps ; de même la force motrice est dispersée dans toutes les parties du corps en mouvement, de telle sorte que si nous représentons cette force motrice par deiix^ nous devrons représenter par un la force motrice de la moitié de ce corps. Au contraire toute pensée est indivisible, soit que nous la considérions en elle-même, soit que nous la considérions dans le sujet pensant.

354. 3^ Objection. C'est une maxime généralement admise que tout ce qui est reçu dans autre chose prend la forme de la chose qui le reçoit. L'âme est reçue dans le corps. Donc l'âme doit être corporelle.

355. Réponse : Distijig. maj. ; en ce sens qu'une chose ne peut être reçue par une autre qu'il n'y ait entre elles une certaine proportion, co7îc. maj. ; en ce sens qu'il doit y avoir entre les deux une convenance de nature, neg. maj. Je distingue aussi la mineure: L'âme est reçue dans le corps comme une chose parfaite dans une autre qui est perfectible, conc. min.; elle y est reçue de manière à être contenue dans le corps, neg. min.; neg. conseq. Certes, Tâme n'est pas reçue dans le corps de telle sorte qu'elîe soit contenue par lui, car c'est l'âme plutôt, comme dit saint Augustin, qui contient le corps (2). Ainsi le corps reçoit l'âme de la façon dont la matière reçoit la forme, c'est-à-dire pour être perfectionné par elle ; ou, comme nous l'avons dit ailleurs, « afin d'être constitué par elle dans Vêtre de quelque espèce déterminée (3). » Mais, pour que le corps reçoive l'âme de cette manière, il n'est pas nécessaire que la nature de l'âme ressemble à celle du corps, en sorte qu'elle soit étendue comme lui (4), il suffit

(i) Cf. Vol. II, Cosmolog., ch. L art. 6. pag. 338, not.. 3, et ch. IV, art. 3, pag. 456, not. 2.

(2) Contr. Epist. Man., c. 16, n. 20. Cf. pag. 127 et 197.

(3) Voir le vol. II. Cosmolog., ch. I. art. 3, pag. 314, not. 4.

(4) Voir pag. 169-171.

qu'il y "ait entre Tun et Fautre une certaine proportion, laquelle consiste en ce que le corps se rapporte à Tâme et se trouve capable d'ctre informé par elle : « La proportion de convenance entre la matière et la forme comprend deux choses, dit saint Thomas : la matière doit avoir une disposition naturelle pour recevoir cette forme, et tout obstacle à Tunion doit être écarté (i). » Or nous avons déjà montré que la simplicité de Tame n'empêchait pas qu'elle n'eût avec le corps une telle proportion (2). Gela est si vrai, comme Tobserve saint Thomas, que même le corps qui est reçu dans un autre n'acquiert nullement la nature de ce corps. « Lorsqu'on dit que tout ce qui est reçu dans un autre en reçoit sa manière d'être, il s'agit de sa capacité et non de sa nature. Car il n'est pas nécessaire que ce qui est reçu dans quelque autre chose possède la nature et les propriétés de la chose qui le reçoit, il suffit qu'il se conforme aux exigences de sa capacité. Il est manifeste en effet que l'eau n'a pas la nature du vase qui la contient ; il n'est donc pas nécessaire non plus que l'âme ait la même nature que le corps (3). »

356. 4^ Objection. L'âme ne peut mouvoir le corps sans le toucher. Mais le contact n'est possible qu'entre les corps. Donc l'âme est corporelle.

357. Réponse : Disting. maj.; sans le toucher d'un contact de vertu^ conc. maj.; d'un contact corporel^ neg. maj.; sous le bénéfice de la même distinction, neg. et conc. min ; neg. conseq. D'abord, comme « le mouvement est l'acte de ce qui existe en puissance (4), n il appartient bien plus aux substances immatérielles de le produire qu'aux substances matérielles. En effet, rien ne peut passer de la puissance à l'acte, si ce n'est par l'action de ce qui déjà existe en acte. Or les substances intellectuelles sont plus en acte que les corps. Donc la faculté de mouvoir les choses convient plus aux esprits qu'aux substances corporelles : « Les substances intellectuelles agissent sur les corps et sont capables de les mouvoir, parce qu'elles sont immatérielles et qu'elles existent en acte (5) . >»

(i) Inlib. IV Sent., Dist. XVII, q. I, a. 2, sol. i c.

(2) Cf. Pag. 170 et 171.

(3) Qq.dispp, q.un. De Anim.^ a. lo ad 14.

(4) In lib. I Sent., Dist. VIII, q. I. a. 3 sol.

(5) Contr., Gent.Jïb. II, c. 36.

DE L^IMMATÉRIALITÉ DE l'aME HUMAINE 269

Mais , pour comprendre comment une substance immatérielle se trouve capable de toucher et de mouvoir le corps, il faut distinguer un double genre de contact : le contact de quantité^ qui est propre aux substances corporelles, et le contact de vertu^ qui est particulier aux esprits (i). Les choses auxquelles convient le premier genre de contact, dit saint Thomas, sont celles « qui s'unissent par les parties- extrêmes de leur quantité ; d'où il résulte que dans les corps le contact est mutuel (2). )> Le contact de vertu appartient à certains êtres qui, « bien qu'ils ne soient pas contigus par les parties extrêmes de la quantité, sont dits cependant capables de contact, en ce qu'ils agissent sur les choses (3). « C'est au moyen d'un contact de ce genre que la substance immatérielle, qui est indivisible, peut mouvoir le corps, qui est une certaine quantité divisible ; car ce qui est indivisible, comme le point géométrique, ne peut toucher d^un contact corporel que ce qui est indivisible comme lui ; mais la substance immatérielle est capable de toucher d'un contact de vertu même la quantité divisible : « La substance intellectuelle, bien qu'indivisible, peut toucher la quantité divisible, en tant qu'elle agit sur elle. Car l'indivisibilité du point est d'une autre nature que l'indivisibilité de la substance intellectuelle. Le point, en effet, est comme le terme de la quantité, c'est pourquoi il occupe, dans la substance continue, une position déterminée, au-delà de laquelle il ne peut s'étendre ; mais la substance intellectuelle possède un genre d'indivisibilité qui n'a rien de commun avec la quantité ; d'où il arrive qu'elle n'a pas pour terme de son contact une quantité indivisible déterminée (4). » D'ailleurs nous avons déjà démontré que l'âme ne peut mouvoir le corps qu'au moyen d'un contact de vertu (5).

(i) Cf. Vol. I, DynamiL, ch. V, art. i,pag. 537-538, Ce genre de contact est appelé aussi quelquefois contact 5;7zr/>we/,' Qq. dispp.^ De Pot., q. VI, a. 7, ad II et ad 12.

(2) Contr. Gent., Wh. II, c. 56.

(3) Contr. Cent., lib. II, Ibid.

(4) Ibid., lib. II, c. 56.

(5) Cf. Vol. I, Dynamilog., ch. W, passim. S. Augustin, décrivant la puissance dont Tâme jouit de mouvoir son corps, dit ces paroles: « Nous portons les pieds et les mains, comme nous l'entendons, vers les objets que nous voulons atteindre au moyen de ces membres, sans résistance aucune et avec cette facilité que nous avons pu constater soit en nous soit chez les autres » ; De Civit. Dei, lib. XIV, c. 23. Nous lisons dans le chapitre suivant ( c. 24):

Par conséquent, de ce que nous accordons à Filme la puissance de mouvoir son corps, on ne peut rien conclure qui répugne à sa simplicité. Bien plus, c'est même une preuve, comme nous en avons fait la remarque ailleurs (i), que Tâme ne peut pas être un corps. « Par plusieurs de ses œuvres, dit saint Augustin, Tàme fait voir qu'elle est vivante. Car, si elle ne vivait pas, elle serait incapable de mouvoir son corps, elle ne commanderait pas aux pieds de marcher, aux mains de travailler, aux yeux de voir et aux oreilles d'entendre, elle n'ouvrirait pas la bouche pour parler, elle ne remuerait pas la langue pour articuler des sons de voix. C'est ainsi que, par ces œuvres, Fâme prouve qu'elle est vivante et qu'elle vaut mieux que le corps (2). »

358. Instance. Si Tâme était capable de mouvoir le corps comme les substances immatérielles, aucune résistance corporelle ne pourrait entraver son action. Or le mouvement que Fâme produit dans le corps peut être surmonté par la résistance de la matière. Donc, etc.

359. Réponse : Dist. maj. : Si Pâme agissait de la même façon que les substances purement immatérielles, transeat major ; si rame, quoique immatérielle, agit sur le corps et par le

corps en ce qu'elle en est la forme, neg. maj. Je distingue aussi la mineure : La résistance de la matière arrête l'action de l'âme et cela tient à la faiblesse de l'âme elle-même, neg. min. ; cela tient à la faiblesse du corps avec lequel l'âme est unie, cofic. min.; neg. conseq. Nous avons répondu transeat J7îaj or ; parce, que, si Ton veut dire par là que toute substance immatérielle, quoiqu'elle soit finie, peut faire tout ce qu'il lui plaît, par cela seul qu'elle est immatérielle, cette proposition est fausse. En effet « la vertu ou la puissance des choses se trouve toujours conforme à leur essence; il est donc impossible qu'une essence finie jouisse d'une vertu infinie (3). » Pour ce qui

« II n'y a que les membres composés d'os parfaitement articulés, comme les mains, les pieds et les doigts, qu'il nous est loisible de mouvoir à notre gré; cependant, si cela nous plaît, nous pouvons agir même sur les parties molles du corps ; nous pouvons les allonger, les raccourcir, leur donner de la fermeté et de la raideur ; c'est ainsi que la volonté modifie, jusqu'à un certain point, la physionomie et l'expression du visage, m

(i) Voir pag. 264, not. 3.

(2) In Joann. Evang., cap. 3, tract. XIX, n. 12.

(3) /x lib. J Sent.y Dist. XLllI. q. I, a. 2 solut. Ailleurs nous lisons:

DE l'immatérialité DE l'aME HUMAINE 27 1

regarde en particulier Tâme humaine, non-seulement Fempire qu'elle exerce sur le corps est limité, mais ce pouvoir est en outre réglé et modéré par la disposition même de son organisme corporel. Ainsi, « pour ce qui la concerne, rame a naturellement le pouvoir d'imprimer le mouvement à son corps, dans toutes les directions, mais elle peut en être empêchée par la pesanteur du corps (i). » Car, la faculté au moyen de laquelle Tâme fait mouvoir son corps étant une faculté organique (2), elle n'agit sur les membres, sur le bras par exemple, qu'à Taide des nerfs moteurs ; saint Thomas Tavait bien compris lorsqu'il écrivait: « L'àme remue ses membres par un intermédiaire corporel (3). » Mais, puisque les intermédiaires dont Pâme se sert pour mouvoir ses membres sont eux-mêmes corporels, il peut très-bien se faire qu'ils soient arrêtés, dans le déploiement de leur force motrice, par la résistance des autres corps.

36o. 5^ Objection. De même que les aliments, après avoir été digérés par l'estomac, acquièrent des qualités nouvelles et se transforment en de nouvelles substances des plus variées ; de même les mouvements imprimés au cerveau par les objets extérieurs peuvent être élaborés par lui de manière à se transformer en pensées. Donc la pensée peut convenir à la complexion du corps, ou, comme on s'exprime en France, la pensée n'est pas incompatible avec V organisation du cerveau.

36i. Réponse: Neg. antec. et paritatem. D'abord cette objection des physiologistes matérialistes suppose admis comme une chose certaine un fait dont nous avons défà montré la fausseté (4), elle suppose en effet que la transformation des aliments en une substance nouvelle doit être attribuée aux forces mécaniques et physiques du corps, et non à l'âme elle-même. En outre, les aliments sont quelque chose de distinct de l'estomac; il peut donc très-bien se faire qu'ils soient

« Comme la vertu tient le milieu entre l'essence et l'opération, il faut que la vertu et l'opération de chaque chose soient proportionnées à son essence... D'après ce principe, l'action de l'ange est limitée à un certain effet, parce qu'elle ne possède ni une vertu, ni une essence infinie » ; Quodlib. V/, a. 2 c.

(1) I,q. LXII, a. 2 ad 2.

(2) Cf. Vol. 1, Dynamil., ch. V, art. i, pag. 537-538.

(3) Qq. dispp., q. un. De spirit. créât., a. 3 c.

(4) Vol. II, Cosmolog., ch. III, art. i, pag. 407-409.

digérés par lui et qu'ils acquièrent par la digestion des qualités nouvelles qui ne soient nullement opposées à sa nature. Mais les impressions qui sont produites dans le cerveau par les objets extérieurs se réduisent à diverses motions du cerveau lui-même; par conséquent, d'après le sentiment des physiologistes que nous réfutons, il faudrait dire que le cerveau digère les commotions qu'il reçoit et que, par cette espèce de digestion, il les transforme en pensées: Je me figure que le grave Caton lui-même n'aurait pu 3'empêcher de rire en entendant une telle extravagance. De plus, quoique par le travail de la digestion les aliments soient devenus propres à la nutrition, ils n'ont pas été ramenés par Testomac à la nature des substances simples, ils ont acquis seulement certaines qualités qui ne sont pas incompatibles avec la nature des êtres matériels. Par conséquent, si les matérialistes qui raisonnent ainsi veulent être conséquents, ils sont obligés de convenir que les impressions faites sur le cerveau ne sont point dépouillées de leur nature de commotions, même après qu'elles ont été digérées ; mais alors la lutte persévère entre elles et la pensée. Enfin, si le cerveau convertit les impressions en idées, il est nécessaire qu'il existe quelque principe pensant distinct du cerveau lui-même, qui reçoive les idées élaborées par lui et qui en devienne le sujet ; de même que le cerveau est le sujet des commotions. Maintenant nous demandons à ces matérialistes si un tel sujet pensant est simple ou composé. S'ils répondent qu'il est simple, ils quittent leur camp pour passer dans celui des spiritualistes ; s'ils répondent qu'il reste matériel, alors reparaît la lutte entre la matière et la pensée qu'ils ont voulu supprimer par leur hypothèse de la digestion.

362. 6^ Objectioji. L'âme subit les mêmes vicissitudes que le corps; par exemple, elle est énergique dans les jeunes gens, et faible dans les vieillards. Donc> ou bien l'âme ne diffère pas du corps, ou du moins elle est une substance corporelle.

363. Réponse: Disting. antec. : elle les subit de la même manière que le corps, neg. antec. ; elle les subit d'une autre manière, conc. antec. ; neg. conseq. Les matérialistes modernes ont emprunté cette objection à Lucrèce, défenseur attitré du matérialisme, chez les anciens : « L'âme, dit-il, naît avec

DE l'immatérialith: de l^ame humaine 273

le corps, elle croît et vieillit avec lui (i). » Mais il est facile de reconnaître qu'elle est sans valeur. En effet, le corps subit ces vicissitudes suivant la quantité de sa inasse^ l'âme au contraire les subit suivant la quantité de sa vertu (2)^ en ce que ses forces intellectuelles sont plus ou moins parfaites (3). Cette diversité de perfection que Thomme présente dans le cours de sa vie, se montrant plein de vigueur dans la jeunesse et languissant dans la vieillesse, ne provient pas des opérations qui ont leur source dans Pâme raisonnable ; car, ainsi que Pobserve saint Bonaventure, « l'opération de l'âme raisonnable ne vieillit pas avec le temps, elle ne disparaît pas avec Page, elle se fortifie au contraire; car la sagesse est avec les anciens et la prudence chez les vieillards (4) » ; mais elle provient des opérations sensitives, lesquelles ne peuvent s'exercer sans le secours des organes du corps. « Un homme, dit saint Thomas, peut comprendre une chose mieux qu'un autre .., à raison des puissances inférieures dont Fintellect a besoin pour exercer son opération propre. Car ceux chez lesquels Timagination, la cogitative et la mémoire sont plus vives ont aussi plus de disposition pour l'intelligence des choses (5). » Ainsi, dans la jeunesse, la puissance intellectuelle est souvent plus grande que dans la vieillesse, parce que, à cet âge, les organes du corps sont plus vigoureux et les facultés sensitives participent

(i) Dererum natura, lib. III, v. 446 seqq., éd. cit. :

Prœterea gigni pariter cum corpore, et una Crescere sentimus, pariterque senescere mentem.

(2) Voici quelques lignes de S. Augustin sur ce sujet: « Il ne faut pas croire que l'esprit augmente comme le corps et qu'il grandit avec l'âge; c'est en se perfectionnant que l'esprit parvient à la vertu ; car ce n'est pas en occupant un plus grand espace que l'dme devient belle et parfaite, c'est au contraire par la force de sa constance ; et si autre chose est la grandeur, autre chose la bonté, partout ce que l'àrae gagne avec le temps, en devenant raisonnable, elle me paraît devenir meilleure et non pas devenir plus grande. Mais, si la grandeur des membres produisait ce résultat, chacun serait d'autant plus sage qu'il aurait une taille plus haute, ou qu'il serait plus robuste; or c'est tout l'opposé qui arrive d'ordinaire, comme vous en convenez, je pense»; De quantit. anim., c. XVI, n. 28.

(3) « On dit que les formes substantielles ont quelque chose de plus, ou moins grand, suivant qu'elles sont plus ou moins parfaites. Et comme l'essence de la perfection se trouve placée dans la bonté, il faut convenir que, dans les choses qui ne se mesurent pas d'après leur volume, la grandeur n'est autre chose que la bonté »; i* 2*, q. LU, a. i c.

(4) In lib. Il Sent., Dist. XIX, in arguendo.

(5) I, q. LXXXV, a. 7 c.

à cette vigueur (i). Nous disons souvent^ et non toujours^ car il arrive parfois que les opérations de l'esprit manquent de vivacité dans la jeunesse, tandis que, chez quelques personnes, rintelligence va grandissant chaque jour jusqu'à la plus extrême vieillesse. La raison de ce fait, dit saint Thomas, réside dans rintelligence elle-même ; car ces personnes « ont reçu en partage une plus grande force d'intelligence (2). » Mais, si les choses se passent ainsi, il est bien plus sage de raisonner et de conclure comme le fait saint Augustin : « Si rame grandit, voyez quelle ignorance serait la nôtre si nous avions la simplicité de croire que cette augmentation lui vient des forces du corps, au lieu d'admettre qu'elle est le résultat de l'augmentation de ses connaissances; puisqu'elle ne fait que s'accommoder à celles-là, tandis qu'elle possède seule la science. D'ailleurs, si nous supposions que Tâme croît avec les forces du corps, il faudrait dire aussi qu'elle décroît avec elles. Or, celles-ci diminuent dans la vieillesse, elles diminuent par le travail et l'étude ; c'est alors cependant que la science s'acquiert et que nos connaissances augmentent. Il est bien certain cependant qu'une même chose ne peut pas, dans le même temps, augmenter et diminuer. Par conséquent, que les forces physiques croissent ou diminuent avec Tâge, cela ne prouve point que les forces de l'âme suivent la même progression (3). »

364. InstaJice. Les opérations de l'intelligence se troublent, si les organes du corps viennent eux-mêmes à se troubler, et leur exercice dépend des mêmes causes que l'exercice des opérations du corps. Donc Tintelligence est de même nature que le corps.

(i) s. Bonaventure ajoute: « Quoique l'âme {dans V opération intellectuelle) n'opère pas au moyen d'un organe corporel, cependant, pour opérer dans le corps, elle a besoin que les esprits et les organes supérieurs soient dans une disposition actuelle convenable. Et, lorsque cette disposition est détruite par quelque lésion corporelle, l'usage de la raison se trouve entravé et par conséquent aussi l'usage du libre arbitre » ; In lib. II Sent., Dist. XXX, p. z, a. I, q. 6 ad arg.

(2) I, q. LXXXV, a. 7 c.

(3) De quantit. anim., c. 22, n. 40. Dans les lignes suivantes, Némésiusdit la même chose en d'autres termes : « Si l'âme se nourrit, elle se nourrit par la privation de tout corps, car sa nourriture c'est la science. Mais aucun corps ne se nourrit par la privation des choses corporelles. Donc l'âme diffère du corps n; De natura hominis, c. II, pag. 16, ed, cit.

DE l'immatérialité DE l'aME HUMAINE 2'jb

365. Réponse: Dist. antec: l'exercice des opérations de rintelligence dépendent indirectement des mêmes causes que celui des opérations du corps, conc. antec; il en dépend directement^ neg. antec; neg. conseq. Gomme cet argument est le même que celui qui vient d'être réfuté, notre réponse ressemblera beaucoup à la ' précédente. En effet, les opérations de l'intellect exigent l'usage de certaines facultés qui dépendent des organes ; cela explique pourquoi le trouble survenu dans les organes du corps cause une perturbation analogue, non pas dans l'intelligence elle-même, mais dans l'exercice de ses opérations. « L'opération de l'intellect, dit saint Bonaventure, peut être contrariée par quelque lésion survenue à l'intérieur, dans l'organe de l'imagination, ou de quelque autre puissance sensitive. m II ajoute, quelques lignes plus loin : « Si les organes corporels reçoivent quelque lésion et que les puissances sensitives en soient dérangées, l'opération de l'intellect risque d'être troublé à son tour, quoique l'intellect même n'ait reçu aucune atteinte (i). » Saint Thomas dit de son côté : « L'intelligence est quelquefois affaiblie indirectement et par suite de la lésion de quelque organe corporel, parce qu'elle a besoin, pour entrer en exercice, de l'opération de la sensibilité qui n'a pas lieu sans organe (2). » On doit dire, pour la même raison, que le développement de l'intelligence dépend, non d'une manière immédiate^ mais d'une manière médiate^ des causes qui agissent sur le corps. Toute notre réponse se trouve résumée dans ces quelques mots de saint Thomas : « Gomme l'âme est la forme du corps, il est tout naturel que Vêtre de l'âme et du corps ne soit qu'M?z ; par conséquent, si le corps est troublé par quelque lésion corporelle, il est nécessaire que l'âme soit troublée par accident, c'est-à-dire quant à Vêtre qu'elle possède dans le corps (3). »

366. 7e Objection, La plupart des Pères de l'Église insinuent que l'âme est corporelle. TertuUien l'enseigne ouvertement (4). Saint Justin réprouve l'opinion de ceux qui sup-

(i) In lib. II Sent., Dist. XIX, a. i, q. i ad arg.

(2) In lib, II De Anim., lect. VIL

(3) 3, q. XV, a. 4 c.

(4) De Anim., c. 6 et 7, pag. 3o8 3og^Opp., éd. Rigalt, 1641.

posent Vânjc incorporelle et iynrnor telle (i). Saint Hilaire affirme que les âmes reçoivent une substance corporelle conforme à leur nature (2). Saint (jrégoire de Nysse (3), saint Irénée (4), et les autres Pères ne pensent pas autrement. Donc, etc.

367. Réponse : Neg. antec. C'est, en effet, tout le contraire de ce qu'on vient de lire qui est très-certain ; car les Pères enseignent d'un commun accord que Tame est une seconde partie de Thomme, qu'elle en est la meilleure, qu'elle diffère du corps, qu'elle est simple et qu'elle est exempte de tout mélange corporel (5). Sans les citer tous, nous produirons des témoignages de tous ceux dont les matérialistes invoquent Tautorité. D'après Tertullien, Vhomme est formé par la réunioji de la double substance de l'esprit et du corps C^J. Saint Justin s'exprime ainsi : « Dirons-nous que le corps c'est l'homme? Nullement..; ce que nous appelons l'homme est formé par l'union de ces deux choses, le corps et l'âme (7). » Voici les paroles de saint Hilaire: « L'âme, dit-il, n'a rien en soi de corporel, rien de terrestre, rien de pesant, rien de périssable (8). » Saint Grégoire de Nysse et saint Irénée enseignent la même doctrine en termes très-clairs ; voici

(i) Dialog. cum Triph.,n. i, pag. 102, Parisiis 1742.

(2) Comment, in Matth., c. 5, n. 8, pag. 692, t. I, Veronae 1730.

(3) De opific. homin., c. 29, pag. 482-483, Basileae ib-ji.

(4) Contr. hœres., lib. II, c. 19, pag. 143, Venetiis 1734.

(5) Cf. Hubert Hayer, La spiritualité et Vimmortalité de l'dme, t. II, pag. 2i3 et suiv., Paris 1767, et le baron de Berlepsch, A nthropologiœ christianœ dogmata, c. 3, g 6, pag. 27, Vindobonae 1842.

{6) De Pœnitentia., c. III, pag. 140, 141, éd. cit. Parmi plusieurs autres passages où Tertullien nous découvre clairement sa pensée, nous choisissons les deux qu'on va lire : « Je trouve que Dieu a constitué l'homme libre dans sa volonté et dans sa puissance d'agir, et je ferai observer que c'est dans cette forme de son état constitutif que se trouve principalement l'image et la ressemblance de Dieu. Ce n'est point, en eft'et, par sa tigure et par les lignes du corps, si variées soient-elles, que l'homme exprime la beauté inaltérable de Dieu ; c'est bien plutôt par cette substance qu'il a reçue de Dieu et qui correspond à la forme divine, c'est-à-dire par l'ùme, qui est une copie de la liberté et de la puissance de sa volonté »; {Advers. Marcion.y lib. II, c. 3, pag. 4b j, éd. cit.). Voici le second passage : L'âme, dit-il, « est individuelle et simple, elle est un tout par soi, elle est aussi incapable par elle-même d'être organisée que d'être divisée, parce qu'elle est incorruptible. Car. si elle est organisée, elle est corruptible ; et si elle est corruptible, elle n'est pas immortelle. Or, comme elle n'est pas mortelle, elle n'est ni incorporelle ni divisible. »; De Anim., c. i3, pag. 3i5, éd. cit.

(7) Fragm. libri De Resurrectione carnis, n. 8, pag. 693, éd. cit.

(8) Tract, in Psal. CXXIX, n. 6, t. I, pag. 493, éd. cit.

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les paroles du premier: « Pour ceux principalement qui, suivant le sage précepte des anciens, désirent se connaître, Tame elle-même est une institutrice suffisante de ce qu'il faut penser sur Pâme : car elle nous apprend qu'elle est une certaine substance privée de matière, et incorporelle, qui opère et se meut conformément à sa nature, et qui manifeste ses mouvements au moyen d'organes corporels (i). » Saint Irénée, établissant la vérité de la résurrection future, s'exprime en ces termes : « Mourir c'est perdre la capacité de vivre au-delà, c'est perdre le souffle de la vie pour l'avenir, c'est passer à l'état d'être inanimé, dépouillé de toute mémoire, c'est enfin périr dans les éléments mêmes qui ont formé notre substance à ses débuts ; or cela ne convient ni à l'âme qui est le souffle même de la vie, ni à l'esprit qui est simple et sans composition, qui ne peut se dissoudre et qui constitue lui-même la vie des substances qui le possèdent (2). » Si, dans les saints Pères, on rencontre certaines façons de parler où ils semblent attribuer une nature corporelle à l'âme humaine, il n'y a rien là qui doive surprendre. En effet, i* ils prennent quelquefois le nom de corps dans un sens large, pour tout ce qui est réel et subsiste, par opposition au néant et au vide (3) ; ce n'est plus alors cette chose qui est solide et dont l'étendue constitue la propriété principale, en sorte qu'elle peut être divisée suivant ses trois dimensions. Saint Augustin avait déjà fait cette distinction ; car, écrivant à saint Jérôme, il dit : « Quoiqu'il soit difficile de persuader aux esprits peu ouverts que l'âme est incorporelle, j'avoue pour moi que j'ensuis convaincu. Mais, pour ne soulever aucune controverse superflue et pour ne pas m'exposer à^ des reproches mérités, puisqu'on est d'accord sur la chose, il n'est pas besoin de disputer sur le nom: si par corps on entend toute substance, ou essence, ou toute autre chose, de quelque nom qu'on l'appelle, qui existe en soi d'une certaine

(1) De Anim. et resurrect., pag. ig, éd. Krabingerus, Lipsiae 1837. Cf. Ibid.^ passim.

(2) Advers. hœres., lib. III, c. 7, n. i, pag. 3oo, éd. cit.

(3) La plupart des anciens disent, dans le même sens, que Dieu lui-même est corporel ; par exemple, Phébadius d'Agen, qui combattit avec beaucoup de vigueur l'Arianisme et le Sabellianisme ; voir l'Histoire littéraire de la France^ t. I, p. 2, pag. 271.

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