‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 42 sur 106 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

en soi être surpassée par lui, de manière à être contrainte d'abandonner la science qu'elle avait acquise : « Le corps n'est pas plus puissant que l'anie, puisque c'est par elle qu'il respire, qu'il vit, qu'il croît, qu'il est articulé ; Tàme a donc l'empire sur lui. Il est vrai que l'âme est d'autant plus ralentie dans son mouvement que le corps y a plus de part, mais elle ne perd point pour cela sa proprescience (i). » Quant aux actes des facultés intellectuelles que Tâme exerce dans le corps, comme ils dépendent des fantômes de l'imagination jusqu'à un certain point, ils peuvent, par suite de quelque vice corporel, échapper de la mémoire ; mais, si l'âme produisait ces actes sans le corps et conséquemment sans le ministère des fantômes, leur souvenir ne serait jamais détruit par l'union de l'âme et du corps.

457. En second lieu, si l'union de l'âme avec le corps n'est pas naturelle, et que l'âme ait pu exister sans le corps, «il est nécessaire, dit saint Jérôme, qu'il y ait quelque raison antérieure pourquoi l'âme, qui était auparavant privée de corps, s'en trouve ensuite entourée (2). » Cette raison devrait être demandée à la volonté elle-même, comme l'enseigna Plotin (3), ou à quelque cause étrangère à l'âme. Or, ni Tune ni l'autre de ces deux causes ne peut être alléguée. En effet, i*" « il est par trop incroyable, comme dit saint Augustin, que l'âme ait pu de sa propre volonté incliner vers cette vie du corps (4). ») Car ce serait un hasard bien grand que l'âme descendit ainsi dans un corps ; comment supposer, en effet, que la volonté d'un homme qui engendre et donne des organes à une portion de matière, va coïncider avec la volonté d'une âme qui aspire à s'unir avec la matière? D'ailleurs, si l'âme n'a aucune disposition naturelle pour cette union,c'est qu'elle n'a nul besoin du corps ; mais, si Tâme n'a aucun besoin du corps, si même l'union dont il s'agit est cause qu'elle oublie ce

dans le ch. HI, pag. 38 : « L'union de ces deux substances {de Vdme et du corps) est d'une nature telle que la plus noble ne contracte ni infirmité, ni souillure de son union avec la plus humble ; au contraire celle-ci reçoit plutôt aide et secours de l'autre. »

(i) Contra hceres., lib. Il, c. 33, n. 4, pag. 168.

(2) Liber contra Joann. Jerosolim.^ n. 20, pag. 426, Opp., t. II, pars i, Venetiis 1707.

(3) Voir plus haut, pag. 8.

(4) De Gen. ad litt., lib. VIII, c. 26, n. 3 .

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qu'elle avait jamais su, on ne comprend pas pourquoi elle voudrait s'unir avec lui (i). 2° Si Tunion de Tâme et du corps n'était ni Toeuvre de la nature, ni celle de la volonté de Tâme, mais qu'elle fût l'effet d'une cause étrangère, il faudrait convenir qu'elle a été imposée à l'âme par la violence (2); et comme tout ce qui est violent est contraire à la nature^ cette union devrait être considérée comme quelque chose qui est contre nature : par conséquent l'iiomme qui résulte de V union de l'une et de Vautre ne serait pas un composé naturel^ ce qui est évidemment faux (3).

468. Pour la même raison, Topinion de ceux qui croient que rame a été enfermée dans un corps pour son supplice est, comme dit saint Grégoire de Nazianze, absurde et insensée (4). Suivons l'argumentation de saint Thomas : « La peine est opposée au bien de la nature, c'est pour cela qu'on l'appelle un mal. Si donc l'union de l'âme et du corps est une punition, elle n'est pas à l'avantage de la nature ; or une pareille supposition ne peut être faite, car cette union est voulue

(i) I, q. CXVIII, a. 3 c. Voir aussi S. Grégoire de Nysse, De Anim. et resurrect., pag. 11 3, éd. cit.

(2) I, q. CXVIII, ibid. Le même S. Thomas, dissertant ailleurs plus longuement sur ce sujet dit '.«Personne ne veut descendre dans un état pire, à moins qu'il ne soit trompé. Or la condition de l'âme séparée est préférable à celle de l'âme unie au corps ; surtout d'après l'opinion des platoniciens qui disent que, par suite de cette union, l'âme a oublié ce qu'il savait auparavant et se trouve alanguie dans la contemplation de la pure vérité. Ce n'est donc point par son propre vouloir que l'âme s'unit au corps, à moins quelle ne soit victime d'une tromperie. Mais il ne peut exister dans l'âme aucune cause de déception, puisqu'on lui attribue la science de toutes choses. On dira peut-être que le jugement, en descendant de la contemplation des raisons universelles à la considération des raisons particulières, a été perverti dans son choix par l'entraînement des passions, comme cela arrive quelquefois à ceux qui vivent dans la continence ; mais les passions dont on parle sont toujours accompagnées de quelque impression charnelle, par conséquent elles n'existent jamais dans l'âme séparée. 11 suit de là que si l'âme avait existé avant d'être unie au corps, elle ne se serait jamais unie avec lui de son plein gré ; » Contr. Gent., lib. II, c 83.

(3) Contr. Gent.y ibid. Cf. Qq. dispp., De Pot., q. III, a. lo c. Ajoutons encore ces quelques lignes de S. Jérôme: « S'il est naturel à l'âme d'exister sans corps, il est donc contre sa nature qu'elle existe dans un corps. S'il est contre sa nature que l'âme existe dans un corps, la résurrection du corps est donc aussi contre nature. Mais la résurrection ne se fera pas contrairement à la nature; donc suivant votre opinion le corps en ressuscitant n'aura point d'âme, puisque ce serait contraire à sa nature m ; Liber contra Joann. Jerosolim., loc. cit.

(4) Oratio XXXI, in dictum illud Evang. : Cum consummasset Jésus, ctc . , 0pp., t. I, pag. 5o3, Parisiis i63o.

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par la nature, puisque c'est à cela que la génération naturelle se termine (i). »

45(). Nous pourrions indiquer un grand nombre de conséquences absurdes qui dérivent de cette dernière opinion, nous signalerons seulement les deux suivantes: d'abord si Tunion de l'âme et du corps est considérée comme une punition, il suit de laque la mort, qui nous délivre de cette prison, doit être désirée comme un bien, et que les princes et les magistrats punissent injustement du dernier supplice les crimes les plus graves. « Si Tâme, comme ils le prétendent, a péché dans une existence antérieure à son union avec le corps, dit saint Cyrille d'Alexandrie, et que pour cela elle ait été comme rivée à la chair, pourquoi le législateur punit-il de mort les grands coupables et laisse-t-il vivre les innocents ? Il serait bien mieux de laisser longtemps dans leurs corps ceux qui ont commis les crimes les plus honteux, afin que leur punition fût de plus longue durée, et de délivrer les justes de leurs corps, si les âmes y sont enfermées dans un but d'expiation. Or c'est le contraire qui se pratique, car on punitde mort les assassins, et le juste est laissé en repos. Donc l'âme n'est point enfermée dans le corps en punition de quelque crime (2). « Une autre conséquence absurde, suivant l'argumentation de saint Grégoire de Nysse, consiste en ce que « ceux qui s'imaginent qu'une faute antérieure a été la cause et le principe de la vie actuelle, ne pourraient être encouragés à poursuivre l'acquisition de la vertu puisqu'ils la regarderaient

(i) Contr. Gent., lib. II, c. 83. S. Thomas, argumentant contre certains partisans de cette opinion qui adniettaienî néanmoins h création, ajoutait : u 11 suivrait encore de laque l'entitc humaine ne serait pas bonne suivant la nature, quoique la Genèse {ch. I, v. 3i) dise, après la création de l'homme : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes ;n Contr. Gent.^ ibid.

(2) Lib. I, InJoann. c. IX, n. 6, pag. 80, t. IV, Lutetiae i635.Cet argument ne perd rien de sa force, par cette considération qu'il y a des hommes d'une grande piété qui appellent le corps la prison de l'âme ; car on emploie cette façon de parler parce que l'homme ne peut atteindre le souverain bien en celte vie, et non parce que l'union dp i'âme avec le corps est considérée comme un mal. Écoutons S. Bonaventure : « Nous voyons que l'âme, quelque vertueuse qu'elle soit, ne veut pas se séparer du corps, et, comme dit l'Apôtre (2 ad Corinth., c. V, vers. 4) : Nolumus expcliari, sed supervestiri^ nous ne voulons pas être dépouillés, mais recevoir par-dessus un vêtement de gloire; ce qui serait incompréhensible, si l'âme n'avait pas une disposition et une inclination naturelle pour le corps, comme pour un ami, mais qu'elle le considérât comme sa prison »; In lib. II Sent., Dist. XVIII, a. 2, q. 2 resol.

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comme au-dessus de leur nature. Mais alors pourquoi tous ceux dont l'esprit est débarrassé de ces vains prétextes sontils possédés de la passion et du désir de mener une vie vertueuse? Ce fait prouve manifestement qu'aucun crime n'a précédé la vie actuelle, et que notre nature n'a pas une telle origine ; mais que la sagesse divine qui régit l'univers est Fauteur de notre vie et que l'âme, qui accompagne la génération à répoque fixée par le Créateur, choisit librement ce qui est conforme à sa pensée, et Texécute d'une volonté libre, en sorte que ce qui arrive est précisément ce qu'elle a voulu (i). »

460. En outre, l'idée de peine suppose que celui qui la subit connaît pour quelle faute il est châtié, surtout si la peine est infligée pour l'amendement du coupable ; or, dans l'h\^pothèse de nos adversaires qui prétendent que l'âme, après son union avec le corps, oublie tout ce qu'elle avait fait dans une vie antérieure, nous ne pourrions avoir aucune connaissance de ces fautes. Donc cette peine serait injuste et même complètement inutile (2). Ce qui fait dire à saint Augustin : « Je ne crois pas, je ne puis admettre, je ne puis convenir que les âmes aient péché dans une autre vie, et qu'elles aient été, par suite de quelque faute, précipitées dans les prisons de la chair (3). »

461. Enfin cette préexistence des âmes est d'une nature telle que non-seulement on ne s'^en souvient pas, dit saint Bonaventure, mais que personne même ?i^aurait le pouvoir de nous en convaincre par le raisonnement (4). De fait, il n'est pas permis d'inférer de la nature de l'âme que les âmes existaient avant les corps, car on ne peut déduire cette conclusion ni de ce que le corps est pour Vâme^ ni de ce que l'âme a la vertu nécessaire pour exister toujours. Et d'abord, « il n'est pas nécessaire pour cela (parce que le corps est pour Vâme)^ comme l'observe le même saint Docteur, que l'âme

(i) De Anim. et resurrect., pag. ii5, éd. cit.

(2) S. Justin veut sans doute exposer cet argument lorsqu'il dit : « Saventelles ces âmes que c'est pour cette raison, c'est-à-dire pour une faute commise qu'elles sont renfermées dans des corps ? Je ne le pense pas. Il me semble aussi qu'elles ne se doutent nullement que c'est pour leur supplice. Je dis même qu'elles ne peuvent être tourmentées, puisqu'elles n'ont pas mérité d'être punies. » Dialog. cum Tryphone, 0pp., pag. 222, Luîetiae Parisiorum 161 5.

(3) Epist. CLXVII, c. 9, n. 27.

(4) In m. lisent., Dist. XXXVII, a. 2, q, 2 resol.

précède effectivement le corps, il suffit qu'elle le précède dans 1 intention de son auteur; car, bien que dans l'intention la fin soit avant l'exécution, elle suit cependant celle-ci dans la réalité (i). » L'âme, il est vrai, a la vertu nécessaire pour exister toujours ; « mais, ajoute saint Thomas, la vertu et la puissance ne s'étendent pas à ce qui a été, elle ne s'étend qu'à ce qui est, ou à ce qui sera. Par conséquent de ce que l'âme a la puissance d'exister toujours il n'est pas permis de conclure qu'elle a toujours été, mais seulement qu'elle sera toujours. En outre, ce à quoi s'étend une vertu ne vient de cette vertu que si l'on présuppose son existence. Ainsi, quoique l'âme possède la vertu nécessaire pour exister toujours, on ne peut conclure qu'elle a toujours existé, si l'on n'admet qu'elle a reçu auparavant cette vertu. Or, si vous supposez que l'âme a ce pouvoir de toute éternité, vous faites une pétition de principe, puisque vous supposez que l'âme existe ab œterno^ ce qu'il faudrait prouver (2). »

462. Sans doute la perfection de l'univers exigeait qu'il ne fût pas privé de la présence des âmes raisonnables qui en sont la partie la plus noble, mais on conclurait à tort de là que les âmes ont dû être créées au commencement du monde. En effet les âmes humaines diffèrent entre elles par le nombre, mais elles ne diffèrent point par l'espèce. Or la perfection dont on parle se rapporte aux espèces, et non aux individus (3).

463. Quant à cette raison que l'auteur de Terre et Ciel^ afin d'exclure Dieu de la nature à l'exemple des Rationalistes, a reproduite, d'après quelques anciens, savoir que la création successive des âmes aurait l'inconvénient de faire Dieu témoin de toutes les générations criminelles (4), saint

(i) 7n lib. II Sent., \h\à..,adarg.

(2) Contr. Gent., lib. II, c. 84. Cf. Qq. dispp., q. un. De Anim., a. 14 ad 7.

(3) Contr. Gent., lib. II, loc. cit. « Il faut savoir, dit-il ailleurs, que la perfection essentielle du monde consiste dans les espèces, et la perfection accidentelle dans les individus. Or, comme la multiplication des âmes n'a pas lieu suivant l'espèce, mais seulement suivant le nombre, il suit de là que la création de nombreuses âmes qui sa fait chaque jour n'ajoute rien à la perfection essentielle de l'univers, elle n'ajoute qu'à sa perfection accidentelle ; ce qui n'implique aucune contradiction » ; In lib. II Sent., Dist. XVII, q. II, a. 2 ad 6. Cf. S. Jérôme, Contra Ruffinum, lib. III, n. 28, t. II, pag. Sôy, 558, éd. cit.

(4) Reynaud, Terre et Ciel, i" édit., pag. 172, Paris 1854.

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Thomas l'avait déjà réduite à néant. « Dans l'adultère il y a deux choses à considérer, dit-il, le bien de la nature à quoi Dieu coopère, et le mal de h volupté désordonnée à quoi Dieu ne coopère en rien (i). » Au reste cet argument peut être rétorqué contre ses auteurs; car, lors même qu^on admettrait que les âmes existent depuis la création du monde, il serait toujours nécessaire que Dieu prêtât son concours à toutes les générations, sinon par la création actuelle des âmes, du moins par Punion qu'il établirait entre elles et les corps de formation récente.

464. Les misères que Pâme est contrainte de supporter en cette vie nous font comprendre que cette vie n'est pas la fin dernière de l'homme et qu'elle est seulement la voie qui nous y conduit (2) ; elles nous rappellent en même temps la faute de notre premier père dont la Révélation nous instruit et dont il reste d'éclatants vestiges dans les traditions de tous les peuples (3) ; mais on n'a pas le droit d'en conclure que l'âme a été précipitée dans le corps pour s'}^ purifier de souillures contractées dans une autre vie. « Nous savons, dit saint Augustin, que ceux qui viennent au monde n'ont encore fait ni bien ni mal dans une vie qui leur soit propre, et que ce n'est pas en conséquence de mérites antérieurs dont ils étaient incapables qu'ils ont été placés au milieu des misères de la vie présente; toutefois, nous n'ignorons point que tous ceux qui naissent d'Adam selon la chair contractent par leur naissance la contagion de la mort antique (4). » Ajoutons à cela que les âmes retirent de leur union avec le corps plusieurs avantages, dont le principal est que l'âme trouve dans cette union la perfection de sa nature ; car, ainsi que saint Thomas

(i) I, q. CXVIII, a. 2 ad 5. Voir Némésius, De natura hominis^ c. II, pag. 27, 28, éd. cit.

(2) « La vie présente, dit saint Anselme, est la voie ; car en cette vie l'homme ne fait que marcher » ; Epist. CXXXVIII^ pag. 41 5, éd. cit.

(3) Cf. La Sci€n:{ae la Fede, vol. IX, pag. 94-96, Napoli 1845.

(4) Epist. CCXVII, c. 5, n. 16, il dit ailleurs: « Maintenant retenons bien... que l'opinion d'après laquelle quelques-uns pensent que les âmes ont plus ou moins péché dans une autre vie et qu'elles sont enfermées en divers corps suivant la gravité de leurs fautes est contraire à l'enseignement des Apôtres ; car il a été dit clairement que les nouveaux-nés n'avaient encore rien fait ni de bien ni de mal » ; De Genesi ad litt., lib. Vî, c. 9, n. 16.

l'observe très-justement, « il est impossible, tant que Tame ne s'unit pas avec le corps, que sa nature soit parfaite (i). »

465. Il faut savoir en outre que Reynaud se trompe grossièrement lorsqu'il soutient que la théorie de la préexistence des âmes, qui fait Tobjet de notre réfutation, n'a jamais été frappée d'aucune censure par T Eglise (2). Car il a été défini dans le IV* Concile général de Latran, « que Dieu dès le commencement du temps avait produit à la fois du néant Tune et Tautre créature, la créature spirituelle et la créature corporelle, c'est-à-dire les anges et le monde, et qu'il avait ensuite créé rhomme, qui est constitué par l'union d'un esprit et d'un corps (3)»; ce qui signifie que les âmes raisonnables ne sont pas plus anciennes que les corps ; car deux choses qui ont été produites en même temps ne sont pas plus anciennes l'une que l'autre. Cela ressort également du VP canon du second Concile de Braga, tenu en 563 contre l'hérésie des Priscillianistes (4), et du premier Anathème qui se lit à la fin du traité de l'empereur Justinien (5) et qui fut approuvé avec les autres par le V* Concile général contre les erreurs d'Origène (6).

466. Il est nécessaire que nous examinions brièvement l'opinion de Leibnitz qui s'imagina que les âmes avaient toutes été créées en même temps au commencement du monde et qu'el-

(i) Qq. dispp., De Pot., q. V, art. 10 c. Et ibid. ad 12 : « La première perfection de l'âme regarde son être naturel ; car elle consiste dans son union avec le corps; par conséquent elle a dû être créée dès son origine dans le corps, comme dans son lieu propre. Quant à sa dernière perfection, elle consiste en ce qu'elle communique avec les autres substances intellectuelles; et cette perfection lui sera accordée dans le ciel. » Voir pag. 339-340.

(2) Terre et Ciel, pag. 175, 187, 386-387, éd. cit.

(3) Cap. Firmiter, de Fide catholica. Cf. Conciliorum collect.^ éd. Labbe, t. XllI, col. 927, Venetiis 1730.

(4) « Si quelqu'un dit que les âmes humaines ont péché auparavant dans une habitation céleste et que pour cette raison elles ont été rejetées sur la terre dans.des corps humains, comme dit Priscillien, qu'il soit anathème; n Conciliorum collect., t. VI, col. 5r8, Venetiis 1729.

(3) « Si quelqu'un dit, ou pense, que les âmes des hommes préexistent, parce qu'elles furent d'abord des esprits et des vertus remplies de sainteté, et que, ayant pris en dégoût la contemplation divine, elles se sont tournées vers une condition inférieure, que par suite de cela l'amour de Dieu s'est refroidit en elles, et qu'elles ont été en conséquence appelées des dmes et envoyées dans des corps pour leur supplice, qu'il soit anathème » ; ibid.^ t. VI, col. 334.

(6) « Si quelqu'un affirme la préexistence fabuleuse des âmes et la réhabilitation monstrueuse qui en est la conséquence, qu'il soit anathème »; Can . I, adversus Origenem, ibid.^ col. 21'i, Cf. H. Martin, La vie future. 2* part.. ch. 3, pag. 223 et suiv., Paris i853.

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les avaient été enfermées dans des corpuscules organiques. D^abord la notion même de génération montre ouvertement que cette opinion manque de solidité. En effet, comme ranimai est composé d'un corps organique et d'une âme, on dit qu'il est engendré par l'union de Tâme et du corps organique; ce qui serait faux, si l'âme était unie avec un corps organique dès le commencement du monde ; il est de fait que, dans cette hypothèse, l'animal existerait déjà, et le rôle du père et de la mère se bornerait à accroître le volume de son corps. « Il s'ensuivrait, dit saint Thomas, que la génération de l'homme n'aurait pas les caractères d'une vraie génération, puisque son sujet serait un être en acte(i). »

467. En second lieu, lésâmes qui préexisteraient ainsi dans ces corpuscules seraient douées seulement de la faculté de sentir et privées de raison, ou du moins les âmes seules que Dieu prévoit devoir être un jour des âmes humaines seraient douées de raison (2). Or ces deux h3^pothèses, que Leibnitz proposait, sans prendre garde qu'il se contredisait lui-même, sont absurdes l'une et l'autre. D'abord la première, car « aucune forme substantielle, dit saint Thomas, ne reçoit plus ou moins, mais l'addition d'une perfection plus grande en fait une autre espèce, de même que l'addition de l'unité forme une espèce différente parmi les nombres (3). » Par conséquent, si les âmes sont privées de raison à leur origine et que Dieu leur accorde ensuite cette faculté, il faudrait soutenir cette proposition absurde, que Tâme qui préexiste ainsi dans le corpuscule organique est d'une autre espèce que l'âme humaine, en sorte quhme seule et même forme sons le rapport du nombre appartiendrait à diverses espèces (4). L'autre hypothèse est contraire aux lois de l'analogie, dont Leibnitz fait tant de cas ; en effet l'analogie voudrait que si, parmi les âmes préexistant dans des corpuscules organiques, il en est une seule qui soit douée d'intelligence, toutes les autres de la même espèce aient le même privilège. Leibnitz, il est vrai, dit que les âmes qui sont privées de raison ne sont pas destinées à infor-

(i) s. Thomas, I. q. CXVIII, a. 2 ad 2.

(2) Théodicée, i" partie, g 91, pag. 527, éd. cit.

(3) I, q. CXVIII, a. 2 ad 2.

(4) I, q. CXVIII, ibid.

33o ANTHROPOLOGIE

jjîCî' des corps humains ; mais on ne voit pas pourquoi ces âmes seraient ainsi distinguées des autres, tandis que les graines des plantes qui ne sont pas destinées à germer ne se distinguent en rien de celles qui doivent germer et fructifier un jour (i).

468. Nous pourrions réfuter la doctrine de Leibnitz sur ce point par plusieurs autres raisons, mais nous les laissons de côté et nous ajoutons que la préexistence des âmes dans des corpuscules organiques est contraire à la doctrine de TEglise; car, dans le V® Concile de Latran, célébré sous le pontificat de Léon X, on frappa d'anathème tous ceux quinieraientdans la suite que lame raisonnable soit individnellemeyit inultipliable, ?nidtipliée^ et qu^elle doive Vêtre à l'avenir ^suivant la multitude des corps dans lesquels elle est répandue (2). Or, si rame raisonnable doit être multipliée suivant le nombre des corps, il est clair que les âmes de tous les hommes qui naîtront jusqu'à la fin des temps n^ont pas été créées par Dieu au commencement du monde. Car, si elles ont été créées toutes ensemble, elles peuvent bien être aussi niultipliées que les hommes qui naîtront jusqu'à la fin, mais elles ne seraient pas devant être multipliées : at non multiplicandœ.

469. Leibnitz se flatte qu'en adoptant Thypothèse qu'il a imaginée, il sera plus facile d'expliquer la propagation du péché originel par un seul homme dans tout le genre humain (3) ; mais ses espérances ne sont pas fondées : car, si on adoptait son opinion, c'est alors bien plutôt qu'il surgirait des difficultés inextricables pour rendre compte de cette transmission. En effet, si vous dites que toutes les âmes existaient dans les corpuscules organiques de notre premier père, et qu'elles n'avaient qu'une nature sensitive, vous ne parviendrez jamais à expliquer comment le péché originel, qui est une tache spirituelle, a pu s'imprimer dans ces âmes sensitives. Si, au contraire, vous leur accordez une nature intellectuelle, nous

(i) Du reste Leibnitz avoue lui-même, dans une lettre au théologien protestant Pfaff, lettre publiée après '-.-! ;r!ort, qu'il n'avait proposé cette opinion dans sa Théodicée que comme un jeu d'esprit et pour montrer la puissance créatrice de son génie. Voir Gerdil, /n/ro<i. allô studio delta Religione, part. I, libr. 2, c. 3, g 7. pag. 3iy, t. IX, 1807; ^^'^ aussi la note que nous avons donnée dans le second volume, Cosmol. , ch. I, art. 4, pag. 298, not. 2.

(2) Sess. VIII : voir la bulle de Léon X, Apostolici regiminis, apud Labb., t. XIX, col. 842, Venetiis 1732.

(3) Théodicée, i" part., g 92, pag. 528.

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