‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 39 sur 106 · ORIGINE DE L'AME HUMAINE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'AME HUMAINE

41 5. Cette dissertation sur l'origine de l'âme humaine a pour but de résoudre ces deux questions : D'où l'âme tire-telle son origine ? à quelle époque remonte le commencement de son existence ? Sur la première, après avoir rejeté l'opinion très-absurde de ceux qui, dérivant Tâme de la substance divine elle-même, nient sa véritable origine, qui est du 7ion être à l'être^ nous examinerons si Tâme reçoit son être par génération ou par création. Sur la seconde, nous rechercherons si l'âme peut exister avant la formation du corps. Ce chapitre comprendra par conséquent trois articles.

ARTICLE PREMIER

Réfutatio7i de V émanât isme

416. Pythagore paraît avoir le premier exposé avec précision l'opinion très-ancienne qui suppose que l'essence divine

3l6 ANTHROPOLOGIE

est répandue dans tout Tunivers, à la manière d^une âme (i), et que Fesprit humain n'a pas d'autre origine, en sorte qu'il en est communément considéré comme Fauteur (2). Ainsi, d'après ce philosophe, Dieu serait comme un éther embrasé ou un feu qui, répandu dans toutes les parties de l'univers et par toute la nature, en constituerait la vie et le mouvement. L'âme serait une émanation de cet éther et participerait en conséquence de la nature divine (3). Suivant Platon, les âmes raisonnables émanent de Fintelligence divine par Fâme du monde, et, s'il admet que Fâme du monde est semblable à Dieu, il semble cependant ne pas la confondre avec Dieu et lui donner une existence à part (4). Mais les Stoïciens assuraient que la nature divine, semblable à un feu très-pur et doué de vitalité, est répandu dans tout l'univers, comme sa partie informante (5) et que c'est d'elle, ainsi que de leur source, que nos esprits émanent (6).

417. Les Néoplatoniciens combinèrent ensemble l'opinion de Platon et celle des Stoïciens. En effet, d'après la philosophie de Plotin, VLhiitéj t6 £v, ou Dieu, se développe ellemême et se manifeste par divers principes qui émanent Fun de l'autre ; ainsi, de FUnité absolue émane Vhîtelligence qui est le principe de tous les esprits ; de l'intelligence émane VAme universelle qui est le principe de toutes les âmes particulières ; et F Unité est le principe de toute chose,

(i) Si l'on veut connaître ce qu'ont écrit les philosophes de l'école ionique à la suite des Chaldéens, des Perses, des Indiens, des Egyptiens, sur l'âme et la vie du monde, il faut lire Frid, Ad. Vidderus, Dissertatio philosophica de Hilosoismo et Leibnitianismo^ sect. II, c. i, g i, pag, 7 seqq., Groningae lyôS.

(2) Voir Buddée, Analecta histor. philos.. De erroribus Stoicorum, exercit. histor. prima, g III, pag. 94, Halae Saxonum 1724.

(3) VoirCicéron, De natura Deorum, lib. I, c. 11 ; Laërce, lib. VIII, segm. 28, pag. 5o9, éd. Amstelodami, et, parmi les modernes, G.-J. Loncquii, Z)i5sertatio hist. med. de Physiol. veter., pag. 8, Lugd. Batav. i833 et Baumhauer, Commentatio philosophica, litteraria in librum qui inter Hippocraticos extat, pars i. sect. altéra, c. I, pag. 27, Trajecti ad Rhenum 1843.

(4) Cf. Lilic, Platonis scntentia de yiatura animi, Gottingae 1790, et Chaignet, De la psychologie de Platon, i" part., ch. 3, g 3, pag. 173 et suiv.. Paris 1862.

(3) Cf. Cicéron, De yxatura Deorum, lib. III, c. 14; Plutarque, De placit. philos.,, c. 7; LaC'rce, lib. VII, segm. i56. Zenon reconnaît le Ao>oc comme fabricateur et ordonnateur du monde ; voir Lactance, Divina institutio, lib. IV, c. 9.

(6) Buddée, ÂHmlecta hist.phil. De erroribus Stcficorum etc., g II, pag. 90 seqq., éd. cit.

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parce que toutes les choses sortent d'elle (i). Cest pourquoi l'esprit humain n'est pas distinct de Y Unité ou de V Absolu; il en est, si l'on veut, un degré particulier, ou une espèce de procession: nos émanatistes modernes appellent cela une évolution de l'Absolu (2).

.:ji8. Les Manichéens et certains hérétiques appelés Priscillianistes (3) crurent également que Tâme humaine était une émanation de la substance divine. On doit ajouter à cette liste quelques philosophes arabes qui admettaient un Intellect séparé (4). Cest pourquoi, Avempace, qui fut le premier parmi les Arabes d'Espagne à s'occuper de philosophie (5), enseigne, dans son livre De regimine Solitarii^ que la souveraine

(i) L'école néoplatonicienne, créée par Ammonius Saccas, fut continuée par Longin, Hérennius et Origène (différent du philosophe et du théologien chrétien de ce nom, conrime le prouve clairement Brucker contre Casimir Oudin, Histor. philos., period. 2, part. I, lib. I, c. 2, n. 9) jusqu'à Plotin, Jamblique, Proclus et Damascius qui en furent les chefs principaux.

(2) De là cet autre fondement de la philosophie de Plotin, que l'esprit humain ne s'élève à la connaissance de Dieu, ni par le raisonnement, ni par aucune opération de la faculté de penser, mais qu'il y arrive par une certaine contemplation du principe par lequel il connaît qu'il est une seule et même chose avec l'intelligence divine. Cf. Bouterwek, Philosophorum alexandrinorum et neoplatonicorum recensio accuratior^ \n\er Comment. SocleX. Golting. recentiores, t. V, pag. 23 1 seqq,, Gotiingîe 1823.

(3) Voir S. Augustin, De gen. ad litt., lib. VII, c. 17, n. 11, et Contra mendacium ad Consentiiim, c. V, n. 8. Comparer avec ce que nous avons dit pag. 89, not. I .

(4) Saint Thomas parle de ces philosophes arabes dans les lignes suivantes: « Quelques philosophes ont supposé que l'intellect de tous les hommes était un, intellect agent seulement selon les uns, et intellect agent et patient suivant les autres, ainsi que nous l'avons exposé plus haut; et, comme les anciens croyaient que toute substance séparée est Dieu, ils en concluaient que notre âme, ou l'intellect qui est le principe de nos intellections, était d'une nature divine»; Contr, Gent., lib. II, c. 85.

(5) Quelques Scôlastiques mentionnent un certain Avicébron qui florissait avant l'arabe Avempace, c'est-à-dire vers le XI* siècle, et, parmi eux, Albert le Grand {De causis et process. univ., lib. I, tract, i, c. 5) et S. Thomas (Qg. dispp.., q. un. De Anim., a. 6 c, et De spirit. créât., a. 3, et alibi). Jusqu'à ces derniers temps, les érudits avaient ignoré qui était cet Avicébron. Mais, il y a quelques années, Munck, qui est très-versé dans la littérature arabe, a démontré que cet Avicébron était un juif de Malaca nommé Salomon Ibn-Gébirol \ car La source de vie, Fons vitœ, que les Scôlastiques attribuent à l'arabe Avicébron, n'est autre que ce même Mekor Hayyim de Salomon Ibn*- Gébirol, dont Munck a publié quelques fragments, d'après un manuscrit hébreux trouvé dans une bibliothèque de Paris {Mélanges de philosophie juive et arabe, livr. I, Paris iSSy, et livr. II, Paris 1859). Ce juif fut très-célèbre dans la Synagogue et l'on peut voir à son sujet, outre Munck [Ibn-Gébirol^ ses écrits et sa philosophie, dans l'ouvrage cité, pag. 149-232), Jellinet, HiS' taire delà Kabale (en allem.) Leipzig iS52.

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perfection de Thoinme consiste à s'idenfier avec V Intellect actif (I).

419. Il ne serait pas même besoin de nommer Spinoza; de fiiit, comme il ne met aucune différence entre Dieu et les autres choses, il est tout naturel, d'après ses idées panthéistes, que l'ame humaine dérive de la Divinité, a L'essence de rhomme, dit-il, est constituée par certains modes des attributs de Dieu, c'est-à-dire par la pensée... D'où il suit que Tesprit humain est une partie de l'intelligence infinie de Dieu; par conséquent, lorsque nous disons que Fesprit humain perçoit telle chose ou telle autre, cela veut dire que Dieu a telle ou telle idée, non point parce qu'il est infini, mais en tant qu'il se développe par k nature humaine, c'est-à-dire en tant qu'il constitue l'essence de l'esprit humain (2). » Pierre Poiret arrive au même résultat, lorsqu'il avance inconsidérément que l'âme est une certaine émanation ou un certain écoulement de Dieu (3); il ajoute toutefois ingénument, comme correctif, qu'il ignore quelle est la nature de cette émanation de l'âme : a Si quelqu'un, dit-il, pousse plus loin ses questions, et me demande quelle est cette émanation d'une âme qui sort et qui naît du sein de son Dieu, je réponds qu'il ne m'a pas été donné de le comprendre, et je doute que cette faveur soit accordée à quelque créature en cette vie (4). » Cette erreur légèrement modifiée a été enseignée de nos jours par Arhens et c'est l'un des principaux éléments de son panthéisme (5). Enfin tous les panthéistes transcendantalistes confondent l'âme avec la substance divine; car, d'après eux, l'âme c'est Dieu même qui se développe et se manifeste sous la forme de l'esprit

(1) Le livre De regimine SoUtarii a péri par l'injure du temps. Moïse de Narbonne, dans son Commentaire sur l'ouvrage de Thophail en a donné une excellente notice. Cf. Munck, Mélanges de phil.^ etc., et Dictionnaire des sciences philosophiques, art. Avempace, yo\. III, pag. i 56 et 07, Paris 1844.

(2) Ethica^ pars II, De Mente, propos. XI, et corolL, pag. 86 et 87, Opp., vol.II.Ienae i8o3. Mais auparavant (pars \^ De Deo, propos. XVII, schoL, pag. 54) il avait établi que Vintellect de Dieu, en tant qu'il constitue l'essence divine, diffère de notre propre i'->*ellect . soit à raison de Vessence, soit à raison de l'existence ; ce qui n'est pas étonnant, car ce n'est là qu'une des mille contradictions dont son livre fourmille.

(3) De Œconomia Divina, libri sex, t. I, c. X, g 24, pag. 148, Francofurti 1705.

(4) De Œcon. divin., ibid., g 25,

(5) Corso di diritto naturale, part, gênerai., Délia natura delPuomo, g II, pag. i4oseqq., traduct. di Vinc. de Castro, Milano 1857.

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comme dit Schelling, ou bien, comme dit Hegel, c'est Dieu considéré en tant qu'il prend conscience de lui-même.

420. Cette erreur monstrueuse se réfute par les mêmes argnments que le panthéisme. Mais, comme nous devons examiner et réfuter longuement le panthéisme dans la Théodicée, nous produirons seulement ici quelques arguments, tirés de la simplicité et de l'immutabilité de Dieu, qui suffiront pour établir d'une façon très-claire que Tâme humaine ne peut être constituée par la substance divine.

42 1 . Et d'abord, telle est la simplicité qui convient à Dieu qu'on ne saurait imaginer en lui aucune espèce de composition, pas même celle qui consiste dans l'union de Vacte avec la puissance. Or l'âme de l'homme, si nous consultons notre conscience, est au moins composée de puissance et d'acte. Il ne peut donc se faire que Pâme soit tirée de la substance divine (i).

422. Nous avons démontré ci-dessus que l'âme était naturellement la forme du corps, ce qui répugne à la nature divine, comme on le verra plus loin (2). En outre, comme la divine substance ne peut se diviser en parties, si Pâme était constituée par elle, toute la substance divine s'y emploierait. Or, comme Dieu est un. Pâme de tous les hommes serait une ; ce qui est absurde, ainsi que nous l'avons établi plus haut (3).

423. Ensuite la divine substance est incapable de tout changement. Or la chose dont quelque autre est faite varie par cela même que quelque autre chose est tirée d'elle. Donc l'âme humaine ne peut être faite de la substance divine. Cet argument, dont saint Thomas se sert (4), avait déjà été proposé par saint Augustin en ces termes : « Ce qui est vraiment immuable et incorruptible ne peut être ni changé ni altéré par l'adjonction d'autre chose. Or il serait impie de croire que Dieu n'est pas vraiment et souverainement immuable. Donc l'âme n'est point une partie de Dieu (5). »

(i) Contr. Cent., lib. II, c. 85, n. 6.

(2) Contr. Cent., lib. II, c. 85, n. 2.

(3) Contr. Gent., ibid., n. 7.

(4) Contr. Gent., ibid., n. 4.

(5) De origine animœ hominis, seu Epist. CLXVÏ,c. 2. n. 3, Il avertit, en conséquence, que Dieu doit être appelé l'auteur de l'âme, « parce qu'elle a été faite par Lui et non de Lui » ; De anim. et ejus orig.^lïh. III, c. 3, n. 3. Ci. Ibid., lib. II, c. 3, n.5, et De actis cum Felice Manichœo, lib. Il, c. 20.

424. Enfin, de quelque manière que Ton fasse dériver Pâme de la substance divine, il en résultera toujours Tune ou l'autre de ces deux conséquences : ou bien rimmutabilité qui est propre à Dieu devra convenir à Pâme, ou les changements qui sont propres à Pâme devront convenir à Dieu. Or la première répugne à la nature contingente, finie, et variable de Pâme, et Pautre répugne à Pimmutabilité de la nature divine. Saint Augustin répondait aux Manichéens : « Uâme n'est pas une partie de Dieu. Si cela était, elle ne serait capable ni de se dégrader par le vice, ni de se perfectionner par la vertu : et, pour ce qui regarde ses qualités, elle ne commencerait pas à acquérir telle qualité qui lui était restée étrangère jusque là, et ne cesserait pas d'en avoir telle autre qu'elle possédait auparavant. Or nous n'avons pas eu besoin du témoignage d'autrui pour apprendre que les choses se passent tout autrement: quiconque a réfléchi sur lui-même Paura facilement reconnu. » Citons encore ces quelques lignes du même saint Docteur : « Qui douta jamais que la nature de Pâme puisse changer en bien ou en mal ? Par conséquent, croire que Dieu et Pâme ne sont qu'une seule et même substance serait une opinion sacrilège. Gela ne signifierait-il pas en effet que Dieu n'est pas immuable (2) ? »

425. Les défenseurs de l'émanatisme se font une arme du passage de la Genèse où il est dit que Dieu répandit sur le visage d'Adam un souffle de vie, mspiravit in faciem ejiis spiraciilum viîœ^ prétendant que l'Écriture voulait indiquer par ces paroles que Dieu avait répandu dans le corps du premier homme quelque chose de sa divine substance. Théodoret s'était déjà proposé cette difficulté en ces termes : tt Si Pâme a été créée par le souffle de Dieu, Pâme sera donc formée de la substance de Dieu. » Voici sa réponse : « Une telle

il) Epistola CLXVI, c. 2, n. 3.

(2) DeGen. ad. litt., lib. IV, c. 2, n. 3. « Nous voyons, dit-il encore, que l'âme est pécheresse, qu'elle se ronsume de chagrin, qu'elle cherche la vérité et qu'elle a besoin d'un libéraicur. Cette inconstance de l'âme me fait voir qu'elle n'est pas Dieu. Car, si l'âme est la substance de Dieu, il s'ensuit que la substance de Dieu peut errer, être violentée, qu'elle peut se tromper, ce qu'on ne saurait dire sans crime » ; Contra Fortiinatum Manich., Disput. I, n. 1 1. Cf. Contra Mcndacium ad Consentium, c. V, n. 8 ; De Anim. et ejus orig., lib. II, c. III, n. 5 seqq.

(3) Gènes., c. II, vers. 7.

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opinion serait à la fois sacrilège et impie. Car, par ces paroles, r Écriture a voulu marquer la facilité de la création ; elle a voulu indiquer aussi, au moins d'une manière obscure, la nature de l'âme elle-même, qui est un esprit créé, invisible, et intelligent, n'ayant rien de commun avec le corps grossier (i). » On peut même dire, avec saint Augustin (2) et saint Thomas, que cette parole de TÉcriture est contraire à l'émanatisme, bien loin de lui être favorable : « Cette sorte d'insufflation, dit le Docteur Angélique, démontre que la vie procède de Dieu dans l'homme, suivant une certaine ressemblance et non suivant l'unité substantielle ; il est dit en effet que le souffle de la vie a été répandu sur le visage de l'homme, parce que, les organes des sens se trouvant placés pour la plupart dans cette partie du corps, la vie s'y montre également d'une façon plus manifeste. Par conséquent le texte sacré porte que Dieu a répandu le souffle de la vie sur la face d'Adam, parce qu'il a donné à l'homme l'esprit de vie, sans le tirer ou le retrancher de sa propre substance; car celui qui souffle corporellement sur la face de quelqu'un, d'où la métaphore paraît avoir été tirée, pousse l'air sur sa figure, mais il ne lui envoie point une portion de sa propre substance (3). » D'ailleurs nous ne supposons pas qu'on puisse ignorer que ces philosophes abusent misérablement des paroles de la Sainte- Ecriture.

ARTICLE DEUXIEME

Que rame humaine vient au monde par création et non par génération

426. Puisque l'âme humaine n'est pas une émanation de la substance divine, elle a conséquemment une origiiie^ en d'autres termes elle passe du non-être à Vêtre. Or une chose peut commencer à exister de Tune de ces deux manières, par

(i) Quœst. in Gènes. ^ Interr. XXIII, pag. ib ; Opp.y t. I, Lutetiae Parisiorum 1642.

(2) De Gen. adlitt., lib. VII, c. 'i\DeCivit. Dei, lib. XIII, c. 24; De Anim^ et ejus orig., lib. III, c. 4, n. 4. Cf. S. Bonav., In lib. II Sent., Dist. XVII, Si. I, q. i ad arg.

(3) Contr. Gent., lib. II, c. 85, n. 7. Cf. Estius, Comment, in quatuor lib, Sent., lib. II, Dist. XVII, g 2, pag. 144, Paris 1680.

322 AiNTHROPULOGIE

création, ou par génération (i); c'est pourquoi, la question que nous allons traiter sur la manière dont Tame reçoit son origine revient à ceci : après la création de Pâme du premier homme (2), les âmes des autres hommes sont-elles produites par la génération du corps (3) ; ou bien maintenant encore Dieu crée-t-il Tâme du néant dans le corps de chaque homme, comme aux jours de la création, lorsqu'il répandit Pâme, en la créant, dans le corps du premier homme, et qu'il la créa en même temps qu'il la répandait en lui ?

427. Ceux qui assignent à l'origine de Tâme la première de ces causres sont appelés Traducianistes^ parce qu'ils croient que l'âme est transmise, tradiici ^ des parents aux enfants par la voie de la génération. Les premiers auteurs de cette opinion, comme l'écrit saint Jérôme, dans sa lettre à Marcellin et à Anapsychia (4), sont Tertullien et Apollinaire, qui furent suivis, ainsi que nous l'apprend Gennadius, par quelques Latins rejnplis de présomptio7i (5) ; ils espéraient pouvoir expliquer plus facilement de cette manière la transmission du péché originel. Saint Augustin ajoute que cette opinion avait été adoptée également par les Lucifériens (6).

428. On ne trouve pas, dans les temps anciens, d'autres partisans de cette opinion que ceux que nous avons cités : il est faux que saint Augustin l'ait jamais soutenue. En effet le saint Docteur montre combien sont faibles les arguments qui semblent combattre la création de nouvelles âmes (7); il enseigne que Fopinion qui explique l'origine de l'âme par la génération ne peut être défendue sans u?ie témérité inconsidérée (8)^ et que cette opinion est telle qu'elle est incompréhensible, dans quelque sens qu'on la défende (9). Mais, comme

(1) Cf. Vol. II, Cosmolog., ch. I, art. 5, pag. 321-322.

(2) Sur la création de Tàme du premier homme, voir S. Augustin, De Anim. etejus orig.y lib. 1, c IV-VI, n. 4-6.

(3) Nous avons dit par la génération du corps^ caf nulle forme n'étant engendrée pour soi, il n'y a pas lieu de rechercher si l'âme humaine est engendrée pour soi-même.

(4) Cf. S. August., Epistola CLXV, c. i, n. i.

(5) De Eccles. Dogm.^ c. 14.

(G) De Hœres., c. 81.

(7) Epist. CLXVI, seu Lib. ad Micron. De orig. anim. hominis, c. IV, et V, n. II seqq., et Epist. CXC ad Optatum, c. V, n. 18 seqq. (H) Epist. CXC ad Optatum, c. V. n. 8. (y) « Cette folle opinion {Vopinion de Tertullien) étant repoussée par tout

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