‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 73 sur 106 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

295. Nous l'avons déjà dit (i), les attributs relatifs sont ceux qui renferment quelque relation avec les créatures, en sorte que les créatures se j^apportent à Dieu même^ sans quilj ait cependant quelque relation de lui à elles^ si ce n'est une relation de raison^ en ce que les créatures se rapportent réellement à Dieu (2). Nous avons aussi expliqué comment il fallait entendre ces attributs (3). Ce qu'il est nécessaire de savoir en outre à leur sujet regarde la création^ la conservation^ le concours et la Providence ; car les créatures sont dépendantes de Dieu, soit pour ce qui concerne leur origine, soit pour ce qui a rapport à la façon admirable dont elles sont dirigées vers leur fin, soit en ce qui touche à la manière dont la vertu divine les conserve ou les aide dans leurs opérations. « Dieu, dit saint Jean Damascène, est à la fois Tauteur, la providence et le conservateur de Tunivers (4). »

ARTICLE PREMIER

OÙ sont réfutées les fausses opi?iions des philosophes modernes sur la création

296. Nous avons déjà démontré, dans la Cosmologie, soit par des arguments directs , soit par des arguments indirects, que Dieu est la cause de toutes choses par voie de création (5). Mais, comme en cet endroit, nous avons traité principalement de la création considérée dans son terme qui est le monde, il importe de la considérer maintenant dans Faction divine qui en est la cause. Commençons par écarter les fausses notions de la création que quelques

(i) Voir pag. 538.

(2) I, q. XIII, a. 7 c.

(3) Voir ci-dessus, pag. Sôô-Syo.

(4) De Fide. lib. II, c. 3, Opp., t. I, pag. i38, éd. cit.

(5) Cosmologie^ ch. VII, art. 2, pag. 569 et suivantes, vol. II.

63*2 THÉuLOGfF NATURELLE

philosophes modernes ont voulu faire passer pour conformes au dogme chrétien ; nous voulons parler des théories de Cousin, de Gioberti et de Gunther.

297. « L'homme, dit le coryphée des éclectiques, Thomme ne tire point du néant Faction qu il n'a pas fait * encore et qu'il va faire ; il la tire de la puissance qu'il a de la faire, il la tire de lui-même. Voilà le type d'une création. La création divine est de la même nature... En créant l'univers. Dieu ne le tire pas du néant, il le tire de lui-même, de cette puissance de causation et de création, dont nous autres, faibles hommes, nous possédons une portion ; et toute la différence de notre création à celle de Dieu est la différence générale de Dieu à l'homme, la différence de la cause absolue à une cause relative (i). »

•2g8. Cette théorie de Cousin, laquelle, ainsi qu'on le v-erra plus loin, contient ouvertement le panthéisme, pèche, en outre, sous plusieurs autres rapports.

1° Elle repose sur un fondement futile; en effet, comme nous l'avons noté ailleurs (2), Cousin soutient cette théorie et combat la création, telle que les Scolastiques l'ont expliquée et que l'Église Ta définie (3), sur lautorité de cette maxime des anciens physiciens. De rien rien fie se fait ^ De nihilo 7iihil Jit ; or nous avons prouvé dans la Cosmologie qu'on ne pouvait rien déduire de cette maxime qui fût contraire au dogme de la création du monde ex nihilo (4).

2° Cousin s'exprime d'une manière très-inexacte lorsqu'il assimile l'action humaine de vouloir à l'acte créateur ; car

{\) Introduction à l'histoire de la philosophie, leçon V, pag. 145. Paris

(2) Cosmologie^ ch. VII, art. 2, pag. 682, not. 3.

(3) En effet, au IV* concile de Latran, célébré sous Innocent IIL en 121 3. on définit, dans le premier chapitre, qui commence par le mol Firmiter: «Que Dieu est le seul principe de toutes choses, le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, des choses spirituelles et des choses corporelles : qu'il a créé du néant par sa vertu toute-puissante, dès l'origine du temps, la créature spirituelle et la corporelle, savoir la créature angélique et le monde. » Le concile du Vatican, tenu en 1 869-1 870, enseigne la même docinne {^Constitutio dogmatica de Fide catholica, Sess. lll, c. 1, De Deo rerum omnium creatore), et la sanctionne en ces termes dans le canon V« de la susdite Constitution : « Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et toutes les choses qui y sont contenues, et les spirituelles et les matérielles, ont été produites du néant par Dieu, suivant toute leur substance... qu'il soit anaihème. »

(4) Cosmolog., ch. VII, art. 2, pag. 582 et suiv., vol. II.

l'action de vouloir est un certain accident que l'esprit produit en soi. de telle sorte qu'il en est lui-même le su)et ; par conséqueni, nous disons à bon droit qu'il tire cet acaden de lui-même et non du néant ; au contraire, « il n et pas permis de dire, ou de croire, comme nous en avertit Lnt Augustin, que la créature universelle est consubstanieïe et coéternelle à Dieu (i) » ; car « si nous disons que a créature vient de Dieu, ce n'est pas qu'elle ait ete a.te de la nature de Dieu; nous disons qu'elle est de Dieu parce qu'elle a Dieu pour auteur, quant a son être, non qu'elle soit engendrée de lui ou qu'elle en procède mais parce qu'elle a été créée, parce qu'elle a été produite, parce qu'elle a été faite par lui (2) » ; en d'autres termes, les choses créées- n'existent point en Dieu comme dans 1^"^ sui^J' / Dieu ne les produit pas en lui comme des modes dont il est affecté, de la même manière que l'esprit ses volitions -, mais il les produit tout à fait hors de lui-même comme autant de substances finies et complètement distinctes de lui. C est pourquoi Dieu, dit Tertullien, a produit toute créature du néant (3); et saint Augustin ajoute : « Dieu n'a pas engendre les choses de lui-même, en sorte qu'elles soient ce qu il est lui-même, mais il les a faites rf« néant (4)^, ce que /a doctrine catholique nous ordonne également de croire (5).

(i) Lib. imperfect. de Gènes, ad litt., c. i, n. 2.

(2) De anima et ejus origine, lib. II, c. 3, n. D.

r 31 De «surrectione cariiis, c. XI, pag. 584, éd. cit.

^3) i>e re»«'"i«- ' i;v, I , , Ft ailleurs :« Dieu n a pas en-

'*] fd .?ur™/mf c'e^^W e' sa';i:;u:; e;dè"s;"rubs.ance, mais il a fait gendre de lui-même, cebi d une .^,„,, n.i imverf contr. Julianum,

es Choses d.^rie„ C'est ^^^^^^^^^

?ions tout à tait synonymes; In Ep.st. II ad Connth c. V, ». 7-

A; I k i.«r,<,r-( ne Gènes, ad litt., c. 1. Dans la Cosmologie (ch. VU, art. 2,

duction ex nihilo. Voir également Decker, •^"'^°''°^'f';'„"d,ns Hugues Bruxelles 184.. Ajoutons «,"'°« f"'^ P^^f .'l"^"""^'™^^"^ a"^ é faft de de S.-Victor : « Ce qui a été crée a été fan '^^ "/"■J^' " ^^,i „.^ p^s été quelque chose a été faitauss,, mais ,1 n a pas eé crée, parce qu 1 P

fait de rien .,; De sacramenUs F,dei,hh 1, P"^^'',- ••P^l^^^aire ef nexact ed cit. Par conséquent Cousin tient un langage a '^ f°'^'^"'-"''^ J„, «nseiîorsqu'il affirme que sa doctrine sur la création est ","'"", ,,'',^y;JlV."',', gnée%^r tous les Docteurs qui furent "P--^"^" ^f^ '^^^'lt„ lor^q^u'il souI pag. XXII); Vacherot n'est n. moins '''^^^''\''\'"°'"^'f'p"'"i°s A. Vil, rient, comie nous Vavons aussi observé précédemment {Cosmolog., en.

3" Diaprés la définition de la création telle que la donne Cousin, il résulterait que tous les possibles, c'est-à-dire toutes les choses que nous pensons ou que nous pouvons penser, auraient été créées par Dieu, et même, ce qui serait encore plus étonnant, que rien ne serait créable, en d'av^res termes que rien ne pourrait être créé par Dieu. En effet, lorsqu'il pense. Dieu pose une action qui a sa cause en lui seul; mais Faction qui a sa cause en Dieu, suivant la définition de Cousin, est une création ; donc tout ce que Dieu pense et chaque fois qu'il pense quelque chose, il le crée ; et par suite, comme Dieu, qui est infiniment intelligent, connaît nécessairement tous les possibles, comme il les pense tous et qu'il les pense sans cesse et toujours de la même manière, parce qu'il est immuable, il s'ensuit que Dieu a toujours créé tous les possibles et qu'il les crée toujours ; c'est pourquoi les choses qui ont été créées n'ont jamais pu ne pas exister, en d'autres termes elles ne sont point possibles ; d'où il résulte que rien n'est possible à Dieu, et que rien, dès-lors, ne peut être créé. Par conséquent cette définition de la création répugne en soi et renferme plusieurs absurdités (i).

299. Gioberti parle sur la création d'une manière non moins inexacte ; car, d'après lui, dire que les choses sont créées par Dieu revient à dire qu'elles reconnaissent en Dieu leur raison suffisante (2). Or les choses trouvent en Dieu leur raison d'être, lors même qu'on en fait de simples modifications de la substance infinie. Par conséquent, suivant Gioberti, la création peut être conçue comme une production de modifications divines sans en faire une production ex nihilo ; mais, comme dit saint Augustin, « le propre de toute nature produite du néant, c'est qu'elle H'appartient pas à la nature

art. 2, pag. SyS, not. i), que les anciens Pères n'ont insinué la création que d'une manière dubitative et obscure. Ct. Annales de philosophie chrétienne, n. 97. Paris 184.S, pag. H'i, Examen de l'histoire critique de l'École d'Alexandrie par Vacherot. Barth. d'Avanzo discute avec beaucoup d'érudition l'opinion de Cousin et de Vacherot sur ce sujet dans s^sOpuscoli teologico-biblici, Opusc. IV, De' Profeti m Francia al sccol. XIX, pAn. 11-111, pag i3i seqq., Napoli 1854.

(i) Nous avons puisé cette argumentation dans Rothenflue, Jnstit. philosoph. theor., Metaphys. specialis, pars i^JZosmolog.^ scct. 1, c. IV, pag. 53, n. I, Paris 1S46.

(2) Introdujione alla studio délia Filosofia, vol. 11, pag. 22 3.

de Dieu, qui seule est immuable (i). » Que le philosophe piémontais ait pris par le fait le mot création dans ce sens, on ne saurait en douter, car il donne le nom de vraie création à la simple production des modes (2). Quant à la distinction qu'il met entre la création et la production des modes, lorsqu'il dit que celle-ci, ce qui ne peut se dire de la création, est l'opération exercée par une cause au moyen d'une vertu reçue d'ailleurs (3), elle est absolument vaine ; car, même en admettant cette distinction, si les choses étaient de pures modifications divines, on pourrait encore dire, d'après son système^ qu'elles sont créées, puisque Dieu les produirait en luimême par sa propre activité, qui ne dépend d'aucune cause supérieure.

3oo. Nous ferons encore cette observation : Selon Gioberti, créer est la même chost qu' individualise?^ (4)- Or le terme de la création est sans doute quelque chose d'individuel, ou quelque chose de subsistant : « Etre créé, dit saint Thomas, se dit d'une chose subsistante dont le propre est d'exister et d'être faite (5). » Mais le philosophe italien expHque sa pensée d'une tout autre manière. Car il enseigne que Dieu est quelque chose de général qui est rendu individuel parla création (6), et partant que les choses sont créées en tant que l'idée générale, qui, dans sa racine, ou telle qu'elle est appréhendée par l'intuition, ne se distingue pas de l'Etre absolu, c'est-à-dire de Dieu, est déterminée en elles (7). En conséquence, il donne à la création le nom ûq dialectique diinne (8) de mouvement de VEtre vers l'existant (g) ; ou bien celui de division^ parce qu'elle divise l'Idée, afin de lui donner une réalité finie ; et celui de multiplication^ parce qu'elle ra- ?nène les choses divisées à l'unité, et quelle en accroît indé-

(i) Opus imperf. contr. Julian,^ lib. V. n. XLII. (2) Introdu^., c. 4, pag. 190.

Ci) Introdu^., pag. 188.

(4} Ibid., pag. 214. Cf. Protologia, Saggio III, § i, DelV atto creativo, vol. I, pag. 459, Torino 1857.

(5) Qq. dispp., De Ver., q. XXVII, a. 3 ad 9. Cf. I, q. XLV, a. 4 c.

(6) Introdu:^ione etc., vol. II, pag. i-jb.

(7) Introd. etc., vol. II, pag. 214; Errori filosofici delV abb. Antonio Rosmini^ t. I, pag. 340.

(8) Protologia, ibid., pag. 468, 482.

(9) Protologia^ ibid., pag. 462.

finiment le nombre (i). Toute cette théorie a beaucoup d'affinité avec les doctrines de la philosophie transcendantalc dont nous avons montré ailleurs rabsurdité.(2), et que nous discuterons de nouveau dans notre dernier chapitre.

3oi. Enfin nous croyons qu^il ne sera pas inutile d'ajouter quelques mots sur la manière dont Giinther et ses disciples expliquent le dogme de la création. L'idée de création, dans le système des Gunthériens, se confond avec l'idée du non-moi Divin. Pour connaître leur doctrine touchant ce dogme, il est donc nécessaire de voir auparavant comment, d'après ces philosophes. Dieu parvient à Tidée de noip-être. Voici de quelle manière Gùnther explique ce point : « Dieu, dit-il, n'est Père qu'autant qu'il a un Fils ; car, s'il n'avait pas de Fils, il serait principe absolu. Mais, entant que Père, Dieu est une personne ; or, pour être une Personne, il est nécessaire qu'il se distingue du Fils et du Saint-Esprit, ce qui a lieu lorsqu'il se connaît lui-yneme^ en tant qu'il est autre que le Fils et le Saint-Esprit. Maintenant, comme le Fils et le Saint-Esprit sont aussi deux Personnes distinctes l'une de l'autre, il est naturel que le Fils se connaisse comme n'étant ni le Père ni le Saint-Esprit, et que le Saint-Esprit se conçoive aussi comme n'étant ni le Père ni le Fils. C'est pourquoi, de même que trois moments afjirmatifs concourent à former la totalité du moi Divin, de même trois moments négatifs réunis ensemble constituent la pensée formelle du non-moi de Dieu. Et, parce que le moi absolu est la forme de l'être absolu, la pensée formelle du non-moi absolu contient la pensée du non-etre absolu, ou du pur Néant (3). » Conformément à ces principes, Giinther enseigne que l'idée du non-moi Divin dérive spontanément de ridée de la triple personnalité Divine (4), et partant que la réduction en acte du non-moi de Dieu est intimement liée avec la formation des Divines Personnes (5). D'où il conclut que « la raison d'après laquelle le non-moi Divin est en acte,

(i) Protolog., ibid., pag. 46H.

(2) Voir ci-dessus à la pag. du et suiv., et la Dynamilog., vol. I, ch. VII, art. 3, pag. SgS et suiv. On peut consulter aussi Zarelli, // sistema filosofico di Vincen:ço Gioberti, c, XI, pag. i24seqq., Parigi 1848.

(3) Eurystheus et Héraclès (en allem.), pag. i53, Vienne 1843.

(4) Eurystheus etc., pag, 514.

(3) Lydia, Ann. philosophici, anno i85o, pag. 53.

consiste dans la dialectique de la vie Divine (i). Car Dieu concevant sa propre vie dans une certaine négation, nie sa personnalité, ou conçoit son fion-être^ c'est-à-dire son impersonnalité (2). » Il observe aussi que la création est Tacte par lequel est complétée la vie de la Trinité divine. En effet, Glinther croit que Dieu existe parce qu'il se révèle à lui-même. Mais la création par laquelle le monde existe est, dit-il, Pacte définitif au moyen duquel Dieu se révèle à lui-même, car il se connaît alors non-seulement comme Divinité, mais encore comme Créateur. D'où il conclut que la création était nécessaire pour donner à Dieu sa perfection absolue (3).

3o2. Parmi les nombreuses difficultés que Ton pourrait élever contre un système aussi inouï, nous choisissons les suivantes :

i" La doctrine des Giinthériens, que nous venons d'exposer, est la conséquence de la méthode absurde qu'ils ont entrepris d'appliquer à toutes les matières théologiques. Car Giinther et ses disciples s'efforcent de ramener la science de la Révélation à une science purement rationnelle (4), et ils estiment que la seule philosophie opportune, pour acquérir cette connaissance rationnelle des dogmes, c'est la philosophie qui est fondée sur la conscience, ou sur cette célèbre proposition de Descartes : Je pense ^ donc je suis (5). En consé-

(i) Lydia, Ann. phil., ibid.

(2) Aurorœ australes et boréales, 2» éd., Vindobonae i85o, pag. 21 3.

(3) On trouvera l'exposition de cette doctrine dans la Revue L<2 5c/e«f a e la Fede, vol. XXIX, pag. 406, 407, Napoli i855.

(4) Gûnther annonce en termes très-clairs que la concorde entre la science et la foi ne consiste pas en ce que la raison se montre la servante respectueuse de la Révélation, attendu, dit-il, que la raison nous en donne une connaissance plus parfaite {Lydia, ann. 1849, passim). Ainsi, par exemple, ils proclament bien haut « que le temps approche où la connaissance de toutes les choses par lesquelles l'homme se rapportée Dieu sera la conquête de nos investigations, sans qu'il soit nécessaire de les apprendre par le magistère de l'Église, et que ce grand événement s'accomplira lorsque la Raison et la Foi, comme deux sœurs jumelles d'un môme Père se rendront de mutuels services; car, en ce moment-là, elles seront capables de manifester aux hommes tout ce qu'il y a de vérité au ciel et sur la terre » ; Eurystheus et Héraclès (en allem.) pag. 2 5 1, Vienne 1843.

(5) Il est à peine croyable le respect et l'admiration que Gûnther professe pour Descartes. Citons seulement cette apostrophe au philosophe français : M G Gédéon de la science humaine! Tu n'es nullement connu, soit dans l'Église, soit hors de l'Église ; bien plus, tu as été en butte à la calomnie, quoique les malheurs du temps croissent toujours, parce qu'on n'a pas tenu compte de tes avertissements. Mais toi, glorieux martyr de la sagesse humaine, notre

quence ils affirment audacieusement que le 7noi doit être le principe et la source de toute vraie théologie et de toute saine philosophie (i) ;delàleurfameuse maxime que «l'homme possède en lui-même la clef qui ouvre la porte du sanctuaire des dogmes chrétiens (2). » Notre dessein n'est pas de démontrer ici quel grave dommage une pareille méthode apporte avec elle dans le champ de la théologie (3). D'ailleurs chacun peut s'en faire une idée d'après les paroles mêmes des disciples de Giinther, qui infèrent de leur méthode que pour connaître tout ce qui concerne Dieu, il suffit d'observer ce qui se passe dans notre moi ; car, disent-iis, on peut raisonner sur le moi Divin et sur le moi humain, absolument de la même manière, sauf la proportion à garder ; à peu près comme les géomètres raisonnent sur deux triangles qui diffèrent de grandeur entre eux, mais qui sont semblables pour tout le reste (4).

prédécesseur dans la science, regarde-nous d'un œil bienveillant, nous tes successeurs et tes admirateurs, afin que nous demeurions fermes et courageux dans nos travaux et nos combats, jusqu'à ce que le dernier de tes ennemis tombe vaincu lui-même»; Convivium Peregrini (en allem.), pag. 480, Vienne i83o.

(i) Nous avons exposé dans la Philosophia Christiana{Dynamilogia, vol. Il, c, VIï, art. 21, pag. 869, 860, Neapoli 1862), par quels arguments puisés dans la conscience les Gùnthériens s'efforcent de prouver le Mystère de la Trinité divine.

(^) Jani capita pro philos, et theolog., pag. i36, Vindobonae r834, par Gunther et Pabst.

[?>) Voir la Philosophia Christiana, ibid,, pag. 883-886. Le concile du Vatican démontre en ces termes l'absurdité de cette méthode : a La raison éclairée par la foi, lorsqu'elle cherche avec sincérité, avec piété et avec prudence, acquiert, il est vrai, avec l'aide de Dieu, une certaine et même unetrcs-tructueuse intelligence des mystères, soit par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement, soit d'après les rapports que les mystères ont entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; cependant elle ne parvient jamais à les percevoir comme elle perçoit les vérités qui constituent son objet propre. Car, de leur nature, les mystères divins dépassent tellement l'intellect créé que, malgré l'enseignement de la révélation et malgré la foi reçue, ils restent cependant couverts du voile de la foi et enveloppés comme d'unj certaine obscurité, tant que nous sommes voyageurs dans cette vie mortelle, et séparés de Dieu ; nous marchons, en effet, dans la foi et non dans la pleine lumière... De fait, la doctrine delà foi, que Dieu nous a révélée, n'a pas été proposée pour être perfectionnée par l'esprit humain comrne une découverte philosophique »; CoMSf/7. dogmat. De Fide Catholica, bess. III, c. IV, De Fide et Ratione.

(4) Les Œuvres de Gûntheront été condamnées par la Sacrée Congrégation de l'Index, dans un décret du 8 janvier 1867 ; l'auteur s'est soumis au décret avec humilité. Lire la Lettre de Pie IX à VEyninentissime Archevêque de Cologne, du 1 3 juin 1837, sur la condamnation du Gûnthérianisme. Voir aussi la Revue La Scien^^a e la Fede, vol. XXXIII, pag. 186 seqq., et Sgg seqq.

2° Leur doctrine étant ce que nous avons dit, il n'est pas surprenant que ces théologiens se soient forgé une notion hétérodoxe de la divine Trinité. Mais, comme nous ne voulons pas entrer sur le terrain de la théologie (i), nous signalerons seulement cette erreur que les Personnes divines seraient constituées, d'après leur système, par la connaissance que chacune possède d'elle-même. Or, sans compter que cette doctrine contredit la vraie notion de la personne (2), elle établit que les Personnes divines se distinguent, non par leur origine, comme renseigne la théologie (3), mais par la connaissance ; ce qui les conduit dans cette autre erreur qu'il existe en Dieu plusieurs connaissances distinctes Tune de Tautre, de mêirie que les Personnes divines dont Tune n'est pas Tautre. Et puis, que veulent-ils dire lorsqu'ils enseignent que Dieu parvient à la connaissance dcsoti non-moi^ en niant sa propre personnalité ? Ces paroles ne sont-elles pas en contradiction avec la vraie doctrine proclamée par saint Thomas : « Que Dieu par un seul acte connaît toutes les choses dans son Essence (4)? » Ajoutez à cela que Tacte par lequel Dieu nie sa personnalité, devrait être quelque chose en Dieu, et, comme « tout ce qui est en Dieu est Dieu (5) », il faudrait affirmer cette erreur monstrueuse, qu'un acte de négation est Dieu.

3" Si la création à laquelle le monde doit son existence est

(i) Parmi les théologiens opposés aux doctrines de Gûnther et de ses disciples, on peut consulter Dobmayr [Syst. theoL, t. V, § 99 seqq., Sulisbaci 1807-1819), Dieringer {Dogmatique Catholique, en allem., Mayence 1847), «^t« sans parler de beaucoup d'autres, Schwetz, Theologia dogmatica Catholica, part. I, scct. m, tit. 2, g 52, t. 1, pag. 337-354, Viennae i855.

(2) Voir la démonstration que nous en avons donnée dans l'Ontologie, ch. 111, art. 3, pag. 162, vol. II.

(3) « Dans l'Éire divin, dit S. Thomas, la trinité des Personnes est multipliée par les relations qui existent réellement en Dieu, c'est-à-dire par les relations d'origine ; mais la relation qui est signifiée lorsqu'on dit que Dieu se connaît lui-même, n'est pas une relation réelle, c'est une simple relation de raison » ; Qq. dispp., De Ver., q. II, a. 2 ad i.

(4) « En Dieu, il n'y a qu'une seule intellection b; Qq. dispp., De Pot., q. VIII, a, 2 ad 1 1. Le Docteur Séraphique dit: « Le Père, le Fils, et le Saint- Esprit s'accordent et se réunissent dans toute opération, mais ils diffèrent dans la relation »; Inlib. l Sent.^ Dist. II, a. i , q. i ad arg. Ajoutons ces quelques mots de S. Anselme : « La connaissance est commune aux trois Personnes ; parce que le Père, le Fils, et le S.-Esprit connaissent par ce qui fait qu'elles sont une seule et même chose, et non par ce qui fait qu'elles se distinguent mutuellement »; De Process. Spirit. Sancti, c. XIX, pag. 58, ed, cit.

(5) Qq, dispp., De Pot,, q. IX, a. 9 ad 6.

66o THÉOLOGIE NATURELLE

Pacte définitif par lequel Dieu se révèle à lui-même, et Facte qui complète la vie de la Trinité divine, il s'ensuit que la création est nécessaire, et partant que Tcxistence du monde est aussi nécessaire que l'existence de la Trinité ; il suit également de là que le monde est éternel comme la Trinité ellemême. Non-seulement Giinther ne désavoue pas ces deux corollaires de sa doctrine, il les professe ouvertement en plusieurs endroits. « Ce n'est pas, dit-il, une assertion futile, c'est une assertion rigoureusement scientifique qu'il se manifeste dans la vie divine une révélation en deux instants ; pendant le premier la manifestation se fait ad ùitra^ et pendant le second elle se fait ad extra^ quoiqu'il n'y ait en réalité ni avant ni après ; car la révélation ad extra accompagne toujours la révélation ad intra, comme il est dit dans le Symbole qu'il y a trois Personnes en Dieu, sans que Tune soit antérieure ou postérieure à l'autre (i). »

303. Enfin nous devons prendre la défense de saint Anselme et de saint Thomas, que Giinther et ses partisans accusent d'avoir soutenu, sur la création, une doctrine qui renferme le panthéisme.

304. Et d'abord saint Anselme est accusé par Giinther (2) d'une erreur aussi grave, parce que, dans son Monoîogium^ le saint Docteur assure que les choses créées, avant qu elles fussent faites, Ji'étaiejit pas un pur néant quant à la raison divine par laquelle et suivant laquelle elles seraient produites (3) ; ajoutant que cette forme des choses qui existait déjà dans la raison divi?ie devait être conçue comme une certaine parole intérieure qui existe dans la raison divine même (4) et que cette forme des choses 71 est rien auti^e que V Essence suprême (5). Le théologien allemand conclut de là

(i) Eurystheus et Héraclès (en allem.), pag. 5i3,Vienne 1843. La congrégation de la Sainte Inquisition Romaine et Universelle paraît avoir voulu désigner cette doctrine des Gûnthériens lorsqu'elle déclare (die 18 sept. 1861) qu'on ne peut enseigner avec sécurité, tuto tradi non posse-, cette proposition : La création peut être expliquée ainsi : Dieu produit la créature dans l'acte spécial même par lequel il se connaît et se veut comme distinct d'une créature déterminée, de l'homme par exemple.

(2) Eurystheus^ etc., pag. bi?>.

(3) Monologium^ c. IX.

(4) Monologiumy c. X.

(5) Monologium^ c. XIL Les Panthéistes interprètent de la naêaie manière la doctrine de S. Anselme sur la création, et se vantent d'avoir son appui. Mais

que, par la création, les choses ne sont pas tout à fait produites du néant, mais qu'elles sont tirées pour ainsi dire de la divine nature elle-même. Il affirme que la même doctrine fut enseignée par saint Thomas, car ce grand Docteur soutient que la création est r émanation de tout l'être déripant de la cause universelle qui est Dieu (j) ; voilà pourquoi, ajoute Knoodt (2), la création est comparée par le Docteur Angélique à la génération de Thomme qui fient du non-êtî^e, cestà-dire du no7i-homme (3),

3o5. Mais il est extrêmement facile de montrer combien l'accusation que les Giinthériens font peser sur la mémoire de ces deux grands Docteurs est injuste et mal fondée. En effet, dans les passages cités, saint Anselme se borne à enseigner, comme nous Tavons fait nous-même (4), que les exemplaires des choses existent dans TintelUgence divine (5). Voici quelques paroles du saint Docteur aussi claires que le jour : a II ne peut aucunement arriver, dit-il, qu'une chose soit faite d'une manière raisonnable par quelqu'un, s'il n'existe déjà dans la raison de son auteur un certain exemplaire,

nous reviendrons là-dessus dans le dernier chapitre, lorsque nous traiterons du panthéisme. On peut voir sur cette question Joseph Prisco, S. Atxselmo ed il PanteismOy dans la Revue La Scien:{a e la Fede, vol. XXXIX-XL, Napoli 1860.

(i) I, q. XLV, a. i c.

(2) Knoodt, Gûnther et Clemens, vol. I, pag. 233 ; vol. III, pag, 42.

(3) I, q, XLV, a. i c.

(4) Voir la Cosmolog., ch. VII, art. 2, pag. 58o, vol. IL

(5) Nous avons exposé cette vérité, pag. 6o2-6o5, 609, not. 3, et pag. 649-650, ainsi que dans la Cosmologie à l'endroit cité. Nous vouions faire encore deux citations, l'une de Tertullien et l'autre de S. Augustin ; le premier s'exprime ainsi : a Lorsque Dieu voulut produire au-dehors, dans leurs substances et dans leurs espèces, les choses qu'il avait disposées au-dedans de lui-même avec une raison et un langage dignes de sa sagesse, il proféra extérieurement cette parole sublime, atin que par elle fussent créées toutes les choses, comme par elle tout avait été conçu et disposé et même produit en quelque sorte dans la pensée divine » ^Advers. Praxean, c. VI, t. I, pag. 423). S. Augustin dit: « Dieu connaissait, avant qu'il les fit, toutes les choses qu'il a faites. Car on ne peut dire qu'il ne connaissait pas les choses qu'il faisait et qu'il ne les a connues qu'après les avoir faites, ou qu'il ignorait ce qu'il devait faire mais qu'il a su ce qu'il avait tait. Car, si nous tenions ce langage à propos d'un ouvrier quelconque nous parlerions en insensés. Par conséquenr. Dieu connaissait ce qu'il ferait et non ce qu'il avait fait, il le connaissait pour le faire et non parce qu'il l'avait déjà fait. Ainsi, quoique les choses fussent déjà connues de Dieu avant qu'il les fit, parce qu'il n'y a que ce qui est connu qui puisse être fait, cependant les choses qui avaient besoin d'être connues pour être faites, n'avaient pas une existence antérieure à leur production »; Ad Orosium conira Priscil. et Origen., c. VIII, n. 9.

OU. comme on dit encore, une certaine forme ou ressemblance de la chose qui doit être faite, laquelle en est comme la règle. Par conséquent, il est manifeste qu'il y avait, dans la raison de la nature suprême, avant que les choses fussent créées, la quiddité, la qualité et la mesure de tout ce qui devait exister; ainsi donc, bitu qu'il soit très-clair que les choses qui ont été faites n'étaient rien de ce qu'elles sont maintenant avant quelles fussent produites, puisqu'elles sont maintenant ce qu'elles n'étaient pas alors, et qu'il n'y avait rien auparavant de quoi elles aient été tirées ; elles n'étaient pas cependant absolument rien, si on les considère relativement à la raison divine au moyen de laquelle et suivant laquelle leur création devait avoir lieu (i). » Et, pour mieux expliquer sa pensée, il cite l'exemple de l'ouvrier qui n'exécute rien dont il n'ait l'idée dans l'esprit : « Quant à cette forme des choses qui existait déjà dans la pensée divine avant leur création, qu'est-elle ? Sinon une certaine expression de ces choses dans la raison divine elle-même. Ainsi, lorsqu'un ouvrier s'apprête à exécuter une œuvre d'art, il commence par l'exprimer au dedans de lui-même par la conception qu'il s'en forme (2). « Or cette doctrine s'accorde très-bien avec

(i) Monologium, c. IX. S. Anselme se sert tour à tour des mots forme et ressemblance, à l'exemple de S. Augustin qui avait dit : « Nous pouvons traduire le mot idée par les mots \2i\\ns forma ou species, forme ou espèce^ afin de le rendre mot pour mot » ; Qq. octoginta très. q. XLVI, n. 2. Voir aussi Cicéron, Top. c. Vil. 5. Jean Damascène emploie le même langage: « Dans la pensée de Dieu étaient imprimées les formes et les images des choses qui avaient été déterminées par lui avant qu'il les produisît » ; De imaginibus, Orat. III, n. 19, Opp,-, t. I, pag. 334, ^<^ • Lequien, Parisiis 1712.

(2) Monologium^ c. X. Pour la même raison il dit encore : a Tout ce qui a été fait, qu'il soit vivant ou non-vivant, de quelque manière qu'il existe en soi-même^ possède ia vie en Dieu »; c. XXXV. S. Augustin s'était déjà servi de cet exemple: « L'ouvrier fabrique un coffre: mais d'abord il possède le meuble dans sa conception ; car s'il ne l'avait pas d'abord dans sa conception, où prendrait-il le modèle pour le fabriquer i Cependant le coffre qui est dans la conception de l'ouvrier n'est pas le même que celui qui tombe sous nos yeux. Dans notre conception, il est invisible, tandis qu'il est visible comme œuvre d'art... Considérez ces deux coffres, celui qui est dans l'intelligence de l'ouvrier et celui qu'il a fabriqué. Celui-ci est privé de vie, celui-là est vivant, parce que l'esprit de l'artiste où sont tous ses chefs-d'œuvre, avant qu'il les produise, est vivant lui-même. Ainsi, mes très-chers frères, comme la sagesse de Dieu par qui tont a été fait contient toutes choses dans sa pensée, avant de les produire, il s'ensuit que les œuvres qu'elle réalise par sa parole ne sont pas vivantes pour cela hors de ses idées, mais tout ce qui a été fait reste vivant en Elle. Tu vois la terre: la terre existe dans les idées divines. Tu vois le ciel: le ciel existe en Dieu. Tu vois le soleil et la lune: ils existent dans la

la création ex nihilo. En effet, de même que i^œuvre d'art, avant d'être réalisée au dehors, existe dans la pensée de l'ouvrier, où se trouve sa vivante représentation, quoiqu'elle ne soit en elle-même qu'un corps inanimé, de même toutes les créatures étaient quelque chose de vivant dans la pensée divine, bien qu'elles ne fussent rien en ellesmêmes; c'est pourquoi elles ont été produites du néant (i) suivant toute leur substance, parce que la forme exemplaire dont nous venons de parler est quelque chose à Y imitation (2) de quoi les créatures sont faites, mais elle n'est rien d'où elles soient tirées. Écoutons saint Thomas : « La forme de l'effet, laquelle existe dans Fagent principal, ou dans la cause instrumentale,... n'est pas destinée à passer dans l'effet, son rôle est de servir de modèle, afin que quelque chose de semblable soit produit dans l'effet même (3). » Par conséquent, dans la pensée de saint Anselme, comme saint Bonaventure l'avait déjà remarqué, ce n'est pas suivant l'être qu elles ont dans leur propre genre que les créatures sont quelque chose de l essence de Dieu, mais ce sont leurs idées en Dieu, qui, à cause de son infinie simplicité, sont la même chose que son Essence (4), en tant que V essence de Dieu en est r exemplaire et la raison (5), comme dit saint Thomas. 3o6. On peut également juger d'après cela combien les mêmes philosophes se montrent injustes lorsqu'ils font de saint Thomas un partisan de V émanatisme ; car, s'il est une vérité sur laquelle le saint Docteur revienne souvent, c'est que Dieu n'a rien de commun avec la substance des choses créées (6). Qu'il nous suffise de citer ce passage : « Il y a quatre espèces de causes ; or Dieu n'est pas notre cause ma-

divine pensée. Ce sont des corps visibles ; mais au sein de Dieu ils possèdent la vie »; InJoann. Evang. c. I, Tract. I, n. 17. Cf. S. Thomas, I, q. XVIII, a. 4.

(i) Voir YOntolog., ch. V, art. I, pag. 204, et la Cosmolog.t ch. VII, art. 2, pag. 582-583.

(2) Ontolog., ch. V, art. I, pag. 207, not. i .

(3) !n lib. IV Sent., Dist. I, q. I, a. 4, sol. 4 ad 3. Et ailleurs : « La forme exemplaire n'est pas.., une forme qui fasse partie du composé » ; I, q. III, a. 8 ad 2.

(4) In lib. I Sent., Dist. XXKVI, dub. I.

(5) I, q. XV, a. 2 ad i.

(6) I, q, III, a. 8 c. ; Contr. Gent., lib. I, c. 2Ô ; In lib, I Sent., Dist. XIX, q. V, a. 2 sol., et en divers endroits de cet ouvrage.

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