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d'une manière adéquate ; quant à Vinfinité, nous ne la connaissons que néga^ tivcment; donc l'idée de l'intini n'est pas infinie, d'après Descartes; d'ailleurs l'esprit découvre les choses, mais il ne les produit pas ; rien ne s'oppose, par conséquent, à ce qu'il acquière l'idée d'une chose infinie. — 33. Passons au second argument: Cette maxime, o;i doit affirmer d'une chose ce qui est clairement renfermé dans son idée., est vraie dans l'ordre idéal, mais elle ne s'applique pas aux choses considérées dans l'ordre réel: donc l'argument de Descartes, fondé sur ce principe, contient un véritable sophisme. — 34. L'argument de Leibnit/. mérite le même reproche. — 35. Celui de Mendcissohn présente un vice de construction tout semblable, — 30. Nous devons conclure de cette discussion, que l'existence de Dieu doit être exclusivement prouvée par des arguments a posteriori. — 3-j. On sait que les Pères attachaient une grande imporiance à celte démonstration par les effets. Pag 440-453.
Art. m. — Des arguments a posteriori de l'existence de Dieu, et d'abord des
arguments métaphysiques
Il 38. L'argument métaphysique est celui qui se tire de l'existence et de la nature des effets que Ton rencontre dans le monde; à l'exemple de S. Thomas, nous préscnicrons cet argument de cinq manières ditTércnles. — 39. L Le mouvement existe dans le monde; or le mouvement suppose un premier moteur immobile, qui est Dieu: donc Dieu existe. — 40. La mineure reste à prouver, elle comprend trois choses : 10 tout mouvement réclame un moteur distinct delà chose mue; 20 il faut arriver à un premier moteur; 3° ce premier moteur c'est Dieu. — 41. i» Le moteur et le mobile doivent être distincts^ dans le mouvement, car l'un est en acte dans le temps même que l'autre est en puissance. — 42. On ne peut dire que le mouvement est nécessaire à la matière, car l'expérience prouve que la matière est indifférente au mouvement et au repos. — 43. 2" Sans un premier moteur le mouvement est inexplicable tt mcmQ impossible ; car il faudrait admettre une série infinie de moteurs et de mobiles ; or une série infinie ne peut être épuisée ; donc. — 44. Si une horloge, par exemple, était composée d'un nombre infini de roues et que chacune dépendît d'une roue supérieure, aucune roue ne pourrait se mouvoir, parce qu'il serait impossible de remonter au principe du mouvement. — 45. 3o Ce qui est immobile doit avoir en acte toutes les perfections ; car, s'il lui en manquait une seule, il pourrait l'acquérir et ne serait pas complètement immobile ; or ce qui possède toutes les perfections en acte est Dieu ; donc Dieu existe. —46. IL L'ordre des causes efficientes exige que nous arrivions à une première cause qui ne dépende d'aucune autre; or cette première cause c'est Dieu; donc Dieu existe. — 47. On prouve la majeure par celte raison que, si l'on admettait une série indéfinie de causes, l'existence d'un effet quelconque serait impossible; car, dans une progression indéfinie de causes, comme dans une série indéfinie de moteurs, l'effet ne serait jamais atteint par la cause. — 48. Quelques philosophes, pour détruire cette preuve, ont imaginé une série de causes et d'effets disposés en cercles; mais l'hypothèse est absurde, car deux êtres de la série seraient mutuellement cause et effet l'un de l'autre. — 49. 111. C'est un fait quCf parmi les choses, on trouve divers degrés de bonté, de vérité., de perfection ; or ces degrés supposent un être souverainement bon, souverainement parfait, dont ces choses approchent plus ou moins ; mais cet être est Dieu; donc Dieu existe. — 5o. Cet argument se trouvée peu près dans les mêmes termes dans le livre De cognitione verce vitce. — 5i. IV. Cet autre argument se tire de la contingence des choses qui existent dans le monde ; les auteurs le présentent de plusieurs manières: i<* // est certain que plusieurs choses existent: donc il existe quelque chose de toute éternité; mais ce qui existe de toute éternité est nécessaire; ce qui est nécessaire est souverainement parfait, il est Dieu par conséquent; donc Dieu existe. — 52. 2* Les êtres qui existent dans le monde sont contingents, puisqu'ils sont variables et limités; or les êtres contingents supposent l'existence d'un être nécessaire, qui est Dieu; donc Dieu existe. — 53. 3" L'être contingent est, de sa nature, indifférent à exister ou à ne pas exister; il a donc besoin que quelque chose le détermine à exil-
ter; mais cette cause déterminante doit exister par la nécessite de sa propre nature; donc l'être nécessaire, ou Dieu, existe. — 54. Albert le Grand présente l'argument qui précède sous une forme un peu différente. — 55. On objecte: De l'existence de Vétre nécessaire on ne peut conclure l'existence des êtres contingents ; donc a pari de l'existence de ceux-ci on ne peut conclure l'existence de celui-là. — 56. Nous repondons que la parité sur laquelle l'objection s'appuie n'est pas fondée, parce que la connexion qui existe entre la créature et le Créateur n'est pas mutuelle. — 5j. On dit encore: Vous ne pouvez conclure du sens distributif au. sens collectif; ainsi de ce que chaque être contingenta besoin d'une cause, il n'est pas permis de conclure qu'il en est ainsi de toute la collection. — Cela est vrai s'il s'agit des propriétés accidentelles des êtres contingents, mais il en est tout autrement s'il s'agit de leurs propriétés essentielles: celles-ci appartiennent à la collection comme à chaque individu pris à part; telle est la propriété d'être par un autre. — 58. V. Nous avons établi plus haut qu'/7 existe des causes finales dans le monde ,• or les choses naturelles étant dépourvues de connaissance ne peuvent ni se fixer une fin, ni se porter vers elle ; donc il existe en dehors des choses naturelles une intelligence suprême qui leur a fixé une fin et qui les dirige vers cette fin. — 59. Il est vrai que les choses naturelles ont une inclination particulière qui fait qu'elles se portent d'elles-mêmes à leurs propres actes ; mais, outre qu'elles ont reçu cette inclination, elles ont besoin pour se porter à leurs actes d'être placées dans les conditions voulues pour cela. — 60. 1° On objecte que le monde ct2int fini n'a pas besoin d'une cause infinie; nous répondons : En général un effet fini peut être produit par une cause finie; mais à la condition de sous-entendre une cause première infinie, à laquelle il faut toujours aboutir; ensuite la production ex nihilo ou la création d'une chose quelconque réclame une cause infinie, comme nous le prouverons plus loin. — 61. 20 Hegel soutient que nous faisons dépendre l'existence de Dieu de l'existence du monde: mais dans notre raisonnement le monde est pris comme principe de connaissance et non comme principe d'existence ; cette dépendance purement logique ne répugne pas. — 62. 3» La conclusion de l'argument métaphysique paraît purement hypothétiquCy parce que l'existence du monde est l'hypothèse d'après laquelle on raisonne; mais, comme nul de ceux auxquels on s'adresse ne nie Vliypothèse, la conclusion est rigoureuse. — 63. ^o Kant nous dit: Votre argument cosmologique (c'est ainsi qu'il nomme l'argument métaphysique) retombe dans l'argument ontologique dont vous reconnaissez avec moi l'infirmité; donc. Nous répondons : L'infirmité de l'argument ontologique vient de ce qu'il conclut de l'ordre idéal à l'ordre réel; tandis que, dans l'argument métaphysique^ nous concluons de l'existence réelle des êtres contingents à l'existence de l'Etre nécessaire ; et de Vidée de l'Être nécessaire nous déduisons ensuite son infinie perfection. Pag 453-470.
Art IV. — De l'argument physico-théologique
Il 64. L'argument physico-théologique se tire de la beauté de l'univers et de l'admirable disposition de ses parties. S. Grégoire de Naziance dit en substance: De même que celui qui considère une lyre ou qui en entend les accords pense à l'ouvrier qui l'a faite et à l'artiste qui la manie si bien ; de même Dieu se manifeste à celui qui considère la beauté des créatures. S. Athanase rapporte que les spectateurs reconnaissaient les chefs-d'œuvre de Phidias à. la belle disposition et à la proportion mutuelle des parties ; ainsi en est-il de l'Architecte qui a construit le monde, son œuvre suffit à le manifester. — 65. Minuiius Félix dit: Rien n'est plus évident, pour celui qui porte ses regards vers le ciel ou qui les promène au-dessous, que l'existence d'une divinité d'une intelligence suprême. — 66. Cet argument paraissait si solide aux Pères de l'Eglise qu'ils n'en proposaient souvent pas d'autre à ceux qui leur demandaient comment on pouvait connaître que Dieu existe; S. Ambroise dit: Les astres que Dieu a faits sont si beaux qu'ils suffisent pour nous manifester combien leur Créateur est grand et admirable ; S. Augustin s'écrie : In-
icrrogc la beauté des crcatures ; qui a produit ces ha^Lulci changeantes et variables, sinon Celui qui est la beautc immuable? S. Basile lire son argumcnlaiion de la belle structure du corps humain: les plus petits insectes servent d'argument à Terlullien ; Voyez, dit-il, les ruches des abeilles^ les f^reniers des fourmis, les fils de soie de Bombix. etc. — 67. On peut donner à l'argument ^/iVs/co-f/ico/og/^MC cette forme générale : // existe un ordre admirable dans le monde: or^ sans une cause infiniment intellis^ente, l'existence de cet ordre serait un effet sans cause : donc il existe un être infiniment intelligent. — 68. La majeure n'est que l'énoncé d'un fait à la portée de toutes les intelligences ; car chaque chose est organisée pour atteindre sa fin particulière et toutes ensemble sont reliées entre elles de manière à former un système unique du monde ; donc l'ordre existe dans l'univers. — 69. Si le monde est composé d'innombrables merveilles, dit S. Augustin, c'est à l'ordre qu'il le doit ; ce qui fait dire à S. Thomas que le monde est tellement parfait en son genre qu'il ne peut l'être davantage. — 70. Passons à la mineure : Il n'y a qu'un être rempli de conseil et de sagesse, dit Lactance, qui puisse prévoir avant tant de sagacité les choses qui doivent être faites et les exécuter avec tant de précision ; S. Thomas fait observer qu'il serait impossible, sans une cause qui les tienne en respect, que plusieurs choses contraires et discordantes se maintiennent longtemps d'accord; S. Jean Damascènc avait déjà fait la même observation: L'arrangement des choses créées, leur conservation et leur gouvernement nous enseignent i]u'il existe un Dieu. — 71, Observations: d'abord, l'ordre n'étant que la disposition convenable des moyens relativement à leur fin, il est manifeste que la cause de l'ordre du monde doit être douée de sagesse: de plus, comme il fallait prévoir toutes les collisions possibles entre les lois de l'ordre à établir, l'ordre du monde démontre l'existence d'une cause infiniment sage. — 72. Les athées disent : Il y a dans le monde beaucoup de choses imparfaites, inutiles, ou nuisibles: donc le monde n'est pas l'oeuvre d'une sagesse suprême. — Ces prétendues imperfections n'accusent que rignorance de celui qui croit les découvrir; quel est le plus petit moucheron qui ne présente une admirable disposition dans toutes ses parties? quelle savante structure dans le brin d'herbe que nous foulons aux pieds ! — 7!). Il est certainement divers degrés dans la perfection des choses, mais celte inégalité est un des éléments de la perfection du monde, comme les ombres dans un tableau, comme les contrastes dans un discours. — 74. En outre, pour bien juger de Yutilité de chaque chose, il faudrait se rendre bien compte de leurs relations avec l'ensemble des autres choses; mais comme cette connaissance surpasse très-souvent la capacité de notre intelligence, il y a présomption de noire part à déclarer que telle chose est inutile ou. nuisible dans le monde.— 76. S. Jean Chrysostome expose éloquemment l'utilité particulière que l'on peut attribuer aux bêtes sauvages, aux serpents, aux montagnes et aux arbres stériles: S. Augustin fait une réponse analogue à ceux qui se plaignent des inconvénients du/ez<, du froid, des animaux et des planlcsnuisibles. — 7«"). Nous avons déjà réfuté ailleurs la supposition des Kpicuriens reproduite par les athées modernes: savoir que tout, dans le monde, est l'œuvre du co«co«r5 fortuit des atomes ,• nous avons prouvé en effet que ni l'arrangement général de l'univers, ni aucun espèce de ciiose ne pouvait avoir une telle origihe. — 77. Lors même qu'on accorderait aux Kpicuriens tout ce qu'ils admettent sans preuve, il faudrait toujours reconnaître que l'ordre du monde est l'oeuvre d'une intelligence suprême. — 78. La conservation de l'ordre établi réfute également la prétention des Kpicuriens; car, si le concours fortuit des atomes a formé le monde, d'où vient que le même hasard qui a réuni les atomes ne les sépare plus pour les faire concourir à d'autres arrangements ? — 79. On voit ce qu'il faut répondre à celui qui prétendrait que le hasard est si grand qu'il ne serait pas impossible que l'Iliade ou l'Enéide fût le résultat d'un coup de dé : Admettons que ce résultat pût être la conséquence d'un coup de hasard ; que d'actes préparatoires à ce coup de hasard qui devraient être accomplis par une cause intelligente. — 80. S. Jean Damascènc réfute l'hypothèse des Kpicuriens par une argumentation très solide. — 81. Les nouveaux
matérialistes prétendent que, dans le monde, tout est l'œuvre des seules forces de la nature : m^'is, outre qu'ils n'expliquent ni l'origine de ces forces, ni l'origine de la matière, comment des forces aveugles et nécessaires pourraientelles produire le système du monde, qui est évidemment l'œuvre d'une cause intelligente? — Si. D'ailleurs ce qu'ils appellent la nature n'est autre chose que la matière unie aux diverses forces qui lui sont ajoutées; or la nature, considérée dans son ensemble, est certainement l'œuvre de la sagesse divine. Pag 470-488.
Art. V. — Preuve de l'existence de Dieu tirée du consentement de tous les hommes
Il 8'3. L'argument que l'on tire du consentement de tous les peuples se nomme aussi preuve morale : voici comment on peut l'énoncer : Tous les peuples se sont accordés à reconnaître Vexistence d'un être suprême; or le consentement universel est un indice certain de vérité : donc il existe un être suprême. — 84. La majeure conùcniV énoncé d'un fait : ceux qui l'attestent sont, parmi les auteurs ecclésiastiques anciens, Clément d'Alexandrie, LaC' tance, Tertullien, Eusèbe, etc. — 85. Parmi les auteure païens, on cite particulièrement Cicéron, et Plutarque. — 86. A ces auteurs, il faudrait joindre tous les historiens des anciens peuples. — 87. Si quelques historiens donnent le nom d'athées à certains peuples, ce nom ne doit pas être pris au pied de la lettre ; il est reconnu que ces paroles se rapportent aux mœurs dissolues de CCS peuples, ou au mépris qu'ils professaient pour le culte superstitieux de leurs voisins. — 88. Quant aux nations découvertes dans les temps modernes, les historiens hostiles à notre religion conviennent eux-mêmes qu'il ne s'en troure aucune qui ne reconnaisse l'existence de quelque divinité. — 89. Au reste rencontrât-on quelques individus athées, ou même quelque nation, on ne pourrait rien en conclure contre le témoignage du genre humain: on ne juge pas de la nature d'après quelques esprits dépravés. — 90. Q.uant à Vexistence des athées, les uns en exagèrent le nombre, tandis que d'autres le diminuent. — 91. 11 convient de distinguer les athées négatifs, ou ceux qui ne connaissent pas l'existence de Dieu par défaut d'intelligence, et les athées positifs qui nient l'existence de Dieu en connaissance de cause. — 92. Pour ce qui est des athées négatifs, nous croyons qu'il est impossible qu'un homme qui a le plein usage de sa raison ignore complètement l'existence de Dieu ; car cette connaissance est très facile à acquérir. — q'6. Certaines preuves de l'existence de Dieu sont si claires et si évidentes qu'il ne paraît pas probable qu'il y ait de véritables athées positifs. — 94. La valeur du témoignage général ne peut être niée ; car il réunit les deux caractères que nous avons reconnus suffisants, savoir la constance et l'universalité. — 93. Il nous este à réfuter les allégations de ceux qui attribuent cette croyance, soit à Vfgnorance des causes naturelles, soit à la crainte, soit à la. fraude des prêtres et des législateurs, soit aux préjugés delà pvemxcve éducation. — i» Les noms de Kepler, de Copernic, de Newton, d'Euler, de Leibnitz, dont la science et les sentiments religieux sont connus, protestent contre la première ; 2'^ Il est certain que la crainte religieuse est l'effet de la religion et non la cause; car elle suppose que l'homme possède déjà les idées du juste et de l'injuste ; 3o Comment les prêtres auraient-ils introduit la croyance à l'existence de Dieu, puisque leur institution suppose la croyance à la divinité? quanta la fraude des législateurs j elle est simplement impossible; comment auraient-ils pu s'entendre pour introduire celte croyance par toute la terre, sans qu'on ait découvert ou soupçonné nulle part leur supercherie ? 4° Les préjugés ont pour caractère d'être temporaires, particuliers àcertains individus ou à certains peuples, et d'être le fruit de l'ignorance; tandis que la croyance en Dieu présente des caractères tout opposés. — 96. Bùchner dit : Le consentement général des peuples prouve que les hommes ont cru de tout temps à l'existence de quelque divinité, mais il ne prouve pas qu'ils aient eu la notion réelle d'un être suprême ; donc les peuples étaient plutôt athées qu'autre chose. — 97. Personne n'a jamais confondu la supers-
tition avec Vathcisme ; car la supersiiiion est la religion poussée à l'excès, tandis que l'athéisme en est la destruction complète ; d'ailleurs il faut distinguer : la croyance à l'existence d'un être suprême était générale^ mais les fausses idées sur sa nature étaient particulières à chaque peuple 48S-501.