DES ATTRIBUTS RELATIFS DE DIEU
fiîi au moyen seulement de leur ressemblance avec liiiy c'està-dire en ce qu'elles participent en quelque chose à la rc'5semblance de Dieu; au contraire les créatures raisonnables, en outre de cette ressemblance^ tendent par leur opération à connaître et à aimer Dieu (i). On conçoit dès lors comment on a pu dire que la fin assignée à cet univers n'était autre que la manifestation des perfections divines d'oii résulte la gloire extérieure de Dieu (2). Et de fait, comme les créatures, en ce qu'elles sont et en ce qu'elles opèrent^ participent dans une certaine mesure à la ressemblance de Dieu, elles représentent nécessairement Texcellence de leur Auteur par certains vestiges, et toutes ensemble, par leur variété et leur belle disposition, elles manifestent la Sagesse, la Beauté, la Bonté, et les autres perfections divines. Quant aux créatures raisonnables en particulier, non-seulement elles manifestent par leur excellence et leur bonté propre la beauté et l'excellence du Créateur, elles sont en outre tenues, puisqu'elles jouissent des facultés de connaître et d'aimer Dieu, de louer ses perfections infinies et de se soumettre librement à sa volonté ; c'est ainsi qu'elles tendent j^ers Dieu par leurs opérations et qu'elles arrivent à la béatitude (3).
327. On voit déplus en plus, d'après tout cela, que les créatures « ne sont point ordonnées pour Dieu, comme pour leur fin, en tant qu'elles lui procurent quelque perfection, mais en ce qu'elles acquièrent elles-mêmes par son influence leur propre perfectionnement (4). » Car « Dieu ne dispose pas les créatures relativement à sa bonté, comme si sa bonté en devait être accrue, mais pour qu'elles acquièrent elles-mêmes une certaine ressemblance avec sa divine bonté par l'effet de l'opération divine : ce qui ne peut être réalisé que par sa volonté et son opération (5). « Le même saint Docteur ajoute
(i) Qg. dispp., De Ver., q. V, a. 6 ad 4, et q. XX, a. 4 c.
(2) «Dieu, dit Tertullien, fit sortir le monde du néant pour l'ornement de sa propre majesté ; c'est pourquoi les Grecs donnèrent au monde le nom de x/^^oç ; » Apoîog., c. XVII, pag. ijS, Lugduni Batavorum 1718. Nous disons la gloire extérieure de Dieu pour la distinguer de la gloire intérieure qui consiste dans la connaissance et dans l'amour que Dieu a de lui-même. Cf. S. Thomas, In I ad Corinth., c. II, lect. IL
(3) Qq. dispp., de Ver., q. V, a. 6 ad 4.
(4) Contr. Gent., lib. III, c. i8, n. 4.
(5) In lib. 1 Sent., Dist. XLV, q. I, a. 2 ad 4. Voir ci-dessus, à la pag. 621 et 622.
dans un autre endroit : « Il nous est avantageux de connaître Dieu, mais Dieu n'a aucun besoin de nous ; d'où Ton voit que Dieu ne cherche point sa gloire pour lui, mais pour nous (i). » Saint Hilaire enseigne la même doctrine en termes très-clairs: « Dieu, dit-il, exige que nous Taimions sans qu'il retire quelque fruit de notre amour, c'est à nous au contraire que cet amour doit profiter. En effet, s'il désire être aimé et obéi, c'est afin que nous en recevions quelque utilité, et que le mérite de l'amour et de l'obéissance nous rende dignes de la béatitude et des faveurs de sa bonté. Car la bonté est comme la splendeur du soleil, la lumière du feu, l'odeur de l'ambre : elle est utile à celui qui en use et non à celui qui la répand au dehors (2). ^>
328. C'est pourquoi nous pouvons résumer toute cette question par ces belles paroles de saint Thomas : « Dieu a fait passer les choses du néant à l'être, pouî^ leur communiquer sa bonté et pour qu elles la représentent ensuite. Et comme une seule créature ne l'aurait pas suffisamment représentée, il a produit des créatures multiples et diverses, afin qu'elles se suppléent les unes les autres dans cette représentation: car la bonté, qui est une et simple en Dieu, est multiple et divisée dans les créatures. Ainsi l'univers entier participe plus parfaitement à la divine bonté et la représente mieux que ne pourrait le faire une créature quelconque (3). »
329. Nous ajouterons encore au sujet de cette doctrine quelques observations qui nous paraissent avoir une certaine utilité.
1° La recherche de la fin pour laquelle Dieu a créé le monde n'est point téméraire, comme l'affirme Jules Simon (4). Car,
(0 2"^ 2", q. CXXXII, a. I ad I.
(2) In Psalm. //, n. i5, p. 34, éd. cit. Va S, Jérôme : o Ce n'est pas que Dieu ait besoin delà louange de quelqu'un, mais la louange est utile à ceux qui la font éclater ; tandis qu'ils découvrent la grandeur de sa majesté répandue dans chacune de ses œuvres, saisis d'admiration, ils chantent ses louanges » ; hi Eph. 7, 14, 0pp., t. V, pag. 22G, Romx iSyi. C'est donc très sottement et sans motif aucun que Baylc {Réponse eux questions d'un Provincial^ t. Il, c. 84) reproche aux Docteurs d;; l'Église, parce qu'il disent que le monde a été créé pour l'exaltatatiun Je la gloire divine^ d'avoir enseigne que Dieu est sensible à l'amour des louanges et de la gloire et que c'est pour acquérir de la gloire qu'il a créé le monde.
(3) I, q. XLVIl, a. i c.
(4) La Religion naturelle^ 2» part., ch. I, pag. 128, Paris 1857.
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ainsi que l'enseigne saint Thomas, « la fin devant répondre au principe, il est impossible que, le principe des choses étant connu, nous en ignorions la fin. Mais, puisque le principe des choses est un être qui leur est extrinsèque, c'est-à-dire Dieu, il est nécessaire que la fin des choses soit aussi un bien extrinsèque à l'univers (i). »
2° De ce qu'il répugne que la volonté de Dieu soit déterminée par une cause étrangère, on ne doit pas conclure, comme l'a fait Glarke, ainsi que nous l'avons déjà observé dans la Cosmologie (2), que Dieu a créé le monde sans aucune raison, mais la Bonté divine elle-même doit être assignée comme la ra/50« pourquoi Dieu a voulu les créatures ; c'est le sentiment de saint Thomas : « Les créatures que Dieu a voulues n'ont pas, relativement à la volonté divine, le caractère d'une fin, mais elles sont ordonnées elles-mêmes pour une fin. Car Dieu veut que les créatures existent, pour que sa bonté, qui est indivisible par essence, puisse s'épancher en plusieurs choses et les faire participer au moins à sa ressemblance (3). i> Nous avons dit comme la raison et non comme la cause^ car la divine Bonté doit être assignée comme vraie cause finale, si on la considère relativement aux choses créées ; mais il ne peut en être ainsi relativement à la divine Volonté par laquelle Dieu veut leur existence, soit parce que la volonté, l'action et la bonté sont une même chose en Dieu (4), soit parce que « si quelqu'un veut la fin par un acte, et veut par un autreles moyens propres à l'atteindre, la volition de la fin sera la cause de la volition des moyens ; mais, s'il veut par un seul acte et la fin et les moyens, cela n'a plus lieu, car rien ne peut être sa propre cause ; ce qui n'empêche pas qu'il ne veuille que les moyens soient disposés de manière à atteindre la fin. Or de même
(i) I, q. cm, a, 2 c. Comme nous l'avons montré dans la Cosmologie {ch, V, art. 3, pag. 5i3-5i9), il n'est pas téméraire non plus de rechercher les causes finales des choses particulières, à moins qu'il s'agisse de celles dont il s'est réservé à lui-même le secret et dont la recherche est parla même interdite ; Cosmologie, ch. VIII, art. 2, pag. 636, vol II,
(2) Cosmologie, ch. VIII, art. 2, pag. 635-636.
(3) Qq. dispp., De Ver., q. XXIII, a. i c.
(4) « L'action divine est une même chose avec la divine Essence; ce n'est donc pas sous ce rapport qu'il en faut chercher la fin, mais à raison de ce qu'elle communique un certain effet à la créature; » In lib. Il Sent., Dist. I, q. II, a. I ad 4. Voir ci-dessus à la page ôyS.