‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 51 sur 106 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

373. En voilà assez sur V Anthropologie. Saint Jean Damascène la résume toute entière dans ces quelques lignes : « Ainsi donc, Tâme est une substance vivante, simple, et incorporelle; elle échappe par sa nature même aux yeux du corps, elle est immortelle, elle est douée de raison et d'intelligence ; elle a sous sa dépendance un corps pourvu d'organes, auquel elle communique la vie, la croissance, le sentiment et la puissance générative ; Tesprit n'est pas une substance différente de Tâme, car il en est seulement la partie la plus subtile : il est porr Tâme ce que l'œil est pour le corps. De plus, Tame jouit du libre arbitre, elle possède la faculté de vouloir et d'agir. Elle est néanmoins changeante et variable; en d'autres termes, sa volonté est susceptible d'éprouver divers changements, parce qu'elle est une substance créée (r). »

ejus, qui est super oninia, et liullius. nequc sui ipsius^ neque alterius omnitio., aut igyioto vacatione omnis cognitionis secundum meîius unitus^ et eo quod nihil cognoscit suyer mentem cognoscens » {De Myst. theoL, c. I, ^ 3). Écoutons la courte mais claire exposition d'Albert le Grand : « L'auieur donne le nom d'impalpable et d'invisible à cette connaissance, parce que ce qui est ainsi découvert par l'esprit n'est ni sensible, ni intelligible par compréhension. Quanta lui-mcme, il devient par tout son être, c'est-à-dire tout entier, la chose de Celui qui est par dessus toutes choses, ou de Dieu, grâce à sa complâe conversion vers lui : il n'appartient t: personne en dehors de Dieu, ni à lui-même, ni à quelque autre ; parce qu'il s'est tourné uniquement vers Dieu. Mais, il s'unit eyitièrement à Vinconnu, ou à Dieu, le mieux possible, c'est-à-dire suivant le meilleur mode d'union, laissant de côté toute connaissance naturelle, parce qu'il ne se tourne plus désormais vers les choses qui lui sont naturellement connues, mais il se tourne seulement vers Dieu qui n'est connu par aucune connaissance naturelle: c'est ainsi que les connaissances naturelles disparaissent; et par cela même il ne connaît rien d'une connaissance naturelle, étant obligé pour connaitre de s'élever au-dessus de son propre enten.:ement : en d'autres termes, il ne connaît rien au-dessus de la nature de son esprit sans la lumière divine infuse qui lui est envoyée d'en haut et qui lui permet de s'élever au-dessus de lui-même » ; De Myst. theolog., c. 1, g 3, pag. 125, \i6. On peut voir également ce que nous avons dit sur ce sujet dans notre Philos. Christ., Dynamil., vol. lll, c. Vil. art. 38, pag. 1446. (i) De Fide Orthodoxa, lib. 11. c. 12, pag. 170, éd. cit.

I . Clément d'Alexandrie observe que la partie de la philosophie que nous entreprenons d'expliquer, et qui a reçu le nom de Théologie naturelle^ renferme la plus grande et la plus importante des doctrines^ celle qu'il importe avant tout d'inculquer à l'esprit humain. Car, dit-il, « c'est la science de Dieu, la science de Celui qui est véritablement, de Celui qui communique l'éternité à ce qui est, de Celui à qui les autres choses sont redevables et de l'être qu'elles reçoivent et de la conservation (i). » Ces paroles ont été dites avec beaucoup de raison et de sagesse ; elles nous paraissent exprimer la pensée que nous exposions nous-mêmes, dans ÏTntroduction à la Philosophie., lorsque nous disions qu'il est impossible de connaître à fond quoi que ce soit avant d'avoir étudié ses relations avec Dieu, qui est la cause première et absolue de laquelle tout reçoit l'être et l'existence. Or, comme la philosophie comprend dans sa sphère toutes les choses sans la connaissance desquelles il est impossible d'acquérir la science complète de quoi que ce soit, il est manifeste que la science de Dieu, ou la Théologie., en est la partie principale (2). Les philosophes privés des lumières de la Révélation l'ont euxmêmes reconnu : Aristote l'appelle très-principale et la désigne tour à tour sous les noms de philosophie première ou de Sagesse (3), voulant indiquer par là cette science des causes

(i) Liber Quis dives salvetur, n. VII, pag. gSg, t. II, Oxonii 171 5.

(2) Voir vol. I, Introduction à la philosophie, pag. 3 et 4.

(3) Metaphys.^ lib. I, c. 2.

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