‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 47 sur 106 · Réponse. Dist. r:in.^ si rien ne s'y opposait du côté · texte numérisé non relu

Réponse. Dist. r:in.^ si rien ne s'y opposait du côté

(i) Qq, dispp., De Pot., q. III, a. lo ad i6.

(2) Voir ci-dessus, pag. Sy, not. 3.

(3) Qq, dispp., q. un. De Anim., a. 14 ad ii.

(4) De immort, anim.^ c. 11, n. 16.

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du corps, conc. mifu; si le corps s'y oppose, neg. min.; neg, conseq. Comme il est conforme à la nature de l'âme qu'elle soit unie à un corps, elle réclame naturellement cette union. Mais, le corps étant corruptible, tôt ou tard « il perd la disposition qui le rendait apte à recevoir la vie (i)» *, ce qui est cause que Tâme s'en sépare. Ainsi la mort, par laquelle l'âme se sépare du corps, est naturelle à Thomme selon le corps même, comme l'enseigne saint Thomas, mais elle ne lui est pas naturelle selon l'âme : « Uâme raisonnable, qui de soi est immortelle, est la forme du corps ; c'est pourquoi la mort n'est pas naturelle à l'homme du côté de la forme. Quant à la matière de l'homme, c'est tel corps déterminé ; mais celui-ci se trouvant composé de principes contraires, il est nécessairement corruptible ; de ce côté la mort est par conséquent naturelle à rhomme (2). » S'il arrive que l'âme continue à exister sans le corps, cela tient à la corruptibilité de ce dernier (3). Il est vrai cependant que cet état particulier dans lequel l'âme existe sans le corps, de même que cette manière de connaître saJis coJiversion vers les fantômes, est en dehors de sa fiatiire (4), parce que l'âme, comme nous le disions naguère, exige par elle-même d'être unie au corps ; il est conséquemment plus naturel à l'âme d'être unie au corps que d'en être séparée (5) ; mais ce n'est pas à tel point que ce soit contraire

(i) Qji. dispp., q. un. De Anim.j a. 14 ad 20.

(2) 2» 2«, q. CLXIV, a. I ad I.

(3) Voir ci-devant, pag. 33g-34i.

(4) « La connaissance produite par l'application de l'âme aux fantômes de l'imagination, est naturelle à l'âme, comme il lui est naturel d'être unie au corps ; tandis que la séparation du corps est une chose en dehors de sa nature, comme il est en dehors de la nature de l'intellect qu'il connaisse sans le secours des fantômes» ; I, q. LXXXIX, a. i c. Voir aussi, pag. î3i-232.

(5) « Toutes choses égales, l'état de l'âme dans le corps est plus parfait que hors du corps, parce qu'elle est une partie d'un tout composé et que toute partie intégrante implique rapport "au tout. Et quoique Tâme séparée du corps soit plus semblable à Dieu en un sens, ce n'est pas cependant sous tous les rapports ; car les êtres possèdent, absolument parlant, leur plus haute ressemblance avec Dieu, quand ils ont tout ce qu'exige la condition de leur nature, parce qu'ils se rapprochent alors davantage de la perfection divine : ainsi lé coeur de l'animal est plus semblable au souverain être immobile, quand il se meut, que lorsqu'il est en repos, parce que le mouvement est une perfection du cœur, tandis que le repos en est la destruction « ; (3, Suppltm., q. LXXVII, a. I ad 4). C'est une raison de croire, dit Tertullien, que Dieu ressuscitera les corps, comme nous savons qu'il en a été le réparateur {De resurrectione carnis, c. XII, pag. 485, Opp.^ t. I, Parisiis i658), en sorte que, lors même que la résurrection de la chair n'aurait pas été annoncée par Dieu, nous devrions

à sa nature ; car, bien qu'elle soit séparée de son corps, Tâme conserve toujours une inclination naturelle pour lui, comme rintcllect conserve encore une inclination naturelle pour les fantômes (i).

5i5. 2^' Objectio7i. L'âme humaine naît en même temps que le corps ; il est donc nécessaire qu'elle meure en même temps que lui.

5i6. Réponse. Dist. antec: Pâme naît en même temps que le corps, mais d'une autre manière, conc. a?îiec.; il naît de la même manière que le corps, 7ieg. antec; neg. conseq. Puisque la manière dont Pâme et le corps sont produits est diverse, car rame est produite par création, et le corps par génération, il n'y a pas de raison conséquemment pour que l'âme soit dite corruptible comme le corps, sous prétexte que le commencement de l'une coïncide avec le commencement de l'autre. A^oici comment Lactance répond à cette objection : « Le corps étant composé d'éléments pesants et corruptibles est appréhendé par les sens du toucher et de la vue; il doit par conséquent se corrompre et mourir parce qu'il est incapable de repousser l'action des forces contraires. Mais Tâme, échappant à tout contact par la légèreté de sa substance, ne peut périr sous un choc étranger. Ainsi, quoique l'âme et le corps soient unis et associés dès leur naissance, et que celui-ci, qui est formé du limon de la terre, soit comme le vase dans lequel l'âme est contenue, tandis que l'âme reçoit du Ciel sa substance spirituelle ; cependant, lorsqu'une force supérieure vient à les séparer, séparation qui constitue la mort, aussitôt l'une et l'autre substance retournent à leur nature propre : ce qui vient

encore la présumer de nous-mêmes [Ibid.^c. XVIII, pag. 487). Écoutons comment Cornélius a Lapide explique cette même doctrine : a A moins de supposer que l'âme sera toujours privée par violence de sa nature et de son état naturel, Dieu doit lui rendre son corps.... Ces deux choses sont naturellement unies. Car il existe dans l'âme une inclination naturelle pour son corps, en sorte qu'elle ne peut exister sans le corps, à moins qu'on ne fasse violence à sa nature. Par conséquent, on peut dire que la résurrection, considérée dans sa substance et suivant l'exigence de la nature, e^t quasi-naturelle : quoique, dans son mode et son exécution, elle soit surnaturelle. Car l'âme séparée ne peut être de nouveau réunie à son corps par l'action d'aucune force créée; mais la vertu surnaturelle de Dieu est indispensable pour cela » ; Comment, in Sacr. Script., In Epist. I adConnth.jC. XV, vers. 18 et 19, t. IX, pars prima, pag. 338, Meliiae i85o. Cf. S. Thom., Contr. Gent., lib. IV, c. 79-81 ; i» 2", q. IV, a. 5; Compend. theolog., c. i5i.

(i) Voir plus haut, pag. 174-175.

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de la terre retourne à la terre, et ce qui reçut un esprit céleste existe et vit toujours, parce que le souffle divin est éternel (i). » L'auteur ajoute ensuite : « Ce que dit Lucrèce, que Pâme se dissout et périt avec le corps, sous prétexte qu'ils naissent ensemble, est faux tout d'abord, mais en outre il peut se retourner contre lui. En effet, le corps ne se corrompt pas à rinstant ou Tâme se retire, il reste entier pendant plusieurs jours, et même pendant longtemps, s'il a été embaumé. Or, s'ils périssaient ensemble, comme ils naissent en même temps, rame ne se retirerait pas et n'abandonnerait pas incontinent le corps, mais Fune et l'autre se dissiperaient ensemble et au même moment ; et le corps, malgré le souffle qui lui reste, se corromprait et tomberait en dissolution, aussitôt que Pâme se retire. L'âme ne s'évanouirait même qu'après la dissolution du corps, à peu près comme une liqueur se répand lorsque le vase est brisé (2). »

517. 7^^ Instajice. Quoique l'âme soit produite d'une autre manière que le corps, son existence a eu néanmoins un commencement. Par conséquent, de même que son existence a eu un commencement, de même aussi elle aura une fin.

5 18. Réponse. Neg. conseq. Cette objection est fondée sur ce faux principe : Nulle chose ne peut durer éternellement, si elle a commencé à exister. Saint Augustin fait cette réponse aux philosophes qui la faisaient valoir de son temps : « Ce qu'ils disent, que tout ce qui a un commencement d'existence ne peut être immortel, parce que tout ce qui commence meurt, tout ce qui croît vieillit, pour nous obliger à confesser que si l'esprit humain est immortel, c'est qu'il a été créé avant tous les temps, n'ébranle en rien notre foi. Car, sans chercher d'autre réponse, il est certain que l'immortalité de la chair du Christ a commencé dans le temps, et cependant il est dit qu'elle ne meurt plus et que désormais la mort n'aura plus d'empire sur elle (3). » Écoutons maintenant la réponse de saint Irénée : « Si quelqu'un vient nous dire que ces âmes qui existent depuis peu ne peuvent persévérer longtemps dans l'existence, par cette raison qu'il est nécessaire, ou qu'elles

(i) Divin. Institut., lib. VII, c. ii, 0pp., pag. 406, Basileae i.SôS*

(2) Divin. Institut. ^Yih.Wll^ c. 12, éd. cit.

(3) Epist.CLVI, c,5,n. 14.

n'aient pas eu de commencement, si elles sont immortelles, ou qu'elles périssent avec le corps, si elles sont nées avec lui ; qu'il sache que Dieu, seigneur et maître de toutes choses, est le seul qui n'ait ni commencement ni fin, le seul qui soit toujours le même et de la même manière. Au contraire toutes les œuvres de Dieu, celles qui ont été faites, et celles qui se feront plus tard, ont un commencement de génération, et diffèrent de celui qui les a faites, en ce qu'elles ne sont pas incréées comme lui ; elles restent et leur existence se prolonge pendant toute la durée des siècles, suivant la volonté de leur auteur. Ainsi, de même qu'il a voulu qu'elles fussent faites dans le temps, de même il a réglé qu'elles existeraient toujours dans la suite (i). »

519. 2^ Instance. L'âme a commencé d'exister en ce qu'elle a été produite du néant. Or, ce qui vient du néant peut être anéanti. Donc Tâme tombera dans le néant d'où elle est sortie au jour de sa création.

520. Réponse. Distijig. min.: Ce qui vient du néant peut être anéanti, parce qu'il tend de sa propre nature vers le néant, neg. min.; parce qu'il tomberait dans le néant, si Dieu ne le conservait, conc. min.; neg. conseq. En effet, « la tendance vers le néant n'est pas, à proprement parler, un mouvement de la nature, car les mouvements de la nature ont toujours le bien pour objet (2). » Mais, comme la créature n'existe point par elle-même, et ne persévère pas dans l'existence en vertu de sa propre nature, elle peut être réduite au néant par l'abandon de la vertu qui la conserve dans Vêtre, vertu qui, nous l'avons montré (3), n'appartient qu'à Dieu

(i) Contr. Hœres.^ c. 34, n. 2, Opp.^ t. II, pars prima, pag, 169, Venetiis 1734.

(2)Q^. dispp., De Pot. ^ q. V, art. i ad 16. Voici en quels termes éloquents S.Augustin développe cette pensée : « Tous les animaux irraisonnables.... depuis l'énorme dragon jusqu'au moindre vermisseau, ne montrent-ils pas le désir de la vie, et n'est-ce pas pour éviter la mort qu'ils se livrent à tous les mouvements que l'on sait ( Que ne font pas les arbustes et les arbres, qui n'ont ni organes des sens, ni mouvement bien visible, pour éviter les dangers? N'est-ce pas pour s'élever plus haut dans les airs et pour se conserver à leur manière qu'ils jettent de protondes racines dans la terre où ils vont puiser leur subsistance ? Enfin les corps mêmes, qui non-seulement sont dépourvus de tout sentiment, mais qui n'ont pas la puissance de se reproduire, s'élèvent dans les airs, ou descendent dans la terre, ou occupent une région moyenne, pour conserver leur substance dans l'endroit qui convient le mieux à leur nature » ; De Civit. Dei, lib. XI, c. 26.

(3) Voir plus haut, pag, 356, no 2.

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seul. On ne peut donc conclure de là que Pâme est corruptible de sa nature, « car on ne dit pas qu'une chose est corruptible parce que Dieu a le pouvoir de la réduire au nonêtre en la privant de son action conservatrice, mais parce qu'elle possède en soi quelque principe de corruption, quelque contrariété, ou au moins la puissance de la matière (i). » Il est seulement permis d'en déduire que l'âme peut être anéantie par Dieu : « Tout ce qui commence et cesse d'exister doit l'un et Tautre au même principe, car la puissance à rêtre est la même que la puissance au non-être. Mais les substances intellectuelles sont redevables du commencement de leur existence au premier agent. Par conséquent, ces substances n'ont aucun pouvoir au non-être par elles-mêmes, mais ce pouvoir est tout entier dans le premier agent qui peut s'abstenir de leur communiquer Têtre (2). » Cependant, bien que Dieu puisse, eu égard à sa puissance infinie, anéantir l'âme (3), nous allons démontrer, dans l'article suivant, qu'il ne le voudra jamais, parce que ce serait contraire à plusieurs de ses autres attributs.

ARTICLE QUATRIEME

OÙ l'on démontre que Vâme humaine est aussi extrinsèquement immortelle

521. Nous avons déjà expliqué que cette question se ramenait à ces termes : L'âme humaine peut-elle être réduite au néant (4) ? Or, plusieurs arguments, que l'on peut tirer des attributs mêmes de Dieu, prouvent clairement que Dieu ne peut détruire l'âme.

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