‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernesChapitre 85 sur 106 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

452. Ce que nous avons dit plus haut sur la perfection infinie de Dieu, va nous servir à réfuter Terreur de ceux qui confondent Dieu avec Tuniversalité des choses, comme il nous a servi à réfuter Terreur des philosophes qui nient Tunité de la nature divine. Cette erreur s'est tellement répandue de nos jours, elle a porté si rapidement ses racines dans toutes les directions qu'elle a jeté le trouble le plus profond, nonseulement dans les sciences métaphysiques, mais encore dans les sciences morales, dans les sciences naturelles et physiologiques, et jusque dans l'histoire, dans la littérature et les arts. Par conséquent, nous allons employer tous nos efforts pour

(i) De idolorum vanitate, Opp.^ pag. i3, ed cit.

(2) Sevm. LXXX in Nat. Apost. Pétri et Paulin c. 2, Opp., 1. 1, pag. 164, Lugduni 1700.

combattre et renverser cette monstrueuse erreur, dans les limites qui nous sont imposées.

ARTICLE PREMIER

Principales doctrines des Panthéistes

453. D'abord, sous le nom de Panthéistne^ on désigne un système de philosophie admettant que tout ce qui existe ou peut exister, ou Tuniversalité entière des choses, forme une seule et même substance qui est TUnité ou Dieu et qu'il n'existe plus rien hors ou en outre de cette universalité.

464. Parmi les plus anciens philosophes, plusieurs professèrent le panthéisme. Sans parler des autres peuples, presque toutes les écoles philosophiques de Tlnde sont plus ou moins imbues de cette erreur; mais la philosophie védanta^ qui, se trouvant conforme aux livres sacrés appelés Védas, passait pour orthodoxe^ enseigne ouvertement le panthéisme (i). Les philosophes védiques enseignent en effet qu'il existe un être infini, unique, nommé B?'ah77îa^ et que les choses multiples et composées, que Ton dit exister en dehors de lui, ne sont que des fantômes d'une imagination exaltée. Car, s'il existait un être com.posé, il devrait nécessairement son existence à Brahma, ce qui supposerait que Brahma contient en lui-même un principe de multiplication et d'imperfection ; or cela répugne manifestement à la notion d'un être infini. Delà cette maxime, qui résume toute la philosophie de cette école : Brahma seul existe et tout ce gui n'est pas Brahma est une créât ioJi de l'esprit humain. Pour mieux expliquer leur pensée, les auteurs de la philosophie védanta emploient diverses comparaisons : Brahma, disent-ils, est comme une araignée éternelle qui tire continuellement de son sein lu toile de la création, et qui la ramène à lui pour l'absorber de nouveau ; ou bien il

(i) Si l'on veut connaître plus à fond la doctrine des Védas, il faut lire VEssai sur la philosophie des Indous de Colebrooke, ouvrage traduit de l'anglais et annoté par Pauthier, Paris 1834. Les Védas forment quatre livres, dont les trois premiers auraient été dictés à Vyasa par Brahma lui-même, d'après la croyance des Indous. Quant à l'époque où ils auraient été composés, rien de plus incertain, car les érudits ne s'entendent nullement sur ce point ; voir Rittcr. Histoire de la philosophie ancienne, liv. H, ch. 2, vol. I, pag. Gi et suivantes, Paris i835.

Page 1