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bêtes et les plantes, comme on le voit encore dans les êtres qui sont du même genre, où il arrive que la diversité des âmes correspond à la diversité des corps. Le second indice se tire de la conformité que Ton observe entre les sentiments de Pâme et les qualités corporelles, comme Aristote le donne à entendre dans le second livre De VAme, lorsqu'il dit : Ceux qui ont la peau délicate et les chairs molles ont un caractère doux. Mais la délicatesse du toucher vient de Téquilibre des éléments de la complexion ; car le tact est Tinstrument ou Torgane qui nous met en rapport avec les tangibles opposés, et ce sens est d'autant plus parfait qu'il se tient dans un plus juste milieu. D'où l'on peut juger que la diversité des âmes résulte de la diversité des corps (i). » Mais nous prétendons, r que les divers indices proposés par les physiologistes cités ne sont pas toujours confirmés par Texpérience ; par conséquent ils produisent une simple probabilité. 2° Quoique certains penchants de Tâme naissent du tempérament du corps, cependant, comme les hommes jouissent de la liberté, ils peuvent très-bien leur résister et les vaincre, ainsi que nous rapprenons par l'histoire d'un grand nombre d'hommes qui ont eflèctivement surmonté les plus violentes passions. y On ne peut conclure de la doctrine précédente que l'âme n'est pas distincte de la complexion du corps; car, pour expliquer les faits dont parlent les physiologistes, il suffit d'admettre, comme nous l'avons dit, une parfaite co7^?^espoîidance entre l'âme et l'organisme corporel.
410. Pour ce qui regarde le système des phrénologistes modernes, nous dirons tout d'abord qu'il est en contradiction avec les observations les plus certaines de l'anatomie. Car, premièrement, si chaque faculté avait 'son siège dans un organe distinct, il faudrait que les organes fussent de nature diverse, comme le sont les facultés elles-mêmes ; or tous les anatomistes conviennent que la m.asse entière du cerveau est composée d'une même matière et que toutes ses parties conspirent merveilleusement au même but (2).
(i) /m lib. II Sent., Dist. XXXII, q. II, a. 3 sol.
(2) Cf. Panvini, Osscrvaponi critiche sulla dottrina frenologica di Gall, Napoli 1843, Nous n'ignorons pas que 1<^ philosophe arabe Avicenne, et Albert le Grand distinguaient dans le cerveau plusieurs organes dont l'âme
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411. La correspondance parfaite que les phrénologistes supposent exister entre les proéminences du crâne et les circonvolutions du cerveau, lesquelles, d'après eux, seraient le siège des organes, n'existe nullement, car la surface externe du crâne ne présente pas et ne peut présenter la même conformation que la surface du cerveau. En effet, i" Tencéphale est séparé de la boîte osseuse du crâne, dans laquelle il est renfermé, par trois méninges ou membranes qui l'enveloppent et le protègent, et de plus une sérosité cérébro-spinale circule entre ces méninges et les divers compartiments de la boîte crânienne. 2** Les circonvolutions ou proéminences qui se montrent, comme autant de bosses, sur la face externe de Fencéphale, ne sont pas les organes, comme le constate Gall lui-même dans ses ouvrages sur Tanatomie, mais les formes extérieures des organes cachés dans l'intérieur du cerveau, lesquels peuvent s'étendre plus ou moins sans qu'on puisse les percevoir par les sens, et varier beaucoup sans que leurs fonctions cessent ou soient troublées. Bien plus, Flourens a reconnu par de nombreuses expériences faites sur les animaux vivants qu'on pouvait retrancher des portions assez considérables de l'encéphale soit sur le devant, soit par derrière, soit à droite, soit à gauche, sans que l'animal perde aucune de ses facultés. Par d'innombrables expériences, Cabanis, Bérard, Andral, Richerand, Flourens et d'autres, ont démontré que, dans les diverses lésions du cerveau dont la pathologie fait mention, jamais ou presque jamais les circonvolutions du cerveau ne sont atteintes, et que, dans le cas où elles éprouvent quelque lésion, les facultés que l'on suppose correspondre à ces circonvolutions ne sont pas toujours troublées. Mais, lors même que cette correspondance existerait, il serait certainement impossible de connaître exactement si elle existe, car ce n'est
se servirait et dont ils ont décrit la figure, et que la même opinion a été soutenue par plusieurs physiologistes modernes d'un grand mérite, tels que Boerhaave, Van-Swieten, Morgagni. Mais, i° d'après les expériences de Flourens, de Foville, et de plusieurs autres physiologistes de ces derniers temps, nous sommes forcés de convenir que l'opinion contraire est beaucoup plus vraisemblable; 2" quand même il y aurait plusieurs organes dans le cerveau, on ne pourrait ni déterminer leurs limites d'une manière certaine, ni les regarder comme les sièges spéciaux des facultés de l'âme, et notre sentiment lù-dessus est conforme à celui de Soemmering, de Prochask, de Mayer, de Magendie, et d'autres physiologistes du premier mérite.
qu'après la mort, et par conséquent* après que le cerveau a été mis à découvert, qu'il devient possible d'observer les circonvolutions que Ton dit correspondre aux proéminences du crâne, et d'ailleurs le développement plus ou moins grand de ces circonvolutions ne pourrait être précisé qu'autant qu'il serait possible de les ramener à une mesure fixe et rigoureuse, chose que l'anatomie se reconnaît impuissante à obtenir.
412. Tout cela peut se confirmer par la doctrine et les expériences des phrénologistes eux-mêmes. De fait les phrénologistes ne s'accordent nullement entre eux lorsqu'il s'agit de préciser le nombre et la nature des organes et des facultés. Car, ainsi qu'on l'a vu, Gall affirme qull en a découvert vingtsept, Spurzhein trente-cinq, et d'autres un nombre différent, et chacun explique à sa manière les facultés qu'il assigne à chaque organe. Un exemple suffira pour montrer combien cette description des organes est arbitraire et fautive: il est avéré qu'on a découvert sur le crâne du bélier et d'autres ruminants l'organe assigné par Gall et d'autres phrénologistes à la théosophie. C'est pourquoi l'abbé Debreyne a écrit, avec beaucoup de sens, que la phrénologie, d'après la doctrine des phrénologistes eux-mêmes, n'a pas le caractère d'une vraie science, puisque les phrénologistes ne s'entendent pas entre eux lorsqu'il s'agit d'en établir les principes. En outre, on sait que les phrénologistes se sont trompés la plupart du temps dans leurs pronostics. Pour en donner quelques exemples, nous rappellerons qu'ils ont cru découvrir Torgane de la stupidité sur le crâne du célèbre Laplace, et au lieu de trouver sur celui de l'homicide Fieschi l'organe de la destriictivité et sur celui du fameux Lacenaire l'organe du ;^o/, ils y ont rencontré les organes de la bienveillance^ de la théosophie et d'autres tout opposés à ces vices.
41 3. Enfin, quoiqu'un plus grand volume dans les organes indique la plupart du temps une plus grande vigueur dans les facultés, cependant l'expérience prouve surabondamment qu'il n'en est pas toujours ainsi. En effet, 1° assez souvent on rencontre plus de vitalité dans les petits organes que dans les grands ; ce que l'on constate d'ordinaire chez les petits animaux qui, malgré l'infériorité de leur masse, ne craignent pas de se mesurer avec de plus grands qu'eux-mêmes. 2^ Si la masse d'un organe est plus grande que d'habitude, c'est fréquem-
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ment un indice de la faiblesse de ce même organe, parce que cette masse excessive vient le plus souvent ou de la graisse, ou de quelque humeur vicieuse. 3" L'expérience nous apprend qu'il peut se faire quelquefois que tel organe, sans que son volume ait éprouvé aucun changement, acquière une vitalité exceptionnelle par suite de quelque maladie ou de quelque autre stimulant : le célèbre Vico, sans citer d'autre nom, en offrit un exemple remarquable. Par conséquent cette autre maxime des phrénologistes que la vigueur de la faculté est toujours en rapport direct avec la masse de Torganequi en est le siège souffre trop d'exceptions pour être adoptée comme principe scientifique (i).
414. Le système phrénologique est contredit non-seulemant par les expériences les plus certaines de Tanatomie, mais encore par les observations les plus évidentes de la psychologie. En effet, i*' il est absurde d'énumérer parmi les facultés primitives de l'âme certaines facultés qui ne se trouvent pas chez tous les hommes et d'en considérer d'autres qui sont communes à tous les hommes comme de simples propriétés des facultés spéciales. 2'' Il est encore plus absurde d'éliminer du nombre des facultés de Pâme la raison et la volonté, qui l'emportent sur toutes les autres facultés sans exception. ^ Si chaque faculté primitive jouit de la faculté de percevoir, de se souvenir, de la faculté de raisonner, il en résulte cette conséquence absurde que l'homme qui possédera, par exemple, vingt facultés primitives sera doué d'un nombre égal de facultés de percevoir, de se souvenir, de raisonner. 4° Quelques phrénologistes pensent que les facultés de l'âme ne sont autre chose que les circonvolutions du cerveau elles-mêmes, c'est pourquoi ils professent ouvertement le matérialisme ; d'autres regardent les circonvolutions de l'encéphale non point comme les principes des facultés, mais comme leurs instruments, et, comme ils admettent que toutes les facultés de
(i) Voir là-dessus Debreyne, Pensées d'un croyant catholique, 3' édit., pag. 20 1-263, Paris 1844, et Physiologie, 1" part., ch. 2, § 3 et 4, éd. cit. ; Forichon. Le matérialisme et la phrénologie combattue dans ses fondements, Paris 1840 ; Flourens, Examen de la phrénologie, 3* édit., et, parmi les allemands, Friedreich, Arch. psychologique (en allem.), pag. i3i-i94, Heidelberg 1834, Reichlin-Meldegg, Psychologie de l'homme (en allem.), i" sect., pag. 358, Heidelberg 1837.
Famé sont organiques, ils rejettent par là même la spiritualité et la liberté de l'âme. Nous reconnaissons cependant que Gall (i) Spurzheim (2) et d'autres phrénologistes distingués défendent la spiritualité de Tâme dans l'occasion ; mais il est aisé de voir que leur enseignement sur ce point est en contradiction avec un système où Ton établit que toutes les facultés de l'ame sont organiques. De fait, si ces phrénologistes soutiennent que rame est spirituelle, ils sont forcés de reconnaître qu'elle jouit d'un principe essentiel qui la place au-dessus de la nature corporelle et qui fait qu'elle ne dépend point du corps. Mais les opérations de l'âme, comme nous l'avons dit souvent, doivent être conformes à sa nature. Donc, s'il existe dans l'âme quelque principe essentiel qui surpasse la nature du corps, il faut également lui attribuer certaines opérations qui s'exercent sans aucun organe corporel ; par conséquent, outre les facultés organiques, il est nécessaire d'attribuer à Famé des facultés inorganiques : chose dont ces phrénologistes ne veulent pas entendre parler. Ne nous fions pas aux docteurs de Louvain (3) qui accordent aux phrénologistes que leur science ne détruit ni la spiritualité, ni la liberté de Fâme, quoiqu'elle n'admette pas que l'intellect et la volonté soient des facultés inorganiques. Car, puisque les facultés organiques sont sensitives de leur nature, il suit nécessairement des principes de la phrénologie que Fintellect et la volonté sont des facultés sensitives de Fâme et partant que l'âme aussi est sensitive, en tant qu'elle en est le principe. Or un principe qui est seulement sensitif n'est point spirituel et ne jouit pas du libre arbitre. Par conséquent, si Fintellect et la volonté étaient, comme le prétendent les phrénologistes, des facultés organiques, l'âme humaine ne serait ni spirituelle ni libre. Bien plus, elle serait corruptible comme le corps. Rosmini n'admet pas cette conséquence sous prétexte que les facultés qui s'exercent par les organes du corps sont immatérielles (4),
{t) A natomie et physiologie du système nerveux, vol. I, pag. XXXIII, éd. cit., et, >>ur les fonctions du cerveau, vol. I,pag. 243, éd. en.
(2) Observations sur la phrénologie, ou la connaissance de Vhomme moral et intellectuel etc., pag. 226, éd. cit.
(3) Cf. Ubaghs, Anthropol. philosoph., p^n. psychol., c. V, g 382, pag. 184, Lovanii 1848, et Revue cathol,, série VI", vol. II, pag. 24^ et suiv., ann.
(4) Antropologidy lib. Il, sez. I, c. ^, art. 7, j^ 9, pag. 91, éd. cit.
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mais il est dans une grande erreur, et nous n'en voulons d'autre juge que Rosmini lui-même. Il enseigne, en effet, que les sensistes, en confondant l'intellect avec la sensibilité, favorisent le matérialisme, parce qu'il suit de là que Tâme n'a pas d'autres facultés que celles qui s'exercent par des organes corporels et partant qu'elle se dissout à la dissolution des organes. Or les phrénologistes disent-ils autre chose, lorsqu'ils placent toutes les facultés sans exception dans quelque organe cérébral ? Mais, s'il n'y a d'autres facultés dans l'âme que les facultés organiques, il faut convenir, suivant Rosmini luimême, que l'âme se dissout en même temps que le corps. Et ce n'est pas sans raison, car il répugne que l'âme vive, si elle n'agit, ni ne peut agir. Donc, suivant la doctrine de Rosmini lui-même, les phrénologistes font l'âme sujette à la corruption.