‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 40 sur 106 · ORIGINE DE L'AME HUMAINE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'AME HUMAINE

les Pélagiens, se fondant sur ce que Tâme ne vient pas au monde par transmission^ s'efforçaient d'ébranler la foi au péché originel qui est transmis des parents aux enfants selon rame (i), le saint Docteur, sans adopter le traducianisme (2), était d'avis qu'il valait mieux ou bien laisser de côté cette question de l'origine de l'âme, sans chercher à la résoudre (3), ou bien défendre, ce qui lui plaisait davantage (4), la

cœur et par toute bouche chrétienne, tout le monde confesse que l'âme, comme c'est la vérité, n'est point un corps mais un esprit, et que néanmoins elle se transmet des pères aux enfants... Mais, lorsqu'on réfléchit et qu'on veut approfondir comment cela se fait, on est surpris de voir que l'esprit humain n'y comprend goutte; l'âme est-elle engendrée de l'âme du père dans sa progéniture, lui est-elle transmise, comme le flambeau allume un autre flambeau, en produisant deux flammes, sans que ce soit au détriment ni de l'une ni de l'autre? Est-ce que le germe incorporel de l'âme s'élance par une voie secrète et invisible du père dans la mère pendant la conception t Ou bien, chose plus incroyable encore, l'âme est-elle cachée dans le germe du corps ? Mais alors que devient l'âme dans les pertes séminales qui ont lieu en dehors de toute conception i Le germe de l'âme ne sort-il point dans ce cas, ou retourne-t-il avec une extrême célérité et comme instantanément à son point de départ, ou bien périt-il tout à fait ? Et s'il périt, comment une âme, dont le germe est mortel, est-elle elle-même immortelle? Enfin ce germe ne recevraitil l'immortalité que lorsqu'il est destine à vivre, comme la justice n'est la justice qu'alors seulement qu'elle est rendue suivant les règles de la sagesse .'' » Epist. CXC ad Optatum^ c. IV, n. i5.

(i) Cf. Epist. CLXVI passim.

(2) « Si vous ne découvrez pas pourquoi ou comment les âmes des enfants deviennent coupables, et comment il se fait que, n'ayant en elles-mêmes aucune espèce de malice qui les contraigne à rattacher à Adam la cause de leur condamnation, si vous croyez en outre qu'elles ne tirent pas leur origine de l'âme coupable du premier homme par propagation, mais qu'elles sont enfermées innocentes et toutes nouvellement créées dans un« chair de péché, prenez garde cependant de ne pas embrasser l'opinion de ceuxqui croient que les âmes viennent par propagation de cette première âme, de peur qu'un autre ne découvre dans cette opinion ce que vous ne pouvez y découvrir, ou ce que vous y découvrirez peut-être plus tard, quoique vous ne le puissiez maintenant; » Epist. CXC ad Optatum, c. IV, n. 14. Voir le cardinal Henri Noris, Vindiciœ Augustiniance, c. IV, g 3, pag. 1027 seqq. ; Opp», t. I, Veronae 1729.

(3) « Avant de vous dire autre chose sur ce sujet, je veux que vous sachiez que, dans mes nombreux opuscules, je n'ai jamais ni osé proposer sur celte question une opinion définitive, ni expliquer hardiment dans mes lettres, pour l'instruction des autres, ce qui n'était pas clair pour moi ; » Epist. CXC ad Optatum, c. I, n. 2. Ailleurs il dit encore: « Nous engageons ceux qui étudient ou bien à ne pas chercher du tout de quelle manière l'âme est donnée aux enfants, ou du moins à n'admettre sur cette question très-obscure aucune opinion qui soit contraire à ce que la foi catholique nous enseigne très-clairement au sujet des enfants qui seront certainement condamnés s'ils ne sont régénérés dans le Christ; » Retract., lib. II, c. 46.

(4) «Quoique personne n'obtienne par ses désirs que ce qui n'est pas vrai le devienne, cependant je désirerais que cette opinion fût vraie ; comme je désire, si elle est vraie, que vous la démontriez avec beaucoup de clarté et de force; » Epist. CLXVI, c. VIII, n. 26. Et un peu plus loin: «Quant à l'opinion que toutes les âmes viennent d'une première âme, je ne veux pas même la discu-

création des âmes dans un sens qui permît de la concilier avec renseignement de la foi catholique sur le péché originel 'i).

429. Mais, si du temps de saint Augustin la création de nouvelles âmes 7i avait pas encoi^e été déclarée par l'Église, dit saint Thomas (2), et si quelques-uns ont pu douter qu'il fût possible de la concilier avec le dogme de la propagation du péché originel, « maintenant, ajoute Estius, après les dissertations si nombreuses et si solides des théologiens scolastiqucs, la question ayant été examinée sous toutes ces faces, et tous les théologiens adoptant sans hésiter la même opinion, celui qui à Tavenir ferait choix d'une opinion différente (de* celle qui tient que les âmes sont créées par Dieu}, ou qui la révoquerait en doute, ne pourrait éviter certainement la note de très-grande témérité (3). » C'est pourquoi Casimir Ubaghs n'agissait pas sans imprudence lorsque, se joignant au baron de Berlepsch (4), il faisait cette déclaration :

ter, si la chose n'est pas nécessaire: et plût à Dieu que l'opinion dont il s'agit ici soit défendue par vous de manière qu'il ne soit plus désormais nécessaire de nous occuper de l'autre ; » Ibid., c. IX, n. 27.

(1) 0 Ceux qui veulent soutenir que des âmes récemment créées sont introduites dans ceux qui naissent, et que ces âmes ne sont point transmises par les parents, doivent prendre garde aux quatre points dont nous avons parlé plus haut: ils ne diront pas que les âmes deviennent, par la volonté divine, coupables d'un péché qui leur est étranger; ni que les enfants qui meurent sans baptême peuvent parvenir à la vie éternelle et au royaume des cieux, leur péché originel étant effacé en eux par quelque autre moyen; ils ne diront pas non plus que les âmes ont péché quelque part avant de s'unir à une chair, et qu'elles sont justement condamnées pour ce fait à être reléguées dans une chair pécheresse ; ils ne peuvent dire non plus que les péchés qui ne sont point en elles sont punis justement parce que Dieu prévoyait qu'ils les auraient commis si elles avaient vécu. C'est pourquoi ils ne doivent soutenir aucun de ces quatre points, parce qu'ils sont faux et impies ; mais qu'ils trouvent là-dessus des témoignages très-concluant de l'Ecriture et qu'ils défendent cette opinion ; loin de m'y opposer, j'applaudirai et je les en remercierai ; » De anim. et ejus orig., lib. I, c. XIX, n. 34; et Epist. CXC, c. 4, n. 3, où il dit: « Si votre assertion ne \a pas à dire que ces âmes nouvelles, vu l'innocence de leur nouvsauté. n'ont pu être soumises à la condamnation originelle avant d'avoir fait usage de leur libre arbitre pour pécher... vous pouvez soutenir de tout votre pouvoir et assurer que la nouveauté des âmes des enfants est d'une nature telle qu'elle exclut tome propagation. » Voir, dans la même LeUre CXC^ le chap. VI, n. 24.

(2) Jn Epist. ad Rom., c. XIV, lect. lll.

(3) Op. cit.. In lib. II, Dist. XVII, g i5, pag. i55, éd. cit. S. Thomas l'avait déjà établi : « Les théologiens et les philosophes conviennent également que le principe de l'âme raisonnable, à son origine, c'est un certain principe sépare...» ; In lib. II Sent., Dist. XVIII, q. II, a. i sol.

(4) Anthropologiœ Christianœ dogmata, c. V, g ii, pag. 60 seqq., Magontiaci 1842.

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L'opinion que les âmes se propagent par les parents dans la génération s'appuie sur des raisons pj^obables qui ne sont nullement à mépriser f/J, elle r^est contraire à aucun dogme de la foi catholique^ pourvu que cette génération ne soit pas considérée comme une certaine division ou diffusion matérielle (2),

430. Avant de clore cet exposé des systèmes, nous devons dire comment Rosmini explique à son tour l'origine de l'âme humaine : d'après lui, Pâme des enfants, en tant qu'elle est sensitive, serait produite par les parents dans la génération, elle deviendrait ensuite intellective par la présence de ridée d'être que Dieu lui manifesterait (3). Le célèbre philosophe nous paraît avoir renouvelé en cela Topinion de quelques anciens, qui enseignaient, comme le rapporte saint Thomas, « que cette même âme qui fut d'abord végétative, devient plus tard sensitive par l'action de la vertu renfermée dans le germe, et parvient enfin à la condition d'âme intellective, non par la vertu active du germe, mais par la vertu d'un agent supérieur, qui n'est autre que Dieu, et qui Téclaire du dehors (4). »

43 1 . Mais les arguments par lesquels on réfute le Traducianisme^ ou Génératianisme^ comme l'appellent aussi quelques auteurs, sont très-solides et absolument certains. En effet cette opinion peut s'entendre de deux manières, savoir en ce sens que l'âme du fils viendrait de l'âme du père d'une manière médiate^ c'est-à-dire par la transmission d'un germe, ou d'une manière iminédiate (5). Si l'âme humaine reçoit son

(i) Anthropologiœ philosophicœ elementa, pars synthetica, c» I, pag. 222 Lovanii 1848.

{2)Ibid., n. I. Il est bon que nos lecteurs sachent que la Congrégation du Saint-Office, soit à raison du Traducianisme, soit pour d'autres points de doctrine, que soutient le docie professeur de Louvain et qui ont beaucoup d'affinité avec certaines des sept propositions que la même Congrégation a jugées ne pouvoir être enseignées sûrement (voir ce que nous avons dit dans le premier vol., ch. VII, art. 4, pag. 623), soit pour quelques autres opinions que Tauteur n'expose pas avec toute la réserve désirable, a déclaré que, « dans les livres philosophiques édités jusqu'à ce jour par Gérard Casimir Ubaghs et principalement dans la Logique et la Théodicée, se trouvaient des doctrines ou des opinions qu'on ne pouvait enseigner sans péril, quœ absque periculo îradi non possunt ; » Ct. La Scien:{a e la Fede, vol. LXII, pag. 390-09 1.

(3) Psicologia-, vol. I, lib. 4, c. 23, pag. 145 seqq., Napoli i858.

(4) I, q. CXVIII, a. 2 ad 2.

(5) Cf. S. Thom., In lib. II Sent., Dist. XVIII, q. II, a. i soU

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