‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 57 sur 106 · Si les choses naturelles produisent les opérations qui · texte numérisé non relu

Si les choses naturelles produisent les opérations qui

elle doit avoir hors d'elle-même une cause par qui elle ait été faite. La conséquence de cet argument est irréprochable par son mode et par sa figure, La majeure, quia seule besoin d'être prouvée, se démontre de plusieurs manières. 1° Par là même que l'essence de la collection est composée de parties dont chacune a été faite, elle a dû être faite elle-même, puisqu'elle n'est autre chose que la collection de ces parties. Elle doit avoir par conséquent hors d'ellemême une cause qui l'ait produite. Car, si elle n'avait aucune cause extérieure et qu'elle eût été faite par une cause existant ad intra, il s'ensuivrait évidemment que cette cause intrinsèque qui compo.se l'essence et qui la produit devrait produire également les autres parties dont l'essence est composée; par conséquent elle serait produite elle-même ou par les autres parties qu'elle produit, ou par elle-même: or ces deux conséquences impli.]uent également contradiction... 2° Cette majeure peut se prouver de cette aune manière : Si toutes les parties de cette essence composée sont faiies par une cause existant au-dedans et non hors de l'essence, celle-ci sera faite par la même cause ; car ce qui produit toutes les parties dune essence composée produit l'essence ellemême. Or cela est impossible. En effet la cause interne qui produit toutes les parties d'une essence et partant l'essence elle-même, est ou bien l'une d'entre elles, ou bien quelques-unes, ou bien toutes les parties réunies. Si c'est l'une d'elles seulement, il s'ensuit qu'en produisant toutes les autres, elle se produit elle-même. Si ce sont plusieurs d'entre elles, ou toutes les parties ensemble, il en résulte aussi ou qu'elles se produisent directement elles-mêmes, ou qu'elles se produisent mutuellement les unes les autres. Il n'y a pas d'autre manière de concevoir comment toutes les p.irties et partant l'essence qu'elles composent, ont leur cause efficiente en elles-mêmes et non au dehors. Mais nous avons prouvé ci -dessus que toutes ces hypothèses étaient absurdes et impossibles. Donc toute essence composée dont toutes et chacune des parties ont été faites doit avoir hors d'elle-même une cause qui l'ait produite. Or cette cause existant hors de toutes les choses qui ont été faites doit être un être incrée, qui n'ait pas été fait lui-même et que nous appelons Dieu »; Ibid.^ Disp. XII, scct. 6, pag. 268-269.

(i) Vol. II, Cosmolofç.. ch. V, art. 3, pag. 5o6 et suiv.

(2) Samuel Parker a consacré tout un ouvrage, intitulé: Disputationes de Deo et Providcntia Divina (Londini 177H), pour établir que cet argument est véritablement démonstratif. Voir également J. de Castillon, Observations sur le livre intitulé: Système de la nature, 2' part., pag. 167, Neuchâlel 1772; ei la dissertation de Gérard Montyn, Argur/ientum quod pro existentia Dei ducitur ex causis, quœ dicuntur finalibus, Trajecti ad Rhenum,ctc.

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leur sont propres en vertu d'une inclination particulière à leur nature, cela confirme de plus en plus l'existence d'une intelligence suprême qui les dirige, bien loin de l'infirmer en rien En effet quoique les choses faites suivant toutes les règles de 1 art soient proportionnées à leur fin, comme la lyre par exeniple relativement à la mélodie, elles ont besoin cependant qu une cause intelligente dispose leurs parties et les fasse concourir a cette fin • il faut en dire autant des choses naturelles qui surpassent de beaucoup les objets d'art. En outre, l'inclination des choses naturelles vers la fin qu'elles doivent atteindre par leurs operations n est autre que X appétit naturel, dont les actes, comme nous l'avons expliqué ailleurs avec saint Thomas, révèlent la connaissance dans Celui qui a ordonné les choses relativement à leurs fins particulières (i). Enfin il arrive parfois que les choses naturelles, oubliant leur inclination propre, prennent un état particulier qui est plus conforme au bon ordre de 1 univers qu'à leur propre inclination (2) ; ce qui est une preuve évidente qu'elles n'agissent pas et qu'elles ne tendent pas a leurs fins sous la seule impulsion de leur inclination naturelle et qu'elles suivent en cela l'impulsion et la direction d'une intelligence suprême. Cet argument sera développé dans l'article quatrième, sous le nom d'argument ;7ftrs«co-f/zéo%ï?«e, avec lequel il a beaucoup de ressemblance.

Avant de terminer ce que nous avions à dire au sujet des arguments métaphysiques, nous ajouterons encore ces quelques

observations : , . j

60 1- Ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, de l'existence du monde qui est fini, on déduit très-bien l'existence de Dieu qui est infini, grâce à la connexion qui existe

(Il Cf Vol. 1, Dynamilog.-, ch. IV, art. i, pag. 467.

à S Grégci e de Nyssc dit à ce sujet: « Certaines choses dont la nature est rfiseoorter en haut descendent vers la terre; d'autre part, lorsque la chafeur produite par les rayons solaires se répand sur la terre, cer.a.ns corps ourds et pesants s'élèvent dans ratmosphère, transformes en ^peurs. Leau oar «etnple contre sa nature, monte dans les airs, portée par le so"™? ^^ ^ents" e mtoe la chaleur du ciel descend sur la terre, afin ^1"- « P^^'«' nlns basses ne soient pas privées de calorique; la pluie se répand sur e t: Sram dans de fuste's proportions sur toutes ses partes et q^oiqu eUe soit partout la même, elle produit la variété infime des plantes », De anima et resurrectione,pig. i5, Lipsiœ 1837.

entre Teffctct la cause (i). Cette connexion entre le monde et Dieu n'est pas nécessaire, nous dit-on, parce que tout effet qui est fini peut être produit par une cause finie. Voici notre réponse : Quoique Tcffct qui est fini puisse être produit par une cause finie, cependant de Texistence du monde, qui est un effet réellement fini, on déduit très-bien Texistence de Dieu qui est infini ; car, si un effet qui est fini peut être produit par une cause finie, c'est à la condition de sousentendre une première Cause infinie. De fait, comme nulle cause finie et contingente ne peut agir ni exister par elle-même, toute cause de cette nature exige pour produire un effet quelconque une cause qui existe par soi et dont elle dépende. En outre, la cause finie se trouvant incapable de tirer du néant la substance de n'importe quoi, et se bornant à produire quelque manicre d'être dans la substance qui existe déjà, elle présuppose l'existence d'une cause par laquelle la substance de l'être sur lequel son action doit s'exercer soit tirée du néant. Or la cause qui existe par soi et qui possède la vertu de tirer du néant la substance des choses est évidemment infinie. Par où l'on voit qu'il est impossible de concevoir comment un effet qui est d'ailleurs fini provient d'une cause finie, si l'on ne présuppose d'abord l'existence d'une cause infinie. Voilà comment il se fait que le monde, bien qu'il ne soit pas un effet infini, réclame une cause infinie ; puisque son origine ne peut s'expliquer autrement que par une production ex nihilo.

61. 2° Hegel soutient que dans l'argument métaphysique on fait dépendre l'existence de Dieu de l'existence du monde, en ce que la raison pour laquelle l'Etre nécessaire existe est déduite de l'existence de Têtre contingent {2). C'est là une grave erreur. En effet, lorsque nous raisonnons ainsi : Le monde existe ; or le monde ?ie peut exister sans quil existe un Dieu; donc Dieu existe ; nous n'établissons nullement que le monde est la cause pour laquelle Dieu existe; mais le monde est pris commt principe de connaissance, c'est-à-dire comme le signe au moyen duquel on peut connaître que Dieu

(i) Voir ci-iiessus pag. 452, et dans la Dynamilog,, ch. VIII, art. 4, pag, 633- 634, vol. I.

(2) Religions- Philosophie, II, 18.

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,existe(i), et Dieu est considéré commQ principe (inexistence^ ou comme la raison pour laquelle le monde existe (2).

62. 3° La nécessité de la conclusion dans laquelle on affirme l'existence de Dieu d'après l'argument métaphysique est purement hypothétique^ elle n'est nullement absolue ; car la proposition où l'existence du monde est affirmée présente ellemême une nécessité hypothétique et non une nécessité absolue; cependant nous ne concluons pas que Dieu est hypothétiquement nécessaire, mais qu'il Test absolument : la raison en est que l'existence des êtres contingents une fois admise, l'existence d'un Etre qui existe nécessairement doit être absolument affirmée.

63. 4° De son côté Kant soutient que l'existence de Dieu ne peut être démontrée par l'argument métaphysique ou argument cosmologique, comme il l'appelle. Voici d'après lui la marche suivie dans cette argumentation : On admet d'abord l'existence de l'Etre nécessaire, on part ensuite de sa notion pour démontrer que l'Etre nécessaire est souverainement parfait; mais comme cette proposition, l'Etre nécessaire est infiniment parfait^ peut être convertie en cette autre, l'Etre infiniment parfait est nécessaire, ou existe nécessairement, il est manifeste, dit-il, que nous inférons l'existence de Dieu de la notion que nous en avons conçue. Par conséquent, l'argument cosmologique retombe dans l'argument ontologique^ dont la valeur est absolument nulle (3). Mais le sophiste allemand raisonne lui-même absolument à faux. D'abord l'argument ontologique qu'il combat est très-différent de l'argument proposé et soutenu par saint Anselme (4} ; ensuite cet argument n'est pas dépourvu de toute valeur parce qu'il déduit du concept de l'Etre nécessaire ses perfections infinies, mais parce que dans le concept de l'être nécessaire se trouve seulement contenue son existence idéale. Au contraire, l'argument mé-

(i) « Pour s'élever à la connaissance du Créateur l'âme humaine a besoin en quelque sorte de s'appuyer sur les créatures »; Serm. in Ps, LXXXIV, Opp,, t. I, pag. 164, Veneliis 1596.

(2) Voir H. Klee, Katolische Dogmatik, tom. II, lib. I, 1 834-1 83 5.

(3) Critique de la raison pure, trad. par Tissot, Dialectique transcend»^ liv. II, c. 3, sect. 3.

(4) Voir Ad. Fricke, Argumenta pro Dei existentia, i» part., c. II, pag, 48 seqq., cd. cit.

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taphysique nous présente la notion objective et réelle de F Etre nécessaire, parce qu'il la déduit de l'existence réelle des êtres contingents et de la connexion qui doit exister entre l'effet et la cause. Ensuite, de la notion de TEtre nécessaire il dérive son infinie perfection ; et, parce que TEtre nécessaire dont on a établi l'existence par TarguiTicnt métaphysique est réel, tout ce que Ton démontre ensuite par l'analyse de son concept doit être pareillement vrai et réel. Par où Ton voit également que, si Ton convertit cette proposition, l'Etre nécessaire est infini f en cette autre, VEtre infini est nécessaire ou existe 7îécessairement^ on ne sort pas de Tordre réel, parce que l'existence objective de l'Etre nécessaire a été démontrée dans un raisonnement antérieur. Ainsi la différence qui se trouve entre l'argument cosmologiqne et l'argument ontologique est aussi grande que celle qui existe entre deux argumentations dont l'une a les réalités objectives pour terme et dont l'autre ne sort pas de l'ordre des idées.

ARTICLE QUATRIÈME

De l'argument pJiysico-théologique

64. L'admirable structure de cet univers^ que les Grecs appelèrent xdiaoç, à cause de son élégance et de sa beauté (i), sert à démontrer l'existence d'un ouvrier très-excellent, ou de Dieu, au moyen d'un raisonnement auquel on a donné le nom d'argument pliysico-théologique . En effet, dit saint Grégoire de Nazianze, « de même que celui qui considère une lyre très-bien faite et artistement travaillée, qui voit la savante disposition de ses parties constitutives, et qui en entend les harmonieux accords, pense naturellement à l'habile ouvrier qui Ta fabriquée, et à l'artiste qui la manie si bien, quoiqu'ils lui soient inconnus; de même Celui qui a fait les choses et qui, après les avoir faites, les conserve et leur communique le mouvement, se manifeste à toutes les intelligences, quoique l'esprit ne l'appréhende pas immédia-

(i) Cf. Vol. II, Cosmoîog., Introduction, pag. 275. S. Hilaire dit de même : « Le ciel, l'armosphcre. la terre, les mers et l'univers entier sont remplis de beautés ; c'est ce qui lit donner à l'univers le nom de x&V/xoc, ou de mon^fc, qui veut dire élégant m ; De Trinitate^ lib. I, n. 7, 0pp., pag. 770, Parisiis 1693.

tement ; et quiconque n'arrive pas spontanément jusqu'à lui en suivant ces démonstrations fondées sur les choses naturelles, c'est qu'il est stupide ou idiot (i). » Saint Athanase faisant valoir le même argument dit avec éloquence : « Souvent on distingue l'ouvrier à son œuvre, quoiqu'on ne le voie pas. Cest ce qu'on rapporte au sujet de Phidias. Les spectateurs de l'une quelconque de ses œuvres la reconnaissaient à la belle disposition et à la proportion mutuelle des parties les unes avec les autres, quoique son nom ne fût pas gravé sur le chef-d'œuvre. De même, quoique l'architecte qui a construit le monde ne soit point perçu par les yeux du corps, son œuvre suffit à le manifester... Qui pourrait contempler la vaste étendue des cieux, le cours du soleil et de la lune, la disposition et les révolutions des autres astres, leur marche si variée et si diverse, et le bel ordre qui règne dans Tensemble malgré cette diversité de mouvement, sans reconnaître que toutes ces choses sont gouvernées et réglées, non par ellesmêmes, mais par un autre qui ne peut être que leur auteur ? A la vue du soleil qui brille pendant le jour, de la lune qui éclaire pendant la nuit et qui croît et décroît alternativement pendant un nombre égal de jours avec une régularité parfaite ; à la vue des planètes qui décrivent des courbes inégales et dont la marche est tantôt progressive et tantôt rétrograde, tandis que les étoiles se meuvent d'un mouvement constant et régulier, quel est celui qui ne comprendrait que tous ces astres sont nécessairement dirigés par quelque ouvrier suprême (2)? »

65- Nous ne pouvons nous dispenser de citer encore ce beau passage de Minutius Félix : « Que peut-il y avoir de plus manifeste, de plus clair et de plus évident pour celui qui porte ses regards vers le Ciel, ou qui les promène au-dessous sur tout ce qui Tentoure, que Texistence de quelque Divinité d'une intelligence suprême, par qui toute nature respire, se meut, est entretenue et gouvernée ? Considère le Ciel : quelle immensité ! quel mouvement rapide ! quelle variété d'étoiles le décorent pendant la nuit! quel éclat pendant le jour lorsque le soleil Péclaire ! Cette admirable et divine organisation ne

(i) Oratio XXXIV, n. ii, pag. 640, Opp., t. I, Parisiis i63o

(2) Oratio contra Gentes, n. 35, Opp., t. I, pars I, pag. 34, Parisiis 1698.

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