TOME III
568 THl^OLOGIE NATURELLE
tance même de Dieu ; attendu que, les choses relatives se rapportant par elles-mêmes à quelque autre, il faudrait supposer que la substance de Dieu se rapporte à autre chose par cela seul qu'elle existe. Or ce qui est ainsi relatif à quelque autre chose en dépend d'une certaine manière, puisqu'il ne peut ni exister, ni se concevoir sans ce rapport. D'où il résulterait que la substance de Dieu serait dépendante d'une cause extérieure, et qu'elle ne serait pas nécessaire par elle-même, contrairement à ce que nous avons démontré. Donc les relations inindiquées ne sont pas réelles en Dieu (i). » C'est pourquoi, nous avons pu dire avec saint Augustin (2) que les dénominations divines fondées sur les relations susdites indiquent seulement un accident de l'ety^e à l'occasion duquel Dieu reçoit ces dénominations 7iouvelles (SJ.
194. Il importe néanmoins d'observer que l'esprit n'est pas la dupe d'une vaine et mensongère fiction lorsqu'il place en Dieu les relations de Seigneur, de Maître, de Créateur et autres semblables. Car, bien que ces relations ne signifient
(i) Contr. Gent., lib. II, c. 12.
(2) Costnolog., ch. VIL art. 3, pag. 600, not. 2, voL II.
(3) Il nous est impossible de ne pas citer le commentaire de S. Thomas sur ces paroles de S. Augustin : « Comme ces relations commencent à être appliquées à Dieu à l'occasion de quelque changement qui s'est produit dans les créatures, il est manifeste que la cause pour laquelle ces relations sont énoncées de Dieu doit être placée dans la créature, et que c'est par accident seulement qu'elles sont attribuées à Dieu. Non en vertu d'un accident qui soit en Dieu même, comme s'exprime S. Augustin, mais à raison de quelque chose qui existe hors de Dieu et qui lui est accidentellement comparé. Car Vétre de Dieu ne dépend pas de la créature, pas plus que Vétre de l'architecte ne dépend de l'édifice qu'il construit. Ainsi, de même que la construcrion de l'édifice est un simple accident extérieur de l'architecte, de même en est-il de la créature, considérée relativement à Dieu. Nous disons, en effet, qu'une chose n'a qu'un rapport accidentel avec une autre sans laquelle elle peut exister »; Qq. dispp.. De Pot., q. VII, a. 8 ad 6. S. Bonaventure explique la chose d'une façon toute pareille : « Nous disons accidentellement par opposition à nécessaire, comme on appelle accident ce qui n'adhère pas nécessairement à une chose. C'est ainsi que les noms indiqués sont attribués à Dieu par accident, et non par nécessité; ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient énoncés de Dieu par soi, à raison d'une certaine comparaison avec les créatures. Or cette comparaison avec les créatures est appelée par soi, à cause que Dieu est sa propre action ; cependant, comme Dieu agit par sa volonté et que sa volonté n'est ni toujours, ni nécessairement unie à l'acte, celui-ci n'est pas nécessaire ; c'est pour cela qu'on a pu appeler ce rapport accidentel. Cette relation par accident est opposée à la relation par soi dans les créatures, car celle-ci indique dans les créatures une relation nécessaire. Ce qui n'arrive pas en Dieu, qui agit de soi-même et volontairement. Voilà comment on peut dire que la relation accidentelle n'est pas opposée en Dieu à la relation par soi » ; In lib. I Sent, y Dist. XXX, a, I, q. 2 resol.
DES ATTRIBDTS^ DE DIEU ABSOLUS DOQ
point en Dieu quelque chose de réel, par qboi' î)îètisèTa|3porte aux choses qu'il a créées, cependant il est indubitable ■que notre intelligence conçoit en Dieu, comme Tobstrve saint Thomas, certaines choses qui l'autorisent à placer etl 'lui ces relations, et qu'il y a, dirons-nous avec saint Bonaventuré, quelque chose de réel dans les créatures à quoi correspondent les relations en Dieu. « L'intellect, dit le docteur Angélique, découvre en Dieu la vertu, l'essence et l'opération par laquelle la créature est produite ayant une certaine relation avec lui ; c'est pour cela qu'il attribue cette relation à l'essence et à Popération elle-même, et que, suivant sa manière de concevoir, il impose à Dieu certains noms relatifs. On comprend dès ' Ws quelle réponse on doit opposer à la première difficulté : Notre esprit ne se montre ni présomptueux ni faux:, 'en imposant ces noms à Dieu, parce qu'il conçoit quelque chose qui leur correspond dans la réalité, quoique te ne soit pas de îk même manière que dans la raison ( i ).'^) £e Docteur Séraphîque dit de son côté : « Quant à ce qu'on objecte que notre esprit est dans l'illusion en cela, nous répondons que c'est faux ; car l'esprit se fonde sur quelque chose, savoir sur la relation de la créature, à laquelle correspond en Dieu une relation no- -xnmale (2). » ■■- ■^■'- -■ • ^ ..-•-. < -^ .. , r,...,. ^^^
^ 196. Par conséquent, si les relations qui existent' éritre Dieu et les créatures ne sont pas réelles en Dieu (3), voilà aussi pourquoi' ^cc' îés noms qui expriment trftè relation avec ia créature sont attribués à Dieu dans le temps, non à raisoà de quelque changement survenu en Dieu, mais à raison dCtth changement qui s'est produit dans la créature, comme nous disons que cette colonne est à notre droite ou: à notre gauche, suivant la place que nous occupons à côté d'elle, quoique la colonne n'ait pas bougé de place (4). » Saint Augustin, ré^ pondant à une objection contre rimmutabilité Divine ûré§
(0 In m. l Sent., Dist XXX, q. I, a. 3 sol. C£, Contr, Gent,, Ûb. II, «. i3.
(2) In lib. IV Sent., Dist. XXX, a. i, q. 3 adarg.
(3) Notons cependant qu'il y a un certain nombre de philosophes et de théo* logiens qui soutiennent que les relations dont il s'agit sont quelque choie de réel en Dieu et qui s'efforcent de concilier cette opinion avec l'immutabilité de Dieu. Voir en particulier Raynaud, Theolog. nat., Dist. Vil.q. I, art. 5, n. 70 saqq., Opp., t. V, pag. 379, Lugduni i665, et le cardinal d'Aguirre. 0|*. cit., Disp. XXXIV, sect- I-V,pag. 61S scqq.. éd. cit.
(4) I, q. XIII, a. 7 c.
3^0 - iiUJOTHÉOLOGIE NATUREIXE, >ga
tl^ ^dénominations temporelles de Créateur-et de Seigneur, ,rpt
sout la difficulté par cet exemple : « Lorsque, à.propos d'^^^
^ïède'i4e^WK)nndicvnous disons qu'elk est une rémunération,
noli s '-jIi»-'' donnons ulne dénomination je latine, et, cependant
tlfô'n^a p:as chanJEçé depuis qu'elle a; reçu cette déa^^pip^tipii
nôuVcliç ^'-iil/^en serait de mêmQ.'.«i?.on en faisait un gage,
bu Wôiite âutfc chose pareille., Or, si. une piè<:c de iponnaie
■petit pi^ëtidreMmi si grand nombre l de 'r<lénomii>atians pei^i-
■t§Jv^,'^'éBiligi<éprouver le moindre changement ni c} an s sa nature^
ril àbttîèr^- forme 'de pièce de monnaie, à plus forte- raison
^^là^fftfuf-èi^nv^irà la substance immuable de Dieu, ejusortç
tjti'on péut-l^appeler de divers noms relatifs à la créature
^quoique ces dénominations aient commencé dans le temps^
^lles 'n'ijidiquent néanmoins aucun accidentsurvenuàla subs-
•bâtice de Dieu, mais un accident qui s'est produit dans la
^ëâttfrd à' laquelle ia substance Divine a rapport(5)v, » J^fifli
^ypaisirioto ajoute une autre comparaiscHi à celle que nou^
WôtïSr rapportée d'après saint Augustin:; « .Supposez, dit-rji,
41tlJ portrait immobile dont la forme res^e invariable de toutç
j*rtl3Îtiière, et>supposez ensuite qu'une foule d'autres portraits
f^iigéS' autour brillent de l'éclat qui r(? jaillit du premier^Q.
Sans doute il ne serait pas exact de direque.Dieu s^^,4i?;(jste,se
partage, et se multiplie de la sorte, mais rien n'empêche de
reconnaître que nous sommes nous-mêmes comme, autant
d'images distinctes et variées de»ve<xemplaire&.di¥ip* 4»^. é;f idj
-lui iildfjj -moq zsq non ,53608 t;L noiîinrllrb rf aupBJîB oI^bS .
'^be r éternité dt Dieu' «^"'^•^^^^^ -"^ r^«^'»^
-iDliEq i^jeizj luporrnsj ziïez pi/ onu J2û'd Ij-jib .UùlCl pL yiiiriDjèU » : aamna;
cf * f^o: «QuTrDicu soit eterftei, « cest le sentiment commun, dit Çjoece,, de tout être raisonnable (3). » Platon nous apprend que telle était la tradition commune des Anciens (4), et Aristûte démontre que 1^ tradition ne se trompait pas (5). C'est
-ô'po'f rJ .r ^ ' . jfiKve'l nag-irfrnu c«qrnoJ oA d : - - - '^uj jH zatun^ , r. UB i)îini5ib^ ^ri^q â?2uoy'j7 8il i,ri :;If'j' eicin ,2'jTqB • .n ioa na k'h bùul
.D .ei)r/>^7^r»«|^<(lf)?3iy,!C» l6, n. 17, . ^, ,, .rr jq,!
(2) Dec. ^, c. 10, /»! BiblioiheçaMaxima,Patruftt/i/X\\,'p^g.Sgj,
e^. ci«ji.^if,i i^j^rio^j hl zrrA) noijfijiîifiDfe yjj^o liovc jîfiEn /in-
(4) Phœdo, 0pp., t. I, pag. io6, éd. H. S. jiv .^ ,v j,, ,^^
(3) 3/era;;/ir^., lib. XIV. c. 7. ,j b, , ,jj ^^j^ ^p j ^^^
pourquoi Tertullien se moque des païens qui se forgeaient d^^ Dieux anciens et des Dieux Jiouyeaux Çi)inq èîhjDrtlib bI juoa ' 'ï 97. La notion d'éternité, malgré ropinibn cOiUtrèiiîfej^f Mbshem (2), ne peut être expliquée en des termes plus^toi^y^ nables que ne le fait la célébra définition de Boëce: IJét^Tr nité^ dit-il, est la possession simultanée totale, et parfaite d^îine vie interminable^ intermi-nabilis vitœ tota simul -let pey^ecta possessio (3). Le mot possession désigne ici. la .stabilité ; on dit en effet que l'on possède ce que Ton tien.tsQlir dément, sans inquiétude, et sans craidre d'en être dépossédé (4)' Cès^mots simultanée tx totale distinguent l'éternité; de ; toute durée créée dont aucune n'est simultanément tpute;ejnttière^ç;)^ i'£t durée créée est nécessairement successive (5,)^ Onajqujtjp qu'elle est parfaite Tp&ùv^xclxxvt Vinstant^ qui, biert qu'it^^piit "simultanément tout entier et indivisible, a'cstpa^néanmi^in^ Quelque chose de parfait; et d'ûilleurs, dans oe:CQurtinte!î'y;PJle>, ^on ne peut jouir parfaitement d'aucime chose (6). ■ £>jj iditr.'qQ'p ^"'étemité est la possession de la r/(?, plutôt que de l'^/re, parce que « la vie^ comme l'observe saint Thomas, s'étend d'une certaine manière à l'opération, ce qui ne peut se dire de r&?!^; or la prolongation d(ï la durée paraît se dire plutôt de V.Qpér^fï'o/z que dei'€/r€ même(7). » Enfin Péternité, .disoosr ni) u^^jçêlt ob DrioSqrna'n n-Sn zJBm ,3Moa b[ 3b'^\k(\^\um 32 j^ .s^cîiBq
^'''(l)'ïdiïl^I!mrà^^iM^^} 8rW!%% î^n^g^p^. 2îttîefi«)?é^
Chrysostome, Hô^iljLm ç. LjQa)mb EohllKV 10 83ÎDrîiî2ib ^S^f^Hmïb
(2) Adnot. ad Cudvvorthi Syst. intell., c. V, sect. I, g ib, t. II, pag. 783, lenae 1733. Bayle attaque la définition de Boëce, non pas pour établir luimême quelque chose de ceriaia. là'-deseus, maip pour montrer, suivant son habitude, que nous sommes incapables de rien savoir; Diction, historique et critique, art. Zabarella, t. IVj pag. 290.1, 2QQ2, éd. cit.
(3) De Consol., lib. V, pros. Vî. S; Anselme se Sert à peu près des mêmes tçrmes : « L'éternité de Dieu, dit-il, c'est une vie sans terme qui existe parfai-
•'temént et simultanément toute éti'x\èiQ)) ; Monologj.^\ci 2^[Qppij(ç)xgl)^, 14,
(4^ « L'éternité, dit Tertullien, ne peut se perqre, car si elle pmivairse pcr- "dre elle ne serait pas Véteràité t>; A'di^,'I^fhi<^jihijDi,JÔpp'.'i^iÙl:^'rp9g.'jim,
^^^;J'^\.\./^'^i / . J V^^ '^P ''ombirii fij Dfjp i)iJnoruèb aîaî,
(3) « Si 1 éternité existe, dit le même Docteur, elle est immuable » ; loid. S. Thomas dit également: « Le temps embrasse l'avant et l'après, la perpétuité n'a en soi ni avant ni après, mais elle ne les repousse pas, l'éternité au contraire r^'a.ni avant ni après, et les repousse absolument »;^î;'(î"^-Xj^Î!3. c. Cf. O«;o/o^;,-ch.vn, aft. i, pag. 248-250. =yi^- ^^.- ,01 .j ,' .yj«V(i.}
(6) S. Augustin paraît avoir cette signification dans la pensée lors^è, -^r antonomase^ il attribue à l'cternité la pTOpnét€ d'êlvà Stabte ;'Sé*vno.^KX!iV'Hy de verbis Evang. Joann. /, c. Vil, n. iC. ■■:j ,uoi .^b-j .\ .: c-AT' rOt'îii\'^ [^)
(7) I, q. X, a. I ad 2. -V .o .VIX .dil ^,v^\i,vAL (?)
^rp. TMÉOLOGI» 'NATURELLE
la possession d'une vie interminable^ pour signifier qu'elle est exempte de toute limite, et qu'elle ne peut avoir ni commencement ni fin (i).
Tr)8. Ainsi, « Téternité est caractérisée par deux propriétés principales : la première, c'est que ce qui est éternel Qsiinter^ minatrle^ c'est-à-dire sans commencement et s;..is fin, pour marquer Tabsence de Tun et de Tautre terme ; la seconde, c^est que Téternité existant simultanément toute entière n'admet pas de succession (2). » Par conséquent Locke est complètement dans l'erreur lorsqu'il fait consister l'éternité dans h multiplication infinie du temps (3) ; car, outre qu'il répugne que rinfini puisse résulter de ce qui est fini, la raison s'oppose à ce que la notion d'éternité, qui est exclusive de toute succession, soit comprise dans la multiplication du temps dont l''essence est placée dans la succession même. « Le temps, dit saint Thomas, n'est autre chose que la mesure du mouvement ^ar avant et après. Mais, dans ce qui n'est pas sujet au mou* vement, dans ce qui persévère toujours de la même manière, on ne peut distinguer' ni» l^un ni l'autre. Par conséquent, de ritê^e'^qué^P^ssence du temps consiste dans la mesure du motivement par avant et après^ de mêm.e l'essence de l'éternité consiste dans l'appréhension de l'uniformité de ce qui est en dehors de tout mouvement {4). » Saint Augustin avait déjà
(i) « On appelle proprement sempiternel ou éternel, écrit Origcne, ce qui n'a pa^ eu besoin d'un conimencement pour êtçc et qui ne peut jamais cesser d'être ce qu'il est » ; Depriricip., Ht. L c. j»* a, 1 1. Richard de S. Victor fait c^tc observation: « Les mots éternel et sempiternel ne paraissent pas tout à fait synonymes. Car sempiternel paraît se dire de ce qui est privé de commencement et de fin; éternel, outre la privation de commencement et de fin, marque l'immutabilité; et, quoique ces propriétés soient peut-être inséparables, on distingue très-bien entre la signification de ces noms une certaine différence. Qu'est-ce donc que l'éternité, sinon une durée sans commencement pf fin et qui est exempte de tout cliangementr De Trinit., lib. Il, c. 4, Opp,, pag. ï32, Veneiiis 1692. Cf. S. Augustin, Qq, LXXXIII, q. XIX. -,1(2) I, q. X, a. I c.
ol (3) Essai sur Ventendement humain^ livr. II, ch. 14, g 27. -»^<(4) I, q. 3C, ai i~ia. Ces paroles /'essence de l'éternité consiste dans l'appréhension d'uniformité ne doivent pas être entendues, d'après Cajetan {In h. L\ de l'appréhension formelle qui est dans notre intellect et qui n'ajoute à la chose appréhendée qu'une dénonciation extrinsèque, car autrement une certaine appréhension de notre esprit appartiendrait à l'essence de l'éternité; mais çUes signifient que la raison formelle de l'éternité consisie dans la raison jjropre et formelle d'uniformité, laquelle est un concept objectif auquel correspond notre concept formel ; voir Suarcz, Dispp. metaphys., Disp. 4, Wci. tV, n. il. Si vous demandez pourquoi S.Thomas s'est SCrvi du taot
DES AITRIBUTS DE DIEU ABSOLUS Ôy'i
exposé cette doctrine dans ces paroles ; ^ Le temps se compose de mouvements passés et futurs; mais dans l'éternité on ne distingue ni passé ni avenir (i). » ^ - ^:.
199. Il est à peine nécessaire de prouver que Téternité, telle que nous venons de la définir, est inséparable de la Divinité, dont elle exprime, pour ainsi parler, la situation légale et authentique, suivant Texpression énergique de TertuUien (2). Et d'abord, « rien ne convient plus proprement à Dieu que d'être toujours (3) « ; car, dans Texistence et dans la vie de Dieu, on ne peut imaginer ni commencement ni fin : c^ Si Dieu est ancien, dit le même TertuUien, il ne sera pas toujours; s^il est nouveau, il n'a pas toujours été. La nouveauté accuse un commencement, la vétusté tient suspendue la menace d'une fin. Dieu est aussi éloigné de tout commencement et de toute fin, qu'il est éloigné du temps, arbitre et mesure de tout ce qui commence et finit (4). )) En effet, comme Dieu existe si nécessairement par sa propre nature qu'il ne peut pas ne pas exister, il a dû exister toujours ; car, s'il avait commencé à exister un jour, tandis qu'il n'existait pas auparavant, dès lors il n'existerait pas nécessairement et par sa propre essence, son existence serait seulement contingente, et l'être qu'il a, il l'aurait reçu du néant ou d'un autre. On comprend aussi très-clairement par là que l'existence de Dieu ne peut avoir de terme dans l'avenir ; car, s'il pouvait se faire que Dieu cessât jamais d'exister,
appréhension pour signifier cette raison d'uniformité, lorsqu'il' hiî ctâit plus facile de dire que la raison propre de l'éternité consistait dans la raison formelle d'uniformité elle-même, Cajetan vous répond que S. Thomas s'est exprimé ainsi parce que nous avons coutume de signifier la raison propre de chaque chose sous le nom de conception. Gonzalez en donne une autre raison, qu'il déduit des paroles mêmes de S. Thomas: « Comme dans ce passage, dit-il, S. Thomas oppose l'uniformité de Yêtre immobile à la succession du mouvement par ava«f et après, et que la succession du mouvement, qu'elle soit intrinsèque ou extrinsèque, pour constituer la raison de temps, doit être expliquée par le nombre ; lequel, bien qu'il existe objectivement en elle, en tant que nombre dénombré, se complète cependant au moyen de notre intelligence, il fallait nécessairement expliquer aussi la raison d'uniformité par le mot d'appréhension, afin de conserver la correspondance des idées » ; Comm. et Dispp., Disp. XX, sect. IV, pag. 146, Neapoli i658. (i) De vera Religione, c. 49.
(2) Advers. Hermogenem, c. 4, t. 1, pag. i38, éd. cit.
(3) S. Ambroise, In Psalm. XLIII, 0pp., t. II, pag. 169, éd. cit.
(4) Adversus Marcionem, lib. I, c. 8, 0pp., t. I, pag, 290, éd. cit. Nous avons reproduit ces passages de TertuUien pour mieux faire comprendre la folie de Krause et de ses disciples (voir Arhens, Cours de psychologie) qui soumettent Dieu au temps.
574 THÉOI^^f: l>ATUR,LsLLE
dès lors il n'existerait pas non plus nécessairement et par sarj proprp essence, il e,x.isterait seulement d'une manière contin--ii, gep,tç>; rf/re qu'il a pourrait lui ê;re enlevé par un autre, -^p,j partant sa durée dépendrait de cet autre;, ç^e.qui estiçia^f^j^^ teoient incompatible avec la notion de Têtre nécessaireiij^JT gyjq
^99 v.Jyiugu^s, de ; .^v-V^çtoj; ,%ifi qe.raisonnement . x.. Ce qyjjp est;pW soi-même ;ac; peut pas ne pas être. CarTf/rec, et, i-^-go sen^e^^pe, font qu\m pour tout être qui existe par soi; il-Q$|Qj d'ailleurs certain que nulle chose ne peut ni se diviser, ni se\^ sépare;:, d'elle-même. En conséquence, toute substance dont Vcirc^j;\(^ diiïèrcpas de Tessence existe nécessairement toujours,^({ parce que rien ne peut se séparer de soi-même. Si donc tout,!^ ce qui est par soi possède, un e/re qui ne se distingue pas âj^\\ son essen<;e, par Ja, raison qu'il ne reçoit pas y être d'ailleurs^yf il en résulte. , nécessairement . qu'il existera .toujours, . puisqu9jp|;j persoi^ne Jjp.^s^^urjvt 4m .ravir.. ce qu'il, fi;3i^,ç^Mj^4çJj?tçr^(|,) son^e.(/j).^»j^^^^ .^l^Y^^^^ niçY nu ommoo .o^hBÎDsbslarnoxs'i b
201^.1 ^feriéternité de Dien repousse toute espèce -de suc^jt^ cessioa.,^„Çl3^J) çie peut y,^y,Qir. de, succession là oùil n'y-r^îp^j^ de çhapgem$^nt;;Qrnul changement n'e^ en Dieu-ji^ç^jt^raiso^j^ prppre,d,e^j.'éte^pité^ dit saipt Ti^omas^.e^t fondée suf Viinr^i^j^ tabilité, coitime celle du temps est fondée sur le mouvement. Mais, comme Dieu est souverainement immuable, il lui convient suréminemment d'être éternel (2). » Nous pouvons dé-| duire la même conclusion de ce que Dieu jouit d'une perfectioU) absolue. En effet, un être dont la durée et la vie se dévelop- ' pent avec suçcçssion,,ati moyen d'opérations vitaks qu'il produit successivement, tend à sa perfection d'une manière successive; parce que tout être Vivant se perfectionne lui-même par. les opérations vitales qu'il exerce. Or Dieu est absolument parfait. On doit par conséquent exclure de sa vie et de sa dii^!,^j'^ rée toute espèce de succession. • 3-11130^^1x3
202. Saint Augustin renferme cette preuve dans ce peu d(f^b mots : « Le souverain Bien, Celui qui est au-dessus de toiit bien, c*e^t Dieu : par cela même, ce bien est immuable, et par-
jn iup 2ii22333U8
{i) Erudit. Didascalica, Ub. Vllr ^' i^i' 0/>^.;"ti III, pag. 21, Vencriîs ■
(2)I,q. X, a. 2C. "^ .bà.çoi ,801
DES ATTmBUfS DE DIEU ABSOLUS 5jS
tant vraiment immortel (i). )' C'estpourquoi réternitédeDieu, dit le même saint Docteur, « n^est autre chose que la subs- i tance même de Dieu, laquelle est incompatible avec tour^ changement ; car on ne trouve ^n elle ni passé qui né soit plus rien désormais, ni futur qui ne soit pas encore, il n'y a quePêtre seul. Il n'existe en Dieu ni passé ni /z/fz/r, parce que ce qui a été n'est plus et ce qui sera n'est pas encore, mais tout ce qui existe^en lui se trouve compris dans ce seul mot: il est (2). »^ ■■' '^' '•" ^--" -'' -''-■ ■■' ''■''' rr'rli:)^ .'Uit>!iii:.j. ^^o3. On voit d'après cela que, si Ton compare l'éternité ïë^"^ Dieu aux différentes parties du temps, « elle doit être conçue comme un instant invariable qui est présent à toutes les par-' ^ ties de la durée successive ^fSj.'yy' Cette facort' de' concevoir l'éternité est appropriée à notre faiblesse; car il ^^agît d'une '^^' chose qui surpasse infiniment la capacité de notre intelligence (4)"; mais cependant on aurait tort de considérer cette notion/^ à l'exemple de Glarke, comme un vain bruit de paroles (5) ; car* elle signifie -que l'éternité de Dieu étant simple, indivisible, et simultanérrieht toute entière, elle correspond toute entière aussi et d'une manière invariable, c'est-à-dire elle équivaut éminemment à toutes les différences de temps, au passé, au présent çt^*^
-noD iul li ,3idBumrni irrijrnuniinovuoa izouoïG srnrnoD ^aiBl/i
(i) De natura boyxicontr. Manich.,Çf^ i»Cï.ibid.t c, ^aimOClïmhllSZ Jnsiv
(2)' Enarrat. in Psalm. CI, Serm. II, n. lo. ^ ^ ^ , ,^. .,, - ,. :, i^
(5) In Hb. I Sent., Dist. XXXVII, q. il/à.^i' ad^/è/i^èrre fra^ièn He^^^^^ loppe ainsi cette doctrine: « Pour le Dientoul-puissaût il a'y a jii passé ni hitur-yJB mais un présent éternel q^ui n'admet ni écoulement, ni adjonction, ni variété^, ni diversité. Ce présent éternel est l'éternité immuable, indéfectible, ihaccés- ^ sibie, à laquelle on ne peut ni rien. ajouter, ni rien retrancher » ; Epistolarum^Jb lib, II, Epist. XVII. 0pp. i t. I, pas. i23, Rom£e i<3o6. Cf. S. Anselme, Proslo-^^^ ffn/w/c<4^'. J^ ^^'^^'^'^'-^-^^'^ { ^^ iriiîvi/ JiJ'j JiJ<-'i ;;jjp j^ i.^q .uii-<t)0
trouvant dans les ténèbres, relativement à la vraie lumière intérieure, iesscm-r>Q ble, lorsqu'il discute sur l'éternrté, à un aveugle qui disserterait sur la lumière ^^ extérieure »; MoraL, lib. XXVII, c. XL, n. 67, Opp., t. I, pag. 885, Parisiis'ST lyoS. S. Augustin dit également: a.Quiaiirale poaavoir d'a,rrêt;er l'intelligence de l'hoiniiie, de la fixer et de la rendre attentive un instant très-court pour qu'elle puisse saisir momentanément l'éclat et la splendeur de l'immobile éter^'f^^ï nité, lia comparer avec le temps qui s'écoule sans interruption, et , comprendre 1 que"celui-ci he lui est pas comparable; afin qu'elle voie bien que si le temps acquiert une certaine longueur c'est par la réunion de nombreux mouvements successifs qui ne peuvent exister ensemble ; tandis que dans l'éternité rien ne passe, tout est présent r' » Çon/ess., lib. XI,c, ,),i, n.i i3, v.-,.:i. 'V .ii'..!i<'A '; "
(5) Démonstration de Vexistence et des attributs de Dieu, t. I, c. VII, pag. * 108, 109, éd. cit.
au futur (i); qu'elle est toujours la même en soi et qu'elle est pour nous Vùistant actuel (2), ou simplement Vêtre (3).
204. Les Scolastiques enseignent également que tout ce qui existe dans chaque par^tie du temps coexiste à l'éternité et lui est comme prcse?it (4) : cette doctrine ne présente absolument rien de contradictoire, quoi qu'en dise Moshem (5). Pour nous faire mieux comprendre, nous emprunterons à saint Thomas les comparaisons dont il se sert. Demême que la distance qui sépare les divers points d'une circonférence n'empêche pas que le centre de celle-ci ne corresponde également à chacun d'eux (6), de même encore que le fait de plusieurs cavaliers qui traversent la plaine l'un après l'autre, à des distances inégales et sans avoir aucun rapport entre eux, n'empêche nullement que ces cavaliers ne soient tous présents aux regards d'un observateur qui les considère du haut d'une éminence (7) ; de même, ni la succession ni la distance, dans la durée des choses créées qui existent en divers temps, ne peuvent empêcher qu'elles ne soient toutes simultanément présentes à Téternité. C'est pourquoi, comme l'observe le même saint Docteur, quoique les choses qui arrivent en divers temps soient dites coexister ^n^z l'éternité, cela ne signifie point que ce qui arrive dans une certaine partie du temps a existé toujours (8); on peut comparer les parties du temps aux rayons d'un cercle : ils sont tous unis au centre, mais ils sont tous séparés à la circonférence. Et de fait les choses qui passent en se succédant sont en acte dans le présent éternel, non pendant toute sa durée, mais pendant leur durée propre. Par exemple, Adam et l'Antéchrist sont présents, dans. i!étecf: i:)nirffi.;7Li'h ^rrritr:..-: tr--- v^ ^Df oap snoiîaaup ?îD";"
(i) « L'éternité existant simultanément toute erttî^ty c^nt^îbppè 1P 'temps tout caiier... Parconséquent toutes les choses qui existent daos le temps sont présentes à Dieu » ; I, q. XIV, a. 1 3 c.
(2) « L'éternité est présente à toute la durée du temps et s'étend même audelà »; Compendium Theologiœ, c. i33. r ^Ff» ,n ,*•? .d ^XX -dil T.i»i"^o\f. O)
(3) • Kn Dieu, ou ne rencontre ni passé ni futur, mais tout ce qui se trouve en lui est tout entier.daQS. le: présent de son éternité »; Qg, Aispp.yJJie^^BiA,, q. I, art. 3 ad 2. n ob .l'oil jurn jot înslJnoD jnMÙT;
(4) Adrtot. ad Cuworthi y-*sma intellect., c. V, sect. I, | «5J t. If^ pag. ^yS'i, ienaî 1733. '""
(5) Conir.Gent., Mb. I, c. 66.
' '(6) Contr. Gent., \h\d. '■ ''" '" -'^'}''" ^ ." ' '"
(7) Qq.dispp., De Ver.^q.ii; à^ c., ci I, q. XIV,-aVTJt^âd 3. ' "" {S) Contr. Gent., Vib.l, c. 66. , t'V ri-. *"
nité, parce que Tindivisible éternité coexiste actii au temps de Tun et de Tautre : son indivisible durée correspond à la fois au temps ou vivait Adam et au temps ou TAntechrist vivra. Ainsi réternité coexiste toute entière, mais non totalement^ ou suivant toute soJi étendue virtuelle^ aux choses qui passent en se succédant.
205. Au reste, ce langage des Docteurs scolastiques se trouve justifié par celui des Pères. Citons en particulier saint Grégoire le Grand et saint Pierre Damien : « En Dieu, dit saint Grégoire, on ne peut trouver rien de passé ni rien de futur ; tout en lui, même ce qui change, reste immuable ; les choses qui ne peuvent exister simultanément en ellesmêmes coexistent simultanément en Dieu ; rien non plus de ce qui passe ne passe en lui, parce que toutes les révolutions des siècles qui passent et s'écoulent s'arrêtent et demeurent dans son éternité d'une certaine manière qui est incompréhensible pour nous (i). » Pierre Damien s'exprime ainsi : a Toutes les choses qui pour nous s'échappent et fuient, ou varient avec la succession des temps, restent et persévèrent en Dieu dans un présent immuable. En effet, dans co, présent éternel, existent immuables et le jour ancien où le monde commença d'exister, et le jour à venir où le monde sera jugé suivant l'équité du jugement éternel {2). »
206. Nous examinerons plus loin si les choses qui doivent arriver sont physiquement et réellement présentes à Dieu de toute éternité, où si elles ne lui sont présentes que d'une manière intelligible : question controversée dans l'Ecole ; mais, avant de terminer cet article, nous voulons dire un mot de deux autres questions que les Scolastiques ont coutume d'examiner à propos de cette notion d'éternité.
207. Presque tous les Scolastiques (3) enseignent, avec saint
(i) Moral. ^ lib. XX, c. 32, n. 63, t. I, pag. 667, éd. cit.
(2) Epistolarum lib. //, Epist. XVII, Opp.^t. I, pag. i23, Romae 1606. On peut ajouter à ces témoignages celui de S. Anselme : « De même que le temps présent contient tout lieu et ce qui existe en tout lieu, de même dans le présent éternel se trouve renfermé le temps toutenlier et tout ce qui arrive dans un temps quelconque... Car l'éternité possède sa simultanéité propre dans laquelle existent toutes les choses qui sont simultanées par le lieu ou par le temps et celles qui sont dans des temps et des lieux divers »; De concordia prœscientiœ Dei cum lib. arbit., c. 5, pag. laS, éd. cit. Voir S. Hilaire, in Matth. c.XXXI, n. 2. -tV ;.)
(3) Cf. Ontolog.y ch. VII, art. i, pag. 249, vol. IL
Thomas (i), que réternité est, au sens propre, une durée véritable, parce que la durée signiîie essentiellement la permanence dans VctrCy et partant une certaine perfection. Cependant quelques-uns d'entre eux, persuadés que toute durée implique une certaine succession, dans laquelle il faut distinguer Vavauf et Vaprès^ sont d'avis, avec le Docteur Auréolus (2), qu'elle répugne à réternité. Mais cette opinion est certainement erronée ; en effet, loin de concourir à constituer la durée, la subces<»ion'^la rend plutôt imparfaite. Car nous disons qu'une those dûre'aussi longtemps qu'elle persévère dans l'e/re, tellement que, si elle vient à perdre Vêtre, elle perd en même temps sa durée ; par conséquent la durée des choses est d'autant plus parfaite que Vêtr^e défaille moins chez elles (3). Or, la succession se rencontrant dans les choses qui ne persévèrent pas de la même manière et qui n'existent pas en acte, mais qui passent de la puissance à l'acte, elle suppose une certaine défaillance de Vêtre. Par conséquent, loin de constituer la durée, la succession en est plutôt une certaine imperfection (4). Voilà pourquoi, bien que l'éternité soit une espèce de durée, oti-* emploie plutôt dans sa définition le nom de possession que celui de durée ; car « le nom de durée signifie par lui-même une certaine prolongation, et parce que dans Te^re divin il n'y a rien de semblable, Boëce a mis le mot ^de possession plutôt que celui de durée pour signifier, par cette métaphore, le repos de l'e/re divin ; nous disons en effet que nous possédons une chose lorsque nous la tenons pleinement et en repos ; c'est de la sorte que Dieu possède sa propre vie, parce que nulle inquiétude ne le trouble dans cette possession (5).^^W^^^^'^^ ^ .nmn^jyAmoiùui ovi^^dr
^^^W6B. On s'est demandé en outre si l'éternité de Dieu pou-
(i) M II faut savoir que ces trois noms {éternité, temps, perpétuité) signifient une certaine durée m; In lib. I Sent.^ Dist. XIX, q^ Jly a. -a foU Cf. I, q. X, a. I ad 2. .
(2) In I, Dist. IX, q. II, a. a. Auréolus surnommé le Docteur Éloqueht, est cité quelquefois par les auteurs français sous le nom d'Auriol on d'Oriol.
' (3) ïn lib. I Sent.,' Dist. XlX, q. II, a. i sol. ^ (4) Voir Gonet, Clypeus Thomist.. ,rw^i, Disp. IV, art. VII, g 2, pag, 109, Colonîae Agrîppinae 1671. et, parmi les auteurs plus rapprochés de nous, Baldinotti, Tentamina metapfiys., ç. X, pag. 327, Patavii 1817. ■ ■<$) In lib. ISent,, Dist. VIII, q. II, t. i ad 6.
DES ATTUi^VJS^OE,,Dl^V^^SOl.VS bjg
vait être appelée la mesure de l'Etre permaneiiL(i}, Voici ce qui nous paraît être certain sur cette question particulièrCrj j** L'éternité divine ne peut être regardée comme la me^rg réelle de Vcti^e divin, soit parce que Dieu n'est pas réell^ ment mesurable, soit parce que toute mesure réelle suppose une réelle distinction entre la mesure et Tobjet mesuré, distinction qui certainement n'existe pas entre Téternité tlV^f^içe de Dieu : « La Divine grandeur, dit saint Thomas, n'est ,.t>l mesurée ni mesurable^ soit par un autre, soit par elle-même. D'abord, parce que toute mesure suppose des limites.^ 9^\% grandeur Divine n'a ni limites internes, ni limites extei*^ nes^-v,^ secondement, parce que nulle grandeur^ii^f^e.mesi4r)Ç elle-même, toute m^esure suppose au moins deux chose^ .(z)^ . » 2** Gela ne veut pas dire qu'il faille complètement écarter de Téternité Divine toute idée de mesure, comme le prétendent Vasquez (3) et Suarez (4) ; car l'idée de mesure lui convienf d'une certaine manière. En effet, l'immuable uniformité de rêtre divin nous m.anifeste sa durée infinie, toute simultanée et invariable. Or la notion à'unitéytl partant celle d'uniformité^ implique Vidée de mesure (S). Par conséquent, jçjl nous est impossible,- comme s'exprime le dominicain. Capréole,, de concevoir l'éternité sans la rapporter .^et,.Ja.)poiTiparer d'une certaine manière à, une. mesure (6). >?, JE?ar QÙjiîOi^^pyoit que la raison de mesure convient à l'éternité suivant notre mor nière de concevoir (7), et qu'elle a cependant, 1^: certain fçji; dément objectif, parce que l'éternité !^f^.,^i^ii^.^ ^^jj^'unité, comme dit Aristote, est la mesure de toute chasse ^.ca^^ fP^ i^esure se ramène à l'unité (8). .^^^^i ailun Dup soi^a .siv f)iq 209. Suarez observe judicieuseinent, à l'encontre Ju Docteur de Ferrare (9), que la raison de mesuref^^f^^^^ï\^^ç^\^(^^ dépend
(2) In lib. I Sent., Dist. XIX, ^. I,«tfM' ïd^J. ^-^^ ^^';^ ito-^Bë îuêI II
(3) Dispp. XXXI, c. 5 et 6. ■ ' " " "^-^^=> ^'''
{4) Dispp. metaphys., Disp. L, Sect. IV. ^ ' '^
(5) In lib. I Sent.yDht. XIX, q. II, a. i sol.
(6) In I Dist. VI, q. un., art. 2.
{7) « L'éternité, dit S. Thomas, n'est autre chose que Dieu mêmef si nous
appelons Dieu éternel, ce n'est pas qu'il soit aucunement mesuré, mais ce
rapport de mesure tient à hotre manière de concevoir » ;^. Xja. 2,ad 'i. .
(S) Metaphys., \\b. V, c. 6, et lib. X, ci. . -^^'V.À'v ;..'^':'m!;j
(9) In lib. I Contr. Gent., c. lo; il s'agit du Dominicain Sylvestris, appelé
le Docteur de Ferrare.
58o THÉOLOGIE NATURELLE
de Tappréhension de notre intelligence, ne peut être comprise dans la raison formelle d'éternité ; « autrement l'éternité ne serait en Dieu qu'autant que nous appréhendons l'être divin ou que par notre appréhension nous la lui attribuons, ce qui serait riùicule (i). »
ARTICLE QUATRIEME
De Vimmensité de Dieu
2 lo. Nous passons à l'immensité divine, par laquelle « Dieu renferme toutes choses dans le sein de sa grandeur suprême, et de sa souveraine puissance ; car, veillant constamment sur son œuvre, il en visite toutes les parties, il communique le mouvement à tout, et vivifie Tunivers entier sans jamais rien négliger (2). »
, ,;ii I. Par conséquent, sous le nom d'immensité, il faut entendre cet attribut divin par lequel Dieu a la vertu d'étendre sa présence substantielle à toutes les choses et à tous les heux possibles, de telle sorte qu'elle ne soit déterminée par aucune limite et qu'elle surpasse toutes choses (3). D'où il suit que Dieu, quoiqu'il soit au-dessus de toutes choses par l'exceî' lence de sa nature, se trouve néanmoins présent en toutes choses et dans tous les lieux créés, c'est-à-dire partout, et cela non-seulement par sa puissance^ en tant que tout est soumis à sa puissa?ice infinie, et par sa présence en tant que tout est à nu et à découvert devant ses yeux, mais encore, ce qui est le caractère propre de son immensité, par sa divine essence (4), en tant que sa substance infinie est pré-
(i) Dispp. metaphys., Disp. L, sect. IV.
(2) Novatien, De Trinitate, c. II, éd. Migne, t. lil, pag. 889.
(?) Cette notion de l'immensité se trouve comprise dans la signification mcme du mot, comme l'observe S. Athanase; « Ne cherchez pas, dit-il, un lieu tellement grand qu'il puisse embrasser la grandeur même de Dieu. Car ce qui est immense n'est pas mesurable^ non enim quoi immensum. esty in menso est i>; Lib. contra Sabellii gregales-, n. 10, Opp.^ t. II. pag. 44, Parisiis lôqS.
(4) « Par sa substance incirconscrite, dit S. Grégoire le Grand, Dieu est présent partout J) ; Moral., lib. II, c. 12, n. 20, t. L pag. 47, éd. cit. S. Bernard dit de soti côté : c( Dieu est également partout tout entier par sa simple substance »; Homil. III Super Afissus est, Opp.-, t. I, pag. 12, éd. cit. C'est pourquoi Anastase, Patriarche d'Aniioche, appelle impudents et blasphémateurs
sente à chaque chose comme cause efficiente de son être (i). %î2. Mais, ainsi que nous Pavons noté ailleurs, comnne nous ne pouvons déterminer le lieu des esprits que par leurs opérations (2), saint Thomas, pour démontrer que Dieu est partout et qu'il nest contenu nulle part (3), fait à bon droit reposer son argumentation sur l'opération immédiate de Dieu dans toute créature. En effet, Dieu opère en toutes choses ; car c'est lui-même qui donne Vêtre à tout ce qui existe, et cet être ne peut durer qu'autant que Dieu le conserve et le préserve de la destruction, avec la même puissance qu'il avait déployée pour le produire. Par conséquent Dieu est intimenient et substantiellement présent à toutes choses. De fait il est nécessaire que l'agent soit uni à l'objet sur lequel il agit, ou par lui-même, ou par sa vertu ; or la vertu de Dieu ne fait qu'un avec sa substance, attendu qu'en lui il n'y a point d'accidents. Donc la substance de Dieu est intimement présente à tout ce qui existe : « Dieu est aussi intime à chaque chose que l'être même qui la constitue ; car, si elle commence et si elle persévère à exister, c'est grâce à Topération par laquelle il s'unit à son œuvre et demeure en elle (4). » Le même saint Docteur ajoute un peu plus loin : « En Dieu, on ne trouve aucune diversité réelle, mais une diversité de raison seulement, qui nous permet de distinguer en lui l'essence, la vertu, et l'opération. Or, son Essence étant indépendante de toute créature, elle n'existe dans les choses créées qu'autant qu'elle se les unit par son opération, et nous disons que Dieii existe dans une chose par sa présence en tant qu'il opère en eHe, car celui qui opère doit être présent d'une certaine nïâ-* nière dans son œuvre ; et, parce que l'opération est inséparable de la vertu divine d'où elle émane, nous disons, pour ce motif, que Dieu est dans cette chpse^ par. jfa.ji?i<2^^#/icffy et,
:. •<. , tinjila £l eniîb oaiTurno.' ./j ) >- bîiànijrrîrai'I sb nohon sîîaO [l) {Orat.Tl DelncircUmsCriptô, In Bibliotheca Maxima PatfmH.t.lX^ pàg. 229, éd. cit.), et Hugues de S. -Victor appelle calomniateurs delà vérité^ ceux qui nient que Dieu soit présent par sa substance en toutes choses et en tout lieu, (i) I, q. VIII, a. 3 cet ad i.
(2) Anthropolog-., ch. IV, art. 2, pag. 187.
(3) Clément d'Alexandrie, Sfromiate, lib. Vil, n. 11, Or»., t. Il, pac. 83îf Oxonii 171 5. '^ '^''*'' '^^'^"^^ îiJ<^J Juonfiq Ir. ^-j ; in - ; ;j;'.. rforob Ji5
(4) In lib. I Sent„'b^x'.Xxi.YU, q'/^, )i. i sol.
582 THEOI.OCrE NATURELLE
parce que sa vertu ne se distingue pas de son essence, il suit de là que Dieu existe aussi dans les choses par son essence (i).
2 1 3. Si Dieu est dans toutes les choses parce qu'il donne à chacune Vêtre^ la vertu et l'opération^ il est, pour la même raison, en tout lieu, parce quil lui donne aussi l'ctre et la vertu de localiser (2). « Il appartient à la substance Divine, dit saint Thomas, d'être dans le lieu et partout, non qu'elle reçoive les dimensions du lieu, mais parce qu'elle communique au lieu la propriété de localiser les choses corporelles et de les contenir ; comme on dit qu'il est dans Thomme en tant qu'il lui donne la nature humaine, et qu'il est dans toutes les choses en tant qu'il donne à chacune l'être et la nature qui lui conviennent (3). » On voit par cela même le cas qu'il faut faire de cette objection d'Emile Saisset, que Dieu doit être en dehors de tout lieu, comme il est en dehors du temps (4); car le temps implique l'idée de succession, tandis que le heu présente l'idée de permanence.
214. Scot trouve que cet argument, que le Docteur Angélique emprunte à saint Anselme (5), ne prouve pas d'une manière solide la présence de Dieu en toutes choses ; voici les raisons principales sur lesquelles il appuie son opinion : 1° les limites des agents naturels empêchent qu'ils n'agissent à distance, mais cette raison ne peut s'appliquer à Dieu ; 2° de même que le soleil opère jusque dans les entrailles de la terre par une vertu qui émane de lui, mais qui diffère de sa substance, de même la vertu qui passe de Dieu dans ses effets peut être une vertu qui lui soit extrinsèque et qui soit distincte de lui ; par conséquent, de ce principe que Dieu est uni par sa vertu avec ses effets, on ne peut conclure rigoureusement qu'il est présent dans les choses par sa substance (6).
(i) Ibid., a, 2 sol.
(3) In lib. I Sent., Dist. XXXVII. q. II, a. i sol.
(4) Manuel de philosophie, Théodicéc. g 2, pag. 465, Paris, 1846.
(5) « L'ctre de Dieu et sa Puissance c'est la même chose, dit-il. Par conséquent, de même que la Puissance de Dieu est toujours et partout, de même tout ce qu'est Dieu est partout et toujours»; De Fide Trinit., c. 4, 0pp., pag. 45, éd. cit. Tliomassin [Theolog. Dogmat.. lib. V, c. 4, n. 3 seqq., pag. 255 seqq., Parisiis 1G84) et le P. Peîau {De Theolof^. Dogmat., t. I, De Deo^ Deiquc proprietatibus, lib III. c. H, pag. i5G seqq., Venctiis 1745) citent un grand nombre de passages des SS. Pères qui contiennent le même argument.
(G) In I Dist, XXXVII, q. un.
'!2 r5. Le Docteur Subtil se fait illusion en cela. Réfutons d^a« bord la première raison qu'il apporte. Ce n'est point parce qu'un agent est fini, c'est comme agent même qu'il doit être uni à son effet par sa substance ou par sa vertu ; car de même que la forme, comme forme, ne peut produire son effet, c^est-à-dire perfectionner la matière, à moins de s'unir à elle; de même l'agent, considéré comme agent, ne peut agir sur quelque chose, à moins qu'il ne s'unisse avec lui et ne lui soit présent. En outre, ainsi que le remarque très- justement Suarez4(« quoique, pour tel agent particulier, la propriété d'af^ir à distance puisse paraître une perfection, ce ' n'est pas cependant une perfection simplement dite, ce n'est que moyennant sa propre imperfection; car, absolument parlant, il est beaucoup plus parfait que l'agent ne soit point distant de son effet, afin de ne devoir pas la suprême perfection de son acte et le souverain domaine sur l'effet à sa vertu d'agir toute seule, mais de la devoir aussi à son mode et: à sa, disposition, en un mot à sa proximité de l'effet même. Par conséquent l'auteur du livre De Mundo^ dédié à Alexandre, . est dans l'eFreur,Jorsqu'il estime qu'un souverain quelconque doit fixer sa résidence dans un endroit de ses états, et de là r gouverner par son influence les parties les plus reculées de' son empire. Cela convient ea effet à la condition des hom«t mes, vu leur imperfection ; mais on ne peut dire absolument que ce soit là une perfection, car il est bien préférable d'être' présent par soi-même à tous ses effets, si cela se peut sans éparpillement des forces et sans que la vertu s'affaiblisse (r)^:>x| C'est ce que saint Bonaventure avait déjà remarqué : Quoiquéi l'-agent créé opère là où il n'est point, cependant « il n'en est pas de même en Dieu. Car, si nous faisons cas de cette V£rtu
{i) Dispp. metaphys., Disp, XXV, sect. VII, g 12. On fera peut-être . cette objection : On conçoit qu'une chose doit être dans un lieu avant d'y opérer, car de même que l'opération suit l'être^ de piême rppération dans un lieu suit l'existence. 4ans, ce; lieu. Donc la présence de Dieu en tout lieu ne peut se déduire. logiquerpént de son opération. Voici notre réponse: De même que, dans les'dioses corporelles, quoique la substance soit avant \a quantitéf ce- pendant la substaftce corporelle n'existé pas dans le lieu avant la quantiti^'^ parce que ce n'est que grâce a celle-ci qu'elle est dans lelieu ; de même, dan&' les êtres spirituels, quoique l'être, absolument considéré, soit conçu avant Topé-'' ratioh, toutefois il n'en est pas de mêrfie de leur existence dans lelieu, parcequ'iîs ne sont dans le lieu que grâce à leur opération. Cf. , Gonzalez. Çominenm tàr. et Disputât., Disp. XVI, pag. 107 et 108, éd. cit. » ^" ^i-^ofi-LuBi^ nu