PROLOGUE
même, ne nous donnerez pcis le loisir de commencer. A-i-ua commencé, c'est pis qu'auparavant : l'un tousse , l'autre cvache, l'autre rit, etc.. Il est question de donner un coup de bec en passant à certains péripatétiques qui se pourmènent pendant que l'on représente ; chose aussi ridicule que de chanter au lit , ou de siffler à table. Toutes choses ont leur temps, toute action se doit conformer à ce pourquoi on l'entreprend : le lit pour dormir, la table pour boire, Ihôtei de Bourgogne pour ouïr et voir, assis ou debout... Si vous avez envie de vous pourmener, il y a tant de lieux pour ce faire !... Vous répondrez peut-être que le jeu ne vous plaît pas; c'est là où je vous attendais. Pourquoi y venezvous donc? Que n'attendiez-vous ']usq\iamen , pour en dire votre râtelée? Ma foi, si tous les ânes mangeaient du chardon, je ne voudrais pas fournir la compagnie pour cent écus. »
Dans le poème didactique et dans le poëme en récit , s'est introduit aussi l'usage de cette espèce de prologue. Lucrèce en a orné le frontispice de tous ses livres ; l'Arioste en a égayé ses chants ; la Fontaine a joint très-souvent de petits prologues à ses contes : dans les poèmes badins rien n'a plus de grâce ; dans le didactique noble rien n'a plus de majesté. Mais je ne crois pas que le poame épique sérieux admette un pareil ornement; l'intérêt qui doit y régner attache trop à l'action pour souffrir des digressions. Ni Homère , ni Virgile , ni le Tasse , ni Voltaire dans la Henriade , ne se sont permis les prologues. Milton lui seul , à la tête d'un de ses chants , au sortir des enfers, s'est livré à un mouvement très-naturel, en saluant la lumière et en parlant du malheur qu'il avait d'être privé de ses rayons.
Le prologue en forme de drame était connu de nos anciens farceurs. Le théâtre comique moderne en a quelques exemples, dont le plus ingénieux est, sans contredit, \q prologue de V Amphitryon de Molière.
Mais l'opéra français s'en est fait comme un vestibule éclatant, et Quinault , dans cette partie , est un modèle inimitable. Je ne parle point des petites chansonnettes qu'il a été obligé" d'y mêler pour animer la danse, et qui sont les seuls traits qu'on en .1 retenus ; je parle des idées vraiment poétiques et quelquefois sublimes qu'il y a prodiguées , et dont personne ne se souvient.
Obligé de louer Louis XIV , il a ennobli l'adulation par la manière grande et magnifique dont il a flatté le héros . ou plutôt l'idole du siècle. Tantôt , dans ses prologues, la louange est directe, tantôt elle est allégorique. Elle est allégorique dans le prologue de Cadmus: c'est l'Envie qui, pour obscurcir l'éclat du soleil , suscite le serpent Python :
l'envie.
/est trop voir le soleil briller dans sa carrière; Les rayons qu'il lance en tous lieux Ont trop blessé mes yeux.
Venez, noirs ennemis de sa vive lumière; Joignons nos transports furieux.
Que chacun me seconde.
Paraissez, monstre affreux :
Sortez, vents souterrains, des antres les plus creux; Volez, tyrans des airs, troublez la terre et l'onde. Répandons la terreur ; Qu'avec nous le ciel gronde ; Que l'enfer nous réponde ; Remplissons la terre d'horreur ; Que la nature se confonde.
Jetons dans tous les cœurs du monde La jalouse fureur Qui déchire mon cœur.
{Elle s'adresse au serpent Python.) Et vous , monstre, armez-vous pour nuire A cet astre puissant qui vous a su produire, il répand trop de biens, il reçoit trop de vœjix.
Agitez vos marais bourbeux ; Kxcite/, contre lui mille vapeurs mortelles : Déployez, étendez vos ailes ; Que tous les vents impétueux S'efforcent d'éteindre ses feux.
Osons tous obscurcir ses clartés les plus belles ; Osons nous opposer à son cours trop heureux.
[Le serpent s'élance dans l'air, et retombe frappé des (rails di dieu de la lumière.)
Quels traits ont crevé le nuage ; Quel torrent enflammé s'ouvre un brillant passage :