TOME III
3l6 ANTHROPOLOGIE
origine par la transmission d'un germe, il se présente deux liypothcses: ou bien l'âme commence à exister en acte dans le germe après qu'il est détaché, ou bien elle est produite par la vertu active qui existe dans le germe (i). Or ces deux h3^pothèses sont également absurdes. La première est absurde, soit parce que Tâme humaine, comme Tâme de tout autre animal supérieur, ayant besoin d'un certain nombre d'organes divers, elle ne peut exister en acte dans le germe (2); soit parce qu'elle serait assimilée aux âmes des animaux imparfaits qui commencent à exister dans les parties du corps après que celui-ci a été divisé en plusieurs tronçons et qui par là même sont divisibles par accident (3) : ce qu'on ne peut dire de l'âme des animaux supérieurs (4) et bien moins encore de l'âme intellective dont la vertu n'est pas Pacte d'un certain corps (5). La seconde hypothèse est absurde aussi^ parce que « la vertu active qui existe dans le germe travaille à la génération de l'animal en transformant le corps » ; d'où il suit que, « si l'âme humaine était amenée à l'existence par la vertu active qui se trouve dans le germe, son être serait dépendant de la matière (6). » Car « aucune vertu active n'agit au-delà du genre qui lui est propre. » Or la vertu générative qui existe dans le germe ne dépasse pas le genre des vertus corporelles. Donc, puisque l'âme raisonnable est « une forme complètement spirituelle et qui ne communique point avec le corps dans son opération » d'âme raisonnable,
(i) Contr, Gent., lib. II, c. 86, n. 2.
(2) Voir ce que nous avons dit là-dessus dans la Cosmologie, ch. IV, art. 3, pag. 456-458, vol. II.
(3) Cosmol6g,,ch.. IV, art. 3, ibid.
(4) Cosmolog., ch. IV, art. 3, ibid.
(5) «La première supposition serait impossible, pour deux raisons : i" Parce que, l'âme intellective étant la plus parfaite des âmes et d'une très-grande vertu, l'objet qu'elle perfectionne est un corps qui possède des organes d'une grande diversité, au moyen desquels l'âme se trouve capable d'exercer ses multiples opérations ; il est donc impossible que l'âme existe en acte dans un germe divisé ; d'ailleurs les âmes des animaux supérieurs ne se multiplient pas non plus de la sorte, cela n'appartient qu'aux seuls animaux annelés. 2" Parce que l'intellect, qui est la vertu prppre et principale de l'âme intellective, n'étant pas l'acte d'une partie du corps, ne peut se diviser par accident, à la manière d'un corps; il en est de même par conséquent de l'âme intellective ; » Contr. Gent., lib. Il, c. 86, n. 2.
(6) Cf. S. Thom., Contr. Gcnt., lib. II, c. 86, n. 2.
ORIGINE DE l' AME HUMAINE 827
elle ne peut tirer son origine de la vertu active inhérente à un germe corporel (i).
432. On voit clair comme le jour que l'opinion qui dérive rame humaine d'une autre âme par la transmission du germe conduit à cette conséquence absurde que « Tâme n'est pas subsistante et qu'elle se dissout avec le corps (2). » De fait la transmission du germe est la cause propre de la génération du corps; si donc Tâme commençait à exister parla transmission d'un germe, elle cesserait d'exister à l'instant même où le corps se dissout.
433. Si l'on soutient que l'âme du fils procède immédiatement de l'âme du père, cela ne peut s'entendre en ce sens que l'âme du fils serait produite de l'âme du père au moyen d'un fragment détaché de celle-ci, soit parce qu'il répugne manifestement que de l'âme du père, qui est simple, quelque partie sô détache ou s'écoule pour être communiquée à une autre âme (3) ; soit parce que la division, comme le remarque saint Thomas, ne suffit pas pour constituer la transmission (4). Par conséquent, Tâme du fils devrait être produite jfar l'action propre de l'âme du père. Mais, outre que cette manière d'expliquer l'origine de l'âme s'éloigne du tradiicianisme^ lequel se dit proprement « de la transmission de Tâme, qui se fait, dans la génération des êtres animés, par la séparation du germe (5) », elle répugne également à l'immatérialité de l'âme. En effet, comme cette vertu efficiente de l'âme du père ne saurait s'étendre jusqu'à produire du néant l'âme du fils, elle
(i) Contr. Gent., ibid., n. 4, et Qçj. dispp., De Pot.^ q. III, a. g c. Il écrit dans un autre endroit : « L'effet ne doit pas être plus immatériel que la cause ; or, comme la vertu générative est une puissance matérielle, son action ne peut se terminer à une forme immatérielle; » In lib. Il Sent., Dist. XVIII, q. II, a. I sol.
(2) I, q. CXVIII, a. 2 c. S, Augustin signale également cette conséquence; il dit en effet : « Ceux qui assurent que les âmes sortent parpropagation de l'âme que Dieu donna au premier hornme et qui croient, par conséquent, qu'elles dérivent des parents, s'ils suivent en cela l'opinion de Tertullien, ils prétendent sans doute qu'elles ne sont pas des esprits, mais des corps, et qu'elles provien-" nent de germes corporels ; or il n'y a pas d'opinion plus détestable que cellelà; » Epist. CXC, c. IV, n. 14.
(3) Contr. Gent., lib. II, c. 86, n. 6.
(4) On lit dans le livre De Spirit. et anim., c. 40: « L'esprit ne peut, quant à sa substance, être coupé ou divisé, être augmenté ou diminué ; car il ne peut pas être plus grand, mais il peut être meilleur. »
(3) « Parce que le bois se divise en parties, on ne saurait dire qu'une partie est tirée de l'autre ; » In lib. II Sent., Dist. XVIII, q. II, a. i sol.
devrait la tirer de quelque matière préexistante, et partant rame devrait être considérée comme quelque chose qui est composé d'une matière et d'une forme, ou comme une forme matérielle (i) ; ce qui répugne, comme on le voit, à son immatérialité.
434. De la fausseté du génératianisme^ nous pouvons déduire, comme corollaire, que les âmes sont produites par Dieu au moyen d'une création véritable. « Il faut choisir Tun ou l'autre, dit saint Augustin, si Pâme n^est pas transmise par génération, elle est tirée du néant ; car ce serait un vrai sacrilège de croire que Tâme vient de Dieu en ce qu'elle participe de sa nature (2). y> En effet, on doit convenir que Tàme est produite pour elle-même; car, « la production de chaque chose étant toujours conforme à son être (3) », les choses qui subsistent par soi sont produites pour soi ; au contraire, celles dont l'existence dépend d'une autre, sont produites en même temps que cette autre. Or l'âme humaine, comme nous l'avons dit plusieurs fois, « offre cela de particuher, parmi les autres formes, qu'elle est subsistante dans son être et qu'elle communique à son corps l'être qui lui est propre (4). » Par conséquent, tandis que les autres formes « commencent à exister en acte alors seulement que les composés sont achevés (5), Pâme de l'homme est faite pour elle-même (6). Mais de ce que nos âmes sont faites pour elles-mêmes, il résulte manifestement qu'elles sont créées ex Jiihilo ; soit parce que les choses qui viennent de la propagation ne sont pas faites pour elles-mêmes, mais pour la génération du composé, soit parce qu'il est tellement propre à la nature humaine d'être faite pour elle-
(i) ft... Semblablement, l'âme ne peut être produite à la manière d'une chose qui, appartenant à une espèce, en engendre une autre de la même espèce, car cela n'arrive que dans le cas où Tagent pousse telle matière à recevoir telle forme déterminée: or l'âme raisonnable n'est pas une chose qui soit composée d'une matière préexistante et d'une forme, elle n'est pas non plus une forme matérielle susceptible d'être tirée de la puissance de la matière, comme les autres formes matérielles ; » In lib. Il Sent.-, Dist. XVIII, q. Il, a. i sol.
(2) Deanim. et ejus origine, c. i5. Cf. S. Thomas, Contr. Ge^î^, lib. II, c. 87, n. I.
(3) I, q. LXV, a. 4.
{^)Contr. Gent., lib. II, c. 78, n. 2,
(5) I, q. LXV, a. 4 ad i. Cf. Vol. II, Cosmolog., ch. I, art. 6, not. i et 2, pag. 335.
(^6)Contr. Cent., lib. II, c. 87, n. 2.
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même qu'elle ne peut être tirée ni d'une chose préexistante corporelle, car « sa nature serait corporelle aussi » ; ni d'une chose préexistante spirituelle, car « il faudrait pour cela que les substances spirituelles fussent capables d'être transformées (i))), ce qui est impossible. C'est pourquoi nous disons que la production de l'âme humaine est une production ex nihilo^ c'est-à-dire une vraie création, qui ne peut être attribuée, ainsi que nous l'avons noté ailleurs (2), qu'à la puissance infinie de Dieu (3). N'oublions pas de remarquer ceci : l'âme humaine, en tant qu'elle est une forme qui subsiste en soi, exige une production de cette nature, parce que c'est Vêtre même qu'elle reçoit de sa cause et non le principe de son être^ ou la forme, comme cela se rencontre dans les choses qui, étant composées d'une matière et d'une forme, sont engendr^ées en ce qu'elles acquièrent la forme en acte. Or ïêtre même, ainsi que nous l'avons montré ailleurs. Dieu seul, comme premier et universel agents est capable de le produire (4). Donc l'âme n'a pu être produite que par Dieu (5).
435. Saint Bonaventure confirme cette doctrine par deux arguments, qu'il tire l'un de la dignité de l'âme, et l'autre de son incorruptibilité. « Puisque l'âme, dit-il, est faite à l'image de Dieu, puisqu'elle se rapporte immédiatement à lui et trouve en lui sa béatitude en l'aimant de tout son cœur, elle devait, à raison de ^di dignité, recevoir immédiatement de Dieu tout son être, afin qu'elle fût tenue de l'aimer de toutes ses forces (6).
(i) I, q. XC, a. 2 c,
(2) Cf. Vol. II, Cosmolog., ch. Vil, art. 2, pag. 584.
(3) Le docteur Frohschammer, dans un ouvrage qu'il a publié dans ces dernières années, Defensio Generatianismi, soutient que l'âme du fils est produite du néant par l'âme du père. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter cette opinion, principalement parce que l'auteur parle très-inexactement de la génération, car il prétend que non-seulement Tâme raisonnable, mais que tout principe de vie, le principe végétatif dans les plantes et le principe sensitif dans les bêtes, est produit du néant par le principe générateur et que la matière seule est engendrée. Voir les Lettres Apostoliques de Pie IX à l'archevêque de Munich, du 17 décembre 1862.
(4) S. Augustin nous semble avoir voulu indiquer cet argument lorsqu'il dit : « Puisque l'âme est une puissance spirituelle, et qu'elle a été faite, elle n'a pu l'être que par Celui par qui tout a été fait et sans lequel rien n'a été fait; » De Trinit., Wb. II, c. VIII, n. 14.
(5) Contr. Gent., lib. II, c. 87, n. 4.
(6) S. Thomas argumente à peu près de la môme manière : « La fin de chaque chose correspond à son principe ; car une chose est parfaite, alors qu'ell«
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Cette faveur lui revenait éî^alement à raison de son immortalité ; car. Dieu étant le seul être qui possède la vie en lui-même et une vie indéfectible, il est aussi le seul qui puisse produire un principe de vie perpétuel ; or, comme il ne se peut qu'une chose incorruptible soit réalisée dans une matière variable et chansjcante et que l'opération de la créature ne sort pas du cercle de la matière, il est impossible qu'une créature quelconque produise une âme raisonnable; c'est pourquoi Dieu devait se réserver à lui seul cette production (i). » - 436. Nous pouvons, par conséquent, terminer toute cette discussion par ces paroles de saint Jérôme : « Quelle est l'origine des âmes, en ce qui regarde le reste du genre humain ? Ces âmes se transmettent-elles par la génération comme les âmes des bêtes ?... Certes, écoutons plutôt l'Ecriture et la parole du Sauveur : Mon Père trapaille toujours, et je travaille aussi ; cest Dieu, dit Isaïe, qui forme Vespr^it de Vhomme datis r homme 77ze7;ze;.et dans les Psaumes: Dieu façonne les cœurs dafis tous les hommes ; Celui qui crée les âmes des hommes chaque jour, c'est Celui-là même dont le vouloir est obéi à l'instant et dont l'action créatrice n'est jamais suspendue (2). »
437. /'"^ Objection. Il est admis que Thomme est engendré par l'homme. Or Thomme qui est engendré se compose d'un corps et d'une âme. Donc l'âme, de même que le corps, est le résultat de la génération.
438. Réponse: Disting. maj. L'homme engendre l'homme en ce qu'il coopère à l'union de l'âme et du corps, union en vertu de laquelle l'homme devient homme, conc. maj. ; en ce qu'il engendre Tune et l'autre partie de Thomme, 7îeg. maj.; conc. min. ; neg. conseq. En effet, quoique l'âme ne procède pas des parents en vertu de la faculté générative qui leur appartient, cependant celle-ci dispose le corps et le place dans
s'élève jusqu'à son premier principe, soit par ressemblance, soit de toute autre manière. Or la fin de l'âme humaine et sa perfection la plus haute, c'est qu'elle surpasse par sa connaissance et son amour tout l'ordre des créatures et atteint à son premier principe, qui est Dieu. Donc elle tient de Dieu le principe de sa propre origine; » Contr. Gent y lib. II, c. 87, n. 5.
(i) /« lib. Il Sent., Dist. XVIII, a. 2, q. 3 resol.
(2) Liber Contra Joannem Hierosolym,. n. 22, pag. 427, 0pp. ^ t. I, pars II, Vcnetiis 1767.
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des conditions telles qu'il réclame et acquiert cette union suivant les lois de la nature. « Quoique Pâme raisonnable, dit saint Thomas, ne soit pas engendrée, cependant son union avec le corps est en quelque sorte Tœuvre de celui qui engendre (i). » Mais, puisque Thomme devient homme en vertu de Tunion de l'âme avec le corps, c'est à bon droit que la génération de l'homme est attribuée au père et à la mère, parce que ce n'est pas la forme, comme nous l'avons dit souvent, qui est la fin de la génération, c'est un être composé de matière et de forme : « L'homme engendre son semblable dans la même espèce, en ce que la vertu de son germe produit les dispositions relatives à la forme dernière par laquelle rhomme reçoit son espèce (2). m De là cette autre conséquence: quoique Thomme en engendrant ne produise pas l'âme raisonnable, cependant il l'emporte par sa vertu générative sur les bêtes et sur les plantes, lesquelles ont le pouvoir de produire les âmes qui leur sont propres, savoir l'âme sensitive et l'âme végétative. Car sa vertu générative ne s'arrête pas à rame végétative et à l'âme sensitive, elle va plus loin, elle conduit la matière à une disposition telle que l'arrivée de Tâme raisonnable doit suivre immédiatement. « Ajoutez à cela, dit encore Estius, que c'est un grand honneur pour l'homme d'avoir une âme si noble qu'aucune force de la nature ne soit capable de la produire. C'est pourquoi cette puissance générative n'appartient pas même aux anges, dont la nature est cependant beaucoup plus excellente que celle de l'homme (3). »
(i) Qq. dispp., De Pot., q. III, a. g ad 19 ; cf. ibîd., ad 2.
(2) Contr. Gent., lib. II, c. 89. « Il faut répondre, dit-il encore, que celui qui engendre, engendre son semblable dans l'espèce, en ce que l'engendré entre en participation de son espèce par l'action de son auteur ; ce qui se réalise par le fait même que l'engendré acquiert une forme semblable à celle du père. Si donc cette forme n'est pas subsistante et que son être consiste seulement dans son union avec la matière dont elle est la forme, l'être qui engendre est alors la cause de la forme elle-même, comme il arrive dans les formes matérielles. S'il s'agit au contraire d'une forme subsistante, et dont l'être ne dépend pas totalement de son union avec la matière, comme l'âme raisonnable en offre un exemple, il suffit dans ce cas que l'être qui engendre soit cause de l'union de telle forme avec la matière, en disposant la matière à recevoir la forme; il n'est pas nécessaire qu'il soit la cause de la forme elle-même ; » Qq. dispp., De Pot., q. III, a. 9 ad 6.
(3) Op. cit.. In lib. II, Dist. XVII, g i5, pag. i56. « Quant à cette objection , dit S. Bonaventurc , que la bête peut engendrer une autre bête, nous répondrons que ce n'est pas la même chose, parce que, l'âme de la bête n'étant qu'une forme et une forme corruptible, elle peut être tirée de la
43o. 2e Objection. Si le corps vient au monde par génération et Famé par création, Vêtre de l'iiomme n'est pas unique, car un être unique ne peut résulter de causes diverses. Or le conséquent est absurde; donc l'antécédent Test aussi.
440. Réponse : Neg. maj. ; conc, ?7iïn.; neg. coiiseq. Quoique le corps soit produit par génération et Tame par création, néanmoins Vêtre du corps n'est nullement séparé de Vêtre de Famé, car « en même temps qu'il crée celle-ci, Dieu lui donne rêtre dans le corps et l'opération de celui qui engendre dispose le corps de manière qu'il devienne capable de participer à cet être par son union avec l'ame (i). » Deux causes diverses ne peuvent produire un même effet, lorsqu'il n'existe aucun ordre entre elles ; mais, comme, dans la production de l'homme, celui qui engendre conduit le corps jusqu'à cette disposition extrême, après laquelle le corps demande à être informé par l'âme raisonnable, on peut dire que celui qui engendre se rapporte à Dieu qui crée l'âme, à la manière d'une cause instrumentale. Ainsi, quoique Dieu qui crée et l'homme qui engendre soient deux causes diverses, Vêtre unique de l'homme peut être le résultat de leur action. « Deux causes tout à fait disparates, dit saint Thomas, ne peuvent pas se comporter de telle sorte que l'action de l'une se termine à la matière et l'action de l'autre à la forme ; cela se rencontre néanmoins si les deux agents sont ordonnés entre eux de telle sorte que l'un soit rinstrument de l'autre. Car l'action de l'agent principal s'étend d'ordinaire plus loin que l'action de l'instrument. Or la nature est comme un certain instrument de la puissance divine. Par conséquent, il ne répugne en rien que la puissance divine produise seule l'âme raisonnable, tandis que l'action de la nature dispose le corps à la recevoir (2). »
matière ; quanta l'âme raisonnable, qui n'est pas quelque chose de corruptible et qui n'est pas non plus tirée d'une matière préexistante, il est nécessaire qu'elle soit produite du néant et partant qu'elle soit créée; » In lib. Il Sent., Dist. XVIII, a. 2. q. 5 ad arg. Cf. S. Thom., Q.q. dispp.^ De Potest., q. III, a. 9 ad 26.
(i) 0^. dispp., De Pot., q. III, a. 9 ad 20.
(2) Qq. dispp. ^ De Pot., i6/J.,ad 21. Expliquant ailleurs cette difficulté plus au long, il dit : «... Quant à cette objection, que les actions de divers agents ne peuvent se terminer à un seul et môme effet, cela doit s'entendre de divers agents n'ayant aucune subordination l'un avec l'autre. Car, s'il existe entre eux une vraie subordination, il est nécessaire que leur effet soit unique ; parce que l'agent qui est cause première influe sur l'effet de la cause seconde avec
ORIGINE DE l'aME HUMAINE 333
441. 3^ Objection. Les fils ressemblent à leurs parents nonseulement par les qualités physiques du corps, mais aussi par les qualités de Pâme. Or si Tcime ne procédait pas des parents, il serait impossible de rendre compte de cette ressemblance. Donc, etc.
442. Réponse: Disting. maj. Les fils ressemblent quelquefois à leurs parents par les qualités de l'àme comme par celles du corps, co7ic. maj. ; ils leur ressemblent toujours^ neg. maj. ; neg. cons. Nous avons déjà observé (i) que les enfants ne ressemblent pas toujours à leurs parents, même par les qualités du corps. Du reste, lors même que la ressemblance qu'on nous objecte existerait toujours, il serait possible de l'expliquer sans dire que cela vient de ce que Pâme de l'enfant est produite par Tâme du père; cette ressemblance peut en effet provenir soit de ce que les facultés sensitives qui dépendent de la complexion du corps concourent à l'exercice des facultés intellectuelles, soit de ce que Dieu, pour qu'il y ait une proportion convenable entre la forme et la matière, donne au corps une âme qui est en rapport avec sa capacité. «^ La disposition de l'âme raisonnable suit la disposition même du corps, soit parce que l'âme raisonnable retire du corps certains avantages, soit parce que les formes sont diversifiées suivant la diversité de la matière. Telle est la raison pour laquelle les enfants ressemblent aux auteurs de leurs jours, même pour ce qui regarde les qualités de l'âme ; ce n'est donc point parce que l'âme du fils est engendrée par l'âme du père (2). »
plus d'énergie que la cause seconde elle-même ; ainsi nous voyons que l'effet produit par un agent principal, au moyen d'un instrument, est attribué avec plus de raison au principal agent qu'à l'agent instrumental. Il arrive même quelquefois que l'action du principal agent atteint tel résultat dans l'effet, auquel l'action de l'instrument n'est pour rien. Par exemple, la puissance végétative va jusqu'à produire les chairs dans l'animal, tandis que la chaleur animale qui est son instrument ne s'étend point jusque là; cependant la chaleur animale dispose tout pour obtenir ce résultat, car elle préside à la dissolution des aliments et à leur absorption. Or, comme toute vertu activeest, relativement à Dieu, comme l'instrument par rapport à l'agent principal, rien n'empêche que, dans un seul et même homme engendré, l'action de la nature ne se termine à quelque partie de l'homme et non au tout, qui est l'œuvre de l'action divine. Le corps de l'homme est donc formé en même temps et par la vertu de Dieu, comme premier et principal agent, et par la vertu du germe, comme agent secondaire, mais l'action divine produit l'âme humaine que la vertu générativc ne saurait produire, et celle-ci dispose le corps à la recevoir; w Contr. Gent.y lib. II, c. 89.
(i) "Voir ci-devant, pag. i63.
(2) Qq. dispp., De Pot., q. III, a. 9 ad 7.
443. 4^ Objection. Si Fâme ne se propage pas du père à l'enfant par la génération, il est impossible de concevoir comment le péché originel a été transmis d'Adam à toute sa postérité. Donc, etc.
444. Réponse : Neg. antec. Les théologiens expliquent parfaitement la transmission du péché originel dans la postérité d'Adam, sans admettre que Pâme, dans laquelle il réside, se propage par la génération (i). Ces quelques lignes de saint Bonaventure suffisent à notre dessein : « Quant à cette objection, que nous naissons tous enfants de colère, nous répondons que cela vient de ce que l'âme, en s'unissant à une chair infectée, est aussitôt infectée elle-même ; Pâme contracte la faute originelle, non parce qu'elle est engendrée, mais parce que la chair à laquelle Tâmc s^unit a son origine dans la génération: on déterminera comment cela peut se faire, lorsqu'on traitera du péché originel (2). » Bien loin qu'il soit plus facile et moins embarrassant de rendre compte de la transmission du péché originel dans l'opinion des traducianistes, on pourrait très-bien soutenir le contraire. Car, si le dogme du péché originel et de sa transmission pouvait être plus clairement compris et expliqué en admettant cette hypothèse, il faudrait admettre aussi que les vertus et la justice qui se trouvent dans Pâme du père et de la mère se transmettent à leurs enfants ; en conséquence, ceux qui naissent de parents justes et saints ne contracteraient ni péché, ni tache originelle, comme l'enseigne Thérésie pélagienne.
445. Il nous reste à réfuter en peu de mots Topinion de Rosmini. D'abord Tillustre philosophe tombe dans une grande illusion d'esprit, lorsqu'il s'imagine que l'âme sensitive de rhomme est produite par génération. Saint Bonaventure réfute ainsi ce sentiment : « Les choses, dit-il, qui se corrompent en même temps sont aussi produites en même temps : donc, par une raison semblable, les choses qui disparaissent simultanément sont introduites de même. Or, si dans l'homme l'âme raisonnable se retire, la puissance de sentir ne reste plus dans le corps. Par conséque".^^ de même que la puissance de sentir
(i) Voir principalement Bcllarmin, De amissione gratiœ et statu peccati, lib. IV, c. 12, pag. 238 seqq., Mcdiolani 1721.
(2) In lib. II Sent., Dist. XVIII, a. 2, q. 3 ad arg. Cf. S. Thom., Qq. dispp., De Pot., q. III, a. 9 ad 3, et ad 4.
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disparaît si rame se retire du corps, de même elle doit être répandue en lui à Tarrivée de Pâme. Elle est donc produite par création et non par génération (i). »
446. En outre, Vêtre de Pâme humaine, laquelle se trouve en même temps sensitive et raisonnable, est un (2). Or rame humaine, en tant qu'elle est raisonnable, ne tire pas son origine de la génération. Donc elle ne tire pas non plus son origine de la génération, entant qu'elle est sentive (3). Cet argument, qui repose sur Tunité de Pâme humaine, saint Thomas le présente de ces deux manières: i** « Le Philosophe dit que le principe sensitif est contenu dans le principe intellectif, comme le tétragone est contenu dans le pentagone, et que le principe végétatif est contenu dans le principe sensitif, comme le triangle est contenu dans le quadrilatère. Si donc le tétragone dérive du même principe que le pentagone. Pâme sensitive et Pâme intellective ont également le même principe. Mais Pâme intellective ne tire pas son origine de la génération, comme on Pa démontré plus haut ; donc Pâme sensitive non plus, w 2° « Les choses qui sont identiques dans la substance sont amenées à Pexistence par un même principe. Or Pâme intellective et Pâme sensitive sont identiques dans le même homme, pour ce qui regarde la substance, parce que la perfection de Pobjet perfectible est une. Donc, si Pâme raisonnable ne tire pas son origine de la génération, il semble que Pâme sensitive ne doit pas avoir non plus cette origine (4). »
{i)Inîib. II Sent., D'ist. XXXI, a. i, q. i in opp.
(2) Voir plus haut, pag. 8i et suiv.
(3) S. Grégoire de Nysse paraît avoir cette pensée en vue lorsqu'il dit : « Pour exister dans un corps, le principe intellectif doit y naître en même temps comme principe sensitif ;» i)e anim. et resurrect., pag. 5i, éd. cit.
(4) Qq. dispp., De Pot., q. III, a. 9. ibid. On peut comprendre aussi, d'après ces arguments, pourquoi l'âme sensitive est produite par génération dans les bêtes, tandis qu'elle n'est pas produite de la sorte chez l'homme. Dès lors, en effet, que l'âme raisonnable elle-même donne au corps Vétre sensitif, il s'ensuit, comme nous l'avons dit ci-dessus (pag. 234), que l'âme sensitive dans l'homme ne se rapporte pas à la même espèce que dans les bêtes et que par conséquent leur origine est diverse dans son mode. Ecoutons S. Thomai : «Pour ce qui regarde cette objection que l'âme sensitive doit avoir une origine identique, quant au mode, dans l'homme et dans la bête, parce que Yanimalité s'énonce de l'un et de l'autre d'une manière univoque, nous répondons que cela n'est pas nécessaire ; car, bien que l'âme sensitive et l'âme intellective aient la même raison générique dans l'homme et dans la bête, cependant elles diffèrent spécifiquement l'une de l'autre, comme les choses qu'elles informent.
447. On ne peut inférer que Tâme, en tant qu'elle est végétative et sentive dans Thomme, a une autre origine que Tanie intcllective, de ce que l'embryon, avant d'être informé par rame raisonnable, est déjà vivant et possesseur d'une âme ; parce que, répond saint Thomas, Tâme végétative et sensitive, à laquelle aboutit d'abord la puissance générative de rhomme, ne reste pas dans le fœtus ; elle est rejetée et périt à l'arrivée d'une ame plus parfaite, c'est-à-dire à l'apparition de rame intellective. Cette difficulté s'éclaircit tout à fait si Ton se rappelle que chaque chose est constituée dans son essence par la première forme substantielle, et que tout ce qui survient à l'essence d'une chose déjà constituée est purement accidentel. C'est pourquoi, si l'âme végétative ou sensitive restait et que l'âme intellective vînt se joindre à elle, l'âme intellective trouverait un sujet déjà constitué dans son essence et partant, au lieu de constituer l'essence de l'homme, elle surviendrait accidentellement à l'âme sensitive comme une certaine perfection; ce qui est absurde (i). On voit que saint Thomas émet là une doctrine qui est approuvée par les plus doctes physiologistes de nos jours (2) : 1° Dans la génération de l'animal et de Thomme, il y a plusieurs formes qui se succèdent, et par suite plusieurs générations ; car « plus les choses ont une forme noble et éloignée de la forme élémentaire, plus il est nécessaire qu'il y ait de formes et partant de générations intermédiaires pour les conduire graduellement jusqu'à leur forme définitive (3). » 2° Comme la génération
Car, de même que l'animal que nous appelons l'homme diffère des autres animaux sous le rapport de l'espèce, parce qu'il est raisonnable; de même l'âme sensitive de l'homme diffère spécifiquement de l'âme sensitive de la brute en ce qu'elle est en même temps intellective. C'est pourquoi, dans la brute l'âme ne possède qu^; les qualités sensitives; par conséquent ni son être, ni son opération ne s'élèvent au-dessus du corps. Mais, comme chez l'homme l'âme sensitive, en outre de sa nature sensible, possède la puissance intellective, la substance de l'âme, grâce à cette puissance, s'élève au-dessus du corps et par son être et par son opération ; donc elle ne doit ni être engendrée avec le corps, ni tomber en dissolution avec lui. Ainsi la diversité d'origine que l'on assigne à ces âmes, sous le rapport du mode, ne vient pas de la nature sensitive qui constitue leur raison génériy: \ mais de la puissance intellective d'où leur différence spécifique est tirée ; yyContr. Gent., lib. II, c. 89. (i) Q(y. dispp,, De Pot., q. III, a. 9 ad 9.
(2) Voir en particulier Vincenzo Santi, Délia forma ^ gcnesi, e modo de' viventi, Perugia i855, et Liverani Su' principii del moderno ippocratismo, Fano 1859.
(3) Contr. Gent., lib. II, c. 89.
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d'une chose suit la corruption d'une autre, à l'arrivée d'une forme plus parfaite « la précédente se corrompt, mais la nouvelle possède tout ce qu'avait la première et quelque chose en plus (i). » 3** C'est pourquoi, lorsque la génération humaine est achevée, Tâme végétative et sensitive disparaît pour faire place à une âme intellective que Dieu crée sur l'heure et qui est en même temps végétative et sensitive. Écoutons saint Thomas: « D'abord l'embryon humain reçoit une forme végétative; ensuite, celle-ci étant mise de côté, il prend une forme sensitive et végétative à la fois; enfin l'embryon rejette celle-ci et reçoit une âme à la fois raisonnable, sensible et végétative, non plus par le développement de la vertu précédente (c'est-à-dire par la vertu formative qui est daJis le germe dès Vorigiue)^ mais par l'action créatrice. Ainsi, avant d'être pourvu d'une âme raisonnable..., l'embryon vit et possède une âme qui est remplacée par cette dernière (2). »
448. Rosmini tombe dans une erreur plus grande encore, lorsqu'il ajoute que Tâme sensitive transmise par la génération devient intellective par la manifestation de l'idée d'être. Car il suivrait de cette opinion ou bien qu'il existe dans l'homme plusieurs âmes ou formes substantielles, ou bien que l'âme intellective s'ajoute à l'âme sensitive comme une forme corruptible et une perfection accidentelle. En effet, le terme de l'action par laquelle Dieu révèle l'idée d'être est quelque chose de subsistant, ou ce n'est rien de subsistant. Dans le premier cas, l'âme qui devient intellective par suite d'une manifestation de ce genre diffère par essence de l'âme préexistante, c'est-à-dire de l'âme sensitive, laquelle ne subsiste point, et partant il y aurait plus d'une âme dans Thomme : « Si ce qu'on dit être produitpar l'action divine est quelque chose de subsistant, il doit différer par son essence de la forme préexistante, qui ne subsistait pas, et nous retombons dans l'erreur de ceux qui placent dans l'homme plusieurs âmes. » Dans la seconde hypothèse, l'âme intellective ne diffère pas de l'âme sensitive, mais elle en est une certaine perfection ; « il suit
(i) l, q. CXVIII, a. 2 ad 2.
(2) Qçi. dispp., De Pot., q. III, a. 9 ad 9.
nécessairement de là que l'âme intellective doit se dissoudre à la dissolution du corps (i). n
44g. Voici ce que Ton peut encore répondre à Rosmini : r la manifestation de Fidée d'être ne peut se faire qu'à une âme intellective ; elle réclame par conséquent la présence de rame intellective, bien loin de la constituer : 2" d'après la doctrine de l'Église, l'âme intellective est créée du néant, elle n'est donc pas produite par quelque perfection qui viendrait s'ajouter à Fâme sensitive.
ARTICLE TROISIEME
OÙ Von réfute V opinion de quelques philosophes qui tiennent que rame existait avant la formation du corps
Nous venons d'examiner de quelle manière commence l'existence de Tâme ; nous allons nous occuper dans cet article de fixer l'époque où elle commence à exister.
45o. Ceux d'entre les anciens qui dérivaient l'origine de l'âme de l'Essence de Dieu, ou plutôt de l'âme du monde (2), admettaient aussi leur préexistence, TrpoiiTraoÇtv, aux corps qu'elles devaient animer. Sans parler des autres philosophes que nous avons indiqués plus haut, Platon, comme dit saint Augustin, « essayait de persuader que les âmes des hommes avaient vécu parmi les astres avant d'être préposées au gouvernement de ces corps (3) ; » innocentes et heureuses, elles menèrent d'abord une vie céleste; mais, s'étant écartées bientôt de la voie droite par l'abus de la liberté, elles furent chassées du monde idéal et reléguées dans un monde inférieur et sensible, où elles se trouvent enfermées chacune dans un corps, comme dans une prison, pour y subir la peine de leur faute (4). Ce point de la doctrine de Platon est capital dans
(i) I, q. CXVIII. a. 2 ad 2. « Aucune forme n'est capable, en s'unissant à une chos;: corruptible, de lui communiquer un être incorruptible par nature ; autrement ce qui est corruptible serait changé en une chose incorruptible; ce qui est impossible, à cause qu'ils diffèrent de genre ; » Contr. Gent., lib. II, c. 89.
(2) Voir ci-devant, pag. 3 16.
(3) De Trinit., lib. XII, c. XV, n. 24.
(4) Voir ci-dessus, pag. 7-8, et vol. I, Dynamilog.^ ch. VII, art. 2, pag. 568-5Ô9.
ORIGINE DE l'aME HL'MAINE SSq
la métempsycose^ si célèbre dans l'antiquité : nous en remettons la réfutation au chapitre suivant.
45 1. Parmi les auteurs chrétiens, Origène, l'homme le plus docte de son siècle, tout en admettant que les âmes avaient été créées par Dieu (i), s'accordait à dire avec Platon qu'elles existaient déjà avant d'être envoyées dans des corps et avant d'y être enfermées, comme dans une prison, pour l'expiation de quelque crime antérieurement commis (2).
452. Leibnitz défendit la préexistence des âmes d'une autre manière. Il prétendit que toutes les âmes avaient été créées par Dieu en même temps que le monde, chacune avec le germe de son propre corps, qu'elles étaient contenues avec lui dans le premier homme et que chaque homme était constitué par l'un de ces germes à mesure que la marche des siècles amenait leur développement (3).
453. Enfin certains auteurs, tels que Raynaud (4) et quelques autres, ont essayé, dans ces derniers temps, de ressusciter de c^s c^ndTtsXdimétempsf chose ^ dont nous parlerons bientôt ; Ils enseignent que les âmes ont eu une existence antérieure à la vie présente et qu'elles subissent différentes migrations : leur doctrine n'est guère qu'une répétition de ce que les anciens avaient dit là-dessus.
453. Nous n'aurons pas besoin de longs discours pour démontrer que les âmes n'ont pu exister ni avant l'existence du monde corporel, ni avant les corps qu'elles doivent informer. En effet, on est obligé de reconnaître que les âmes possèdent une disposition naturelle à s'unir avec les corps (5) ; par conséquent, si, avant de s'unir avec le corps, l'âme existait déjà, elle était privée de sa perfection naturelle ; bien plus, elle se trouvait dans un état contraire à sa nature : ce qui renferme une erreur grossière, dans le cas principalement où Ton reconnaît que l'âme a été créée, puisque tout ce qui est immédiatement
(i) Cf. Huet, Origenianismus, lib. II, c. 2, Quœst. F/, ^ 3 et 4, pag. 93; inter 0/7/7. Origenis, t. i, Rothomagi 1668.
(2) Cf. S. August., De Civit. Dei, lib. XI, c. 23. On trouve les passages où Origène enseigne cette doctrine dans Guerike, De Schoîœ Alexandrinœ catecheticœ theologia, c. III, pag, 232 et 233, Halis Saxonum 1825.
(3) Théodicée, i* part., §91, pag. 627, éd. cit. Cf. Billinger, Dilucidaiiones philosophicœ etc., sect. i, c. V, § CXIV, pag. 86, 87, Tubingae 1768.
(4) Terre et Ciel, pag. 164-183, Paris 1854.
(5) Voir ci-dessus, pag, 1 1 et suiv.
produit par Dieu se trouve produit dans son état naturel parfait (i). Nous devons faire remarquer, en outre, qu^on ne peut déduire, au moyen d'un raisonnement a pai^i^ que l'âme a commencé d'exister avant le corps, de ce qu'elle continuée exister après la dissolution de ce dernier. « Car, si de fait l'âme reste après la dissolution du corps, cela tient à la défection de celuici (2); or ce qui appartient par accident à une chose peut lui être attribué postérieurement à ce qui lui convient par soi, mais il ne peut lui être attribué antérieurement. D'ailleurs cette privation du corps ne pouvait avoir lieu au moment même de la création de Fâfne (3); » car, « il ne convenait point que Dieu commençât son oeuvre par ce qui est imparfait et contraire à la nature (4). »
455. En outre, puisque l'union de l'âme avec le corps est naturelle, c'est à tort qu'elle est représentée par les philosophes que nous réfutons (5) comme la cause pour laquelle l'âme ne se souvient point de ce qu'elle a connu, ou de ce qu'elle a fait dans une vie antérieure (6) ; car a il est absurde que l'opération naturelle d'une chose soit totalement empêchée par ce qui est conforme à sa nature (7). »
(i) Cf. s. Thom., I, q. XC, a. 4 c, et Contr. Gent., Wh. II, c. 83.
(2) I, q. XC, a. 4 ad 3.
(3) Cf. S. Thom., I, q. XC, a. 4 ad 3.
(4) I, q. CXVIII, a. 3 c.
(5) Vol. I, Dynamilog.^ ch. VII, a. 2, pag. 676.
(6) Pythagore, d'après le te'moignage de Laërcc (lib. VIII, Segm. 3)y se vantait d'être le seul à connaître tout ce qui lui était arrivé avant la vie présente par une faveur spéciale d'Apollon, tandis que la condition de notre existence antérieure est inconnue au reste des hommes (voir Aulu-Gelle, Noctes Atticœ, lib. IV, c. 2). Lactance se moque de cette vaine et folle prétention de Pythagore: « Faut-il ajouter foi à ce vieillard inepte qui se vante mensongèrement d'avoir été tuphorbe dans une autre vie r Comme il était, je crois, de race noble, il s'attribua cette parenté avec une famille dont Homère fait mention dans ses poèmes. O étonnante et singulière mémoire de Pythagore ! Pourquoi faut-il que nous soyons assez malheureux nous-mêmes pour avoir oublié ce que nous fûmes autrefois ? Par quelle erreur, ou par quelle faveur insigne est-il arrivé que lui seul n'ait pas atteint les rives du Léthé et ne se soit point abreuvé au rieuve de l'oubli? Ce vieillard vaniteux aura sans doute imaginé celte fable, comme ces vieilles femmes qui n'ayant pas autre chose à faire composentdcs contes pour les débiter ensuite à desenfants crédules. S'il s'était souvenu que ceux à qui il faisait ces contes ridicules étaient des hommes, il n'aurait pas eu la témérité de mentir si impudemment » [De falsa sapientia-, lib. m, c. 19). Tcrtullicn stigmatise aussi de l'cpithète de mensongère cette prétention de Pythagore: « Comment ne croirai-je pas que Pythagore ment, lorsqu'il ment pour que je le croie? » De Anima, c. 28. Voir aussi S. Augustin, De Trinitate, lib. XII, c. i5, n. 24.
(7)1. q. LXXXIV, a. 3 c.
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456. Du reste, lors même qu'on n'admettrait pas que l'union de rame avec le corps tient à la nature même de Pâme, on ne serait pas plus avancé ; car cette union ne peut être donnée comme la cause de l'oubli des choses que nous avons faites ou connues dans une vie antérieure, et elle n'explique pas non plus pourquoi l'âme qui aurait eu une existence antérieure sans le corps, s'unit dans la suite avec lui. Saint Irénée montre par deux arguments solides que l'union de l'âme avec le corps, de quelque manière qu'on l'explique, ne saurait être alléguée comme la cause de cet oubli. Et d'abord, si cette raison avait quelque valeur, elle irait à prouver que l'homme, dans la vie présente, est incapable de se souvenir de ses connaissances passées. « L'homme ne se rappelle-t-il pas et ne raconte-t-il pas à ses amis tout ce que son âme a vu par elle-même soit en songe, soit par la pensée, soit par la réflexion ? Mais si le corps était une cause d'oubli, notre âme, pendant qu'elle existe dans le corps, ne se souviendrait pas même des choses qu'elle a connues autrefois de ses propres yeux ou de ses propres oreilles ; aussitôt que ses yeux se seraient détournés d'un objet, elle en perdrait le souvenir. Ainsi, dans cet état, l'âme serait incapable de connaître autre chose que ce qu'elle a présentement sous les yeux. Comment donc se souviendrait-elle des choses divines qu'elle aurait apprises, si le corps, comme on l'affirme, était une cause permanente d'oubli ? Cependant, lorsque les prophètes étaient sur la terre, ils se rappelaient toutes les choses qu'ils avaient vues ou entendues en esprit dans leurs ravissements célestes, et une fois revenus à eux-mêmes, ils les annonçaient aux autres hommes : et non-seulement le corps ne leur faisait pas oublier les choses qu'ils avaient contemplées en esprit, mais encore l'âme en instruisait le corps et le rendait comme participant de la vision spirituelle (i).» Le saint Martyr trouve un second argument dans cet empire que l'âme exerce sur le corps (2). Car l'âme, étant plus puissante que le corps, ne peut
(i) Contra hceres., lib. II, c. 33, n. 3, pag. 167, éd. cit.
(2) « Le corps, disait Némésius, a été si bien adapté aux puissances de l'drne, que celles-ci ne reçoivent aucune entrave de leur union avec lui. Car à chaque faculté de l'esprit correspond telle partie du corps, qui lui est attribuée pour l'aider dans ses opérations : l'itme est comme une ouvrière à laquelle le corps sert d'instrument d ; De natura hominis, c. Y, pag. 46, éd. cit. Il avait dit