‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 31 sur 58 · CATASTROPHE · texte numérisé non relu

CATASTROPHE

d'un poids qui exerçât ses forces, et lui fit paraître plus léger le poids de ses propres malheurs. Or ceci ne pouvait être l'effet d'une affliction passagère, qui, causée par les incidents de la fable, se serait apaisée au dénoùment. Si l'acteur intéressant finissait par être heureux , si le spectateur se retirait tranquille et consolé, l'exemple était sans fruit. Il fallait que chacun s'en allât frappé de ces idées : « L'homme est né pour souffrir, il doit s'y attendre et s'y résoudre. » Sans donc s'occuper de l'émotion que nous cause le progrès des événements , Aristote s'attache à celle que le spectacle laisse dans nos âmes ; c'est parlà , dit-il, que la tragédie purge la crainte, la pitié, et toutes les passions semblables, c'est-à-dire toutes les affections douloureuses qui nous viennent du dehors.

Il est certain que cet objet du spectacle tragique n'est jamais mieux rempli que lorsque l'innocent succombe; mais, d'un autre côté, l'exemple en est encourageant pour le crime , et dangereux pour la faiblesse. C'est pour cela que Socrate et Platon reprochaient à la tragédie d'aller contre la loi , qui veut que les bons soient récompensés et que les méchants soient punis.

Pour éluder la difficulté, Aristote a exigé dans le personnage malheureux et intéressant un certain mélange de vices et de vertus: mais quels étaient les vices d'OEdipe, de Jocaste, de Méléagre ? Il a fallu imaginer des fautes involontaires; solution qui n'en est pas une, mais qui donnait un air d'équité aux décrets de la destinée, et qui adoucissait, du moins en idée, la dureté d'un spectacle où l'on entendait gémir sans cesse les victimes de ses décrets.

La vérité simple est que la tragédie ancienne n'avait d'autre but moral que la crainte des dieux, la patience, et l'abandon de soi-même aux ordres de la destinée. Or tout cela résulte pleinement d'une catastrophe heureuse pour les méchants, et malheureuse pour les bons. Après cela, quelle était pour les mœurs la conséquence de l'opinion que donnaient aux peuples ces exemples d'une destinée inévitable, ou d'une volonté suprême également injuste et irrésistible? C'est de quoi les poètes s'inquiétaientassezpeu,et ce qu'ils laissaient à discuter aux philosophes qui voudraient, bien ou mal , concilier la morale avec la poésie.

Cependant la preuve que les poètes grecs ne s'étaient pas fait une loi de terminer la tragédie par le malheur du personnage intéressant , c'est l'exemple des Euménides d'Eschyle, du Phlloctete de Sophocle , de YOreste d'Euripide et de Vlphigénie en Tauride du même poète, dont le dénoûment est heureux.

Dans le système de la tragédie moderne , il est bien plus aisé d'accorder la fin morale avec la fin poétique ; et les catastrophes funestes y trouvent naturellement leur place, leur cause, et leur moralité dans les effets des passions. Voyez Tragédie.

Césure. Dans la poésie ancienne, on appelle ainsi une espèce de suspension, placée après le second pied de certains vers, comme l'asclépiade , le pentamètre, l'hexamètre ; et marqué par une syllabe qui, à la fin du mot, se détache du pied qui la précède pour faire seule un demi-pied, suivi d'un silence qui achève la mesure; ou pour se joindre, sans aucune pause, à une ou deux syllabes du mot suivant, et former un pied avec elles.

11 semble que dans le premier cas le silence qui achève la mesure demanderait un sens suspendu, et cependant on ne voit pas que les poètes se soient fait une loi de suspendre le sens à la césure.

Odi profanum vutgus, et arceo.

Districtus ensis eut super impia service pendet, etc.

Tu, quum parentis régna per arduitm Cofiors gigantum scanderet impia. (Horat.)

Dans le premier de ces exemples, le sens n'est suspendu qu'au milieu du troisième pied; dans le second exemple, il n'y a de repos qu'à la césure du vers suivant; dans le troisième, il y a deux vers de suite sans aucun repos : rien de plus ordinaire dans les odes d'Horace.

Dans le second cas, c'est-à-dire lorsque la césure ne suppose aucuu silence après elle pour achever la mesure, et qu'elle se joint

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