‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 29 sur 58 · BRILLANT · texte numérisé non relu

BRILLANT

Ma foi , dit-il , la cour de Guide N'a rien de pareil aux attraits ' D'Adélaïde.

Adélaïde, Lui dit-il, ne nous quittons pas !

Je suis aveugle , sois mon guide : Je suivrai partout pas à pas,

Adélaïde.

Brillant. Il dit de l'esprit, de l'imagination, du coloris, de la pensée. On dit d'un esprit fécond en saillies , en traits ingénieux, dont la justesse et la nouveauté nous éblouit, qu'il est brillant. Le brillant de l'imagination consiste dans une foule d'images vives et imprévues, qui se succèdent avec l'éclat et la rapidité des éclairs. Leur abondance et leur variété font le brillant du coloris. Des idées qui jouent ensemble avec justesse et avec grâce , dont les rapports sont vivement saisis et vivement exprimés, font le brillant de. la pensée. Le style est brillant par la vivacité des pensées, des images , des tours et des expressions. Le style d'Ovide, celui de l'Arioste est brillant- Dans Homère , l'allégorie de la ceinture de Vénus est une peinture brillante. J'ai cité ailleurs la description de la beauté du paon , dans la nouvelle Histoire Naturelle. La peinture du même oiseau, quoique moins détaillée dans les Fables de la Fontaine , n'est pas moins éblouissante, lorsque Junon lui dit:

Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol, Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col Un arc-en ciel nué de cent sortes de soies,

Qui te panades , qui déploies Une si riche queue, et qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire?

Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire ?

Brillant ne se dit guère que des sujets gracieux ou enjoués. Dans les sujets sérieux et sublimes , le style est riche , éclatant-

Brunette. On donne ce nom à une espèce de chanson, dont l'air est facile et simple , et le style galant et naturel , quelquefois tendre , et souvent enjoué. On les appelle ainsi parce qu'il est arrivé souvent que, dans ces chansons, le poète, s'adressant à une jeune fille , lui a donné le nom de brunette, petite brune.

Brunette, mes amours, Languirai-je toujours?

Un vrai modèle dans ce genre est cette chanson de Dufresny :

Philis , plus avare que tendre, Ne gagnant rien à refuser , Un jour exigea de Silvandre Trente moutons pour un baiseï

Le lendemain nouvelle affaire :

Pour le berger le troc fut bon , Car il obtint de la bergère Trente baisers pour un mouton.

Le lendemain, Philis, plus tendre, Tremblant de se voir refuser, Fut trop heureuse de lui rendre Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, Philis , peu sage, Aurait donné moutons et chien Pour un baiser que le volage A Lisette donna pour rien.

Burlesque. Genre de style ou de poésie qui travestit les choses les plus nobles et les plus sérieuses en plaisanteries bouffonnes.

Ceux qui se sont élevés sérieusement contre le burlesque ont perdu leur peine à prouver ce que le monde savait. Les écrivains mêmes qui se sont égayés dans ce genre ne doutaient pas qu'il ne fut contraire au bon sens et au bon goût. Mais ne serait-on pas

ridicule de représenter à un homme qui se déguise grotesquement pour aller au bal, que cet habit n'est pas à la mode? Assurément l'auteur du Roman comique savait bien ce qu'il faisait en travestissant Y Enéide. Mais il y a de bons et de mauvais houffons : et sous l'enveloppe du burlesque il peut se cacher souvent beaucoup de philosophie et d'esprit. Le but moral de ce genre d'écrit est de faire voir que tous les objets ont deux faces*, de déconcerter la vanité humaine, en présentant les plus grandes choses et les plus sérieuses d'un côté ridicule et bas ; et en prouvant à l'opinion qu'elle tient souvent à des formes. De ce contraste du grand au petit, continuellement opposés l'un à l'autre, naît pour les âmes susceptibles de l'impression du ridicule, un mouvement de surprise et de joie si vif, si soudain , si rapide , qu'il arrive souvent à l'homme le plus mélancolique d'en rire tout seul aux éclats ; et c'est quelquefois l'homme du monde qui a le plus de sens et de goût , mais à qui la folie et la gaieté du poète font oublier pour un moment le sérieux des bienséances. La preuve que cette secousse que le burlesque donne à l'âme vient du contraste ina'tendudont elle est fortement frappée, c'est que mieux on connaît Virgile et mieux on en sent les beautés, plus on s'amuse à le voir travesti par l'imagination plaisante et folle de Scarron.

\J Enéide travestie n'est autre chose qu'une mascarade, comme Scarron le dit lui-même ; et cette mascarade n'est pas aussi grotesque qu'on le pense communément. Ce sont des dieux et des héros déguisés en bourgeois de Paris, mais tous avec leur propre caractère , dont Scarron a saisi le côté ridicule avec beaucoup de justesse et d'esprit. C'est ainsi que de Jupiter il a fait un bon homme; de Junon, une commère acariâtre; de Vénus, une mère complaisante et facile; d'Éuée, un dévot larmoyant, un peu timide et un peu niais; de Didon, une veuve ennuyée de l'être; d'Auchise , un vieux bavard ; de Chalcas , un vieux fourbe ; de la Sibylle, une devineresse, une diseuse de logog ry plies ; et de l'oracle d'Apollon , un faiseur de rébus picards . Quant au personnage qu'il a pris lui-même, c'est celui d'un conteur naïf et ignorant, qui confond les temps et les mœurs, et qui fait parler tout son monde comme on parle dans son quartier. Tel est

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ce genre de comique ; et si l'on veut en avoir une idée plus juste, on peut le voir dans cette réponse de Jupiter aux plaintes de Vénus.

Ce dieu donc , des dieux le plus sage , Se radoucissant le visage , Et la prenant sous le menton , Lui dit : Bon dieu ! que dirait-on Si l'on vous voyait ainsi faire?

N'avez-vous point honte de braire Ainsi que la mère d'un veau ?

Ah ! vraiment cela n'est pas beau.

Ne pleurez plus la Cythérée, Et tenez pour chose assurée Tout ce qu'a prédit le destin D'Énée et du pays latin.

Ce comique , qui naît du contraste du langage et de la personne, a souvent, il faut l'avouer, le défaut d'être grossier et bas; mais quelquefois il a de la finesse, et, par exemple, dans ce dialogue de Vénus avec son fils Énée, après qu'il lui a dit :

Vous sentez la dame divine, J'en jurerais sur votre mine :

quel est l'homme de goût qui ne sourirait point en voyant Vénus faire l'Agnès, et le héros troyen transformé en Nicaise?

Je ne suis pas , en vérité,

D'une si haute qualité ,

Dit Vénus, mais votre servante.

Ah! vous êtes trop obligeante,

Ce dit-il , et j'en suis confus.

Et moi , si jamais je la fus ,

Ce dit-elle. Et lui de sourire,

Disant : Cela vous plaît à dire;

Puis sa tôte désaffubla.

Ses deux jarrets elle doubla

Pour lui faire la révérence.

Il fit une circonférence

Du pied gauche àl'entour du droit,

El cela d'un air tant adroit.

BUBLESQUK. 237

Ce pauvre fugitif de Troie, Que sa mère en pleura de joie.

La première entrevue d'Énée avec Didon est du même tour de plaisanterie.

La reine donc fut étonnée De l'apparition d'Énée, Et lui dit, parlant un peu gras, L'ayant pris par le bout du bras, (C'est par la main que je veux dire) : Comment vous portez-vous , beau sire ?

Moi, lui dit-il , je n'en sais rien :

Si vous êtes bien , je suis bien ; Et j'ai pour le moins la migraine , S'il faut que vous soyez mal-saine.

Vous vous portez bien, dieu merci; Je me porte donc bien aussi.

Scarron est diffus par négligence ; il est ce qu'on appelle polisson par gaieté ; il a porté trop loin la licence de son humeur, le genio indulgere; mais qu'on ne s'étonne pas de m'entendre dire que c'était un des hommes de son temps qui avaient le plus de goût. Les critiques les plus unes de V Iliade et de Y Enéide sont dans le riryi/e travesti. Son génie me semble avoir quelque ressemblance avec celui de Marot, et si on les veut comparer l'un à l'autre, voici deux morceaux du même genre, où ils se rapprochent assez. Marot, prisonnier au chàtelet, qu'il appelle l'enfer, passe par l'audience, et demande à son guide ce que c'est que tous ces gens-là. Son guide lui répond :

Je te fais assavoir Que ce mordant, que l'on oyt si fort bruire , De corps et biens veult son prochain détruire ; Ce grand criart , qui tant la gueule tord , Pour le grand gain tient du riche le tort... Celui qui parle , illtc , sans s'esclater , Le juge assis veut corrompre et flatter... Ami , voilà quelque peu des menées Qui aux faubourgs d'enfer sont démenées Par nos grands loups ravissants et famis,

238 ELEMENTS DE LITTERATUBE.

Qui aiment plus cent sols que cent amis,

Et dont, pour vrai, le moindre et le plus neuf

Trouverait bien à tondre sur un œuf.

Ensuite il lui décrit la génération des procès.

En cetui parc , où ton regard épands , Une manière il y a de serpents Qui , de petits, viennent grands et félons, Non pas volants , mais traînants et bien longs, El ne sont pas pourtant couleuvres froides, >Te verds lézards, ne dragons forts etroides; Ce sont serpents enflés, envenimés, Mordants, maudits, ardents et animés, Jetant un feu qu'à peine on peut éteindre, Et, en piquant, dangereux à l'atteindre. C'est la nature au serpent plein d'excès, Qui par son nom est appelé Procès...

Celui qui tire ainsi hors sa languette Détruira bref quelqu'un , s'il ne s'en guette ; Celui qui siffle et a les dents si drues Mordra quelqu'un qui eu courra les rues; Et ce froid-là, qui lentement se traîne, Par son venin a bien su mettre haine Entre lanière et les mauvais enfants; Car serpents froids sont les plus échauffants.. Tu dois savoir qu'issues sont ces bêtes Du grand serpent Hydra, qui eut sept têtes , Contre lequel Hercule combattait; Et quand de lui une tète abattait , Pour une morte en revenaient sept vives. Ainsi est-il de ces bêtes noisives.

Écoutons à présent Scarron dans la description de l'enfer

Ceux que pend à tort la justice Par la cruauté du destin (Qui n'est sans doute qu'un lutin, Qui t'ait tout sans poids ni mesure , Et sert ou nuit à l'aventure) , Font mille clameurs sans succès, Pour faire revoir leur procès;

Ils parlent tous à tue-tète.

Minos, qui reçoit leur requête, Président du parlement noir , Ne fait que placets recevoir; Et , ce qui fait crever de rire, Comme il les reçoit les déchire.

Maint avocat porte-bonnet , Qui trahit son client tout net En procès ou en arbitrage, Reçoit en ce lieu maint outrage :

On le fait ronger par des rais, Ou l'on l'assomme à coups de sacs...

Tout auprès , de pauvres poètes , Qui rarement ont des manchettes, Y récitent de pauvres vers :

On les regarde de travers , Et personne ne les écoute; Ce qui les fàcbe fort sans doute.

11 décrit ainsi le Tartare :

Flégéton , un fleuve de soufre,

Court alentour, creux comme un gouffre ,

Et roule à grand bruit du brasier,

Au lieu de sable ou rie gravier.

Une tour qui flanque la porte,

Si haute , ou le diable m'emporte ,

Qu'elle atteint au plancher d'enfer,

Est toute d'airain et de fer.

Tisiphone en est la portière,

Carogne aussi superbe et fière

Que le portier d'un favori.

La vilaine n'a jamais ri....

./Enéas eut l'âme étonnée

Du bruit de la troupe damnée....

Le grand et petit Chàtelet

N'ont rien de funeste et de laid

Auprès de ce cliàteau terrible,

Aux gens de bien inaccessible :

Rhadamanthe , effroyable à voir,

En soulane de bougran noir,

Sur un siège de fer préside.

240 ELEMENTS DE LlTTEfi A.TUBB.

Onc ne fut juge plus rigide :

Les commissaires d'aujourd'hui Sont des moutons auprès de lui , Quoiqu'en matières criminelles Nous ayons de doctes cervelles...

Ce juge criminel d'enfer, Vrai cœur de bronze ou bien de fer , En veut surtout aux chattemites, Aux faux béats, aux hypocrites :

Quand il en attrape quelqu'un , De leur chair il fait du petun ; Et ce petun le déconstipe, N'en aurait-il pris qu'une pipe.

On voit qu'en badinant, Scarron , ainsi que Marot , ne laisse pas de tancer les mœurs. C'est ainsi qu'en parcourant les supplices du Tartare , il dit :

Ceux qui haïssent leurs parents,

Les pères et mères tyrans;

Les enfants qui battent leurs pères

Rencontrent là des belles-mères.

Belle-mère est un animal

Qui plus qu'un diable fait du mal...

Les mangeuses de patenôtres ,

Toujours en effroi pour les autres ,

Pour elles en tranquillité,

Qui médisent par charité,

Disant que c'est blâmer le vice ,

Endurent là, pour tout supplice ,

D'être sans cesse à marmoter,

Sans qu'aucun les puisse noter ;

Et ce tourment de n'être en vue

Mille fois pour une les tue.

Tons ceux qui , par ambition ,

Professent la dévotion ....

Sont condamnés , sans qu'on les voie,

De faire de leur peau courroie , •

De plus à vivre en gens de bien ,

Sans que personne en sache rien.

Le burlesque de ce ton-là doit plaire aux esprits même les

plus difficiles; et quant à celui qui, pour rendre les contrastes plus plaisants, va d'un extrême à l'autre, et du plus sublime au plus bas , cette secousse est un besoin peut-être pour des âmes froides et phfegmatiques. Nous ne sommes pas tous également sensibles au chatouillement du ridicule , et ceux à qui le plus léger suffit, ne doivent pas être étonnés qu'une sensibilité moins délicate y désire moins de finesse et plus de force. De là vient que les meilleurs esprits ont pu se partager à l'égard du burlesque; les uns, le trouver détestable, et les autres trèsamusant.

Observons seulement que plus une nation sera légère et moins elle attachera d'importance aux formes que l'habitude et l'opinion auront fait prendre à ses idées, plus aisément elle se prêtera à cette espèce de badinage ; et en cela l'orgueil n'entend pas aussi bien la plaisanterie que la vanité : il est jaloux de son opinion et chagrin lorsqu'on le détrompe. Aussi le burlesque sera-t-il toujours mieux reçu chez une nation vaine que chez une nation orgueilleuse. Mais chez aucun peuple éclairé il n'est à craindre que le burlesque devienne le goût dominant, et Vinsanire licet sera toujours sans conséquence.

Au reste , quoi que l'on pense de ce genre, c'est peut-être celui de tous qui demande le plus de verve, de saillie, et d'originalité. Rien de plat, rien de froid, rien de forcé n'y est supportable, par la raison que de tous les personnages , le plus ennuyeux est celui d'un mauvais bouffon. Scarron était né ce qu'il est dans son Firgile travesti. M voyait tout du côté plaisant. Il trouvait au moins aussi naturel , aussi vraisemblable, que ses héros eussent tenu le langage qu'il leur faisait tenir , que celui que leur prêtait Virgile. Les détails de ses descriptions et de ses portraits étaient pour lui des couleurs aussi vraies que celles du poète héroïque. Parmi les râpes qu'Énée avait pu sauver du sac de Troie, son imagination trouvait

La béquille de Priamus ,

Le livre de ses oremus,

Un almanach fait par Cassandre,

Où l'on ne pouvait rien comprendre.

Il disait, songeant à Didon :

C'était une grosse dondon, Grasse, vigoureuse, bien saine, Un peu camuse à l'africaine, Mais agréable au dernier point.

En un mot , il voyait tout avec ses yeux, il écrivait avec son caractère, et comme aucun de ses imitateurs n'a eu cette humeur enjouée et bouffonne , aucun d'eux n'a eu son talent : il est unique dans son genre.

Cabale. On appelle ainsi une espèce de milice que les amis ou les ennemis d'un poète qui donne une pièce de théâtre vont lever dans les carrefours et dans les cafés de Paris, quelquefois même dans le monde, pour se répandre dans le parterre et dans les loges , et pour blâmer ou applaudir au gré de celui qui l'assemble. On peut juger des lumières d'un siècle par le plus ou le moins d'ascendant que la cabale amie ou ennemie a pris sur l'opinion publique, par l'espace de temps qu'elle a soutenu de mauvais ouvrages ou qu'elle en a déprimé de bons.

Le chef d'une cabale amie est communément un connaisseur, un amateur, qui veut être important , et n'est souvent que ridicule. Le chef de la cabale ennemie est presque toujours un envieux, lâche et bas, mais ardent et doué d'une éloquence populaire. Il parle avec facilité; il prononce, il décide , il tranche, il annonce avec impudence qu'il connaît ce qu'il n'a point vu; ou s'il ne peut médire de l'ouvrage, il déclame contre l'auteur, l'accuse d'orgueil, d'insolence, et le peint quelquefois des plus noires couleurs , afln de le rendre odieux. J'ai ouï parler, dans ma jeunesse , d'une scène qui peut donner l'idée de cette espèce de ligueurs. Dans un café que les gens de lettres fréquentaient alors, un de ces chefs de cabale se déchaînait contre le jeune auteur dont on allait jouer la pièce. L'un de ceux qui l'écoutaientlui demanda s'il connaissait ce jeune homme. Assurément , dit-il , je le connais, et je m'intéressais à lui; mais sa présomption opiniâtre me l'a fait abandonner; la pièce qu'il donne aujourd'hui il me l'a lue, je lui en ai montré les défauts; mais il est si plein de lui-même qu'il n'a rien voulu corriger. J'ai eu tort, lui dit le jeune homme auquel il répondait; mais, monsieur, ce n'est pas assez de connaître les gens, il faut les reconnaître.

Du reste, daus un siècle dont le goût est formé, ces cabales.

si effrayantes pour déjeunes poètes , ne leur font du mal qu'un moment ; jamais un bon ouvrage n'y a succombé ; et c'est ce que doivent savoir ceux qui entrent dans la carrière pour n'être pas découragés.

La cabale en faveur des talents médiocres ne leur est guère plus utile ; elle les soutient quelques jours, mais ils retombent avec elle ; et à la longue rien ne peut empêcher l'opinion publique d'être juste, et de marquer à chaque chose le degré d'admiration , d'estime , ou de mépris qui lui est dû.

Dans le même sens , mais plus étendu , on appelle cabale , dans le monde, à la cour, un parti bruyant et remuant, pour ou contre quelque personne ou quelque chose. L'intrigue est le mouvement que se donne l'ambitieux pour réussir par des moyens obscurs, honteux, ou indécents, dont l'honnête homme rougirait; la brigue est le parti obscur et peu nombreux que l'intrigant forme et suscite pour travailler en sa faveur ; la ligue est un parti puissant, et qui agit à force ouverte ; la cabale est une ligue moins étendue , et composée de gens méprisables par état ou par caractère. C'est le mot de dénigrement que l'on attache à un parti qu'on veut décrier, avilir. Rien de plus commode, par exemple, en parlant d'un homme qui a pour lui la voix publique et les vœux de la nation , que de dire qu'il a une forte cabale , et si autrefois on eût parlé comme aujourd'hui on aurait dit la cabale de Turenne , la cabale de Sully.

Canevas. Vers composés sur un air de musique , ou sur une symphonie. Nous en citerons, pour exemple et pour modèle, cette parodie inimitable d'un air de Lulli dans l'opéra à'Alceste.

Tout mortel doit ici paraître :

On ne doit naître

Que pour mourir.

De cent maux le trépas délivre ;

Qui cherche à vivre

Cherche à souffrir.

Venez tous sur nos sombres bords :

Le repos qu'on désire.

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