PROSODIE
In précision. Fliixa et luhrica res sermo humanus^ dit Platon. Vouloir qu'une langue ait acquis par l'usage seul une prosodie régulière et constante, c'est vouloir que les pas se soient mesurés d'eux-mêmes sans être réglés par le chant.
Chez les anciens, la musique a donné ses nombres à la poésie; ces nombres , employés dans les vers et communiqués aux (laroles, leur ont donné telle valeur; celles-ci l'ont retenue et l'ont apportée dans le langage; les mots pareils l'ont adoptée, et par la voie de l'analogie le système prosodique s'est formé insensiblement. Dans les langues modernes, l'effet n'a pu précéder la cause, et ce ne sera que longtemps après qu'on aura prescrit nux vers les lois du nombre et de la mesure, que h prosodie sera lixée et unanimement reçue.
En attendant, elle n'a, je le sais, que des règles défectueuses ; mais ces règles, corrigées l'une par l'autre, peuvent guider nos premiers pas.
l ** L'usage, consulté par une oreille attentive et juste , lui indiquera , sinon la valeur exacte des sons , au moins leur inclination à la lenteur ou à la vitesse.
2° La déclamation théâtrale vient à i'appui de l'usage, et détermine ce qu'il laisse indécis.
3° La musique vocale habitue depuis longtemps nos oreilles à saisir de justes rapports dans la durée relative des sons élémentaires de la langue : et le chant mesuré, dont nous sentons mieux que jamais le charme, va rendre plus précise encore la justesse de ces rapports. Ainsi des observations faites sur l'usage du monde, sur la déclamation théâtrale, et sur le chant mesuré; de ces observations recueillies avec soin, combinées ensemble et rectifiées l'une par l'autre, peut résulter enfin un système de pro5orf/e fixe, régulier et complet.
Question. Toute discussion philosophique ou oratoire suppose un doute à éclaircir; et l'objet du doute est la question^ le point de la questloiu Toutes nos idées viennent-elles des sens ? La pensée peut-elle être un mode de la matière? Voilà des questions métaphysiques. Est-ce dans le vide ou dans un fluide que les corps célestes se meuvent? et agissent-ils l'un sur l'autre par un milieu ou sans milieu ? Voilà des questions de physique. Le vice n'est-il pas toujours un faux calcul de Camour-propre ? Y a-t-il rien de plus intéressant pour Vhomme en société^ que d'être juste et bon ? Voilà des questions de morale.
On voit que les questions philosophiques sont communément générales : elles le sont toujours, dans leur principe et dans leur résultat, lors même que la discussion roule sur un objet particulier, comme de savoir, par exemple, si Socrate n'eût pas mieux fait, en s'échappant de sa prison, d'éviter à ses juges le crime de sa mort; si Caton d'Utique n'eût pas mieux fait d'imiter Solon, et de survivre à la liberté, pour tâcher d'être encore utile à sa patrie, en inspirant quelque pudeur à l'ambition de César.
Les questions oratoires sont aussi générales, dans ce que les rhéteurs appellent le genre indéfini^ c'est-à-dire le genre philosophique orné des formes oratoires. Mais , comme je l'ai dit ailleurs, toutes les fois que la question n'en est pas réductible à des espèces particulières, l'éloquence est perdue : son objet doit être usuel ; et quelque essor que prenne la spéculation, son but doit être la pratique. L'épervier s'élève jusques aux nues, mais c'est pour fondre sur sa proie avec plus de rapidité : c'est l'image de l'éloquence qui attaque les vices et les abus, et singulièrement de l'éloquence de la chaire.
Dans le genre délibératif, où il s'agit d'une résolution à prendre, il est évident que la (question est particulière ; elle Test de