‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 51 sur 58 · DIFFUS · texte numérisé non relu

DIFFUS

1er, soit en éloignant les rapports, soit en les rendant équivoques. Ainsi, la lenteur, la faiblesse, et souvent l'ambiguïté, l'obscurité , sont les vices attachés au style diffus. Horace recommande la brièveté, comme un moyen de rendre le style plus net et plus coulant , et de ne fatiguer ni l'esprit ni l'oreille.

Estbrevitate opus, utcurrat sententia, nnc se Impediat verbis lassas onerantibus aures.

Dans la discussion et l'analyse , le style diffus, au lieu d'eclaircir les idées, y répand de nouveaux nuages : Inre naiuraliter obscur a, qui, in exponendo , plura quant necesse est superfundit , addit tenebras , nonadimit densitalem. (Abist.)

Le style diffus est toujours lâche; mais le style est lâche sans être diffus, s'il manque de nerf et de ressort. C'est le défaut que César reprochait à l'éloquence de Cicéron ; et Cicéron, de son côté, reprochait à celle de Brutus d'avoir plus de douceur et d'élégance que de force. De celle-ci il ne nous reste rien: mais pour celle de Cicéron, nous sommes en état de voir si dans les Verrines, les Catilinaires , les Pkilippiques, si dans les plaidoyers pourMilon et pour Ligarius , elle manquait de vénémence et d'énergie , et si , pour être élégant et harmonieux dans son style , il en avait moins de vigueur. Si César avait été à la place de Catilina , ou que Cicéron , au péril de sa tête, eût osé l'attaquer de même, je doute que César eût trouvé son éloquence aussi énervée qu'il le disait.

Lorsque l'éloquence doit être tempérée dans ses mouvements, et ne faire que développer le sentiment et la pensée, Cicéron parait s'occuper de l'arrondissement de ses périodes et de l'harmonie de leur désinence : mais dans les moments où sa douleur, où son indignation éclate, lorsqu'il presse l'accusateur de Ligarius, lorsqu'il expose les violences et les rapines de Verres, lorsqu'il accumule les crimes, les attentats de Clodius, qu'il dénonce Catilina, qu'il accable Pison, qu'il demande qu'Antoine soit déclaré l'ennemi public, a-t-il ces esse videaiur qu'on lui reproche dans les écoles ? pense-t-il à être élégant ? Pour donner, comme lui, à l'élocution oratoire de l'ampleur et delà majesté, il faut , comme lui , être plein de hautes pensées, de sentiments

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élevés ou profonds. Le style n'est vide et diffus que lorsque la solidité manque au volume, et que l'ampleur n'est que dans les mots. Ce n'est donc pas le style de Cicéron que l'on doit appeler diffus, mais bien le style de ses imitateurs, qui, parmi nous, et plus encore en Italie , n'ayant pas son génie et son âme , la riche abondance de ses idées , la plénitude de son savoir, et cette sensibilité plus féconde que son imagination même , ont voulu se donner le faste de son éloquence.

Le style prolixe approche du diffus, mais ce n'est pourtant pas le même ; car tandis que le diffus s'étend , comme en superficie , sur des idées accessoires et superflues , le prolixe ne fait que se traîner pesamment en longueur , par des milieux qu'il eût fallu franchir, d'induction en induction, de conséquence en conséquence, et fatigue notre pensée en l'assujétissant à une pénible lenteur. Le style de nos procureurs est prolixe, celui de nos avocats est diffus. Le style des mauvais traducteurs est diffus ; celui de presque tous les commentateurs est prolixe.

On est diffus dans les idées comme on l'est dans l'expression , et cela vient de ce qu'on ne sait pas les choisir, les régler , les enchaîner , les circonscrire , et qu'on écrit sans vue et sans dessein. « C'est chose difficile, dit Montaigne , de fermer un propos; et n'est rien où la force d'un cheval se connoisse plus qu'à faire un arrêt rond et net. Entre les pertinents même, j'en vois qui veulent et ne se peuvent défaire de leur course. Cependant qu'ils cherchent le point de clorre le pas, ils s'en vont balivemant et traînant, comme des hommes qui défailles de foiblesse. » Aussi les maîtres de l'éloquence ont-ils fait un précepte, non-seulement de dire ce qu'il faut, comme il le faut, et quand il le faut; mais de ne dire que ce qu'il faut.

Direct. Dans l'histoire, on dit qu'un discours est direct , q l'une harangue est directe , lorsqu'on fait parler le personnage qui est en action. Au contraire, on appelle discours indirects ceux dont l'historien ne rapporte que la substance. Les anciens sont pleins deces harangues directes, pour la plupart imaginées.

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