Quant à Leclerc, il fut conduit à créer Thypothèse d'une
(i) Voici la raison qu'en donne saint Thomas: « Toute vertu n'est pas maîtresse de ses actes; dans le cas où elle est mue par une vertu supérieure, elle est moins active que passive » ; De unione Verbi Incarnati, a. 3 c.
(2) Saint Bonaventure dit dans le même sens : « L'empire sur soi suppose en particulier la liberté et un certain rapport avec autre chose » ; In lib. I Sent., Dist. 1. dub. 7.
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troisième nature, qui tiendrait le milieu entre Tâme et le corps, parce que la respiration, le mouvement du cœur et plusieurs autres opérations que Ton rencontre dans Thomme lui paraissaient ne pouvoir provenir ni de Tâme ni du corps. Nous accordons volontiers que ces opérations ne peuvent provenir en effet ni de Tâme seule, ni du corps seul, mais nous sommes d'avis qu'elles appartiennent en même temps à Pâme et au corps ; parce que le corps, ainsi que nous le dirons plus loin, recevant son être de Tâme et formant avec elle une même substance complète, Tâme unie au corps est Tunique principe de la respiration, des mouvements du cœur et des autres opérations qui constituent la vie végétative de Tanimal. Leclerc prétend, il est vrai, que ces opérations ne peuvent être attribuées à Tâme, soit parce qull n'existe aucun rapport entre ces opérations et les actes intellectuels, soit parce l'âme ignore complètement de quelle manière s'accomplissent dans le corps les opérations qu'elle y veut opérer. Mais on peut lui répondre, premièrement, que rien ne s'oppose à ce que l'ame soit le principe de la respiration, des mouvements du corps etc., comme elle est le principe des intellections ; car elle est le principe des intellections en tant qu^elle est intelligente, et le principe de la respiration et des autres opérations végétatives et sensitives en tant qu'elle informe le corps. Nous répondons à la seconde difficulté, que la faculté par laquelle l'âme veut ces opérations est tout autre, com'me on l'a vu ailleurs, que la faculté qui les exécute dans le corps. Ainsi, sans nous étendre sur des considérations qui trouveront leur place plus loin, nous concluons dès maintenant, avec saint Thomas, qu^il n'existe aucune substance intermédiaire entre l'âme et le corps, mais que les opérations qui sont comm.unes à l'âme et au corps, c'est-à-dire à tout le composé, sont mixtes, parce que ces opérations étant produites par l'âme au moyen des organes du corps tiennent comme le milieu entre les deux parties du composé humain (i).
(i) Qu'il nous suffise pour le moment de reproduire ce passage de saint Thomas : « Q^uant aux opérations de l'âme qui sont l'œuvre du composé, elles n'accusent pas une tierce substance placée entre l'âme et chaque partie du corps: mais il y a une partie du corps qui est l'instrument par lequel l'âme exerce l'opération susdite, laquelle est ainsi mitoyenne entre l'âme qui en est le principe et les différentes parties du corps qui y concourent » ; Qq. dispp., q. un. De Anim., a. g ad 4.
33. Enfin les hypothèses du Cudworth et de Leclerc que nous discutons ici doivent être rejetées également parce qu'elles conduisent à des conséquences absurdes. L'hypothèse de Cudworth peut facilement conduire à quelque chose qui ressemble beaucoup au panthéisme cosmique des Stoïciens et de Jourdan Bruno. Car, si Ton prétend qu'un principe animé pénètre dans toutes ses parties la machine entière de Funivers et qu'il produit tous les phénomènes que Ton observe dans le monde, les athées ne peuvent-ils pas en conclure qu'il n'y a pas de raison de supposer qu'il existe hors du monde une cause que nous appelons Dieu, et qu'il n'y a pas d'autre Dieu que celui des Stoïciens, lequel ne se distingue pas du principe d'où le monde, suivant eux, tire sa propre vie ? Pour ce qui est de l'hypothèse de Leclerc, elle ouvre la porte à toutes les erreurs qui envahissent le champ de la philosophie et de la théologie elle-même, comme nous le dirons plus loin, si l'on nie l'unité du principe vital dans l'homme (r).
ARTICLE TROISIÈME
Du système des causes occasionnelles
34. Après avoir réfuté Leclerc et, suivant plusieurs auteurs, Cudwort lui-même, qui soutinrent que l'union de l'âme avec le corps n'est que médiate^ il est nécessaire que nous discutions les systèmes de ceux qui, tout en avouant que l'union de l'ame avec le corps est immédiate^ expliquent celle-ci de diverses manières. Voici la marche que nous suivrons dans cette étude. Nous commencerons par V occasionalismedQ xMalebranche, qui nous paraît le plus éloigné de la vérité, et nous avancerons progressivement jusqu'au système scolastique qui, d'après nous, est seul conforme à la vérité.
(i) Ces quelques considérations, que nous avons empruntées aux doctrines de la philosophie chrétienne, nous paraissent plus que suffisantes pour réfuter les hypothèses de Cudworth et de Leclerc. Mais on pourra lire avec fruit ce qu'ont écrit contre Grcw, Cudworth et Lecrerc, Bayle {Continuation des pensées diverses, ch. XXI, CVI, CXI et CXIIl, Œw^r. diverses, et Réponse aux questions d'un provincial, ch. CLXXIX et suiv., t. III), Leibnitz (De ipsa «a/wraetc, ?. II, seqq., pag. iSy-iôf), éd. Erdm.) et Galluppi, Lejf., lez. LXXIX, t. Il, pag. 17g, seqq., éd. cil.
COMMENT SE FAIT l' UNION DE l'aME AVEC LE CORPS 33
,35. Persuadé, comme nous Pavons dit plus haut, que les corps et les esprits étaient également privés de toute vertu active, Malebranche appliqua son esprit à créer le système des causes occasionnelles. Les raisons qu'il produit en sa faveur peuvent se résumer dans cette courte argumentation : Puisqu'il est reconnu par Texpérience que certaines opérations de rame correspondent à certains mouvements déterminés du corps et que les mouvements corporels correspondent à diverses opérations de Tâme, il est manifeste qu^il doit exister une cause de cet accord mutuel, et cette cause doit être celle-là même qui produit tous les mouvements dans le corps et toutes les opérations dans Tâme. Or Dieu est la cause unique et immédiate de tous les mouvements qui s^accomplissent dans le corps et de toutes les operations dont rame est le théâtre, parce que Tâme et le corps sont également destitués de toute activité propre. Par conséquent raccord qui existe entre certains mouvements corporels et certaines opérations de Tâme doit être exclusivement rapporté à Dieu. Il est donc nécessaire d'étabUr que Dieu, en vertu de son décret général qui embrasse Tordre entier de Tunivers, a réglé les mouvements du corps et les opérations de rame de telle sorte que, chaque fois que certains mouvements s^accomplissent dans le corps, il produit dans Pâme les opérations qui leur sont conformes, et chaque fois que certaines opérations apparaissent dans Tâme, il exécute dans le corps des mouvements qui leur sont analogues. Par où Ton voit clairement que ni les mouvements du corps ne sont les vraies causes des opérations de Tâme, ni les opérations de celle-ci les vraies causes des mouvements du corps, mais qu'on peut seulement les appeler des causes occasionnelles, parce que certains mouvements du corps fournissent à Dieu Toccasion de produire dans Tàme certaines opérations correspondantes, Qt vice versa (i). Tel est le résumé fidèle de la théorie de Malebranche, que Ton appelle indifféremment système des causes occasionnelles^ occasionalisme et système
(i) Cf. De Inquir. verit., lib. VI, c. 5, t. II, pag. 38 seqq. ; Illustr., ad h. 1., Ibid., pag. 3i3 seqq. ; Médit. XI, g i5, pag. 356, éd. cit. Voir, entre autres auteurs, Emile Saisset, Précurseurs et disciples de Descartes^ art. Ma* lebranche, pag. 36o et suiv., Paris 1862,
de rassistance, parce qu'il n'accorde que le rôle de cause occasionnelle au corps et à Tùme, et qu'il suppose que Dieu prête une continuelle assistance à rame et au corps.
36. Cette doctrine touchant Tunion de 1 ame et du corps, qui remonte certainement aux principes de la philosophie cartésienne (i), avait été professée avant Malebranche par Claubcrg (2), Geunlincx(3), Cordemoy (4), De la Forge (5) et par plusieurs autres, ou du moins ces auteurs avaient préparé
(1) Descartes, étant persuadé que la quantité de mouvement dont Dieu avait gratifié le monde dès le principe restait toujours la même dans son sein, devait soustraire à l'empire de l'âme tous les mouvements du corps et lui en accorder seulement la direction. C'est pourquoi, d'après son opinion, l'âme n'imprime au corps aucun nouveau degré de mouvement, ni aucune force nouvelle, elle n'a d'autre rôle que de changer la direction des mouvements qui ont lieu dans le corps, à peu près de la même manière que le cavalier dirige les mouvements du cheval qu'il monte, mais sans augmenter ni diminuer en rien la force qui produit ces mouvements [\o\v Lettre LVIII^ Œuvr. philosoph., éd. cit., t. IV, pag. 201, et Leibnitz, Théod., part. I, g 69, pag. 5i9). Cependant il ne dérivait pas les perceptions de l'âme qui correspondent aux mouvements du corps, de l'action de celui-ci sur l'âme, il crut seulement que toutes les fois que divers mouvements se produisent dans le corps, il naît dans l'âme des perceptions qui leur sont conformes {Traité des passions, part. I, art. 30-34; Œuvr.,x. I, pag. 36o). Nous reviendrons là-dessus ailleurs.
(2) Clauberg enseigna que, suivant les lois de la nature, ni l'âme ne pouvait agir sur le corps, ni le corps sur l'âme, mais que l'âme, en vertu d'un miracle, est la cause morale des mouvements du corps en ce qu'elle les dirige, et que les mouvements du corps étaient seulement les causes occasionnelles des perceptions de l'âme, parce que l'effet ne pouvant être plus noble que la cause, il ne peut se faire, même en venu d'un miracle, que les mouvements du corps soient la vraie cause des perceptions de l'âme. Voir son traité, Conjunctio animœ et corporis, c. 16, Opp. philos.^ t. I, pag. 221 et passim, Ams-
telodami 1691 .
(3) Geunlincx est proprement le vrai précurseur de Malebranche. Car, sans dépouiller l'âme de toute activité propre, il lui refusa cependant toute espèce d'action sur son corps et sur tout corps étranger, parce que a il est impossible, dit-il, que celui qui ignore comment les choses se font fasse ces choses » {Mctaphysica vera, pag. 26, Amstelod. 1691 ; Et/iic, tract. I, sect. 2, Lugd. Bat. 1675). En conséquence, il fait remonter à l'action divine l'accord qui existe entre les volitions de l'âme et les mouvements du corps. « Dieu, dit-il, se montre ici admirable : Il me fait penser et sentir; et cela au moment où il produit lui-même un mouvement analogue dans les organes, en sorte; que je pense et je sens au mouvement des organes, non en vertu de ce mouvement, mais par la puissance de Dieu qui a joint ces deux choses, qui meut mes organes lorsqu'il fait naître en moi quelque pensée, en sorte que les sensations soient autant de signes indiquant la présence de tel mouvement dans le corps... Je perçois que ces signes ont lieu, et mon pouvoir se borne à ceci : je puis vouloir que ces mouvement soient souvent répétés, et si je le veux, ils se produisent en effet » [Metaphys. vera. pag. 22). Ruard Andala combattit cette théorie de Geunlincx dans ses Exercitaiiones academicœ etc., Exercit. IV, Franckera, 1709.
(4) Cordemoy, Le discernement de l'dme et du corps, Disc. IV, Paris 1666.
(5) De U Forge, Traité de l'esprit de l'homme etc., ch. i.^-i5, pag. 174 et 5uiv., Genève 1726.
COMMENT SE FAIT l'uNION DE l'AME AVEC LE CORPS 35
'la voie à cette opinion. Dans le temps même que Malebranche Tadoptait, cette théorie était professée par Silvain Régis (i) ; nous la trouvons ensuite défendue par un certain nombre d'écrivains dont la chaîne se continue jusqu'à nos jours, où l'occasionalisme a été ressuscité, comme on Fa vu plus haut, par plusieurs philosophes, principalement en France (2).
37. Mais il paraît incroyable que Ton rencontre encore aujourd'hui des défenseurs d'une théorie sur laquelle Leibnitz a pu écrire à bon droit : « Je me suis souvent étonné de voir des opinions si peu philosophiques, et si contraires aux premiers principes de la raison, adoptées par des hommes si instruits (3). )> En effet le système de Malebranche surTunion de l'âme avec le corps, système connu sous le nom de ce philosophe, qui en fut le principal auteur, doit être rejeté, en premier lieu, parce que la raison qui Ta fait imaginer se trouve dépourvue de toute valeur scientifique et totalement absurde. On sait que Malebranche et les autres occasionalistes rapportent la concordance que l'on observe entre certaines opérations de Pâme et certains mouvements du corps à Faction immédiate de Dieu, sous prétexte que toute force active répugne soit aux corps, soit aux esprits créés. Or cette assertion est absolument fausse; car, ainsi que nous Pavons montré en Ontologie (4), Tactiviténe répugne en rien aux créatures, et leur refuser toute activité c'est tomber dans plusieurs conséquences absurdes. Par conséquent la raison pour laquelle fut imaginé le système des causes occasionnelles est obsolument nulle et renferme même des absurdités de plus d'un genre (5),
(i) Silvain Régis, Cours entier de philos., Métaph., 2^ part., ch. i-5, Amsterdam 1 6g I .
(2) Cf. Ontolog., ch. V, art. 4, vol. II, pag. 217-218.
(3) Théod., part. 1", g 340, pag. 602 et ôo3.
(4) Ibid., pag., 174-176.
(5) (Quelques auteurs croient que le système des causes occasionnelles est une pure hypothèse et le rejettent comme inutile, parce que la raison qui le fit imaginer est sans aucune valeur. Mais il nous semble que cette appréciation n'est pas exacte. Car l'argumentation sur laquelle Malebranche établit son système, ne s'appuie nullement sur un principe hypothétique, elle repose au contraire sur cette maxime métaphysique : Il répugne que les choses finies soient douées de quelque activité. En effet, Malebranche s'étant persuadé que toute vertu active était nécessairement infinie, et par là même exclusivement propre à Dieu, devait en conclure que Dieu seul est l'auteur des pensées de l'âme et des mouvements du corps. Cette maxime est fausse, il est vrai, mais elle n'est pas purement hypothétique.
38. Ajoutons à cela qu'une expérience très-certaine nous manifeste à tous que les corps et les esprits sont doués en effet d'une véritable activité. Nous Tavons montré en Cosmologie pour ce qui regarde les corps (i), et bientôt nous établirons la même chose au sujet de Tesprit humain (2). Or si quelque propriété appartient à quelque chose, c'est une preuve qu'elle ne répugne pas à sa nature. Il est donc très-certain que l'activité ne répugne point à la nature des choses finies (3).
3q. En outre, tout en reconnaissant que, si l'homme se consulte lui-même, il lui semble bien réellement que l'âme et le corps ont une action mutuelle l'un sur Tautre, les occasionalistes ont recours à Dieu, auteur et conservateur de toutes choses, pour expliquer la cause de ce phénomène, au lieu de l'attribuer à la nature même de l'homme. Or cette manière de procéder est indigne d'un philosophe, comme saint Thomas l'avait déjà remarqué. Dieu est sans doute la cause universelle de tous les phénomènes de la nature; mais il appartient au philosophe de rechercher les causes particulières ou prochaines des phénomènes, parce que c^est dans la connaissance de ces causes que consiste la science, ainsi que nous Pavons expliqué en Logique (4). L'occasionalisme mérite par conséquent d'être rejeté par cela seul qu'il suit une méthode philosophique qui est incapable d'engendrer la science. Voilà pourquoi Leibnitz reproche avec raison à Malebranche et à ses disciples de faire intervenir Dieu, dans l'explication des phénomènes de la nature, à peu près comme les anciens poètes le taisait intervenir dans leurs pièces de théâtre (5).
(1) Vol. Il, Cosmol., ch. II, art. 5, pag. 389.
(2) Kn attendant, voir \a.Cosmolog.^ ch. V, art. 3, pag. 5oo-5oi,
(3) Nous voulons opposer ici aux occasionalisies un argument tiré de leurs propres principes. Malebranche et les autres disciples de Descartes soutiennenti comme on le verra plus loin, que l'essence de l'âme est placée dans la pensée, lais, comme la pensée est une opération, il s'ensuit que l'essence de l'âme, a j jugement de Malebranche et des autres défenseurs des causes occasionnelles, est constituée par une certaine opération. Or ce qui constitue l'essence d une chose est tel de sa nature que la chose ne peut pas même être conçue sa'^:. lui. Par conséquent, d'après la doctrine des occasionalistes euxmêmcS) l'âme humaine ne peut se concevoir sans opération, bien loin que l'activité lui répugne.
(4) « Si celui à qui l'on demandé pourquoi le bois est combustible répond que c'est parce que Dieu l'a ainsi voulu, il répond sagement s'il a voulu parler de la première cause, mais sa réponse manque d'opportunité s'il entend exclure par là toutes les autres causes » ; In lib. De Causis, lect. XV'III.
(3) Système nouveau de la nature etc., g i3, pag. 127 ; Second Éclair cissC'
COMMENT SE FAIT L^UNION DE l'aME AVEC LE CORPS Sy
40. Mais laissons ces arguments et passons à d'autres qui nous sont fournis par la nature elle-même et par les lois de Tunion de lame et du corps. Et d'abord le système des causes occasionnelles ou de Vassistance détruit non-seulement Tunion substantielle de Tame avec le corps que nous avons démontrée ci-dessus, il va même à supprimer toute espèce d'union. En effet, si l'union de l'âme et du corps ne s'accomplit pas suivant l'être^ de telle sorte qu'il résulte de leur union une substance unique complète, cette union doit se faire au moins suivant l'opération^ de manière que l'âme et le corps agissent mutuellement Tun sur l'autre. Or, d'après les occasionalistes, l'âme n'est unie au corps ni suivant Vêtre, ni suivant l'opération. Par conséquent le système des causes occasionnelles détruit toute espèce d'union entre l'âme et le corps.
41. De plus, il n'est pas rare de voir les lois de la nature, lois qui régissent les opérations de l'âme et les mouvements du corps, éprouver quelque perturbation : c'est là un fait constant et absolument certain (i). Ceux qui reconnaissent une vraie et réelle union entre Tâme et le corps expliquent la perturbation de ces lois par cette raison, que l'âme et le corps, formant une substance complète unique, dépendent mutuellement l'un de l'autre {2). Mais les occasionalistes, comme le remarque Leibnitz, ne peuvent attribuer qu'à Dieu seul la perturbation des lois suivant lesquelles l'âme et le corps sont régis ; car, d'après eux, ni les opérations de l'âme ne dépendent des mouvements du corps, ni les mouvements du corps ne dépendent des opérations de l'âme, et Dieu produit immé-
rnent au système nouveau, ^3.2,. 134: T'/zeoi/c, part. I, § 6i,pag. 52o. Leibnitz fait ici allusion aux poètes anciens qui, pour tirer leurs personnages d'une situation difficile, introduisaient sur la scène, au moyen d'un mécanisme particulier, un dieu qui dénouait la difficulté , c'est ce qu'on appelait le Deus ex machina. Horace [De arte poetica, v. 191-192) défend d'en user ainsi sans de très-graves raispns.
(i)« Lorsque l'âne est péniblement affectée par des infirmités corporelles, dit saint Augustin, elle s'aperçoit que l'action qu'elle exerçait sur son corps pour Ivi diriger se trouve entravée par le trouble survenu dans ses fonctions » ; De Gen. ad litt., lib. VII, c. 19, n. 25.
(2) « Comme l'âme est la forme du corps, il en résulte que Yêtre de l'âme est aussi celui du corps; par conséquent, si le corps est troublé par quelque passion corporelle, Tâme sera aussi troublée par accident, c'est-à-dire quant à Vêtre qu'elle a dans le corps » ; 3, q. XV, a. 4 c.