‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 50 sur 58 · DIDACTIQUE · texte numérisé non relu

DIDACTIQUE

dans ce nouveau poëme, qui ne paraît point encore, on trouvera, ainsi que dans le poëme des Saisons, d'autres moyens d'animer, d'attendrir, de varier, de rendre intéressante la poésie didactique. Ce poëme a paru.)

On a souvent parlé du coloris de la poésie, on n'a presque jamais parlé de ses mouvements ; et c'est là cependant le secret de la rendre affectueuse et pathétique. Le coloris ne plaît qu'à l'imagination ; le mouvement de l'âme affecte l'âme ; un souvenir que l'objet réveille, une réflexion qu'il amène, un moment de mélancolie où il plonge l'âme du poète, un regret, un désir, un mouvement de joie , d'attendrissement ou de pitié, un élan d'enthousiasme ou d'indignation , en un mot tous les sentiments que peut inspirer la nature, que peut déployer l'éloquence, ménagés, placés avec goût, sans que l'art semble s'en mêler, animeront le poëme didactique, si le sujet en est intéressant pour l'homme, s'il le touche de près et peut avoir sur lui une sérieuse influence. Tel serait , par exemple, le sujet du commerce ou de la navigation ; car il serait à souhaiter que les principes des arts d'une grande importance fussent tous rédigés envers. C'est ainsi qu'à la naissance des lettres toutes les vérités utiles furent consignées dans la mémoire des hommes. Le poëme didactique fut la première leçon écrite, la première école des mœurs, le premier registre des lois. Le ramènera son utilité, à sa dignité primitive, devrait être l'objet de l'émulation des poètes d'un siècle de lumière.

Aux divers mouvements de l'âme doivent répondre les mouvements de l'élocution poétique : ceux-ci se varient non-seulement au gré du sentiment, mais de l'image ; et le caractère des descriptions, des peintures, comme celui de l'éloquence des passions, décidera du rhythme et de la cadence du vers. Pope en a donné la leçon; Virgile en a donné l'exemple, et un exemple inimitable.

Knfin plus la marche du poëme didactique paraît unie et monotone, plus le poète doit s'appliquer à le varier dans ses formes, à l'enrichir dans ses détails, à y répandre la chaleur et la vie, et à rendre au moins élégant, rapide, et facile ce qui ne peut être animé.

Mais il me semble qu'un excès opposé à la langueur et à la

sécheresse , serait d'y employer le ton et le langage de l'épopée, de l'ode , ou de la tragédie. L'éloquence en doit être du genre tempéré; la poésie, d'un caractère noble , mais sage et modeste , au-dessus de l'épître, au-dessous du poëme inspiré. Dans le didactique, le rôle du poète est celui d'un sage dont on écoute les leçons. Mais la différence du style de Y Enéide et de celui des Géorgiques fera sentir ce que je veux dire mieux que je ne puis l'exprimer.

Diffus. Ce mot exprime un défaut du style, et le défaut contraire à laprécision. Prolixe est le contraire de pressé; lâche est le contraire de ferme; diffus est le contraire de plein et de précis, et non pas de concis, qui est le contraire de périodique. Le style de C'icérori est périodique , et n'est pas diffus. Celui de Démosthène a les mêmes développements, quand la pensée le demande; mais dans les moments où l'énergie, la chaleur, la foule des idées qui se succèdent rapidement sans se lier, exigent le style concis, l'orateur latin sait le prendre aussi bien que l'orateur grec ; souvent même il rompt à dessein la chaîne du discours, afin d'en varier la marche : car une longue suite de périodes , nous dit-il lui-même, aurait trop d'uniformité , comme une accumulation de petites phrases coupées serait un style sec et haché, semblable, si j'ose le dire, au langage d'un asthmatique. Ainsi, le style périodique et le style co?icis forment ensemble un heureux mélange. Mais le style diffus est partout un défaut.

Le style périodique est diffus, lorsque pour remplir le cercle de la période , ou pour en égaliser les membres , on y fait entrer des circonlocutions , des épithètes, des incidences superflues. Mais lorsque chaque membre de la période est une partie essentielle de la pensée , rendue avec précision , et que les mots n'y occupent que le moins d'espace qu'il est possible; ce style, quoique développé, comme celui de Cicéron, n'est rien moins qu'un style diffus.

Le propre de celui-ci est de délayer la pensée dans une foule de paroles, de l'affaiblir en l'étendant; de l'embarrasser dans un amas d'idées accessoires et inutiles ; de l'obscurcir, delà brouil-

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